CHAPITRE IL Les centres industriels et les principales industries
Le chapitre précédent nous a fait connaître les grands faits de l'histoire économique et sociale. Il nous a montré quelles sont les circonstances qui ont influé sur le développement matériel, sur l'accroissement ou la diminution de la richesse dans les cités grecques et comment sont apparus successivement les différents facteurs qui la produisent : d'abord l'agriculture, puis le commerce, enfin l'industrie. Je retiens cette conclusion du chapitre qui précède.
Une autre tâche nous appelle et va nous permettre de préciser sur bien des points et de compléter notre exposé. Dans quels centres, ce dernier facteur a-t-il agi plus spécialement; et, par quels moyens, son action s'estelle exercée? Quelles sont les principales industries?
Ici comme ailleurs, il faudrait des statistiques complètes et précises. Tout, ou à peu près tout ce que nous possédons, se trouve rassemblé et groupé dans deux ouvrages bien connus : H. Bltimner Die gewerbliche Thàtigkeit der Yôlker des klassischen Alterthums Leipzig 1869 et B. Blichsenschutz Die Hauptstâtten des Gewerbefieisses im klassischen Alterthume Leipzig 1 869. Mais il suffit de parcourir ces longs et patients inventaires pour être frappé de deux défauts qu'ils présentent. Le premier est commun à bien des livres de même nature : ils placent tous les faits sur le même plan, quelle que soit leur date, ou du moins, ils ne les dis-
posent pas de telle sorte que l'esprit du lecteur aperçoive aisément leur succession. Un défaut plus grave, mais qui, étant donné le plan de ces ouvrages et aussi l'état de nos sources, ne pouvait guère être évité, est le suivant : il me suffira, pour le rendre sensible, de renvoyer le lecteur au chapitre de Blumner qui est consacré à Sparte et à la Laconie ; on y énumère une foule d'industries qui ont été exercées dans cette région ; mais quelle était leur importance ? On voudra sans doute le savoir, car c'est l'essentiel; le livre ne le dit pas et celui de Buchsenschûtz, pas davantage. Faute de mieux, on prendra un point de comparaison, Athènes par exemple, et l'on s'apercevra qu'à peu de chose près tous les faits collectionnés paraissent avoir lamême valeur. Le métier se bornait-il à satisfaire les besoins locaux, comme le font aujourd'hui nos menuisiers ou nos cordonniers de village; ou bien avait-il pris assez d'extension, pour pouvoir s'adresser à une clientèle plus vaste, soit dans le pays même, soit à l'étranger; ou enfin l'industrie, exercée dans la fabrique, produisant beaucoup, dominant un marché étendu , était-elle totalement inconnue ? L'étude que je me propose de faire exige que ces distinctions soient observées d'une façon aussi rigoureuse que possible. Je n'y réussirai pas toujours, faute de renseignements : je pense cependant pouvoir donner au lecteur une idée suffisamment exacte de la véritable importance de l'industrie en Grèce.
Et d'abord, essayons de délimiter géographiquement son domaine : nous n'avons guère qu'à replacer, sur la carte, les noms propres cités tout à l'heure, et à comparer ces régions avec le reste et aussitôt, ce qui saute aux yeux, c'est la prédominance, dans l'ensemble du pays, de la vie agricole. Des parties entières de la Grèce d'Europe n'ont, pour ainsi dire, ni commerce, ni industrie audelà de ce qui est indispensable à la vie de leurs habitants : la Thessalie, l'Épire, la Locride, l'Etolie, la
Phocide, la plupart des villes de la Thrace, un grand nombre de villes de l'Italie et même de la Sicile (*).
Pais viennent les villes où le commerce est essentiellement l'auxiliaire de l'agriculture locale : les villes nombreuses qui exportent leur vin, Thasos, Chio, Corcjre, etc. Ces villes, à ces « articles », en ajoutent souvent d'autres : ainsi Chio a probablement été, en pays grec, le plus ancien et le plus florissant marché d'esclaves. Dans cette même catégorie, pourraient se ranger les états producteurs de laine: cependant l'existence de fabriques locales leur donne souvent un caractère plus industriel.
Puis encore les villes qui prospèrent par la pêche maritime : Clialcédoine, Cyzique ("'), Byzance et tant d'autres s'enrichissent par la pêche du thon ("'). Les Erétriens recueillent la pourpre ; nous avons déjà noté qu'à répoque d'Aristote, la ressource principale des Tarentins était la pêche (*).
Viennent les centres commerciaux comme Byzance, les établissements grecs en t^gypte, mais surtout Corinthe, Ehodes et Délos. Cette liste pourrait être facilement allongée : rappelons le commerce qu'exercent quelques villes d'Italie et de Sicile, Agrigente, Cumes,
(\) Dans son ensemble, la Sicile était un pays agricole; Beloch Bevôîkerung 265 le montre : elle n'est pas appauvrie depuis l'antiquité et sa population était moindre alors qu'aujourd'hui. Rusolt G. G. I- 429, Holm Gr. Gescli. I 346
(-) Cyzique se livrait aussi à un commerce actif de vin dans la région du Pont.
(^) P. Rohde Thynnorum captura quanti fuerit apud veteres momenti Jahrb. f. kl. Philol. Supplbd XVIII 1892.
(^) Tarente était encore réputée pour la fertilité de son sol et la bonne laine de ses moutons.
Syracuse. Cnide mène un commerce actif de vins qui ne sont pas produits sur son territoire. Les anciens nous ont laissé de la vie des habitants de Byzance, une peinture qui est vraie pour d'autres villes. Les Byzantins, d'après Théopompe ('), tiraient du commerce leurs ressources. Ils passaient leur vie sur la place publique, ou au port, ou dans les tavernes. Ils faisaient cultiver leurs terres par des Bithyniens qu'ils avaient réduits à la condition d'Hilotes.
Quand on a fait le tour de toute la G-rèce, on finit par constater combien peu nombreux sont les états grecs où l'industrie a pris un développement sérieux. Je citerai, à titre d'exemples, Athènes, Corinthe, Egine, bien que le caractère de ces deux dernières places fut, semble-t-il, avant tout commercial, jusqu'à un certain point Milet, et d'autres de rang très secondaire comme Mégare (-). Mais je crois inutile de prolonger ici cette énumération. Les noms propres se représenteront à nous, avec une portée plus précise, si nous passons immédiatement à la recherche des principales industries qui s'exerçaient en Grèce ; en même temps, nous utiliserons un second moyen, plus certain encore que le premier, de mesurer l'importance de l'industrie elle-même.
Observons cependant, dès à présent, que même les villes, où semble avoir existé une industrie assez considérable, n'ont pas perdu leur caractère agricole : nous
(«) F. H. G. I p. 287 fr. 65. Ibid. Phyl. p. 336 fr. 10.
(-) Isocr. de pace 217 : Mîyapetf; ôè (jiixpùiv auxoi; xai cpa'iXiov twv £Ç àpyr^; 'j-apcâv-rtov, xal yV' î-*-^'-' ^'^'^ è'yovTS?, o\ioï X'txsvaç o\)o' àpyjû£ta, TTÉTpaç oè yîtopYOuvxs;; ixîy^'^'^ouc; ot'xoui; Ttov ^EXXvtov Xc'xTrjVra'.. Cf. sur Mégare, int'ra, Livre IV, Ch. Les premières crises. Il est à remarquer que Mégare n'a battu monnaie qu'au milieu du IVe siècle, Busolt G. G. I- 471 n. 2. Cf. infra, Livre I, Ch. IV ^ur l'industrie de la laine, à Mégare.
le constaterons pour Athènes ; le même fait s'observe pour Milet ('), où florissait l'élève des moutons.
Je vois trois industries seulement qui ont pris quelque développement, sans parler maintenant de l'industrie des mines et de celle des bâtiments, dont il sera question dans des chapitres spéciaux. Ces trois industries sont celles de la poterie, de la laine et des métaux.
La plus considérable est la première. On Fa déjà remarqué, l'usage de la poterie était si commun, dès le temps d'Homère, qu'il appelle xÉpauoç, tout récipient (-).
Il faut distinguer ici la poterie vulgaire ou courante, servant aux usages ordinairès7ët la poterie artistique. La première se rencontre sous la forme de simples récipients; on employait de grandes jarres pour le transport d'une foule de produits, notamment pour le vin. Aussi tous les pays, producteurs de vin ou qui font le commerce du vin, sont-ils le siège d'une fabrication de poterie : Thasos, Chio, Rhodes, Corcyre, Cnide.
A côté de cette fabrication, il y a celle des objets servant à la vie ordinaire, qui paraît en certains cas avoir eu assez d'extension, à raison des qualités, surtout
(1) Cf infra, Livre I, Ch. IV. Ou remarquera qu'il n'est pas facile de mettre Milet à sa vraie place, parmi les états agricoles, commerciaux, ou industriels. Il en est de même pour une foule d'autres places; on peut affirmer pour Athènes que la base de l'organisation économique demeura l'agriculture, puis vint le commerce, enfin, à titre secondaire, l'industrie. A plus forte raison, en est-il ainsi pour bon nombre de celles, où l'on veut voir de grands centres commerciaux et industriels.
(-) Il dit même II. V 387 : yjx.Ay.it^ h xîpâtxw et le mot xEcaa-.a finit par être appliqué à tous les vases même à ceux do métal.
de la finesse, de la terre employée. On pourrait dresser toute une liste de localités où cette industrie a été pratiquée, sans que malheureusement on soit en état de se prononcer sur son intensité : Mégare (*), Aulis (-), Ténédos (''), Égine, Cnide, Phocée (^), même des localités insignifiantes comme Amphissa (^). Plus tard, du moins à l'époque romaine, Samos. Enfin Athènes : l'existence d'un dème, sx K£pa!i.£wv, le nom de K£Gau.£'.xô; donné à un quartier de la ville sont des preuves certaines de la prospérité de l'industrie céramique en général. Ajoutons que les vases les plus communs pouvaient être fabriqués par les gens de condition peu aisée. Il en était ainsi particulièrement dans les campagnes : les paysans fabriquaient, pour leur propre usage, les objets les plus indispensables.
f Une fabrication aussi répandue ne laisse point place ik une bien grande exportation des produits, sauf celle qui se fait pour les cités où n'existent pas de gisements d'argile. Dans l'ensemble de la Grèce (*^), la production locale subvient aux nécessités de la consommation.
Cette production paraît, en certains cas, avoir été assez intense : c'est ainsi qu'à Emporise ("), on n'a pas retrouvé moins de 530 marques de fabrique, de toutes les
(') Steph. Byz. Msyasa.
(') Paus. IX 19, 8 : à'vOpco-o-. o'sv -rr, AùÀtO'. ol/.oujtv ou TtoÀXot, yriQ oé sla'.v O'jxoi x£pa[j.r(£ç.
, (^) Plut, de vit. aère al. 2 : -f^v oè TpaTCc^av fj xocXt) AuÀU r^ Theooc àvTi<T7roa;xT,a£'. toTç /.spaaîo'tç, xaôapwxs'po'ç oijcrt tiov àpy'jpwv.
(*) Luc. Lexiph. 7 : Phocée, Cnide.
(^) Les Amphisséeus avaient étabU des ateliers de poteries dans la plaine de Cirrha, Esch. c. Ctes. 115-119.
{^) Sur l'exportation en pays barbare, Livi-e I, Ch. IV.
(') Rev. Univ. du Midi IV 1898 355.
époques, il est vrai. Les amphores de Rhodes, Thasos, Cnide, Olbia ('), ont été exportées avec les denrées auxquelles elles servaient de récipients. Celles de Rhodes paraissent particulièrement nombreuses : à Pergame (■), on a compté 799 estampilles d'amphores rhodiennes; 384 portent les noms des fabricants ; ceux-ci sont au nombre de 59. Ce n'est pas beaucoup pour une industrie qui peut avoir eu 300 ans d'existence.
La poterie artistique forme une branche plus importante de l'industrie. Elle requiert un savoir-faire, des traditions, des matières premières de qualité supérieure, qui ne se rencontrent point partout (''j.
Je n'ai pas à écrire, au point de vue de l'art, l'histoire de la céramique grecque. Je m'en occupe au seul point de vue industriel : je m'efforce de rechercher les cités grecques où la fabrication des vases peints a atteint un développement digne d'être noté. Réduite à ces proportions modestes, la question no laisse pas d'être encore fort embarrassante. Je ne puis prétendre résoudre en quelques pages les difficultés sur lesquelles les spécialistes sont en désaccord : je voudrais me borner aux faits les plus saillants.
Si l'histoire de la céramique grecque, considérée du côté esthétique, a fait de sensibles progrès, il n'en est pas de même quand on la considère du côté industriel. Il en sera ainsi, tant que des recherches minutieuses
(1) Cf. infra, Livre III, Ch. L
(^) Inschriften von Pergamon II.
(5) Remarquez cependant que, d'après M. Pottier Musée national du Louvre Catalogue des vases de terre cuite, le commerce des vases peints n'aurait été en partie que l'accessoire du coir.merce d'autres denrées, comme l'huile ou le vin auxquelles ils servaient de récipients, II 556.
n'auront point déterminé la composition chimique (*) des diverses terres à poterie. Quand elles auront été effectuées, et alors seulement, il sera possible de se prononcer avec certitude sur le lieu d'origine des vases. Je pense toutefois que, dès à présent, on peut indiquer les centres principaux de la fabrication; il sera plus malaisé de dire, dans chaque cas, quelle a été leur activité et quelles ont été les régions qui ont reçu leurs produits. Je n'ai pas craint, dans ce qui suit, de marquer les dissentiments des hommes compétents sur ces points. Ce sont là comme des ombres qui feront d'autant mieux ressortir les vérités établies.
On prend la céramique grecque à ses débuts, dans les couches inférieures d'Hissarlik. On ne peut que s'étonner de son imperfection. Elle trahit non seulement une main inexpérimentée, mais l'ignorance même des procédés les plus nécessaires. Pas de peinture ; la seule ornementation, quand il en existe une, consiste en quelques lignes sinueuses faites avec les doigts ou en quelques incisions tracées avec la pointe. Ce n'est pas
(1) E. Braun Arch. Zeit. 1856 188 : « Die Vasenfrage wird sich konzentrieren lassen. Jede Fabrik hat eine Thonerde verschiedener chemischer Zusammensetzung angewandt. Durch Analyse làsst sich die Herkunft jeder Scherbe bestimmen; doch kosten solche Untersuchungen viel Zeit und Geld, "Wilisch Die Altkorintische ïhonindustrie Leipzig 1892 16.
D'après Patroni La ceramica antica nell 'Italia méridionale Naples 1897, il faut grandement se défier des moyens linguistiques (à propos de l'ouvrage de Kretschmer, cité plus bas). M. Fouqué a prouvé, par des analyses de l'argile, que presque tous les vases de Théra avaient été fabriqués dans l'île même ; par le même procédé, il a pu reconnaître un fragment de vase théréen à My cènes, Pottier Catalogue des vases de terre cuite (du Louvre) I 122.
seulement à Hissarlik, mais encore en de nombreuses îles des Cyclades, à Cypre, à Tirynthe, que l'on retrouve les produits de ces premiers tâtonnements du génie grec ; car c'est lui, semble-t-il, que nous surprenons dans les essais de son enfance (').
Les découvertes de Tliéra (-) attestent un développement incontestable de la technique et du sentiment artistique. Il ne rentre pas dans ma tâche de suivre ce développement dans toutes les étapes qu'il a franchies, jusqu'aux vases du dernier style ('') trouvés à Mycènes. J'indiquerai seulement les principales conquêtes réalisées au cours de plusieurs siècles par les potiers grecs et qui se manifestent dans les vases de style mycénien. Et tout d'abord, déjà à Théra, apparaît le vase peint et avec lui la plus lointaine manifestation de l'industrie qui nous occupe (*). Ensuite les motifs d'ornementation se multiplient et se perfectionnent : d'abord ils ne consistaient qu'en simples lignes droites ou ondulées, disposées de façons plus ou moins variées, surtout des spirales ; puis la flore, puis la faune, enfin l'homme, sont représentés sur les vases et les formes elles-mêmes gagnent en élégance et en variété ; Furtwângler et Lôschke en signalent cent vingt-deux au moins (•').
Quel fut le lieu d'origine du style dit mycénien ? L'Argolide ou les îles de la mer Egée ? Je n'ai à m'in-
(') Si l'on ne peut attribuer aux Grecs tous les produits de l'époque troyenne ou égéenne. ou doit convenir qu'ils ont passé eux-mêmes par cette phase de civilisation.
(-) Ces découvertes ne sont pas isolées; de nombreuses îles ont fourni des vases de la même famille.
(^) Sur les différents styles des vases mycéniens, Furtwângler et Lôschke Mj'kenische Vasen Berlin 1886.
{*) Perrot 1. c. VI 913.
[^) Furtwângler et Lôschke Mykeuische Vasen Atlas pi. 44.
quiéter que des lieux de fabrication. Les vases qui représentent ces progrès ont été trouvés spécialement en Attique, dans le Péloponèse, à lalysos dans l'île de Rhodes. On les rencontre aussi par unités, de l'Egypte et de la Phénicie à la Thessalie, des côtes occidentales de l'Asie Mineure, de Rhodes et de Cypre, aux îles ioniennes, à l'Italie orientale et à la Sicile (') ; on en cite même que le commerce aurait porté dans l'antiquité jusqu'en Espagne. Ce n'est pas seulement dans les îles principales de l'Archipel qu'ils garnissaient les tombes; Calymnos et Carpathos en ont fourni qui ne sont pas inférieurs à ceux d'Ialysos ou de Mycènes. Les plus anciennes fouilles d'Hissarlik avaient pu donner à croire que cette céramique n'était point représentée à Troie, ou ne l'était que très faiblement ; mais les fouilles de 1890 et surtout celles de 18'f>3 ont prouvé qu'elle y avait laissé des traces fort sensibles (-). Cette extension énorme des vases du style mycénien à travers le monde grec paraît rendre douteuse l'opinion de Lôschke et Furtwàngler qui proposaient comme centre unique de fabrication, l'Argolide ("') ; mais rien ne prouve, par contre, que tous les vases ont été fabriqués là où ils ont été exhumés. « Le fait que l'on en retrouve un certain nombre en Egypte, dit M. Perrot, suffirait à prouver qu'ils ont dû fournir la matière d'un commerce d'importation très actif ». Je ne sais si cette preuve est suffisante, tout au moins quant à la grande activité du commerce (*).
(') PatroniLa ceramica antica 3.
(«) Perrot 1. c. VI 991.
(') Tout au moins pour les vases de la dernière classe.
(*) Beloch Gr. G-esch. I 79 n'admet pas que les vases de style mycénien, trouvés en Egypte, y aient été apportés de la Grèce : denn an einen Import von Vasen aus dem noch halbbarbarischen Griechenland nacb /Egypten in so frûherZeit wird nicht gedacht werden diirfen.
Dans les siècles qui suivent l'époque mycénienne, l'art de la poterie semble avoir émigré de l'Argolide (*) : il s'est transporté dans deux centres principaux : Corinthe et Athènes. Là, ils sont représentés par les vases dit du style corinthien; ici par les vases dits du Dipylon, d'après Tendroit où ils ont été découverts en plus grand nombre, ou du style géométrique, d'après les motifs de l'ornementation.
Il n'est pas facile de rattacher ces deux classes à la céramique mycénienne : la filiation parait probable pour les vases corinthiens (-) ; elle est plus douteuse pour les vases à dessin géométrique. Les artistes mycéniens sont néanmoins les ancêtres de tous les céramistes grecs des âges suivants, en ce sens que tous les perfectionnements trouvés par eux sont devenus le patrimoine commun de leurs successeurs.
Le style corintliien se caractérise par l'emploi de motifs d'ornementation empruntés à l'Orient. On le rencontre d'abord dans les vases « protocorinthiens ». Cette classe est représentée par des exemplaires trouvés à Egine, Tirynthe, Thèbes, Tanagra, Eleusis, Smyrne, Hissarlik, surtout à Corinthe. En dehors de laG-rèce, ils ont été fournis par les fouilles de Vulci, Tarquinies, Rome, Albe-la-longue, Suessula, Nola, Cames, mais surtout par celles de la colonie corinthienne, Syra-
(^) Cependant, cet art ne s'éteint pas. Un certain nombre de vases trouvés à Rhodes et attribués à la fabrication de cette île seraient argiens. On a découvert des exemplaires de cette classe sur toute la côte de l'Asie-Mineure et même en Italie, Kretschmer Die griechischen Vaseninscliriften Glitersloli 1894 6. Ath. XI 480 C : célébrité des x-jÀ'.xs? d'Argos.
(^) Remarquez cependant que, d'après Furtwangler etLoschke, le style corintliien ne manifeste pas de parenté étroite avec le style mycénien.
cuse. La provenance des exemplaires trouvés en Italie est incertaine. Le fait qu'ils se rencontrent à Corinthe et à Syracuse et ici dans les plus anciennes tombes, parle pour Corinthe. D'autres indices font penser à Chalcis (') ou même à des fabriques italiennes (-).
L'influence orientale est plus profonde encore dans les vases du « vieux style corinthien « (''). Les détails de l'ornementation sont des fleurs comme le lotus, des animaux comme le lion et la panthère, ou des créations fantastiques dont les éléments sont empruntés à l'homme et à l'animal, des monsures ailés, des êtres qui tiennent du poisson et de l'homme, des syrènes, des griffons et des sphynx.
Le centre principal de la fabrication de ces poteries fut Corinthe. Le nombre des spécimens trouvés en cette ville même est faible; on en a rencontré à Egine, Argos, Cleonai, Carystos enEubée, à Mycènes, Athènes, Thèbes, Smyrne, Hissarlik, Naucratis, Alexandrie, Mélos, Crète, E-hodes, Corcyre, en Crimée. Le plus grand nombre a été découvert en Italie, à Syracuse, Sélinonte, Acrâ, Bari, Nola, Capoue, Bénévent, Cames, Caeré, Vulci, Corneto, Viterbe, Orvieto, La Tolfa, même en Sardaigne. Cette liste se complète chaque jour : on y peut ajouter Samos et Carthage ('^).
La grande majorité des vases italiens du style corinthien serait, d'après certains auteurs, de fabrication
{*) Dummler Jahrbuch arch. Inst. 1887 18.
(2) Sittl Kunstarch. 554. Cf. Pottier Catalogue II 421.
(5) Ce nouveau style détrône complètement le style protocorinthien au VII^ siècle. En tout cas, il n'était pas encore en vogue lors de la fondation de Syracuse, c'est-à-dire en 734, Wilisch 1. c. 12 et 142.
(/) Pottier Catalogue II 420.
locale. Ils trahissent, dit-on, une moindre adresse que les spécimens corinthiens. On les attribue à des ateliers corinthiens en Étrurie (*), et il semblerait que l'on pût suivre la destinée de cet art importé qui s'étiole peu à peu [-). On ne serait donc en droit de rien conclure de ces faits pour l'industrie corinthienne.
De nombreux auteurs (^) se prononcent dans un sens opposé; il serait téméraire de vouloir trancher ce débat. Il me sera cependant permis d'observer que même l'opinion de Rayet et Collignon suppose à Corinthe une industrie qui domine sur une notable partie du monde grec, pendant longtemps et sinon par ses produits, du moins par ses modèles. Elle suppose aussi une expor-
(') Rayet et Collignon Histoire de la céramique grecque Paris 1888 76.
(-) On peut, tout au moins comme preuve des difficultés que rencontre l'attribution à une fabrique déterminée et même à une époque, citer la curieuse hypothèse de Brunn au sujet des vases de style corinthien trouvés en Etrurie. Pour lui, ils sont de fabrication locale et il n'en excepte pas ceux qui portent des inscriptions. Vers l'an 300, les Étrusques s'éprirent des vieilles œuvres de l'art grec et se mirent à les reproduire aussi fidèlement que possible, Wilisch 1. c. 112. Le même auteur remarque que la distinction entre les produits locaux et ceux qui ont été importés en Italie est un des problèmes les plus difficiles qui se posent devant la science. Cf. l'excellent résumé des débats sur l'origine des vases trouvés en Italie Pottier Catalogue I 43 : (( ce qui reste acquis à la science, c'est l'importation, en nombre considérable, de vases grecs, en Italie ».
(^j Baumeister Denkraàler Vasenkunde 1964. — Sittl Kunstarch. § 330 remarque qu'il est un peu de mode d'attribuer aux Grecs toutes les œuvres de mérite et de réserver les œuvres médiocres aux Etrusques. Sur la fabrication des vases italocorinthiens, Patroni La ceramica antica 3.
talion régulière, qui, il est vrai^ n'a pas dû nécessairement former l'objet d'un commerce actif.
Le courant puissant d'idées et d'inspirations qui, parti de l'Orient, arriva jusqu'à Corintlie, était dans toute sa force, au VIP siècle et même avait-il commencé dès le siècle précédent. Il était impossible que les cités grecques, plus rapprochées de l'Asie, restassent en dehors de son action. On en retrouve les traces sur plusieurs points de l'Ionie, en particulier à Mélos,
Les fouilles de Ehodes ont donné des résultats intéressants : elles ont fourni des vases du style mycénien^ d'autres du style géométrique ('), d'autres encore du vieux style corinthien et si nombreux qu'il y a lieu de croire à une fabrication locale, d'autres enfin d'un style spécial, pour lesquels on a créé la désignation de style rhodien (-). D'après le caractère des inscriptions que portent certains de ces vases (''), on peut placer l'époque du style rhodien aux VHP et VIP siècles : on en retrouve des spécimens à Hissarlik, en Egypte, et même en Italie (*).
Le style géométrique est, suivant toutes les apparences, plus ancien encore que le style corinthien, plus ancien encore que le style protocorinthien {'■'). « On en retrouve
(M Baumeister Denkmàler 1952 : les premiers auraient été importés, les seconds pas. Cf. Pottier Catalogue I L19 : sept catégories de vases trouvés à Rhodes.
(^) Wilisch 1. c. 128 les croit plus anciens que les vases de style corinthien. Il attribue ceux-ci à des potiers de Corinthe établis à Rhodes.
{^) KirchhofFStudien zur Gesch. des griech. Alphabet 4e éd.
(*) Baumeister 1954 : ces vases auraient fait l'objet d'un commerce actif.
(••) Wide Aphidna in Nordattica MAI XXI 1896. On a beaucoup discuté sur l'origine du style géométrique ; d'après cet
les spécimens dans les parties les plus diverses du monde hellénique depuis la côte d'Étrurie jusqu'à l'île de Cypre »> ('). Il se caractérise par les éléments de l'ornementation dite géométrique. Elle repose sur l'emploi de lignes formant des dessins réguliers, des rectangles, des losanges, des triangles, au milieu desquels, dans les vases les plus récents, se placent des animaux ou même des compositions à nombreux personnages.
Le style atteint sa plus haute perfection dans les exemplaires dont on place la fabrication au VU*" siècle (-).
Les trouvailles du Dipylon montrent plusieurs générations d'artistes perfectionnant tour à tour les procédés de leurs prédécesseurs. Les artistes d'Athènes ont eu jusqu'ici de nombreux rivaux : le génie athénien va prendre peu à peu le dessus. Au commencement du yp siècle, Corinthe reste stationnaire : ses potiers s'attachent à leurs vieux procédés et s'obstinent dans un stj^le qui devient de plus en plus archaïque. Une industrie stationnaire est une industrie qui meurt. La
auteur, il faudrait la chercher en Grèce même. Il sort des essais d'Hissarlik et de Théra et arrive au développement qu'attestent les vases du Dipylon. Les vases découverts à Aphidna ressortissent aux premiers essais.
(^) Rayet et CoUigaoa 20 et notamment en Béotie. L. Couve BCH 1897 447 : « De plus en plus, il paraît évident que les ateliers de Béotie ont joué un rôle considérable dans la constitution des types céramiques à l'époque archaïque. ». Ath. XI 500 B : les ax'jçot de Béotie sont les plus célèbres (cités par Bacchylide), puis viennent ceux de Rhodes, puis ceux de Syracuse.
(*) Kroker Jahrb. arch. Instit. 1^86 96 dénonce l'influence des modèles égyptiens dans la peinture des vases du Dipylon. L'inscription d'un vase ô'; vov opyr^aTcov -âvxtov àxaXojtaTa TratTsi; semble, d'après les caractères, antérieure au Vie siècle, Studniczka Die àlteste attische Inscbrift MAI XVIII 1894 225.
fortune de l'industrie céramique à Corintlie fut donc à ]a fois bien brillante et bien courte (').
D'abord les potiers athéniens améliorent les formes et modifient l'aspect un peu terne de l'argile, en y mêlant de l'oxyde de fer qui lui donne un ton brillant et rougeâtre. Puis ils perfectionnent le décor, par la disposition des personnages et la variété des couleurs. Remarquons-le cependant, tandis que l'industrie athénienne tend à se dégager des vieilles formules, autour d'elle et avant elle, les mêmes essais se font ailleurs et ils ne sont pas sans influence sur l'art des peintres d'Athènes. Il en est pour le VI® siècle où nous sommes arrivés, comme pour les siècles précédents. Les résultats des fouilles font grandir la gloire artistique d'Athènes, mais fondent aussi des réputations nouvelles et qui semblent chaque jour gagner plus d'éclat. Je citerai les écoles ou les styles de Chalcis (-), d'Ionie (^), (Milet) (•*), de Cyrène (^), de Naucratis C') d'Egine C). Je rappellerai
(1) Sur l'industrie céramique à Corinthe et les phases diverses par lesquelles elle a passé, Wilisch 1. c.
(-) Klein Euphronios- 70. Dumont et Chaplain Céramiques de la Grèce propre 324.
(5) Baumeister 1901. Kretschmer Gr. Vaseninschriften 55.
(*j Boehlau Aus ionischen und italischen Nekropolen 1898. Cf. sur cette classe qui prend de plus en plus d'importance dans l'histoire de l'art grec, Pottier Catalogue II.
(") Le spécimen le plus célèbre est la coupe du roi Arcésilas Vie siècle, Klein Euphronios- 75. Des vases du même style ont été trouvés en Italie, Puchstein Arch. Z«it. 1881. Cf. MAI 1886 90. On les a attribués à Sicyone, à Sparte, à la Crète, à Naucratis, enfin à Cyrène même.
(^) Les fouilles de Naucratis (fondée vers 570) ont encore donné des spécimens de l'art de Rhodes, de Corinthe, de Mélos, d'Athènes, apportés là sans doute par le commerce. Cf. Ath. XI 480 D : à propos des x jÀ-.xs; de Naucratis : IIoÀXot o iv ~r^ NauxpaTS'. y.tpctix2iç.
(") Rayet et Collignon 80.
enfin les céramiques de Cypre, qui commencent à paraître bien avant le VI° siècle ('}.
Comme le remarque Sittl, le principe de ce nouveau style est la recherche d'un coloris plus riche. Les artistes athéniens, après quelques tâtonnements, trouvèrent la formule qu'ils cherchaient dans les vases à figures noires^ et cette fois, c'est bien d'Athènes que part la direction, si même l'immense majorité des pièces qui ornent nos musées ne sortent pas de ses ateliers. Elles proviennent, en grand nombre, d'Italie et spécialement des nécropoles étrusques : est-on en présence d'objets importés ou de produits imités par les fabriques locales? La question se pose de nouveau. D'après Sittl (-), les vases à figures noires qui se comptent aujouid'hui par plusieurs milliers ont été fabriqués à Athènes en vue de l'exportation (de 600 à 520 environ). Ils supposent de véritables usines outillées de façon à produire en gros. Par contre, Rayet et Collignon écrivent : « Au sixième sièclcj l'industrie céramique a certainement été florissante à Tarente, à Métaponte, à Sybaris, à Crotone et à Locres, aussi bien qu'à Syracuse, à Sélinonte, à Agri-
(^) En plaçant ici cette énumération, je n'ai pas du tout l'intention d'affirmer des dates précises : c'est ainsi que la céramique ionienne aurait eu sa grande floraison au Vile siècle, elle déclinerait ou subirait un 3 interruption au milieu du Vie, Pottier Catalogue II 514.
[-) Kunstarch. 556. Baumeister 1971. Hiller v. Gœrtringen Die archaische Kultur der Insel Thera Berlin 1897 16 et 17 : à noter cette déclaration à propos des découvertes faites à Théra : Ausserordentlich bereichert ist unsere Kenntnis des einheimischen theràischen Stils der vorher nur in einzelnenExemplaren vorkam ; geringer vertreten ist peloponnesisclie, namentlich Korintische nnd Kretische Importwaare.... Schwarzfigurige Gef asse haben wir in der Nekropolis gar nicht gefunden ; — der Einfluss Attikas war in jener zeit gleich Null.
gente et à Cumes. Quelques-uns des vases du style que nous étudims portent d'ailleurs des inscriptions doriennes » (').
N"ous connaissons plus de 40 signatures de maîtres céramistes, relevées sur les vases à figures noires; presque tous ces maîtres, d'après Klein (-), sont des Athéniens. Fréquemment les vases portent deux signatures, celle du potier et celle du peintre : l^^oyoT^ao; ;jl* £t:o'//,7£v, KX',Tia; p.' è'ypaoTEv. Le plus fécond de ces artistes paraît avoir été Nicosthénès, dont nous possédons environ 80 pièces signées : 22 viennent certainement et 2 L autres très probablement de Caeré, 1 d'Agrigente, dit-on, 1 certainement de l'Acropole d'Athènes, 1 même de Naucratis ("'), le reste, suivant toute vraisemblance, de diverses parties de l'Étrurie (\). Des neuf vases, sortis des ateliers d'Exékias (^), un a été trouvé à Athènes, les huit autres à Vulci et à Cervetri.
Nicosthénès est le contemporain d'un nouveau changement : à la fin du VI° siècle (*^), apparaissent les vases à figures rouges.
Rayet et Collignon énumèrent un certain nombre
(^) Rayet'et Collignon 107.
(*) Klein Die griechischen vasen mit Meister— Signaturen Vienne 1887. Dumont Mélanges archéologiques 10.
(^) Dumont Mélanges archéologiques 18. Epictétos : lases trouvés à Vulci, Caeré, Capoue, Panticapée.
(*) D'après Rayet et Collignon 110 : « la fabrique était sans doute installée à Caeré ou aux environs, elle devait occuper un très grand nombre d'ouvriers et avait des relations commerciales non seulement avec toute la Grèce italienne, mais même avec la Grèce propre ».
(^) Klein Meistersign. le range parmi les maîtres athéniens.
{^) Sittl Kunstarch. 616. Dumont et Chaplain Céramiques de la Grèce propre 336 la note.
d'artistes qui ont fleuri au V* siècle, Euplironios,Brygos, Sosios, Doris, Chachrylion, Panphaios, Hiéron. Ils reconnaissent dans la plupart d'entre eux des artistes athéniens. Pour l'un ou l'autre, ils manifestent tout au plus une légère hésitation. Or, je note pour Euphronios des trouvailles faites à Caeré,Cervetri; pour Chachrylion à Vulci et en Attique; pour Doris à Caeré; pour Sosios à Vulci ; pour Brygos à Capoue.
En même temps, ou k peu près, que les vases à figures rouges, commencent les vases à fond blanc. Ce procédé dérive directement de celui que connaissaient déjà les potiers de Ta Cyrénaïque (') ; il s'est développé dans la Grèce propre (-), surtout à Athènes ; il tombe au cours du IV* siècle, sauf pour les lécythes funéraires.
Au dire de Eayet et Collignon, la fin du V^ siècle marque un ralentissement dans la fabrication athénienne. Ce fait s'explique par les guerres désastreuses et la perte da débouché de la Campanie dont se sont emparés les Samnites entre 445 et 424 (^). La fabrication reprend son essor dans le premier quart du IV" siècle, et elle crée un nouveau style " qui révèle un effort marqué pour assouplir les procédés de composition encore un peu rigides „ ('').
De nouveaux types s'introduisent aussi : vases à dorures, vases à relief, vases à figures humaines. Rayet et Collignon attribuent à la fabrication athénienne les vases à dorures, trouvés à Corinthe, à Mégare, en Béotie, en Acarnanie. Les tombeaux deKertch en ont beaucoup
(') Par exemple dans la coupe qui représente le roi Arcésilas assistant à la pesée du silphion ou de la laine.
(-) Et aussi à Naucratis.
\'^) Winter Die jimgeren attischen Vasen Berlin et Stuttgart 1885 3.
. ') Rayet et Collignon 212.
fourni ; dans la Chersonèse Taurique existaient plusieurs villes grecques, comme Panticapée, où Athènes achetait le blé et les peaux. Elle leur vendait en échange ses vases. Cependant, E-ayet et Collignon remarquent que ces vases sont " d'une exécution souvent très lâchée „ ('). Ils étaient, disent- ils, fabriqués en vue de l'exportation- Ce fait pourrait être, ce me semble, interprété comme l'indice d'une fabrication locale et ce qui pourrait confirmer cet indice, c'est l'inscription d'un vase à relief (^), isolé, il est vrai, et qui est signé par Xénophane Athénien, comme si l'artiste installé en pays étranger avait tenu à rappeler son lieu d'origine (^). ^
Rayet et Collignon reconnaissent encore dans les vases en forme de figurine trouvés à Athènes, Corinthe, Tanagra, Mégare, des produits attiques, de 350 au commencement du IIP siècle.
La fabrication des vases à figures rouges se poursuit: tout en admettant l'existence, dans ces régions, d'une industrie locale, sous lesPtolémées, les auteurs déjà cités, assignent à Athènes les vases trouvés dans la Oyrénaïque; de même ceux delà Chersonèse Taurique, de Tanagra, Mégare, Égi,ne, Nisyros. La fabrication béotienne est représentée par les vases trouvés à Thèbes, Thespies, Thisbé, Tanagra.
Nous sommes arrivés au commencement du IIP siècle ; l'industrie athénienne et celle de la Grèce propre expirent. Athènes ne se relève pas des coups que lui portent Démétrius Poliorcète et la guerre de Chrémonide. Cependant l'industrie céramique ne périt pas ; elle
(*) Les tombeaux de Kertch ont aussi fourni de nombreux vases à relief.
(^) Cf. Dumont Mélangés archéologiques 15 n. 1.
se transporLe en Italie i^') où elle revit, dirait-on, dans une vraie renaissance. L'Italie méridionale, la Sicile, (-) rÉtrurie possédaient depuis longtemps des ateliers do poterie; mais leur liistoire, avant l'époque d'Alexandre, est encore pleine d'obscurités : " nous ignorons quelle activité ont pu avoir les céramistes, dans les colonies grecques. Il n'est pas impossible que les vases " chalcidiens „ soient originaires d'Italie; cela est même probable pour les Hydries de Caeré. Sans doute, dans nos collections, finira-t-on par reconnaître encore bon nombre de produits des anciennes fabriques grecques de l'Italie méridionale ("'). „ De même, y aura-t-il lieu de faire sa juste part à l'Etrurie.
Dans l'Italie méridionale, trois classes principales apparaissent au IV® siècle : les vases apuliens, lucaniens, campaniens ; les lieux de fabrication ne sont pas encore exactement déterminés. Pour les vases campaniens, à partir de la seconde moitié du IV® siècle, Cumes et Capoue, et probablement d'autres cités grecques luttent avec énergie contre l'envahissement du marché italien par les produits athéniens. A partir de la seconde moitié du IIP siècle, cette fabrication qui est restée longtemps
(1) Sur la céramique italienne, Patroni La ceramica antica.
(-) Syracuse pour la fabrication de grandes jarres imitant les vases en métal, point de départ de la poterie moulée, Lôschke Arch. Zeit. 1881 -14, 29-52 : l'époque où commence la fabrication de ce genre de vases est placée vers le VIP siècle; le lieu de fabrication en Sicile serait peut-être Syracuse; mais elle est imitée des vases en métal qu'on apportait vraisemblablement de Corinthe en Sicile, Dumont et Chaplain Céramiques de la Grèce propre 191 (note de M. Pottier). Cf. du même, Catalogue Il 18o s.
(3) Baumeister 2UU1.
fidèle aux traditions athéniennes, dégénère et tourne à la barbarie.
F. Lenormant a vu dans Tarente un autre centre de l'industrie céramique en Italie. Le style apulien serait originaire de Tarente et de là se serait répandu en Italie, à Ruvo, à Canosa ('}. Le style lucanien se rapproche du style apulien : il semble que l'on puisse désigner Paestum (^), comme l'un des centres principaux où il a fleuri. Enfin, au cours du IIP siècle, entrent en Grèce les poteries moulées ; on en a trouvé un grand nombre à Mégare ; on en a découvert aussi à Tanagra, Mélos, etc. Selon M. Furtwângler, cette industrie a pris naissance, non à Mégare, mais dans un grand centre industriel de l'époque alexandrine ('').
Cet exposé a fait ressortir, comme je l'indiquais en commençant, l'existence de deux solutions, au problème qui nous préoccupe : concentration de l'industrie aux mêmes lieux ou généralisation, dans les différents Heux, des mêmes types. Les auteurs vont parfois de l'une à l'autre. On serait tenté de les accuser d'inconséquence, s'il ne fallait tenir compte des difficultés d'une science dont les fouilles élargissent et modifient chaque jour le domaine.
Si, en cette matière, il était permis d'invoquer des considérations étrangères aux objets que l'archéologie classe et étudie, on serait tenté d'admettre des ateliers!
(1) Lenormant La Grande Grèce I^ et The Academy 10 janvier 1880. Helbig Bull, dell' Inst. 1881 201. Patroni La ceramica antica 131 attribue ces céramiques, non à Tarente, mais à Ruvo et à Canosa. Voir sur la fin de la peinture des vases en Italie, Rayet et Collignon Ch. XIX.
(2) Rayet et Collignon 311.
(3) Collection Sabouroff notice de la planche 73.
nombreux pour les vases de même nature. L'expérience acquise, par les potiers, dans la fabrication des objets ordinaires, devait éveiller chez eux l'idée de s'essayer dans des œuvres plus difficiles. Le talent n'a pas nécessairement fleuri dans toutes les cités grecques : le savoirfaire à dû être plus commun; il a dû rétrécir le champ ouvert aux grands artistes et ne plus guère leur laisser d'issue que pour le commerce de leurs meilleurs produits. Corinthe, les villes de l'Ionie et quelques autres centres ont répandu les œuvres de leurs céramistes dans tout le monde grec ; Athènes, dans les belles périodes, a dominé le marché et tous les vases d'un réel mérite artistique viennent d'elle: les archéologues l'affirment. Ne sont-ils pas trop jaloux de la gloire de ces villes et ne confisquent-ils pas indûment, à leur profit, le bien d'autrui ? Je l'avoue^ envisagée du point de vue où je me suis pi icé, du point de vue économique, l'histoire de la céramique n'offre pas tout-à-fait l'aspect qu'elle présente aux archéologues ('). Je ne vois point de traces d'une industrie intense ; je ne vois point ces usines, ces ateliers déversant en grand nombre les produits de quelques cités sur l'immense majorité des villes grecques, qui demeurent passives. Je ne retrouve pas, dans l'ordre économique, le fait qui est affirmé dans l'ordre esthétique, et s'il m'était permis de prendre position dans ce débat, sans nier la grande influence des écoles corinthiennes, ioniennes, athéniennes, je serais tenté de réduire de beaucoup l'activité industrielle de leurs artistes.
(^) Spécialement en Allemagne. Cf. Dumont Mélanges archéologiques 22 : " Importations fréquentes au VI'- et au y siècle, communauté d'inspiration, imitation en Italie des types de la Grèce propre, relations commerciales en tout temps, et cependant importance des fabriques locales, d'autant plus grande que nous
L'archéologie nous offre un fait intéressant à recueillir; dans une certaine mesure, il peut servir à rabaisser les exagérations auxquelles on se livre parfois en parlant de la fabrication des céramiques athéniennes (') ; l'un des produits les plus originaux d'Athènes est le lécythe blanc. Tant qu'on ne le rencontrait qu'en Attique, on pouvait dire qu'il était fabriqué en vue de rites ou d'usages particuliers (-) ; aujourd'hui, quelques exem-
nous éloignons de la belle époque de Part : telle semble être la vérité sur cette question des céramiques grecques et des céramiques italiennes ,,.
D'après M. Pottier, l'importation considérable de vases grecs en Italie serait certaine. Voici ce qu'il écrit au sujet d'une petite cité située sur un tout autre point. Catalogue II 275 : les découvertes faites à Myrina permettent de suivre pendant des siècles *"' la série à peine ininterrompue des importations „. Vases de style mycénien, ionien, corinthien, au Vile siècle, phénicien au Vile, vases de style attique à figure noire (à partir du Vie siècle, on voit que l'exportation attique défie et tue toute concurrence). Vases de style attique à figures rouges (importation interrompue par les guerres médiques; elle reprend après 450) etc. M. S. Reinach écrit ce qui suit au sujet des figurines de Myrina BCH VII 1883 91 : " La question qui se pose au sujet de ces figurines est la même que pour les vases de style grec et même attique qu'on découvre dans des contrées fort éloignées d'Europe ou d'Asie. Est-ce le résultat d'une exportation ? Est-ce une imitation locale des produits grecs ? „
(1) Rayet et Collignon 97 : " La population libre demande à l'industrie et à la marine les ressources que la stérilité du sol lui refusait, et qu'elle ne voulait pas chercher dans le pénible travail des mines (au VI^ siècle). De toutes parts, se fondèrent des fabriques de meubles, d'armes, d'étoffes, de vases surtout. Athènes devint et resta désormais une cité manufacturière. „
(-) Dumont Mélanges archéol. 65. A. C. Bosanquet On a. group of early attic lekythoi Journ. cf. Hellenic Stud. XVI 1896 164 : l'auteur signale une douzaine de lécythes, tous de fabrication
plaires apparaissent à Rhodes, en Sicile, en Gampanie, à Cames, en Asie, à Corinthe, à Erétrie. Voici donc un produit certainement atliénien que le commerce a transporté au loin, mais par petites quantités seulement.
Les mérites des maîtres de la céramique restent intacts : ne grandissent-ils pas encore, si l'on suppose que les artistes ont fait école, ont éveillé de nobles ambitions et se sont donné à eux-mêmes des rivaux?
Industrie centralisée ou industrie dispersée en des lieux nombreux, les deux solutions, comme je l'observais plus haut à propos de Corinthe, ne sont pas aussi éloignées qu'elles en ont l'air. Chaque style a sa patrie; il a été créé en une ville par des artistes; c'est de là que lui-même ou ses produits se sont répandus dans le monde et il n'a pu vivre et se développer qu'à la condition que ses créateurs aient continué à le diriger.
Au premier rang, Athènes. Elle a été, depuis le VI" siècle jusqu'au commencement du IIP, le centre de l'industrie céramique. Elle lui a fait accomplir tous ses progrès; elle a guidé le goût; elle a imposé les modes. Tout au moins, les œuvres de ses céramistes se sont répandues dans le monde pour y porter les règles nouvelles de l'art et provoquer d'heureuses imitations (').
athénienne, mais trouvés en divers lieux : en Campanie, à Gela, à Érétrie, en Attique. Le fait d'une exportation commerciale expliquerait leur dispersion; ces vases paraissent appartenir au 2© quart du V" siècle.
(/) Un exemple frappant de la difficulté qu'il y a à se prononcer sur la provenance des vases. Les vases panathénaïques ont été trouvés partout ; en Attique même, ils sont fort rares et cependant ils sont certainement des produits de l'industrie athénienne. Cf. Wellauer Étude sur la fête des Panathénées Lausanne 1899 p. 39 : " M. Albert Martin fait remarquer, après O. Jahn et Sauppe, que ce n'étaient pas tant les amphores que l'huile qui faisait la valeur du prix; car l'exportation de l'huile
Au second rang, Corinthe ; avant elles, peut-être, l'Argoiide; après elles, l'Italie. Voilà ce me semble, les noms propres qui surgissent de cet exposé. Plus en arrière, vient toute une série de villes, nombreuse déjà et qui va en s'augmentant ; je rappellerai Rhodes, Mélos, la Cyrénaïque, Naucratis, Chalcis, la Béotie.
On voudrait pouvoir mesurer l'importance de cette industrie dans l'un de ces centres : combien occupaitelle d'ouvriers ? Etait-elle productive ? De curieuses plaques ('), trouvées à Corinthe, nous montrent des navires transportant des vases ; mais nous ignorons si ces vases forment par eux-mêmes l'objet du commerce ou s'ils servent de récipients pour le vin, le blé ou d'autres matières. Pour Athènes, aucun témoignage littéraire ne nous donne une idée de l'extension de cette industrie. Je n'en connais qu'un seul : c'est cette parole d'Andocide (-) (^ue fabriquer des lampes, c'est faire œuvre d'étranger ou de barbare. Le témoignage d'Andocide est confirmé d'une curieuse façon par les inscriptions de deux vases archaïques d'Athènes : 6 XxùGo; Èypacsa-ev, 6 A'joo; â'vpacparsv ('). On comprend difficilement qu'une industrie prospère puisse rester le monopole des étrangers et des barbares. Les inscriptions attiques ne citent qu'un très
était soumise, en Altique, à des mesures prohibitives; mais les vfiinqueurs aux jeux des Panathénées avaient le privilège de la libre exportation ; par là s'explique le grand nombre d'amphores panathénaïques trouvées en dehors de l'Attique (Grèce, Italie méridionale) ,;. Sur ces amphores, cf. ibid. pp. 37 s.
(') E. Pernice Die Korinthischen Pinakes Jahrb. arch. Inst. XII 1897 9.
(2) Scol. Aristoph. Guêpes 1007 à propos d'Hyperbolos : wç oè ^£Voç tov xal jiàpjiJapoç hjyyor.o'.û.
(5) Ephem. archaiol. 1885 54.
petit nombre de céramistes. On en connaît cinq ou six ('). D'autre part, Aristophane a immortalisé le fabricant de lampes, Hyperboles et le potier Cépbalos (-). Le même poète fait allusion aux peintres qui ornent les lécytlies funéraires ("'). Chose singulière, une industrie, qui a porté si haut la gloire d'Athènes, n'a laissé, dans son histoire, que des traces insignifiantes. Ne serait-ce pas que le résultat obtenu n'est pas en proportion avec la faiblesse des moyens employés? Quelques générations d'artistes et un petit nombre d'ateliers ont suffi pour acquérir à la cité une gloire immortelle. Placez à côté des ateliers, les fabriques des potiers qui travaillent pour la clientèle ordinaire et vous aurez une industrie, qui, sans employer beaucoup de bras, peut satisfaire à tous les besoins.
Presqu'aussi importante que l'industrie de la poterie était celle de la laine : l'élève du mouton était très répandue ; une grande partie des vêtements étaient faits de cette laine {*) ; elle servait aussi à la fabrication d'autres objets, couvertures, tapis. Les produits se différenciaient par la qualité de la laine employée et, pour
f/) I 467 Spoudides x£pa|j.£j; ; IV p. 154 dédicace d'Euphroiiios xspaaôjc;; IV 373'->' p. 88 dédicace de Nearchos; IV 373-'"^ p. 101 dédicace de Mnésiades x£pa;j.£'j; et d'Andocide (le peintre ; II 3895 AîTcrivr,^ xspajjLîj^. Dans le::! inscriptions des phiales des affranchis, un seul fabricant d'amphores Cf. infra, Livre I, Ch. VIL
f-) Ekkl. 248-252.
(^) Ekkl. 996 : ô; -rolc; vsxpolT'. Ctoypacpsl -à; ÀT,x'j6o'ji;.
(*) Cependant les habitants des campagnes se vêtaient souvent de peaux, Biichsenschùtz Besitz 161.
. quelques-uns, comme pour les tapis, par leur caractère ( artistique. Par essence, cette industrie était une \ industrie domestique : on se rappelle les belles descriptions que trace Homère des intérieurs grecs; la femme entourée de ses servantes fait elle-même les vêtements de son mari et de ses fils : ses doigts agiles n'abandonnent pas le fuseau.
Cependant la production ne se limite pas toujours aux besoins de la famille et nous avons des preuves certaines de l'existence d'une industrie. A Athènes, nous savons par les inscriptions que bon nombre d'affranchis exer- 1 çaient la profession de tisseurs de laine ('). Milet était \^ renommée pour ses étoffes précieuses et ses tapis (■). D'autres villes avaient également des produits réputés : on peut citer Cypre, Corinthe, Mégare, celle-ci pour la fabrication des vêtements ordinaires, Pellène en Achaïe pour les manteaux r).
Existait-il aussi une industrie employant des matières végétales ? Corinthe fabriquait des xa^ao-ipsiç, sorte de vêtements qui généralement étaient en toile. Cependant les xaXao-ips',; de Corinthe paraissent plutôt avoir été en laine (*); c'étaient des objets de luxe ("). Pausanias (^) fait mention d'une grande filature de Byssus à Patrae. Elle occupait deux fois plus de femmes que d'hommes.
Ce sont là les seuls faits que nous puissions invoquer. Cependant les auteurs modernes semblent d'accord pour affirmer un large emploi de la toile dans le vêtement. Chez les Grecs d'Asie, il en était ainsi et il ne
(1) Cf. infra, Livre I, Ch. VII.
{«) Cf. infra, Livre I, Ch. IV.
(5) Bliimner Gewerbl. Thtltigk. 85.
(^) Cf. infra, Livrai, Ch. III.
(^) Biichsenschiitz Hauptstàtten 72 d. 3.
(«) VII 21, 1. Pauly Wissowa : Byssos.
serait pas étonnant que, dès Tépoque d'Homère, cette coutume ne fût en vigueur parmi eux ('). En Grèce d'Europe, la mode nationale ne connaît que le vêtement de laine et, conservateurs en matière de toilette comme en toute autre chose, les Lacédémoniens s'habillent comme leurs ancêtres.
La coutume ionienne s'était-elle introduite à Athènes? C'est ce qu'admettent les auteurs modernes (-), et cette opinion paraît trouver un appui dans le témoignage d'Hérodote et dans celui de Thucydide ('').
Hérodote raconte comment la haine réciproque des Eginètes et des Athéniens est née et comment les Athéniennes tuèrent le seul homme qui avait échappé à la défaite; elles se servirent à cet effet des épingles tt^t». -spovr,'!', Twv laaT'iwv, qui attachaient leurs vêtements. Depuis ce temps, les femmes prirent la mode des Ioniens, car elles portaient auparavant le costume dorien qui se rapproche beaucoup du costume corinthien; elles prirent donc une tunique de lin tov A'ivcov xiGwva, laquelle dispensait de se servir d'épingles. Il ajoute encore qu'à vrai dire ce vêtement n'est pas Ionien, mais Carien, car autrefois toutes les femmes grecques portaient l'habillement « que nous appelons maintenant le Dorien )>.
(') Helbig Homer. Epos 167 ; Millier Privataltertûmer 399 s. D'après Hehn Kuiturpflanzen und Hausthiere 4^ éd., Berlin 1893 140, les objets en toile dont parle Homère étaient de fcibrication étrangère. Opinion contraire dans Helbig 1. c.
Voir dans Hehn 1. c. 142, autres témoignages pour l'emploi de la toile en Grèce : Argos (ApY£"?o'. XcvoGojpTjxs;), Olympie (offrandes de Gélon) etc. Studniczka Beitr. z. Gesch. der altgriecb. Tracht Abhandl. Univ. Wien 1886 20 et 38.
[-) Pauly Wissowa : y.-ôjv. On trouvera à cet endroit la bibliographie de la question.
(•') Hérod. III 82 s. Thuc. I 6.
Les hommes auraient subi, à un moment, tout comme les femmes, l'ascendant de la mode : Thucydide nous montre les Athéniens adoptant la vie civilisée, et abandonnant l'usage de se munir, en tout temps, d'armes ; ils se mirent alors à porter des vêtements de lin y !.Twvâ; 7£ XivoOç; il n'y a même pas longtemps que cette mode raffinée a été abandonnée ; les Lacédémoniens sont les premiers qui ont adopté un vêtement simple et conforme à la mode actuelle. Il semblerait donc que les hommes en étaient revenus aux vieux usages : les avaient-ils jamais abandonnés? Il serait vraiment curieux de constater semblable retour en arrière.
Le moyen le plus simple de concilier Hérodote et Thucydide est de supposer que l'un s'occupe des femmes, l'autre des hommes ('); je ne sais, si cette tentative est fort heureuse, car n'est-il pas bien remarquable que Thucydide ait omis de noter ce fait si simple, que les femmes gardèrent la mode ionienne ? Ces questions de toilette féminine sont délicates à trancher. S'il était, dans les usages des Athéniennes, de s'envelopper dans des vêtements de toile, l'industrie du lin devait être presque aussi importante que celle de la laine et, chose curieuse, nous n'en trouvons que de rares mentions (^). Je remarque de plus cette particularité : les inventaires des temples (^) portent parfois des listes
(') Boehlau Qusestionum de re vestiaria Graecorum spécimen 1881 25. D après Studniczka 1. c. 29, au milieu du V'' siècle, reparut, pour les femmes, la mode dorienne, mais la mode ionienne subsista.
[^) Les inscriptions des phiales d'affranchis citent 26 tisseuses de laine, aucune tisseuse de toile. Cf. infra. Livre I, Ch. VIL
(^) Samos, C. Curtius Inschrift. u. Stud. z. Gesch. v. Samos 10 1. 15. = Ch. Michel 832. — Athènes, inventaire du temple d'Artemis Brauronia CIA II 758 B. Col. 11 9-10, 15. = Ch.
de vêtements destinés à parer la statue du dieu : ainsi ceux d'Artemis Brauronia : les robes et autres pièces d'habillements en lin y sont rares ; il est spécialement noté qu'elles sont en lin ou en tissu d'Amôrgos, ce qui permet de croire que tout le reste est en laine ('). Par contre, à Samos, sans doute, sous Finfluence de la mode asiatique, presque toute la garde-robe de Héra est en lin. Et enfin, ce qui n'est pas le moins étrange, aucun auteur ne nous donne le moindre détail sur les lieux d'origine ni sur l'importation de la matière première. On ne peut guère citer que ce passage des Grenouilles, où Aristophane reproche à Thorykion d'avoir fait passer du lin, d'Egine à Épidaure (-). La plante n'était guère cultivée en G-rèce, sauf en Élide : Pausanias vante la fertilité du sol qui produisait le lin, le chanvre et le byssus (^). Dira-t-on que la toile venait d'Egypte, de Phénicie ? On verra plus loin combien rares sont les indices d'une importation provenant de ces pays. En résumé, je me demande si, l'usage de la toile était aussi répandu qu'on le dit et s'il ne resta pas limité aux classes riches.
Michel 820 et CIA II 754 = Ch. Michel 819. Cf. Boehlau De re vestiaria 20 et Michaëlis Parthénon 314. Dans l'inscription des mystères d'Andanie, en Messénie, 91 av. J. C, les femmes qui prendront part aux mystères porteront un vêtement de dessous '/iTôiva Xîvsov et un manteau d'une valeur de lOOdrachnes au plus; pour les jeunes filles et les esclaves, le vêtement de dessous sera de lin ou de coton xaAàc7T)p'.v t^ aivôovÎTav.
(') L'indication des couleurs conduit à la même conclusion.
(^) 363 : ri tàTTopp-fir' àizo-i^Kr^n | e^ AtytVTjÇ ©topuxîwv ûv, elxoaxo- Xo'yoi; xaîcooaitxtDV, | àaxwaaTa xal Xîva y.al TrtTxav Ôta7r£{j.7rtov àç Eîitoa'jpov.
{^) VE 26, 6. Sur les plantes textiles, voir P. Guiraud La propriété loncieie en Grèce Paris 1893 501-503. « Il faut descendre jusqu'à Thucydide et Théophraste pour avoir la preuve que cette plante (le lin) était un produit indigène de la Grèce. »
La métallurgie est aujourd'hui de toutes les industries la plus active ; les emplois des métaux se multiplient chaque jour et rendent possibles des travaux que l'imagination des anciens n'aurait pas rêvés. A leur époque, les métaux n'étaient encore que d'un usage assez limité. Dans la construction, ils n'intervenaient guère; nous les rencontrons dans la fabrication des instruments, en particulier des armes, dans celle des objets d'art et dans celle des meubles.
Mais avant de nous occuper de l'emploi des métaux, nous traiterons de leur provenance, en nous attachant tout spécialement à rechercher dans quelle mesure le sol même de la Grèce les fournissait à l'industrie (*). Dans l'antiquité, surtout à cause des difficultés de transport, la métallurgie n'a pu acquérir une importance considérable qu'aux lieux mêmes où l'on obtenait la matière première et où se rencontrait, en quantités suffisantes, le combustible : ailleurs, les métaux n'étaient utilisés que pour les usages ordinaires de la vie et pour les besoins locaux. Il y a cependant quelques exceptions, comme Egine et Délos, et encore sont-elles douteuses, car l'on peut se demander si les objets vendus sur ces marchés n'étaient pas, en partie, de fabrication étrangère (2).
Les mines exploitées en Gî-rèce étaient peu nombreuses. Pour commencer par les métaux précieux,
(1) Sur tout ceci, Neumann et Partsch Physikalische Geographie von Griechenland Breslau 1885 222 s. et Bliimner Technologie IV.
(*) Plin. H. N. 34. 5 : Proxima laus ^ginetico fuit. Insula et ipsa, nec ses gignens, sed officinarum temperaturâ nobilitata.
Athènes avait ses mines d'argent du Laurion ('), dont je parlerai plus loin. On cite encore celles de Cypre et de Siphnos (-). I/or était moins abondant, mais plus répandu : on en trouvait à Cypre; en plus grande quantité à Siphnos ("') et à Thâsos ; les mines les plus productives des Thasiens étaient situées sur les côtes de laThrace (*) ; Hérodote en attribue la découverte aux Phéniciens; elles étaient entre Ainyra et Koinyra, en face de Samothrace. Il signale aussi celles de 8kaptèhylè qui donnaient par an 80 talents (^). Thucydide en possédait dans cette région (*^). On cite encore Daton, colonie des Thasiens, Crenides qui, après avoir appartenu aux Athéniens, passa sous la domination macédonienne : le roi Philippe en obtenait un revenu de plus de mille talents ('). J'omets les gisements d'or en Macédoine. : la Grèce elle-même n'en possédait guère (**). L'Asie était plus favorisée que la Grèce ; sans parler des pépites que charriaient les fleuves de la Colchide, en Lydie C^), on trouvait de l'or dans le Pactole ('") et aussi dans les mines du Tmolos et du Sipylos ("). En Mysie près
(1) Elles donnaient aussi du plomb et du fer..
(^) Blùmner Technologie IV 32. Cf. Hautt îcœur L'île de Siphnos Bull. Soc. belge de géographie 1898.
(3) Hérod. III 57. Paus. X 11, 2.
(*) Hérod. VI 47.
(^) YI 46.
(•■•) Thuc. IV 105.
(■) Diod. XVI 8.
(»*) Ath. VI 231 B.
(••') Hérod. V 49, VII 28. Strab. XIV 5, 28.
('«) Hérod. 193, V 101.
(/•) Du temps de Strabon XIII 4, 5, on ne trouvait plus d'or dans le Pactole, et les mines du Tmolos étaient abandonnées.
(l'Atarueus (*j d'Abydos, de Crémastè (2), d'Astyra (J') et de Lampsaque.
Le sol de la Grèce n'était guère plus riche en métaux ordinaires: on extrayait le cuivre sur plusieurs points de l'île d'Eubée, mais surtout dans le voisinage de Chalcis (*). On en trouve des gisements dans le Péloponèse et notamment en Argolide et à Sicyone ; on ne peut assurer qu'ils ont été exploités dans l'antiquité (^). Cela est possible : on se rappelle la célébrité dont jouissaient les armes d'Argos et les produits de l'industrie métallurgique à Sicyone et à Corinthe (^'). On a découvert aussi les traces d'anciens travaux dans l'île de Sériphos (') ; mais en dehors de la Grèce continentale, c'était Cypre qui avait la réputation la plus .étendue (^).
D'où venait Jlétain ? (^) Il entrait dans la composition du bronze, mais nulle part en Grèce, il n'en existait des gisements. C'est un problème actuellement encore insoluble que de savoir d'où il venait dans la haute antiquité. Plus tard, les mines de la Grande-Bretagne approvi-
(') Strab XIV 5,28; de son temps abandonnées.
{*; Citées par Xen. Hell. V 8, 37.
(') Strab. XIV 5,28; mines à peu près épuisées de son temps.
(*) Blûmner Gewerbl. Thâtigk. 87.
(^) Neumann et Partsch 1. c. 229 : l'ancienne Grèce n'a pas possédé d'autres mines de cuivre que celles de Chalcis, en Eubée.
(«) Curtius Peloponnesos II 338, 483.
(") Blumner Technologie 63.
(*) En 2^^/i, Nicocréon, roi de Cypre, envoie aux Argiens un cadeau de cuivre pour les vainqueurs des jeux argiens, Ross Archaeol. Aufsàtze II 622, Kaibel Epigr. ex lapid. collecta n° 846.
(^) SalomonReinacbL'Étain celtique L'Anthropologie 1892 275. Voir sur le voyage dePytbéas à la recherche du pays de l'ambre et de l'étain, P. Masson De Massiliensium negotiationibus Paris 1896 46.
siomiaient le reste de l'Europe : c'étaient là qu'étaient situées les célèbres îles Cassitérides, découvertes par les Phéniciens, et dont ils cachaient soigneusement la.^ position (*). On ne sait trop comment il arrivait jusqu'en Grèce : probablement les marchands indigènes le transportaient-ils à travers la Gaule jusqu'à Marseille et à / Ncirbonne (-) ; les marchands phéniciens et plus tard les-^ Grecs allaient l'acheter dans ces villes. Peut-être antérieurement, arrivait-il en Grèce, par la voie maritime et par l'entremise des Phéniciens qui allaient le chercher sur place ; mais cela paraît bien improbable. L'Espagne~\ possédait aussi des mines de ce métal. C'est pour cette raison que Tétain figurait parmi les principaux produits qui, d'après les anciens, formaient l'objet du commerce
des Phéniciens de Tartessos (•'). ■'
L^ Grèce était relativement riche en mines de fer : les anciens citent les mines de l'Eubée près de Chalcis (^). Etienne deByzance nomme aussi les mines d'.Aidepsos. Parmi les îles, Rhodes et Cypre (•'), s'il faut en croire les légendes qui placent là les Telchines, les inventeurs du fer ; mais d'autres légendes les transportent également en Crète C^), où les voyageurs modernes n'ont découvert aucune trace de minerai de fer. Ils ont été plus heureux
(*) Hérod. III 115 : ojts yr^Too; oIool KaTTi-rspioaç so'iaaç, sx tôiv ô •/.aTaiTEpoç r)[juv (^o'-7.. Strab III 5, 11.
(-) Strab. III 2,9. Diod. V. 22 et 38 : l'étain est transporté à travers les Gaules jusqu'aux bouches du Rhône, à dos de cheval. Le voyage dure trente jours.
(^j Posidonius (Strab. III 2, 9) : ysvvaaÔai 8' h zz 'zoiç ùrèp toùç Aucri-ravoùç ,8ap[3aco'; xal sv to"Îç Ka-UTETSpt'îTi vr^cjot; xal iy, twv Bp£T-avr/.wv ôÈ Z.U '^V" MaaaaÀîav xoaitsaOa'.. Diod. V. 38.
(^) Strab. X 1, 9; épuisées à son époque.
{•') Et aussi, semble-t-il. Imbros. Kôhler MAI V 279 — Ch. Michel 831. ^-
i'') Bliimner Technologie IV 7G.
à Cypre. Ces mêmes voyageurs signalent des minerais de fer dans le Péloponèse, au Taygète, au Cap Ténaron (') lesquels révèlent une exploitation ancienne, à Andros, Gyaros, Sériphos, Skyros, Céos, Cythnos.
Le plomb était peu employé dans Tantiquité ; nous ne rencontrons chez les écrivains aucune mention bien nette d'une exploitation de ce métal en Grèce {^). Cependant on en trouvait certainement dans les mines du Laurion et Bliimner nomme encore Cypre, Rhodes, Sériphos, Siphnos, Anaphé.
Il serait du plus haut intérêt de rechercher si l'industrie grecque ne demandait pas aussi les matières premières aux producteurs étrangers; mais nous n'avons à cet égard que des renseignements trop rares ou trop peu précis. Le petit peuple des Chalybes dans le Pont a eu l'honneur d'être nommé à plusieurs reprises par les anciens (^) : les habitants vivaient à peu près tous de l'industrie du fer ; ils produisaient surtout de l'acier que les Grecs appelaient , d'après eux, '/aAu^ ; leurs armes sont fréquemment citées. Les villes grecques voisines, surtout Sinope, faisaient le commerce des objets fabriqués par les Chalybes et rivalisaient avec eux.
(') Neumann et Partsch 1. c. 231. Sur les mines d'Andros, H. Hanttecœur Andros l'ile des métaux Bull. Soc. belge de Géographie, 1895, no 5. On y trouve : note sur les gîtes métallifères des vallées de S. Pierre et de Vitali à Andros (pages 34-49) par le Dr J. Cornet et analyse des minerais par le Dr A. Van den Berghe (pages 41-48 ) et des détails sur les anciennes exploitations. Le même, l'île de Kéos, Ibid. 1896 dit page 17 du tiré à part : Mais toutes ces mines (plomb, craie, plomb argentifère, etc.), à l'exception du m\mu.m^7i^ avaient pas été exploitées par les anciens. comme le prouve l'absence complète de scories. (Suivent des détails sur l'exploitation du minium à Kéos dans l'antiquité).
(-) Cf. pour l'extraction du plomb au Laurion, infra. Livre III, Ch. I. Pauly-Wissowa : Blei.
(*) Bùclisenchiitz Hauptstàtton 43 n. 14.
Non moins célèbre était le cuivre d'Espagne que les Phéniciens tiraient du pays qu'ils appelaient Tartessos, le cuivre d'Italie et particulièrement celui de l'île d'Elbe. Les mines de Sardaigne étaient connues. Les habitants de la Grèce propre usaient-ils des produits de ces mines? En absorbaient-ils, pour leur industrie, des quantités notables ? Nous l'ignorons. Elles alimentaient certainement l'industrie des Grecs d'Italie et d'ailleurs. La Grèce d'Europe, elle-même, était trop pauvre pour pouvoir exporter ses minerais (M.
Je ne crois pas devoir retracer l'histoire des métaux en Grèce; je me borne à signaler un problème difficile : on peut admettre qu'il y eut en Grèce une période du cuivre précédant celle du bronze et durant laquelle le fer était encore inconnu ('-). Les couches inférieures à Hissarlik n'ont donné que des objets en cuivre et en bronze : à Théra, le seul objet en métal était une scie en cuivre.
Le fait le plus curieux des découvertes de Schliemann à Troie et à Mycènes est la grande quantité d'objets en or qui ont été remis au jour. Plus tard, ce métal paraît moins répandu. Les Lacédémoniens, voulant dorer le visage de la statue d'Apollon Amycléen, sont envoyés par l'oracle, vers Crésus. Hiéron de Syracuse (478-
(^) D'après Neuraann et Partsch 1. c. 236, la Grèce possédait du fer en grande abondance et aussi longtemps qu'elle trouvait dans ses forêts, le combustible nécessaire, elle pouvait se passer de l'importation des produits étrangers. Le cuivre manquait et les fonderies de Délos, Egine, Corinthe, Sicyone, avaient besoin du cuivre venant de Cypre ou des régions éloignées de l'Ouest. Voir cependant Od. I 186 et II. VII 472.
(^) Bliimner Technologie. Beloch G. G. I 80. Helbig Homer. Epos^ 329 et Eiserne Gegenstànde in drei Stellen des homerischen Epos Hermès 32 1897 86. Cf. de Launay Ferrura Diction. Antiq. gr. et rom.
476) ('), ayant besoin d'or pour faire faire un trépied et une statue de la Victoire, est obligé d'envoyer des messagers en Grèce. Ceux-ci finissent par trouver la quantité de métal nécessaire, à Corinthe, chez Arcbiteles, qui depuis longtemps en avait réuni beaucoup.
Aux époques primitives, l'accumulation des métaux précieux est Tune des formes de la richesse. Les rois et les princes ont des trésors dans lesquels ils entassent les lingots d'or, le métal travaillé, même les étoffes de prix. Le capital est encore improductif : on lui donne cette forme commode, qui permet son emploi rapide en cas de besoin.
Plus tard, il n'y a que les avares qui, pour pouvoir palper leur or, l'enferment dans des coffres. Auparavant c'était, si j'ose le dire, l'un des seuls placements que l'on pût faire de sa fortune mobilière.
Les emplois des métaux n'étaient pas, je l'ai dit, fort nombreux. D'abord les armes : les épées de Chalcis citées par Alcée et par Eschyle (-); les boucliers de Béotie (•") ; les armes de Rhodes (Strabon, Diodore de Sicile)(^), celles d'Argos et particulièrement les boucliers (Pindare) O, celles de Laconie (Xénophon) ("), celles de
(«) Théoporap. Ath. VI 231 F.
(-) Ath. XIV f)27 B : yaXxtôixat jTrâôai. Plut, de def. or. 43 : Xapwv yàp aù-oÔTiXTOv (audÔTjX'rov) Eù^of/tov ^ioo^. Bûchsenschutz Haaptstàtten 39.
(3) Le bouclier figure sur les monnaies de Béotie. Blûmner Gewerbl. Thâtigk. 59. Xen. de re eq. 12, 3. Pollux I 149.
{*) Strab. XIV 2, 5. Diod. XX 84: o\ ôà ziyyixo^i zàa aùtwv ETriaTT^Ii-aç TrapsûyovTO Trpoç ttiv twv ôîrXcav xaTa7X£'JT,v.
(•') Ath. I 28 E : oTT/a S' àr' "Apyo-j^ et 01. VII 83 : ox' sv "Xpyei yaÀxoç iyviù v-.v et la scolie : t6 o' ettocÔ/iov àaTiU /olXy.'x].
{^) Xen. Hell. III 3, 7 cite : axyatpai, çt'cprj, o!3£À''r/.o'j(;, TcsXe'xsic,
Cypre, celles de Marseille et de Cyzique ('), Pollux donne une liste d'armes ou de pièces d'armes, avec l'indication des lieux de fabrication les plus réputés : cuirasse d'Athènes, casque de Béotie, chapeau et couteau de Laconie, bouclier d'Argos, arc de Crète, fronde d'Acarnanie, javelot d'Etolie, poignards de Gaule, hache de Thrace (2).
Ensuite les meublas. En premier lieu les vases : à Argos, les cratères ("') et les bassins (*); à Chalcis, les coupes (^). Rhodes avait ses coupes appelées T,0'j7:ÔT',o£;, probablement en argent ; de même Athènes avait ses coupes dites Thériclées (^) ; celles-ci se distinguaient par leur poids ; celles de Rhodes, plus légères, pouvaient être acquises par les pauvres toC; Tzz^r^tji ; dans cette dernière ville encore les vases appelés Poo'.à;, Poot.ay.ôv. Les serrures de Laconie étaient célèbres et, en général, les ouvrages de fer et d'acier; une partie du
('j Agamemnon II. XI 19 porte une cuirasse qui provient de Cjpre. Strab. XIV 2, 5.
(*) I 149 : £joox'.[ji,a oè Owoa; "ATT'.xojpYr^;, xpâvo; BotwrtojpY^'îi ttÎXoç xat EYys'.pi'ôiov Aaxwvixà, àcTTcl;; 'ApYoXtXT), to'^ov Kprjxixôv, aoîvôdvTj 'AxapvâvtDV, àxo'vTtov A'.to) ixov, aocyaipa KsXtixt), ttsXîxoç Bpscx'.o;. Dans les inventaires du temple de Délos, BCïï VI 1882 130:-o;a xpTjTixà, cpapsTpa fjpaxXsw-'.xri yp'j(T07:o''x'.AXoç 'zô^o-j s'youaa.
{^) Hérod. IV 152. Il s'agit d'un cratère offert à Héra, par les Samiens, après leur retour de Tartessos; la forme de ce vase était copiée d'après les modèles argiens.
(^) Antiphanes chez Ath. I 27 D.
(^) Aristoph. Equ. 237. Rem. dans Plutus 812 s., Carion, voulant donner une preuve de la grande richesse de son maître, dit que vinaigrier, écuelles, marmites, tout est en airain : o'Slç 8è izôLiT. xal XoTrâotoy xat yj-rpa | yaXxYJ yéyo'^t.
(^) Bùchenschutz Hauptstàtten 41 u. 4, 5.
marché était affectée à la vente de ces objets (*). En second lieu, les objets précieux déposés dans les temples. Les inventaires des temples Athéniens portent les vases de Chalcis et de Lesbos (-) ; ceux du temple de Délos, les produits de l'art ou de l'industrie de Téos, de Milet, de, Chio, de Rhodes (^), d'Étrurie, de Laconie (*). Rappelons les deux vases ciselés en or qui figuraient au cortège de Ptolémée Philadelphe et qui étaient un travail corinthien; dans le même cortège, il fut exhibé aussi un grand vase d'or laconien et quatre autres de petites dimensions (').
Remarquons l'emploi du métal pour l'ornemefitationydans les constructions. Je me borne à quelques indications sur un sujet que W. Helbig (^) a traité à fond. L'Odyssée ("), décrivant le palais d'Alcinoûs,nous dépeint les murailles recouvertes de bronze, la frise est en kyanoS; les portes sont recouvertes d'or, le montant, d'argent, le seuil, de bronze. Helbig montre qu'il faut entendre
(•) Bùchsenscliutz Hauptstàtten 38 n. 9. Steph. Byz. Aaxsôaî|JLtov. Xen. Hellen. III 3, 7.
(••*) Infra, Livre I, Ch. IV. Cf. Hérod. IV 61.
{^) Trj'.o'jpY'i^i |x'.Xr,7'.o'jpYTj:;, y'.o'jpYTj;, pooiaxr), Homolle Comptes des hiéropes du temple d'Apollon BCH VI 1882 108. Inventaire d'Oropos CIGS I 3498 : Pootaxf,, Poôiaxôv.
(*)' Objets en bronze : inventaire d'Hypsocles 1. 122 BCH VI 1882, 116 n. 8 : xpaTr^ps; T'jpprjVty.ol, xpaTT^ptov TupprjVixov, xpaxTjp-.ov Aaxtov'.xov, xpaTrjpîç Aaxwv-xot, -= BCH XIV 1890 Inventaire de 279 1. 122 = Ch. Michel 833.
(^) Callixenos, Ath. V 198 D. et 199 E.
('•) Hom. Epos - 100 s et l'appendice 433. Cf. E. Curtius Bas archaische Bronzerelief ans Olympia Abhandl. d. Akad. zu Berlin 1879.
C) Od. VII 86. Description du palais de Ménélas : Od. IV 43.
par Kyauos, non de Facier bleui, mais de la pâte de verre.
Le procédé d'ornementation métallique est originaire du centre de l'Asie. De là, il passe aux Grecs d'Asie; de là en Europe : le monument dit trésor d'Atrée à Mycènes et le trésor de Minyas à Orchomène gardent encore les traces des appliques en métal qui garnissaient les parois. Le trésor des Sicyoniens à Olympie était orné de la même façon : d'après Pausanias (*), les Eléens prétendaient que le bronze venait de Tartessos (-).
Enfin, d'une façon générale, l'emploi du métal dans l'art proprement dit ou dans l'industrie peut être signalé en de nombreuses villes : Égine (''), Corinthe(*), Argos(^), Sicyone, déjà célèbre du temps de Pindare {^), Délos ('), Chio (■^}, Samos (''), Athènes enfin; rappelons dans cette ville l'existence de plusieurs fabriques importantes: celle de Lysias et de Polémarquos (boucliers), celle de Pasion (boucliers), celle du père de Démosthène (couteaux) {^^).
(*) De même encore, à l'Erechtheion CIA I 324 fr. a 1. 50; 324 fr. c Col. II 1. 70.
(^) deRidder Ephem. Archaiol. 1895 : une liste de statuettes et de bronzes d'Égine. Cf. Catalogue des bronzes de l'Acropole introd.
{*) Infra, Livre I, Ch. III.
(^) Furtwàngler Die Bronzefunde aus Olympia Abhandl. der Akad zu Berlin 1879 91.
(**) Nem. X 43. Sixutovo'ôî o" àpyuptoôévrîç aùv olvTjpals cot3c)>3t'.<;
(') Cf. infra, Livre I, Ch. III.
(•*) Au Vile siècle, invention de la soudure da fer par Glaucos. ('•') Rhoecos et Theodoros trouvent l'art de couler le bronze. (*°) Busolt Gr.G. IP 80 : Eine Tptxtofxia bildeten die Handwerkerdorfer Kropidai, Pelekes und Eupyridai.
Rappelons aussi les /càxzl^y. ('), fête autrefois commune à tous les Athéniens et qui plus tard ne fut plus célébrée que par les artisans (^).
Nous pouvons constater une diffusion assez considérable de la métallurgie. Malheureusement ici encore font défaut les indications sur la force de cette branche de l'industrie. Je ne connais à cet égard que deux faits. L'un est rapporté par Pline : Egine et Tarente étaient en quelque sorte associées pour la fabrication des candélabres; là on ne fabriquait que le dessus, ici le dessous ("*). Cette division du travail ne parle pas pour une industrie développée, ni bien outillée.
L'autre est relatif à Athènes. Cette ville n'est certainement pas restée étrangère à la métallurgie. Voici cependant deux témoignages intéressants, tous les deux de la fin du V" siècle. L'un émane de Phérécrates, auteur comique dont la première victoire serait de 438; l'autre de Critias, l'un des trente Tyrans : Phérécrates {^]^^ parle des lampes étrusques, et Critias dit que d'Etrurie viennent les coupes d'or travaillées au repoussé et tout l'airain qui orne la maison et sert aux divers usages (^}. Nous aurions donc la preuve d'une importation des ! produits de l'industrie étrusque non seulement pour les \
(^) Suidas ■/ci.hY.uy..
(-) Cf. au surplus les livres d^ Blùmner et de Biichsenschutz. Je me borne à recueillir ici les faits les plus saillants et les témoignages les plus importants.
(') H. N. 34, 6 : Privatim ^gina candelabrorum superficiem dumtaxat elaboravit, sicut Tarentum scapos. In bis ergo juncta commeudatio officinarum est. Je comprends que l'on fabriquait à Egine l'enveloppe, probablement en feuilles ornées au repoussé ou autrement, et à Tarente, la tige.
(*) Atb. XV 700 : xtc; tûv Xu^vsitov tj Epyaaîa; xupprjVixrj.
(^) Ath. I 28 B. TupcTTiVT) 8è xpaTSt ypuapTUTroc; cpiàXrj, — xat Traç ^aÀxo<; Hxic, •/f.oa\kû So[jiov |\ xivt ^pstf^t.
objets artistiques, mais encore pour les ustensiles ordinaires (*). Il appartient à l'archéologie de vérifier si telle est la portée de ce texte et de nous dire si elle l'accepte, dans des termes aussi généraux pour le V^ siècle et pour les siècles suivants (-).
Je n'ai pas épuisé, par ce qui précède, l'étude des industries qui ont été exercées en Grèce : faut-il rappeler celles qui préparent les aliments, comme la boulangerie, l'industrie du vêtement, cordonnerie, teinturerie, les industries du mobilier, menuiserie, et bien d'autres ?
Les Grecs évidemment n'ont pu s'en passer ; parmi^' ces industries, il en est de purement domestiques ou locales ; d'autres, travaillent, dans une mesure plus ou ou moins forte, pour l'exportation. Tout ce qui est j nécessaire en sera dit aux chapitres suivants.
(^) Eschyle cite encore la trompette étrusque Eumen 567, Sopli. Aj. 17 et Hésychius, les chaînes oeaixot Tuppïjvr/col, Wilamowitz Aus Kydathen 20 n. 35.FurtvvanglerDieBronzefunde in Olympia 74 : In der That scheint Etrurien erst im funften Jahrhundert eine zelbstàndige Bliithe in der Bronzeindustrie entwickelt zu haben.... Das dieser Export (des lampes dont parle Phérécrates) iudess nur in geringem Masse stattgefunden haben kann, lehren die Funde die noch keine etruskische Bronze auf griechischem Boden gebracht haben.
(-) Elle rencontre ici les mêmes difficultés que pour l'attribution des vases. On peut remarquer qu'elle ne se résigne qu"ayec peine à enlever aux Hellènes l'honneur d'avoir conçu et exécuté les premières œuvres de la métallurgie. Dans son Catalogue des bronzes trouvés sur l'Acropole, M. de Ridder revendique pour la Grèce bon nombre des ouvrages qu'il classe, et un article récent lui a permis d'affirmer de nouveau l'existence d'une école artistique à Chalcis. Il est vrai, le bronze dont il s'occupe a été reconnu par M. Furtwàngler comme étrusque ; M. de Ridder essaie par contre d'établir son origine hellénique ou, d'une façon plus précise, ionienne. Ce bronze serait de la première moitié du Yle siècle, BCH XX 1896.