II. XVIII
{*) Od. VI 32. Cfer. Iles. 0 et J. 600 : Hfr.ÔL t' àotxov iroititffOai, xat aTexvov epiOov | oi'îeaOai xs/ojjLai, yotÀcrT) o' xjtzÔ'zoo'zk; eoiOoç Hymn. III i. Merc. 276 : T/r^jxova y^t^^Tpè; à'piOov, à-rajOaXov àyye-
particulièrement bien étudié ce point. Il distingue les professions où la division du travail s'est incomplètement développée : production et préparation : 1) de Teau, 2) du bois, 3) de la viande, 4) du pain, 5) du vêtement. Ces professions sont encore exercées sous la forme domestique (Hausfleiss) par les membres, libres ou esclaves, de la famille et plusieurs d'entre elles ne se sont jamais tout-à-fait émancipées jusqu'à devenir des métiers. Il en est particulièrement ainsi de la fabrication des vêtements, l'industrie domestique par excellence. Hésiode (') conseille au paysan de tisser lui-même sa tanique et son manteau. Notons cependant la pauvre femme qui travaille la laine. Elle reçoit un salaire oLeUécL |jil<tOov qui l'aide à nourrir ses enfants, c'est donc qu'elle travaille pour autrui (').
Il faut mettre à part les professions de ts^ct^ov, yaXxeyç, o-xuTOTOjjLOç, potier, pêcheur et constructeur de navires. Celles-là sont dans les mains d'artisans, d'hommes de métier. Il est remarquable de constater combien, dans les principales d'entre elles, la division des métiers est peu avancée. Le même mot tsxtwv (^) désigne le tailleur de pierres, le charpentier, l'ouvrier qui travaille la corne, le menuisier, le charron, l'ouvrier en ivoire. Le titre de forgeron yaXxsuç s'applique à l'armurier, à l'orfèvre, etc.; (jxuTOTOjjLo; se dit du tanneur, du corroyeur, etc. Veut-on un exemple qui montre exercés par le même homme des métiers multiples ? Pour fabriquer les meubles de sa
(») 0. et J. B37.
sVpiov à{jL(pi(; av£Xx£'., l^àÇouj' Vva -aidlv aelxsa [JnaOèv à'pTjxai.
(*) 11. VI 313. Hector va chercher Paris. Il le trouve dans son palais qu*il a construit : tjv àvôpadiv oi tôt àpioroi | f^dav èvi Tpoij^ âpipiuXocxi TÉxTove;, à'vôps; | oV ot STroirjjav OiXz[JLOV xai 8co{jl2 xal aùX^v. Cfer I 110, XIII 303, XV 410.
chambre et son lit^ Ulysse doit être tout ensemble maçon, menuisier, ouvrier en ivoire, orfèvre et sellier. Tychios qui a fabriqué le bouclier, garni de métal, d*Ajax est désigné sous le titre de <yxi>TOT6|jLo;.
Dans quelles conditions ces ouvriers sont-ils employés ? Leur fournit-on la matière première et eux-mêmes ne fournissent-ils que leur travail? Le doreur que Nestor (*) appelle pour recouvrir de métal précieux les cornes du bœuf qui va être immolé aux dieuX; reçoit la matière première ; mais cet exemple n'est pas décisif à raison de la valeur de cette matière. Ce qui me paraît bien plus convaincant, c'est la présence de lingots de fer dans les trésors des héros, et plus significatif encore est ce passage du Chant XXIII de Tlliade (-) : Achille expose comme prix un bloc de fer brut et il encourage ses compagnons à se le disputer : ^ Si vastes que soient ses champs fertiles, celui qui l'emportera sera dispensé pendant cinq ans, d'envoyer à la ville chercher du fer pour ses pâtres ou ses laboureurs : ce disque lui en fournira. „ Ce passage permettrait même de croire que l'exploitation rurale comptait dans son personnel des ouvriers spéciaux, capables de travailler le fer; mais si cette supposition est exacte, elle ne s'applique qu'à des ouvrages ordinaires. Le métier de forgeron, exigeant
(•) Od. III 423. II. IV 105 : Pandaroa remet à l'ouvrier xspxo^doi; teV.xcov, les cornes avec lesquelles il devra faire un arc.
(-) A rapprocher cefc autre fait de la vie rurale : comme le paysan de l'Iliade se fabrique à lui-même ses outils, ainsi Eumée se fait ses chaussures et a construit l'étable des porcs et dans Hésiode 0. et J. 423 : àXjjiov |jl£v TptrooTjV -uâfjLveiv, uTrspov oè Tpt7rr,^i)V I à'Çovà 0* âiTTaTroÔTiv • jjiàXa yàp v-j toi àp[jL£vo<; a-jTw; | ... lîoXXà £7:1 xa[X7ruXa xa/a • cpspe'.v oè yÛTjv, ot' àv E{>pT|(; | dç oTxov, xaT' opo; SiÇtÎixsvo; î^j xa-:' opoupav | rpÎTrivov • o; yàp jSoûj'V àpoOv oyypwTaTo; £t:iv | sut' $v 'AOTjvaiT,; ojxcoo; iv iXoixa-ri rr^Jac | oo"îa oè OsjOat SpoTpa 7:ovTj(ja|Aîvo; xa-:' oTxov.
des aptitudes spéciales^ a dû se constituer de bonne heure, comme une profession distincte de toute autre. Les paysans d'Hésiode se réunissent dans la forge, en hiver, pour se chauffer tout en devisant (*).
C'est aussi apparemment l^me des rares professions qui ne s'exercent pas d'habitude au domicile des clients et encore, dans l'exemple que je viens de citer, est-il possible que les outils et ustensiles nécessaires à l'exploitation rurale soient fabriqués sur place par l'homme de métier.
La coutume du travail au domicile du client est bien attestée par l'existence d'ouvriers errants et la présence de cette classe de travailleurs atteste à son tour le faible développement des métiers dans la Grèce homérique. Le passage où ils sont cités mérite d'être reproduit tout entier. Les prétendants reprochent à Eumée d'avoir amené au milieu d'eux un mendiant; Ëumée répond : Quels hommes de leur plein gré appellent un étranger survenant des contrées lointaines, s'il n'est de ces démiurges ti jjlt, twv of ôTifjLLOEpyol eaTiv, un devin, un médecin expérimenté, un charpentier habile à façonner le bois, TÉxTova Soiipwv ou un chanteur divin qui nous charme? Voilà ceux des mortels que par toute la terre on aime à inviter (').
Dans l'organisation sociale que nous venons de décrire, le commerce est appelé à jouer un bien faible rôle. Le commerce intérieur n'existe que dans des rudiments insignifiants : c'est ainsi que les campagnards vont acheter le fer à la ville. L'échange des produits se fait en général sans intermédiaire. Il existe cependant un commerce maritime. La mer sollicite de toutes parts et provoque la hardiesse du Grec; mais il ne se rend pas
( >j O. et J. 493.
(*) Od. XVII 380.
du premier coup. Tout d'abord, il tient sa barque à portée des côtes et quand la tempête est menaçante, le frêle esquif du pêcheur regagne en toute hâte le port. Plus tard, et il en est ainsi à Tépoque d'Homère, la barque est devenue navire : la rame et la voile permettent de plus longs voyages et la mer offre au marin de nouveaux dangers et de nouvelles ressources. Le pêcheur enhardi se fait pirate. Il court les mer^i, à la recherche d'une proie. De préférence, il s'en prend aux paisibles habitants de quelque rivage éloigné. Telle est déjà la coutume des Cretois, ces incorrigibles écumeurs de la mer ('). Le coup fait, le navire revient chargé de bestiaux, d'esclaves, de meubles et d'ustensiles et les pirates cherchent à se débarrasser de leurs richesses par le commerce. N'est-ce pas un trait de corsaires que méditent les prétendants dans l'Odyssée, lorsqu'ils se demandent s'ils ne pourraient se saisir des étrangers importuns, les jeter à bord d'un navire et les vendre à bon prix en Sicile (')? Le commerce a quelque peine à se séparer de la piraterie. De tous les moyens de se procurer une cargaison, celui-ci est le plus commode. De là sans doute, le peu d'estime dont semble jouir le i négoce. Euryale ('} interpelle Ulysse et non sans quelque intention méprisante, il dit : étranger, en vérité, je ne puis te considérer comme un homme habile dans la lutte : tu ressembles à un navigateur, chef des matelots, occupé de sa cargaison, attentif aux affaires et au gain, plutôt qu'à un vaillant lutteur.
(/) Od. XIV 230, XVII 424.