‹ L'industrie dans la Grèce ancienneChapitre 29 sur 89 · XX · texte numérisé non relu

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(5) Od. VIII 160 : 'AXXi zq> ojO' àjjLa VTjf ttoXuxXt/ioi eajJLiÇwv | àpyo; vau-awv, oVxe TrpTfiXTT^pEC eaj'.v | cpoptou T2 |xvr||xwv xal èirtdxoTioç sTffiv é^atcov I xEposwv 6' àp-iraXstDV, o'j5' if^Xf^-r^p: Eoixa;. Cfer Buchsenschûtz Besitz 360 et Buchholtz 172.

Mais bien rares sont les mentions d'un commerce exercé par des Grecs, même concurremment avec la piraterie. Presque partout, il est aux mains d'étrangers, surtout des Phéniciens. Écoutons sur ce point l'histoire d'Eumée C). Ses parents habitaient l'île deSyros dont le poète dit qu'elle était : euSoTOç, £!Î|jl7|Xo<;, oiyonkrfir^^, TtoXyTT'jpoç. Un jour arrive un navire monté par des Phéniciens yoLUfjixkmoi avopeç. Le poète les qualifie de Tpwxrat et l'explication du scoliaste est curieuse : TpoixTr.ç • octco TO'J Tpciye'.v • xepoaiveiv ^jO'jXojjievoç, <f'.XoxepoTjÇ, Travo'jpyoç, âTraTEiiwv. Biicher a remarqué la même association d'idée entre échanger et tromper : Tauschen = taûschen (*). Leur cargaison se compose de [kupC ayovTeç à9up|jLaTa, « des articles de luxe, des curiosités ». Dans la maison paternelle d'Eumée, se trouvait une femme phénicienne, habile ouvrière ayXaà epy' douioL. Enlevée autrefois par

(î; Od. XV 412.

(*) Voir sur rapparition de l'échange chez les peuples encore à l'état de nature, K. Bûcher DieWirtschaft der Naturvôlker 26. L'auteur insiste avec raison sur l'importance de la pratique des cadeaux qui se t'ont en vertu des règles de l'hospitalité. Par cette coutume, les produits des peuples sont transportés de l'un à l'autre et souvent à des distances aussi grandes que celles que franchirait actuellement le commerce. Télémaque reçoit à Sparte comme présent de Ménélas une coupe d'argent que lui-même a reçue du roi do Sidon. Ulysse reçoit des Phéaciens des vêtements, de la toile, des objets d'or, etc. Il cache tout cela à son arrivée à Ithaque, dans la grotte des Nymphes. ^ Je me suis souvent demandé ce qui serait arrivé, si Ulysse avait été reconnu à temps par les prétendants et avait été tué par eux. Les présents des Piiéaciens auraient reposé jusqu'à notre époque dans la grotte des Nymphes; ils y auraient été découverts par un archéologue. N'aiirait-il pas pris tout le trésor comme un dépôt de marchandises d'uu commerçant du temps des héros, d'autant plus que l'échange véritable apparaît assez fréquemment chez Homère? „

des pirates Taphiens, elle a été vendae comme esclave. Le navire phénicien reste dans le port toute une année et se remplit de nombreuses marchandises acquises par échange. Mais Tesclave phénicienne a trahi ses maîtres : un de ses rusés compatriotes se présente avec un collier magnifique ^jpuo-eov opjJiov e'/wv, jjieTi o T.XéxTpoiTtv eepxo; les femmes se pressent autour de cette merveille et pendant ce temps, Tesclave enlève le petit Eumée et va rejoindre le navire, qui bientôt les emmène au loin.

Le commerce semble limité à des objets de luxe : coupes artistiques, toiles habilement tissées; il s'étend aussi aux esclaves, que ces négociants peu scrupuleux se procurent même par la force ou par la tromperie (*). Un autre peuple apparaît réunissant, à l'exemple des Phéniciens, la piraterie et le commerce : ce sont les Taphiens. Quand Athéna se présente aux regards de Télémaque, elle lui dit qu'elle est Mentes, roi des Taphiens ij'): « je suis venu avec mon navire et mes compagnons, en sillonnant la sombre mer, vers des peuples étrangers. Je me rends à Témèse (*) pour y chercher du cuivre et j'y porte du fer resplendissant ».

Le commerce est si peu étendu, parce que la maison se suffit encore à elle-même. Il n'est appelé qu'à combler les lacunes de la production domestique. Il en est autrement, à l'époque d'Hésiode ('). Toute une partie des

(') Cfer VII 472: les Achéens échangent du bronze, du fer, des peaux, des esclaves, des bœufs, contre du vin.

(«) Od. IV 615, XII 115, VI 289, XIV, 288.

(3) Od. I 182. Sur ce peuple, Strab. X 2, 20.

(*) Témèse est identifié avecTempsa dans le golfe de Terina sur la côte du Bruttium, Pauly Real Encycl. WilamowitzPliilol. Unters. VII 24.

(^) Il n'est pas inutile de noter le progrès effectué dans l'espace do temps qui sépare l'Odyssée de l'Iliade : l'horizon géogra-

Œuvres et des Jours est consacrée à la navigation : le commerce maritime semble donc s'être développé. Le poète rappelle l'exemple de son père qui, « pour fuir la la misère mauvaise que Zeus envoie aux hommes », s'embarquait sur des navires et il entre dans de minutieux conseils, sur les époques favorables à la navigation, sur la prudence à observer : il ne faut pas risquer tout son bien en une fois; mais il faut embarquer une cargaison convenable, afin de rapporter un bénéfice chez soi ('). Ce qu'il y a de plus curieux dans ces conseils, c'est que la profession de marchand n'est pas encore séparée de celle d'agriculteur (*).

La civilisation grecque, à l'époque où je viens de l'étudier, offre un caractère bien déterminé. Ce n'est pas le moment de montrer comment, en certaines cités, ce caractère s'altère, en d'autres, se conserve en toute sa rigueur. Les chapitres que je consacrerai plus loin à Sparte et à Athènes renseigneront le lecteur sur les principaux faits de cette histoire. Chose remarquable.

phique s'est élargi : l'Egypte est beaucoup mieux connue et les parties les plus récentes de l'Odyssée nomment la Sikanie et les Sikeloi, Hahn Die Geogr. Kentnisse d'^r àlteren Ëpiker I Ilias Beuthen 1878 Progr.; II 1881 ; III 1885. NieseDie Entwickelung der homer. Poésie Berlin 1882.

(M Remarquez aussi les conseils pour le commerce terrei^tre, 0. et J. 636 : Mtj o' évi vt|U(jiv à'Travxa ^lov xoi).ri(j'. Ti6e<jOai. j àXXà Tz'kéiti XeÎTTîiv, là 8è [xetova cpopii^sjOai | 8eivov yàp ttovtou [xsxà xu(JLa(jî TUTiixaTt xupjai | osivov t', eV x'êcp' a(JLa{av uTUEppiov SiyùoQ àsi'paç | S^ova xau«$ai;, Ta 8è (pop-i' àfJLauptjOsiT). | jjteTpa ouXaddejôai xatpôç

o' STTl TTÔCdlV à'plOTOÇ. |

(^) Cela rappelle l'exemple des cordonniers de Goettingue, cités par Bûcher, qui, à la belle saison, quittaient leur établi pour aller hors ville cultiver leurs champs. Remarquez que dans Od. VIII 283, le cipitaino du navire est propriétaire de celui-ci et de la cargaison.

là où Torganisation domestique subsiste, elle est parfois plus raide dans ses formes qu'à Tépoque d'Bomère : c'est que les idées morales sur le travail, elles aussi^ se sont modifiées. Ainsi à Sparte, d'une part le sentiment aristocratique développé par le régime politique, d'autre part le servage et l'esclavage éloignent ou dispensent de plus en plus l'homme libre du travail personnel. Ailleurs, au contraire, comme dans les régions attardées de la Phocide et de la Locride, où les esclaves sont longtemps inconnus, la vieille société homérique se maintient pendant longtemps à peu près intacte dans sa simplicité égalitaire. Cependant, même dans ces contrées, par suite de l'accroissement de la richesse, l'ancienne organisation économique finit par s'ébranler. Au IV"" et au III* siècle, elle subit des secousses et passe par des crises qui annoncent une ère nouvelle C).

{') Supra, Livre I, Ch. I. Gt\ int'ra, Livre IV, Cli. Les Premières Crises.

CHAPITEE n.

L'Industrie considérée au point de vue économique,

durant la période historique.

Nous venons de voir, dans la société grecque, les premières manifestations de l'activité industrielle et commerciale. Le mot de Rodbertus s'y applique : l'organisation sociale est encore domestique ou « oikonomique ». Elle repose sur la famille. La famille est beaucoup plus large, comprend beaucoup plus de membres que plus tard ; elle forme à elle seule un groupe relativement considérable. Elle est encore étroitement attachée au sol et, par le travail des siens^ elle en retire tout ce qui est nécessaire à la nourriture; elle en retire aussi les matières premières qui seront utilisées pour le vêtement, la construction de la maison, la fabrication des meubles et elle opère elle-même la transformation des matières premières. La maison est autonome : elle ne dépend de personne pour aucun de ses besoins essentiels. Tels sont les caractères distinctifs de la constitution économique de la société, à cette époque.

La rigueur avec laquelle je viens de les tracer, s'atténue au fur et à mesure que la civilisation matérielle se développe : ce n'est que dans des sociétés très primitives, qu'on les peut rencontrer dans toute leur pureté. Plus tard, les besoins se multiplient, spécialement ceux du luxe, et la famille doit, pour y pourvoir, sortir de son cercle. Le commerce fait ses premières apparitions et le marchand nomade colporte les produits des civilisations plus avancées. Il ne tarde pas à s'établir à demeure.

pour certains objets que ^industrie familiale ne saurait fabriquer, ou certaines denrées que le sol ne produit pas. Des artisans de profession ouvrent à leur tour leurs ateliers, pour fabriquer sur place certains ustensiles plus perfectionnés que ceux dont on se servait d'abord. Ces modifications se sont déjà introduites à Tépoque. homérique : elle n'en a pas moins gardé, dans son ensemble, l'organisation domestique d'une société primitive.

Deux grands faits concomitants et qui tiennent l'un à l'autre par plus d'un côté s'accomplissent après l'âge homérique : la dissolution de la famille et le développement de l'esclavage.

La famille primitive groupe sous le même toit plusieurs générations et elle se complète encore par ses clients. Plus tard et sous l'action même des progrès de la civilisation, la famille se désagrège ; sou unité rigoureuse et prolongée dans le temps suppose une attache étroite au sol, une population disséminée encore dans les campagnes, chaque famille vivant dans son domaine et des revenus qu'elle en tire. Ce régime agricole se perpétue dans certaines parties de la Grèce, mais dans d'autres, des centres relativement importants de population se sont constitués ; une vie beaucoup plus intense, au point de vue intellectuel, comme au point de vue politique, des besoins matériels nouveaux et beaucoup plus compliqués, des aspirations et des ambitions qui donnent à l'individu le besoin de l'indépendance, troublent et dérangent l'ancienne et paisible harmonie de la famille. Les moyens de production de la famille ainsi divisée en plusieurs branches, ont diminué : elle ne dispose plus d'une main-d'œuvre aussi nombreuse, de talents ou d'aptitudes aussi variées.

Mais en même temps, signe d'une prospérité croissante, l'esclavage se développe. Il hâte encore la désorganisation des groupes familiaux, en diminuant le besoin que leurs membres ont les uns des autres. Les lacunes, qui se mani-

festenfc dans les moyens de production de la famille réduite, peuvent être comblées par des travailleurs serviles et l'on concevrait aisément que l'esclavage eût garde à la société, à travers tous les changements, son organisation domestique. £t de fait, il l'a conservée en partie. On a répété cent fois cette parole de naïf orgueil que Trimalcion adresse à ses convives : tout vient de la maison ! Cette parole aurait pu être prononcée en Q-rèce aussi. Elle aurait pu l'être certainement pai* les agriculteurs qui trouvaient, dans leurs esclaves, le personnel nécessaire à l'exploitation de leurs terres. Cependant, pour certains travaux extraordinaires, ils ont besoin d'aides venus de l'extérieur. Par exemple, à l'époque de la vendange, ils embauchent des travailleurs libres ou esclaves. Mais il ne s'agit ici que de l'agriculture et la parole de Trimalcion s'applique, du moins telle qu'on la comprend ordinairement, à d'autres travaux. De fait, dans les premières maisons de Kome, les esclaves exerçaient, pour leurs maîtres, tous les métiers. Nous n'avons pas, pour la Grèce, d'exemples de maisons aussi richement montées et le luxe n y a jamais atteint le degré où il s'est élevé à Eome. Les lacunes de l'outillage y étaient donc assez considérables. Tel qu'il était, il pouvait subvenir à certaines nécessités, pas à toutes. Ainsi Timarque possédait des esclaves cordonniers, des ouvrières en tissus, on ne voit pas qu'il eût des esclaves menuisiers, ou tailleurs, ou potiers. Il était donc obligé de s'adresser au dehors pour une grande partie de ses vêtements, pour ses meubles, etc.

En outre, du moment, et tous les exemples montrent qu'il en était ainsi, du moment où les maîtres réunissaient chez eux des groupes d'esclaves n'exerçant qu'un seul métier, il y avait une surproduction qui s'écoulait au dehors et par conséquent un rapprochement ou même une pénétration des organismes domestiques les uns dans les autres. L'esclavage n'avait qu'en partie arrêté

la décomposition de Torganisation « oikonomique o. Son efifet avait été plus considérable au point de vue agricole qu'au point de vue industriel. De plus, les ateliers d'hommes libres, travaillant seuls, mais plus généralement avec l'aide d'esclaves, s'étaient ouverts et multipliés.

L'organisation industrielle était donc différente, au V° siècle et au IV* siècle, de ce qu'elle était à l'époque primitive. Deux détails en apparence insignifiants feront bien ressortir ce changement. Au IV" siècle, on regardait comme un phénomène, le philosophe Hippias (*). Il donnait plus d'un sujet d'étonnement : ses habits, ses souliers, son anneau, son âacon à l'huile, tout était son ouvrage. Un autre philosophe, moins expert dans les travaux manuels ou plus prétentieux, Chrysippo (*), notait que, dans l'Odyssée, Ulysse se sert lui-même : il appelait cette façon de faire auTooiaxovta. L'étonnement populaire devant les singularités d'Hippias, la remarque du philosophe prouvent que les temps avaient marché. Ulysse était de son époque; Hippias était un réactionnaire ou tout au moins un antiquaire.

Le régime « oikonomique » est bien tranché et se définit aisément : essayons d'analyser avec précision les caractères du régime qui lui succède.

A l'organisation familiale (Hauswirtschaft), Bûcher fait succéder l'organisation urbaine (Stadtwirtschaft). Dans la première, le consommateur et le producteur sont identiques. Les biens ne sortent pas du cercle de la famille où ils ont été produits. Dans Ja seconde, les biens passent directement du lieu de la production dans celui de la consommation. C'est le régime de l'échange direct qui s'opère surtout au marché. Dans ces deux périodes,

(1) llipp. min. 368 B.

(') Ath. XII 363 D.

la terre est la principale richesse ; mais d'abord, ce que le traNrail de la famille en tire sert à la satisfaction de ses besoins. Plus tard, le propriétaire foncier ou le paysan échange contre d'autres objets, une partie des fruits de sa terre ou même une partie de ses fabricats, comme les vêtements, et deux nouvelles professions, celle de Partisan et celle du boutiquier, ont fait leur apparition et se sont installées au marché. Vient enfin l'organisation nationale (Volkswirtschaft) dans laquelle, avant d'être consommés, les biens passent par de nombreux intermédiaires.

Le moyen He reconnaître ces trois régimes est donc « la longueur du chemin que les biens ont à parcourir depuis le producteur jusqu'au consommateur ».

En d'autres termes, les trois régimes se distinguent par le mode de la circulation des biens et notamment le signe caractéristique de la deuxième période est le commerçant. Telle est la doctrine d'Aristote. La famille, dit-il, était d'abord autonome, bien que l'échange direct ne fût pas inconnu (*); puis est venue la monnaie; les échanges se sont multipliés et ont réclamé des intermédiaires spéciaux^ commerçants, boutiquiers, etc.

Ce n'est pas tout : une autre marque de ce régime est bien indiquée par son nom : c'est la ville. La ville est l'unité économique; c'est dans ses limites que les biens se produisent et se consomment; mais la ville est en même temps, l'unité politique. A ces deux points de vue, elle forme un tout qui se suffit à lui-même (*). Dans la ville,

(^) Bûcher a écrit le meilleur commentaire de cette doctrine p. 79, bien qu'il ne cite pas Aristote. Cf. infra, Livre IV, Ch. I.

(*) Schmoller Studien ûber die wirtschaftliche Politik Friedrich des Grossen Jahrb. f. G. W. 1884. J'emprunte ce point à cet auteur : cette partie de sa doctrine se concilie d'ailleurs aisément avec les théories de Bûcher, E. von Philippovich Grundriss I* 19.

le marché. H est le lieu où se font les échanges, le centre de la vie économique. Le paysan y apporte les produits de sa terre et les échange contre d'autres objets, ou même il échange ses propres fabricats, les étoffes qu'il a tissées, le cuir qu'il a préparé; mais le troc ou échange en nature n'est plus la règle générale. Ce qui le montre c'est l'existence de la monnaie. Enfin, à côté du paysan et du commerçant, l'artisan qui débite lui-même le produit de son caravail, le forgeron, le cordonnier, etc.

L'originalité de la deuxième période provient de la rencontre de ces trois éléments; avec le commerçant, l'homme de métier dans le village, nous ne nous éloignons pas encore suffisamment de la première période; nous y sommes en plein, si nous n*avons que le commerçant dans le village.

L'antiquité n'est pas allée plus loin que le terme qui vient d'être marqué. Même à Athènes, l'organisation urbaine n'était pas arrivée à sa pleine efilorescence.

Arrêtons-nous un instant pour écarter une objection que l'on pourrait nous faire : quelle est la place que nous accordons au commerce en gros, s'exerçant surtout par la navigation maritime? Songerions-nous, par esprit de système, à supprimer ici ces ejjiTropot et ces vaûxXT.poi que nous avons rencontrés à Athènes et à Délos ? Non certes et notre description du régime économique de l'antiquité grecque ne serait pas complète, si nous n'y introduisions les armateurs et les négociants. Dès que la densité de la population s'est accrue, la terre n'a plus suffi pour la nourrir. Il a fallu aller chercher, au loin, le blé, le vin, l'huile, le poisson, les matières premières pour le vêtement, le cuir, la laine, les matériaux de construction; le bois, la pierre. Il y eut donc des importateurs, des transporteurs^ des entreposeurs; mais ils n'opéraient pas ou seulement d'une façon très accessoire, sur les produits de l'industrie. Ils comblaient les lacunes de la production agricole; ils achevaient d'outiller la société

telle que nous Pavons décrite; ils ne modifiaient pas son caractère.

Je vais essayer d'établir ce qui précède ; le moyen le ])lus sûr d'y parvenir est de montrer en quoi l'organisation du V*' et du IV' siècle, spécialement à Athènes, différait de l'organisation moderne dont elle s'était rapprochée. Par là-même je marquerai l'avance qu'elle avait prise sur l'organisation primitive.

La société grecque était encore bien éloignée de la société moderne; pour indiquer la distance qui les sépare, il me faut reprendre les trois idées que j'ai indiquées tout à l'heure et d'abord je dirai que l'antiquité grecque a pratiqué l'industrie, non sous la forme delà fabrique, mais sous celle du métier. Entre la fabrique et le métier, la différence la plus apparente est celle du plus au moins. La fabrique exerce en grand un métier; l'homme de métier est un petit patron. Cette première constatation est juste mais superficielle : si nous analysons les faits, des différences nombreuses se marqueront et donneront une idée plus précise de ce que c'est que la fabrique et de ce que c'est que le métier.

Je rechercherai en premier lieu jusqu'où la division du travail était poussée ('). J'aurai ainsi l'occasion de pénétrer au cœur même de l'organisation industrielle. La division du travail, comme on va le voir, permet tout particulièrement de déterminer le caractère de cette organisation et d'analyser les conditions de son fonctionnement. On l'a dit cent fois depuis Adam Smith, l'un des phénomènes les plus importants de la vie économique est la division du travail. Robinson, dans son île, fabrique lui-même à grand' peine, ses vêtements, ses meubles, son canot. Ce n'est là qu'un fait isolé. Prenons

(•) Bûcher Enstehuug 275.

cependant la famille aux époques toutes primitives (*) : avec des moyens plus nombreux, elle doit, comme Eobinson, ne compter que sur elle-même et, encore à répoque d'Homère, c'est par l'utilisation de ses propres forces qu'elle subvient à une grande partie de ses besoins. Aujourd'hui même, dans certaines de nos régions, le paysan se chausse du cuir de sa vache, s'habille de la laine de ses moutons ; ces matières sont travaillées par des hommes de métier qui se rendent au domicile de leurs clients. Il y a eu un temps où le paysan, sauf pour certains ouvrages, n'avait besoin du concours de personne, et c'est parfois encore sa femme qui file la laine dont le tailleur va faire ses vêtements.

Ces usages ne sont que les derniers restes d'une époque qui finit. Dans le moindre de nos villages, le nombre des hommes de métier s'est multiplié : il y a des cordonniers, des menuisiers, des tailleurs, des maréchaux-ferrants, des serruriers ; riches et pauvres s'habituent à recourir à leur art et à leur habileté. Si le village est petit, le même homme exerce plusieurs métiers : le cordonnier, par exemple, fait les travaux du sellier, du bourrelier, etc. Si le village ou la ville sont considérables, les métiers se spécialisent. La clientèle plus exigeante et payant mieux requiert, des artisans qu'elle emploie, un plus grand savoir-faire. Le même individu ne peut plus suffire à plusieurs métiers.

Nous avons vu dès l'époque homérique apparaître les métiers : ils se sont comme détachés de l'organisation familiale et ont constitué des professions. La naissance des professions en dehors de la famille est le premier

(^) Roscher-Wolowâki I 109 : pendant lo moyen-âge des sociétés, ou ne pratique pas la division du travail : Nausicaa lave le linge de ses frères ; la fille du roi des Lestrygons va puiser l'eau ; Ulysse se fait charpentier.

phénomène qui marque la décadence du régime ancien. Ces professions ont été peu nombreuses d'abord. Les premières n'ont rien d'industriel : ce sont celles des devins, des poètes, des chanteurs. Vient celle du forgeron. Puis quelques autres comme celle du téxtwv, celle du arx'jTOTO(jLoç : ceux-ci sont, si je l'ose dire, des « hommes à tout fftire ». Le téxtwv travaille la pierre et le bois ; le «xxuTOTOjjLoç fait tous les ouvrages en cuir. Il y a encore un pas à franchir. La formule de ce nouveau progrès pourrait être : « à chacun sa besogne ». La profession de TexTtov, par exemple, se divisera en plusieurs branches ; on peut citer : charpentier, menuisier, maçon, etc., etc. C'est la spécialisation des métiers qui, partiellement au moins, s'était accomplie à Athènes, à l'époque historique.

Mais voici une autre apparition, la grande industrie : non plus l'atelier où travaille l'artisan avec un apprenti ou avec un ou deux compagnons; mais la fabrique qui renferme des centaines d'ouvriers. Au premier coup d'œil que l'on jette sur cette ruche humaine en pleine activité, on est frappé du spectacle de l'extrême division du travail. Un objet, pour être terminé, doit passer par plusieurs mains, exige la collaboration de plusieurs ouvriers. Au fur et à mesure que l'industrie se développe, la part de chacun devient plus petite relativement au tout; l'effort individuel ainsi concentré gagne en productivité.

La spécialisation dos métiers est déjà une forme de la division du travail; mais ici le même homme arrive encore à produire un objet complet comme une paire de chaussures, ou du moins à donner, à lui seul ou avec le concours de rares auxiliaires, une préparation complète à un objet.

La fabrique pousse à l'extrême la division du travail; elle assigne à chacune des forces humaines qu'elle emploie, une tâche petite et qu'il est facile de répéter

souvent dans le même jour. Elle tend de plus en plus à se suffire à elle-même, à faire passer la matière première par toutes les modifications voulues pour obtenir un produit achevé.

La spécialisation du métier suppose un produit unique, toujours le même sortant de Tatelier. La fabrique suppose des produits variés et abondants, fabriqués par un grand nombre de personnes, dont chacune n'en a exécuté qu'une faible partie.

La fabrique réclame de vastes débouchés, dans le pays même et au dehors. Des basoins locaux, déjà assez multipliés, réclament cette forme de la division du travail que j'appellerais volontiers la division des métiers ; mais celle-ci est incompatible avec l'existence d'un véritable marché industriel. Des besoins internationaux imposent et rendent toujours plus intense la vraie division du travail dans les fabriques.

La fabrique ne peut marcher sans de très grands approvisionnements de matières premières, grâce auxquels elle distribuera à son personnel un travail régulier. Enfin elle demande des capitaux très considérables.

Appliquons cette analyse à l'industrie grecque : nous serons, je pense, en droit de conclure qu'elle ne s'est pas élevée au-dessus de la spécialisation des métiers.

Xénophon a admirablement décrit cette forme de la division du travail, dans la Cyropédie v*) ' t« dans les petites villes, explique-t-il, le même ouvrier fabrique un lit, une porte, une charrue, une table, bâtit une maison, heureux quand tous ces métiers lui donnent de quoi manger. Dans les grandes villes, où une foule de gens ont le même besoin, un seul métier nourrit un homme. Quelquefois même, il n'exerce pas tout son métier; l'un

(i) VIII 2.

fait des chaussures d'hommes, l'autre de femmes : l'un vit seulement de la couture des souliers, l'autre de la coupe des cuirs ; l'un taille les tuniques, l'autre ne fait qu'assembler les parties ». Ce dernier trait va plus loin que la simple spécialisation des métiers : il touche déjà à la vraie division du travail. Celle-ci s'accomplit ou peut s'accomplir dans l'atelier en vue de l'exercice d'un métier. Un tailleur qui se fait aider par un apprenti auquel il confie les besognes faciles est peut-être, à parler rigoureusement, un patron ou un industriel; mais personne ne prendra son atelier pour une fabrique et n'appellera son métier, une industrie.

Cette même spécialisation des métiers apparaît chez un autre écrivain, chez Pollux (*). Je ne reprendrai pas ici les longues listes qu'il a dressées au Livre VII ; je ne donnerai qu'un exemple : l'industrie des armes occupe plusieurs métiers; casques, cuirasses, aigrettes, boucliers, lances se fabriquaient dans des ateliers différents ('). Pour chaque arme, il y avait des pièces qui étaient exécutées par des ouvriers différents (^).

Cette division du métier est le signe d'un marché étendu. « Plus le nombre des consommateurs augmente, plus les professions, les métiers se divisent» (*). Cela est vrai, mais ce marché est encore local. Si on compare Athènes vers le IV* siècle à la cité homérique, il est

(«) Cf. Millier Privataltertumer 472.

(«) Pollux I 149. Aristoph. Pax 1210.

(^; Xen. Hell. III 4, 17 nous montre occupés à la fabrication des armes : ol yçaXxoTUTioi xal ol têxtove; xai ol yaÀKSÎç xal ol œxuto- TO|jLO'. xal ol ÇojYpacpoi.

I*) Bnints De la condition du travailleur libre dans Tinduatrie athénienne Rev. de Tlnstr. publ. eu Belgique XXVI 1883

immense. D'autre part, si on compare Athènes à Birmingham ou à Manchester, il est insignifiant.

La spécialisation des métiers entraîne fatalement la spécialisation des produits. S'il s'agit de céramique, le même homme fabrique toujours les mêmes formes et, à moins d'être un artiste, répète indéfiniment le même type. Cette spécialisation des produits s'étend à toute une région. Aujourd'hui encore en Orient, les métiers en sont là. Les fabricants de tapis font tous les mêmes tapis, de formes et de décors identiques : ailleurs dans toutes les échoppes, on trouve les mêmes plats de cuivre, portant les mêmes ciselures. Les artisans de ces pays ressemblent à ces copistes que l'on voit à l'œuvre, surtout dans les musées d'Italie, et qui passent leur vie à reproduire, avec une étonnante répétition des mêmes défauts, un seul tableau, une Vierge de Raphaël ou de Murillo. Cette « spécialité » n'est pas la marque du génie de l'artiste : la spécialisation de chaque artisan et la ressemblance de ses produits avec ceux de ses confrères trahissent une petite industrie, sans capital, ni maind'œuvre abondante, ni débouché.

Les inventaires, que j'ai dressés au Livre I, dénotent en Grèce l'existence du phénomène que je viens de signaler. 11 saute aux yeux quand on parcourt les livres de Bûchsenschùtz et deBlûmner : il est particulièrement intéressant de lire à cet égard les pages qui sont consacrées à la céramique. Plusieurs villes ont des formes caractéristiques qui leur sont propres et le sont restées longtemps, sinon toujours : n'avons-nous pas vu, aux deux derniers siècles, avec un bien plus grand développement de l'industrie, chaque ville, Gien, Limoges, etc. en possession d'un monopole pour la fabrication de certaines porcelaines? Ces fabriques locales, car c'étaient déjà des fabriques, ont été tuées par la grande industrie, dont la fortune s'établit par la destruction des monopoles et l'adoption des modèles les plus nombreux.

Mais achevons de noas faire une juste idée des conditions dans lesquelles le métier était exercé; ce qui est caractéristique encore, c'est le point de savoir qui fournit la matière première. Dans l'industrie domestique, elle est fournie et mise en œuvre par les membres de la famille. La laine que tissent les femmes provient des moutons de la ferme. Lycaon va couper lui-môme dans la forêt, probablement dans celle de son père, Tarbre dont il fabriquera son char. Priam a bâti luimême, c'est-à-dire avec Taide de ses esclaves, son magnifique palais et, sans aucun doute, il leur a fourni les matériaux. Certaines industries ont gardé plus strictement que d'autres ces caractères ; aucune ne les a gardés inaltérés : les vêtements que portaient les paysans de l'Attique étaient tissés de la laine de leurs moutons ; ailleurs la laine vient de Milet ou de Phrygie; mais, en ce cas même, elle est travaillée à domicile. Ailleurs encore, on recourt à la collaboration de salariés qui viennent à domicile tisser la laine qu'on leur confie. Enfin il s'installe des ateliers où l'on fabrique des vêtements pour la vente. Telle que nous venons de la décrire, cette industrie offre donc des types divers : d'une part, le travail effectué dans la maison avec les produits de la maison et par les membres de la famille ; d'autre part, le travail dans l'atelier en vue de la vente à l'extérieur. Entre deux, des modalités de transition. Il importe de constater leur existence. Tant qu'elles se rencontrent, avec une certaine fréquence, dans une société, on peut être sûr que celle-ci ne s'est pas encore dégagée des formes économiques primitives.

Bûcher distingue deux de ces formes intermédiaires : elles ont ceci 'de commun que l'ouvrier reçoit toujours la matière première, de son client; mais tantôt il la travaille chez lui, tantôt chez le client. Certaines industries, celle du fer, par exemple, s'exercent de préférence dans l'atelier du forgeron, parce qu'elles requièrent des installations

spéciales ; il en était ainsi à l'époque d'Hésiode : c'est dans la forge qu'en hiver, on se réunit pour causer, tout en se chauffant. Du temps d'Homère, le forgeron recevait le fer, de son client.

L'industrie où ces formes intermédiaires apparaissent le mieux est celle du bâtiment ('^. On a souvent remarqué, d'après les inscriptions, que l'Etat fournissait, eu règle générale, les matériaux, les pierres, le bois; Nous voyons par un discours de Démosthène, que Timothée avait acheté lui-mùme, en Macédoine^ le bois qu'il destinait à la construction de sa maison. J'ajoute encore un fait : Phidias travaille l'or, l'argent, l'ivoire que l'État lui a fournis pour sa statue d' Athéna (*).

On saisit du coup la grande distance qu*il y a entre nos entrepreneurs et les entrepreneurs grecs, les premiers, chefs d'industrie, les autres, simples hommes de métier. L'entrepreneur moderne fournit la matière et la main-d'œuvre; l'autre, en général, celle-ci seulement.

On pourrait être tenté de dire que la différence n'est qu'accidentelle; le tout se réduirait aune simple question d'argent. La fabrique engage un capital considérable ; le métier ou l'atelier s'en passent. Cela est vrai, mais la différence n'est pas accidentelle. Il ne dépend pas du caprice des individus de faire naître des fabriques : l'état général de la société ne les admettrait pas. Il est tel que les capitaux ne peuvent pas se porter vers l'industrie, d'une façon fructueuse, si ce n'est par petites sommes. L'absence ou la faiblesse du capital engagé est donc bien un nouveau trait distinctif du régime que je décris. J'ai déjà montré avec quelle prédilection les

(1) Cf. infra, Livre II, Ch. VII.

(*) Vitruve IX prœf [c. III] : Hiero.... cum auream coronam. .. constituisset punendam, immaDi pretio locavit faciendam et aaram ad sacoma appendit redemptori.

capitaux se portaient vers la banque et vers le commerce. \ Ce n'est pas là affaire de goût : c'est tout simplement une nécessité.

Cette observation en amène une autre : un des moyens les plus sûrs de mesurer l'intensité de l'activité industrielle et commerciale, c'est de rechercher où en est l'association. On verra plus loin à quelles formes rudimentaires, elle est restée.

On l'a remarqué d'ailleurs, le régime économique est si simple que même la théorie du capital, la connaissance de sa nature et de ses fonctions ne se sont pas dégrossies. Aristote condamne le prêt à intérêt, méconnaissant ainsi la productivité du capital.

Au moyen-âge, la manifestation la plus éclatante de la

puissance du métier a été la corporation. Elle a tué les

; formes intermédiaires et à son tour, elle a été tuée par

la fabrique. La Grèce n'a point connu les corporations

' ouvrières ; je le prouverai plus loin.

Aux époques primitives, un des sentiments les plus vifs est celui de l'hérédité. Nous verrons (') son action sur le régime de la propriété foncière. Avant cela, il s'exerce dans la création et la conservation des organismes qui constituent l'Etat ; genê, phratries, tribus procèdent tous, à des degrés divers, de la famille. Quoi de plus naturel que ce même sentiment maintienne dans la descendance d'un homme, la profession qu'il a occupée ? Aux époques paisibles, tout au moins au point de vue intellectuel, chacun garde sa place pour soi et pour ses enfants. Plus tard, quand les grands courants des idées nouvelles passent à travers les sociétés, les individus se laissent emporter loin de la maison et de l'atelier paternel. G. Hirschfeld (*) a montré qu'il y

(^) Livre IV, Ch. La politique agricole.

(*) Tituli statuariorum sculptorumqueBerl. 1871 30. 0. Robert Oer Bildhauer Poiyklos und seine Sippe Hermès 19 1884 800.

avait des familles de sculpteurs. Chaque fois, dit-il, que le nom de Tartiste est suivi de celui de son père au génitif, c'est que le père a été en même temps le maître de son fils. On peut croire que la même interprétation s'applique aux signatures des artistes céramistes (*). De plus, il arrive qu'une statue est l'œuvre de plusieurs artistes. Souvent, ceux-ci sont proches parents, soit père et fils, soit frères « ^). Ziebarth (•') signale ce même caractère héréditaire dans d'autres professions. Ainsi, des groupes familiaux sortent les écoles de médecine. On peut admettre que les mêmes usages étaient en vigueur dans les métiers de rang inférieur.

En second lieu, nous avons à rechercher les moyens par lesquels s'écoulent les produits et en particulier ceux de l'industiie. Dans une société strictement familiale, il n'y a pas de commerce. A Locres, paraît-il, Zaleucus avait décrété qu'il n'y aurait pas de revendeurs, mais que le paysan vendrait lui-même ses produits (*;. Dans une société où l'industrie n'a pas dépassé le métier, le producteur et le consommateur sont déjà distincts ;

(*) Reinach Traité d'épigraphie 436. De même chez les coroplastes, à Myrina BCH VII 226, X478.

\^*) Loewy Inschriften griechischer Bildhauer Leipzig 1885. Plat. Rep.EY 421 E; Protag. 32S A : £• ^t.-zo'k; Tt; Sv fjjxlv ùioiU'^z TOj; Twv ysipoTr/vôiv jUK; a-jTTjv TaJTT,v ttjv 'ziyyT{'*^ Vjv of, Tiapà zo\> ira-rpo; ijiejxaOTixaai, xaô' 6Vjv 'jIô; -z f,v 6 TraTTjp jcai ol to'j TraTpô; otXot ovT£s ôjxoTsyvoi... Cf. Vitruve, 1. VI, prœf., à propos des architectes : Ipsi autem artifices erudiebact nisi suos liberos aut cognatos. D'après Hérodote, VI 60, chez les Lacédéraoniens. le-t hérauts, les joueurs de flûte, les cuisiniers succèdent au métier de leurs pères.

(•"*) Ziebarth Das griechische Vereinswesen Leipzig 1896.

(*) Haracl. FHG II 30 p. 221 : xairTjXsïov oux h-j. iJLSTajîoXixov

mais ils ne sont pas encore séparés par de nombreux intermédiaires comme dans les sociétés plus avancées. Le producteur vend directement au consommateur. Comme le dit Bûcher, l'économie familiale s'est transformée en un régime d'échange direct. Le lieu de ces échanges est le marché. Le paysan y apporte ses fruits, ses volailles ; le pêcheur, ses poissons ; l'artisan, les produits de son travail. Cependant il existe un commerce de détail : son centre est une fois encore le marché. Il y a aussi un commerce des produits de l'extérieur ; mais le régime a essentiellement pour but de faire de la ville un domaine fermé et se suffisant à lui-même, le commerce extérieur supplée aux lacunes de la production locale.

Platon sépare clairement le producteur qui vend luimême sa marchandise et le revendeur qui vend les produits d'autrui. Au sujet du premier il emploie le mot caractéristique a'jTOTrwXixrj ; le mot (xeTajâXrjTtxr, s'applique à ceux qui trafiquent des produits des autres et selon qu'ils opèrent dans une seule ville ou qu'ils transportent les marchandises d'une ville dans une autre, il appelle cet échange, xa7:T,X'.xT, ou é[JL7ropixr„ commerce local ou commerce international.

Aristote (*) de son côté distingue trois moyens d'acquérir ^p'AijJiaTtTnxTi. Le premier est le moyen naturel qui tire la richesse, de la terre, de l'élevage des bestiaux

(«) Polit. I 1268 b 10 s. Plat. Soph. 223 : xal (xtjv au ^Tftrojxev àyopacrciXTjv oi^fj xéjAveaOai, xtjv |jLèv xûv aÙTOupyûv aùxoTîiuXiXTjv ÔiaipoujjLEVoi, XTJV oèxà à)Àoxpia è'pya (X£xapaXXo(X£VT,v (xsxapXTixiXTîV».» XTÎ; Ôè [xexa^^Tjxix^; fj jasv xaxà ttoXiv àXXayTj, a^eSôv aùxTj; fj^xicxu {xépo; Ôv, xaTCTjX'.x^ TrpojaYopsÛExai. Tè oè ys. è; à'XXTi; £Î; à'XXTiV irdXiv 8iaXXaxxd|xevov wv^ xal Trpausi èjATiopixii. Cette même distinction, Polit. 260 : xaOâiîsp i^ xwv xaTrtjXwv xe^VYj xtjç xojv aùxoTrwXûv oiwptffxai XÊ)^vTj(;.

et des abeilles. Le second moyen est Féchaùge |jL£Tap.7iTtxT,. Celle-ci se subdivise en : 1" ifJLTcopia laquelle comprend à son tour va-jx^T^pta, ©opTTiyia, îrapàaraTK; ; 2" le prêt à intérêt, toxio-}jl6; ; 3" (JLKxôapvia, le salariat ; sous cette rubrique se rangent d'une part les métiers mécaniques, d'autre part les travaux purement corporels. Enfin une troisième espèce de '/p7^[jiaTiTrixT, tient le milieu entre les deux autres : elle consiste dans l'exploitation du sol, par d'autres moyens que Tagriculture, comme l'exploitation des forêts 'jXoTO|jLia ou l'exploitation des mines (jieTaXXeuTixT^.

Le deuxième moyen nous intéresse seul pour le moment. Il comprend vauxAripia, œopTTiyia, 7îapà(jTao'tç. Susemihl traduit les deux premiers mots, « commerce par mer, commerce par la voie de terre ». Cette traduction est inexacte : la profession du va'jxXr,po<; consiste à fournir un navire dont il est le propriétaire (*). Le mot (fopr/iyla indique la profession de celui qui forme la cargaison du navire. Enfin la 7îapà(jTaai<; est la mise en vente de la cargaison sur la place où elle a été débarquée (*). Aristote remarque donc simplement dans ce passage que le commerce en gros ou d'importation réclame trois éléments où instruments : le navire, la cargaison, l'étalage de celle-ci au lieu de destination ; suppose trois actes, procurer le navire, procurer la cargaison, la mettre en vente. Il ne parle pas des personnes qui accomplissent ces trois actes (^).

(*) Hesych : vauxXTjpoç • 6 8e(X7roTTiç toO irXoiou.

(') Schol. Aristoph. Plut. 1156 : cinq espèces de marchands : autoTttoÀTjc, xàîkiQXoc, £[i7:opoc, iraXiYxaTtTjXoc, [isTapoXeû^. Bûchsenschiitz fiesilz 458.

(') Autres interprétations de ce passage, B. Saint-Hilaire Trad. de la Polit. d'Aristote ; Brants Les sociétés commerc. à Athènes Rev. de Tinstr. publ. en Belgique 18Ô2 114; Beauchet Hist. du droit privé de la Rép. Athén. Paris 1896 IV 379.

En pratique, le même individu peut les accomplir tous les trois ; généralement, le premier est confié à une catégorie distincte de personnes, les va'jxAT,poi ; les deux autres sont l'affaire des e[ji7:ofoi. En pratique aussi, le commerce peut utiliser le concours de divers auxiliaires, d'entreposeurs v/oo'j(Biq^ de courtiers, de commissionnaires (*).

Le commerce d'importation à Athènes était concentré au Pirée (') ; là se trouvait un bâtiment appelé Seîyjjia (') où les marchands exposaient des échantillons. Il en était de même à Rhodes (*) et à Olbia (*). Le marché, l'agora, est le centre de la vie intellectuelle, commerciale, politique d'Athènes. C'est là que Socrate converse avec ses jeunes disciples. C'est là que se font et se défont les gouvernements, on serait tenté de dire les ministères. Il est le rendez-vous des oisifs : les gens occupés s'y montrent aux heures où la foule, d'habitude, est la plus nombreuse. C'est une règle de la vie à laquelle on ne peut se soustraire sans se singulariser {^), « Chacun de vous, dit Lysias('), a l'habitude de flâner en se dirigeant, l'un vers la boutique du parfumeur, l'autre vers l'échoppe du barbier, l'autre encore vers l'atelier du fabricant de boucliers, l'autre enfin n'importe où. Le plus grand nombre se tient le plus près possible de l'agora ; les autres s'en éloignent le ni.oins possible ». Ces paroles

(M Sur le contrat de commission Beauchet IV 88,

(') Wachsmath Die Stadt Athen II 104 donne plus de détails.

(5) Harpocr. AsTYjjia. Poil. IX 34.

(*) Polyb. V 88, 8.

(») CIGII2058B.

(«) Becker Chariklès II 180, Wachsmuth Die Stadt Athen donnent beaucoup plus de détails. Voir aussi Curtius Stadt Athen 173.

(') Pro inval. 20.

montrent que non seulement le commerce, mais Tindustrie elle-même se concentrait à Tagora. L'atelier du fabricant de brides, où Socrate allait chercher le jeune Euthydème, était aussi tout proche du marché ('j. Le débouché de Tindustrie exercée à domicile est le marché. L'esclave de Timarque (*), habile à tisser de fines étoffes, les portait à l'agora. Aristophane fait allusion à la même coutume (*;. Tout se vend au marché; le poète comique Diphile cite dans une énumération plaisante des réchauds, des lits, des cruches, des tapis, des javelots, des besaces, des sacs (^). Chaque marchandise se vendait dans un endroit déterminé du marché et cet endroit recevait de là son nom : si; tou^J/ov, ei; xi [juipa, e»'; tov y\(ù^o'/ T'jpov, etç Ta avopaTzoSa, eîç tov oivov, eiç Ta; y 'jTpa ;(•"•). On y vendait toutes les denrées alimentaires, comme les objets fabriqués, comme les matières premières, telles que la laine et le fer (**).

On peut rapprocher la description d'Éphèse que donne Xénophon : la ville tout entière, présentait un spectacle intéressant; Tagora était pleine d'armes de toute espèce et de chevaux à vendre : ouvriers en airain, en bois, en fer, en cuir, en peinture, tous travaillaient à la fabricacation des armes. On eût pris Ephèse pour un atelier de guerre (").

(') Xen. Mem. IV 2, 1.

(«) Esch. c. Tim. 97.

(*) Gren. 1B46. Cf. Suidas : sU àyopàv ucpaîvstv • to d; tt// àyopàv êx<pép£iv Ta ucpaivo|xeva, ojtw Msvavopoî.

[*) Poil. X 18.

(") Ibid. IX 47. La liste do ces emplacements, Cartius Stadt Athen LVIII.

[^) Theoph. Caract. 11.

C) Xen. Hell. III 4, 17.

Tant que le marché est le centre du commerce de , détail, la classe des négociants ne se développe que peu. ' Pour une foule de produits, c'est le producteur lui-même qui, personnellement ou par ses serviteurs, s'occupe de la vente. Il n'y a guère place que pour un petit commerce de détail, tel que nous Pavons vu apparaître dans les inscriptions d'Eleusis (*). Il y avait cependant X à Athènes une rue des menuisiers et une rue des sculpteurs {'), Encore des localisations de l'industrie et du commerce semblables à celles qui, pour la plupart des objets, se font à l'agora (').

Les foires (*) sont déjà un moyen, plus perfectionné que le simple marché, d'écouler les produits de l'industrie ou les fruits du sol. Elles existaient en Grèce en divers lieux, comme un complément des grandes fêtes ; à Délos, l'hymne à Apollon {^) y fait déjà allusion; à Olympie, on en attribuait l'établissement à Iphitos; Pausanias (") parle de la foire qui avait lieu à Tithorea, au printemps et à l'automne, à l'époque des fêtes d'Isis. Les réunions de TAmphictyonie de Delphes provoquaient

(*) Supra, Livre I, Ch. VI.

(<) Wachsmuth 300.

(') Les installations à l*agora étaient des plus simples : des échoppes, des tentes dressées par les boutiquiers : pour la farine seule, on avait construit un local de vente.

{*) J'ai déjà insisté supra, Livre I, Ch. lY, sur les foires comme bases de Torganisation commerciale, dans les pays barb&res. (j*) 146-156. Strab. X 6 : ifi xs 7tavT,Y'jpic e(xiroptx6v te Trpayixa.

(^) Paus. X 32, 15 : les baraques des marchands sont faites de roseaux et de matériaux quelconques : le troisième jour, on vend des esclaves, des bestiaux et même des vêtements, de l'or et de l'argent. Dion Chrys. Or. VIII, aux jeux isthmiques, note la présence de rhéteurs, de poètes, oux oÀfytuv os xaTTr^Xtov ôiaxaTnrj- ÀsuovTtuv oTav TÛ^ç^ij â'xotTuo;.

la tenue de grands marchés. On pourrait extraire des documents épigraphiques, de nombreuses mentions, relatives à diverses villes, de fêtes où la religion et le commerce attiraient citoyens et étrangers. Les plus intéressantes et les plus détaillées se trouvent dans l'inscription des Mystères d'Andanie('). Cette inscription réglemente minutieusement la célébration des mystères en l'honneur des Cabires. On prévoit que les fêtes attireront un grand concours de visiteurs et amèneront l'établissement d'un marché; il sera tenu sur l'emplacement qu'indiqueront les prêtres. L'agoranome veillera à ce que les marchands se servent de poids et de mesures conformes aux étalons de la cité et qu'on ne lève aucun droit sur eux, en raison de la place qu'ils occupent. Us sont libres de vendre aux prix qui leur conviennent. L'agoranome doit encore empêcher que personne n'endommage les conduites qui fournissent de l'eau à l'hiéron. 11 doit surveiller le service des bains publics. Personne ne payera plus de deux pièces de cuivre pour un bain. Le combustible sera fourni par contrat et l'on maintiendra toujours une chaleur suffisante. Aucun esclave ne pourra se frotter le corps avec de l'huile.

Démosthène (^) fait allusion à un marché dont le siège était à la frontière. C'est là une curieuse appeurition et nous voudrions être mieux instruits à son sujet. C'est à coup sûr le reste d'une très antique coutume. Elle remonte à l'époque où les peuplades étaient encore à

(*) Sauppe Die Mysterien Inschrift von Andania Gœttingtie 1860 = Ch. Michel 694. S. Beinach Traité d*Épigraphie grecqae

(•) Dem. c. Aristocr. § 39 : xt toOto Xéy uv; tûv dp{a)v xtîç ^<t)pae< âvxaûOa yàp û>c Y ^1^°^ ôoxet, zàp'^oTioL (JuvT,effav ol irpdjyojpoi Trapà zt fjjxûv xal Tcîiv dtoT'JYEiTo'vwv, 6'6£v à>vd{i.axsv àyopàv ècpoptav. Cf. Bûchsenschûtz Besitz 474.

l'état de guerres continuelles et totalement étrangères les unes aux autres. Cependant le besoin d'échanger leurs produits amène d es relations momentanées : celles-ci se nouent à un marché qui se tient aux frontières et que protège une neutralité reconnue par tous (*).

Ces détails suffisent pour attester l'existence d'un usage commun dans les sociétés, qui, au point de vue économique, en sont restées là où était la société grecque.

Enfin les progrès de l'industrie marchent parallèlement avec ceux des voies de communication. Je sais bien que, grâce à sa situation géographique, la Grèce, en presque tontes ses régions, peut user du transport par eau. Nous sommes mal informés de la construction des navires marchands et de leur capacité ('). Mais le transport par eau ne peut suffire à une industrie fort développée. Cela est vrai surtout pour l'antiquité : l'art naval n'avait pas fait assez de progrès pour que les vaisseaux pussent s'exposer au gros temps. Généralement ils ne naviguaient que pendant la belle saison ('') (d'avril en septembre) et presque toujours le long des côtes. Pendant toute une partie de l'année, l'industrie serait donc restée inactive ; car elle ne pouvait guère utiliser la voie de terre. Les routes (*), sauf celles qui avaient été tracées et qui étaient entretenues pour le passage des cortèges religieux, étaient souvent de simples sentiers. Qu'on se rappelle les chemins qui

(«) K. Bûcher Die Wirtschaft der Natarvôlker 29.

{*} Bûclisenschiitz Besiiz 421 n. 2. Les plus grands navires de commerce paraissent avoir ea une capacité de 360 tonnes. Beloch GG. I 414.

(') Dem. c. Apatourios 28.

(*) Bûchsenschâtz Besitz 446. Gartius Zur Geschichte des Wegebaaes bei den Griechen Berlin 1855.

traversaient les Thermopyles ou franchissaient l'isthme de Oorinthe.

U me reste un dernier point à traiter ; mais j'y ai déjà touché dans ce qui précède et j'y reviendrai au Livre III. Le domaine dans lequel les biens circulent n'est pas encore la nation : c'est la ville et la législation économique, d'accord avec la législation politique, s'efforce d'assurer son indépendance. Cependant, si la législation commerciale et industrielle rappelle, dans ses grandes lignes, celle des villes du moyen-âge ; elle est beaucoup plus simple, plus rudimentaire. Elle est le témoin irrécusable d'une transformation économique qui ne s'est opérée que d'une façon incomplète.

Concluons : je viens de constater les changements qui s'étaient introduits dans l'organisation économique depuis l'époque d'Homère. Avaient-ils transformé en un type nouveau le type primitif ou en avaient-ils seulement altéré la pureté ?

Il faut distinguer : dans certaines parties de la Grèce, le type ancien subsistait intact, dans d'autres, il n'était qu'altéré, dans d'autres enfin, il s'était modifié.

Il y a cependant, à Athènes, quelques exceptions qui attestent un progrès plus grand : la fabrique de Lysias, les deux fabriques du père de Démosthène, la fabrique de Pasion (*), ne sont plus de simples ateliers d'hommes de métier : elles occupent un assez grand nombre d'esclaves et emploient d'assez gios capitaux ('). En appa-

(1) Dein. XLY 85 : Pasion avait donné à TÉtat mille boacliers et cinq trières tout équipées.

{*) Bûchsenschiitz Besitz 335 : Die bel weiteren grôsste Zahl von Sklaven aber wurde, wenigstens in gewerbeâeissigen Stâdten, in Fabriken beschâftigt. On voit coiubien cette appréciation est exagérée. Le même auteur assure 336 avec tout aussi peu d'exactitnde dass die Fabriken in den industriellen St&dten sehr zahlreich gewesen sind.

rence, l'antiquité possédait dans Tesclavage le moyen de créer facilement la grande industrie : je montrerai plus loin qu'il a, tout au contraire, contribué à maintenir l'organisation par métiers et à protéger les petits patrons contre les grands.

Le métier et la fabrique ne sont pas les seules formes d'organisation par lesquelles passe l'industrie. Entre ces deux formes s'en place une autre qui sert fréquemment de transition de l'une à l'autre, bien que, souvent aussi, elle coexiste avec elles : nous l'appellerons la manufacture ou l'entreprise' (= Verlagssystem). L'homme de métier au lieu de travailler directement pour la clientèle extérieure vend ses produits à un patron qui centralise la production de plusieurs petits ateliers et se charge de leur écoulement. Ce système eût pu être utilisé avec avantage pour les industries artistiques, comme pour la céramique. Il est môme à présumer qu'il a existé : comment sans cela, les potiers, dont on retrouve les œuvres signées sur tant de points du monde grec, auraient-ils pu assurer l'exportation de leurs produits ? Mais aucun témoignage historique ne confirme cette supposition. Si même elle répond à la réalité, le progrès, car c'en est un au point de vue de la puissance et de l'extension de l'industrie, ne s'est accompli que partiellement et n'a pas, d'une façon essentielle, même à Athènes, modifié l'organisation par métiers.

CHAPITEE m.

Des différents modes de rénumération du travail (*).

Toute peine mérite salaire. Cette vérité est aussi vieille que le monde : elle était appliquée en Grâce comme partout ailleurs, comme elle le sera apparemment toujours, à moins que l'avenir ne nous réserve le renversement de toutes les habitudes et de toutes les règles. Mais il n'est pas du tout indifférent de savoir sous quelle forme le salaire était payé.

Dans un. régime où il y a beaucoup de petits ateliers, peu de fabriques, les salaires à la journée sont rares. Les consommateurs payent le salaire du producteur en achetant ses produits^ un meuble^ un vase, ou ils le payent à la tâche, autant pour tel travail, bâtir un mur, peindre une surface. La fabrique a généralisé le salaire à la jouméC; bien qu'à présent les nécessités de la concurrence la poussent de plus en plus vers le salaire à la tâche. Si nous remontons tout au début de l'évolution économique, dans l'industrie domestique, il n'y a pas de salaires. Le chef de famille se borne à nourrir et à entretenir les siens avec les fruits du travail commun. Dans les formes intermédiaires, la rénumération s'inspire encore, tout au moins partiellement, de cette vieille

(1) Boeckb StaatshaushaltuDg I et surtout II n. 202. Brants De la condition du travailleur libre dans l'indafitrie athénienne Bev. Instr. publ. XXVI 100. Bûcbsenscbûtz Besitz u. Erwerb 344. Jevons Works and wages in Athens Journal of Hell. Studies XVn II 1896 239. Mauri Cittadini lavatori Chap. III.

règle. L'ouvrier qui va travailler au domicile du consommateur reçoit son payement, en partie en nourriture, en partie en argent ou en nature. La fileuse, par exemple, aura le droit d'emporter une certaine quantité de la laine qu'elle a préparée. Même quand l'ouvrier travaille chez lui, une partie de son salaire lui est encore payée en nature. Les exemples qui vont suivre nous montreront toutes ces formes de rénumération : salaire en argent à la tâche ou à la journée, salaire en nature.

C'est à peine si les témoignages des auteurs anciens, relatifs aux salaires en argent, méritent d être recueillis, tant ils sont rares et surtout tant ils sont vagues. Il n'en est pas de même pour les indemnités de nourriture dont nous nous occuperons d'abord. D'après Athénée, on appelait èTzicri'zioi, les ouvriers auxquels on donnait leur nourriture pour tout salaire (*). Ainsi, même à l'époque historique, les formes primitives de la rénumération persistaient. Elles attestaient le peu de profondeur des modifications subies par l'organisation économique depuis l'époque d'Homère. C'est à cette circonstance sans doute qu'il faut attribuer la rareté des indications relatives au salaire en argent chez les auteurs anciens. Bien tard encore, au III" siècle, l'employeur se chargeait de l'entretien du travailleur. Nous le constaterons tout à l'heure à Délos. Polybe (') raconte qu'après le grand tremblement de terre (vers 225), l'île de Rhodes, fortement éprouvée, reçut des secours de l'Egypte : Ptolémée lui envoya, pour la réédification du célèbre colosse, de

(*) VI 246 F : eiriçrixiot yàp xaXoûvxai ot èirl xpoçpatç uTTOupyoûvTeç. Il cite, pour l'emploi du mot dans ce sens, Platon (Rep. IV 420 A), Aristophane, Eubule. Cf. Ath. IV 145 F.

l'argent et lai fournit 100 ouvriers avec 350 manœuvres. Il ajouta 15 talents par an pour leur opsonion, soit 3 oboles par jour et par tête. Tel était aussi, à Athènes et dans des temps antérieurs, le coût, largement calculé, de Tentretien par jour d'un homme libre.

J'ai déjà parlé des soldes qui étaient accordées à diverses catégories de citoyens. Pour le sujet qui nous occupe, il n'y a à considérer que la solde militaire, puisqu'elle est la rénumération d'un service continu. Comme je le montrerai, elle ne représente d'abord qu'une indemnité de nourriture, dont le taux ordinaire est de trois oboles, plus tard quatre. On y ajoute bientôt une rémunération et les deux postes réunis s'élèvent à une drachme et plus.

Nous retrouverons plus loin cette même somme de 3 oboles pour la nourriture des esclaves d'Eleusis. Elle constitue en quelque sorte un tarif qui est en usage dans toute la Grèce : à Delphes, à Bhodes, à Athènes, c'està-dire dans des pays éloignés les uns des autres et à des époques différentes. N'est-ce pas, pour le remarquer en passant, un signe de la simplicité du régime économique et une preuve de la lenteur avec laquelle il se modifiait? Trois oboles étaient le taux, partout accepté, de la dépense de nourriture pour un adulte. Cette uniformité de tarif est un fait remarquable et qui suppose une société encore primitive. La loi de l'offre et de la demande n'agit que faiblement : elle ne vient pas déranger des tarifications traditionnelles.

Le taux de trois oboles, étant approximativement une moyenne, suppose des termes supérieurs et inférieurs. De fait, le coût de l'entretien d'un adulte peut tombera 2 oboles, comme à Délos, et à Athènes pour les individus qui sont à charge de la bienfaisance publique ('). Il peut

{}) Arist. PoL Ath. 49, 4, poar les adunatoi. Le taux a varié, voir Alph. Roersch Étude sur Philochore Musée belge 1897 141.

monter plus haut : à 4 oboles pour les archontes et les éphèbes, à une drachme pour les sophronistes, pour l'archonte de Salamine, pour les amphictyons deDélos (*)•

Je m'occuperai tout à l'heure d'une façon spéciale des inscriptions qui nous fournissent des renseignements sur les salaires, indemnités de nourriture, etc. On me permettra de recueillir dès à présent quelques données isolées, qui complètent celles que nous trouvons dans les auteurs. Deux intéressantes inscriptions d'Amorgos toutes deux du troisième siècle témoignent des variations dont le coût de la nourriture d'une personne est susceptible. La première, publiée par S. Beinach ('), célèbre les services rendus par Cléophante à l'occasion de la fête des Itonies. Cette fête comprenait des banquets, organisés sous forme de piques-niques : Cléophante s'est chargé de tous les frais et pendant six jours, sept cents personnes ont vécu à ses dépens. Le total de ce qu'il a déboursé est indiqué ; on en peut déduire la dépense par tête : elle se monte à 4 oboles. L'autre décret donne des sommes inférieures (') : à l'occasion des mêmes fêtes, Épimonides a nourri 550 personnes et la dépense qu'il a supportée s'est montée à 1000 drachmes^ c'est-à-dire en supposant toujours six jours de fôte, à 2 oboles par tête.

Un était plus généreux à Démétrias {V moitié du II* siècle) (*), où l'on prévoyait une allocation d'une drachme pour l'opsonion du rabdouchos. Il est vrai que ce fonctionnaire ne devait recevoir cette somme que deux jours. Comme elle lui était probablement versée en espèces, elle constituait à la fois une indemnité de nourriture et un modeste traitement.

(i) Ibid. 62, 2 et 42, 3.

(') BCH VIII 1884 160 = Ch. Michel 378.

(») Del^marre Revue Archéol. 1896 II 73 = Oh. Michel 712.

(*) MAI VU 1882 72 = Ch. Michel 842 A 1. 26.

Enfin deux inscriptions déterminent comme suit, le montant de la dépense nécessaire à l'entretien complet d'un adulte : à Acrai près de Téos (IIP s.), 8 oboles par jour sont allouées à un bienfaiteur de la cité, s'il y veut venir résider (*). Vers le milieu du IV" siècle, le peuple d'Athènes voulant récompenser Peisithides, un Délien, qui a été obligé de quitter sa patrie, lui accorde un secours quotidien d'une drachme ('). Cette somme est évidemment calculée comme la précédente, d'une façon large et dans une intention de générosité.

Les auteurs ne nous fournissent, si je ne me trompe, que six indications relatives aux salaires en argent : trois se trouvent dans Aristophane, deux dans Lucien, une dans Athénée.

Sur les trois passages d'Aristophane, deux concernent le salaire à la tâche, un seul le salaire à la journée, et, par un hasard singulier, dans les deux cas où le salaire est donné à la tâche, il s'agit de portefaix. Dans les Grenouilles ('). Dionysos entre dans le royaume de Pluton et fait la rencontre d'une ombre à laquelle il demande de porter son bagage. L'ombre réclame deux drachmes : le dieu en offre une et demie (9 oboles); l'ombre explique qu'elle préférerait retourner sur la terre que d'accepter cette proposition. On en a conclu que le salaire des portefaix s'élevait à une drachme et demie (9 oboles), qhiffre élevé puisqu'il ne s'agit que d'un transport à effectuer en moins d'une journée ; mais le cas est si particulier qu'il est difficile d'en tirer une conclusion certaine. La scène est aux enfers et surtout Aristophane s'amuse : où va sa plaisanterie? Si elle va

0 Ch. Michel 497.

(«) OIA II 115b p. 408.

aux choses de ce monde, ne rappelle-t-il pas aux Athéniens les exigences accoutumées des portefaix, habiles alors déjà à rançonner les voyageurs ?

Le deuxième témoignage d'Aristophane est encore plus vague : Pollux (*) parle de Tendroit où se réunissaient les mercenaires ol |jLi<x9apvo'JVT£<;. Leur travail consistait dans le transport, to Se Ipyov ajToiv ^ooà xal 6 [jiitOo;, xo(jitTTpov. Il cite ensuite ce fragment d'Aristophane : (î,3oXwv 8' wrw; Terràpwv xal tt,; çopâç. Le salaire des portefaix serait donc de 4 oboles pour une course. ACeineke lit, il est vrai : djîoXwv Seouawv etc., ce qui donnerait un certain nombre de drachmes, deux peutêtre, diminué de 4 oboles. S'il s'agissait de deux drachmes, 1 dr. 2 ob. (*).

Le troisième passage est intéressant : ce Et maintenant, ils cherchent à recevoir le triobole quand ils rendent quelque service à l'état, comme feraient des ouvriers qui enlèvent la boue TnriXocpopo'Jvreç ("') ». Ces travailleurs sont des esclaves publics, ainsi que ôela résuite de la Constitution des Athéniens. Aristophane ravale audacieusement à leur niveau les citoyens athéniens, si avides de toucher la solde judiciaire. Si cette interprétation est exacte, le texte nous donne donc le montant de la rénumération des esclaves publics. Il est identique à celui des esclaves publics d'Eleusis (IV° siècle). Ces trois oboles ne constituent pas, à proprement parler, un salaire, mais plutôt une indemnité de nourriture.

Les témoignages de Lucien sont plus précis que ceux d'Aristophane : dans Timon {*), nous voyons le célèbre

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