‹ L'industrie dans la Grèce ancienneChapitre 47 sur 89 · C. - Rédaction du cahier des charges, plans, devis · texte numérisé non relu

C. - Rédaction du cahier des charges, plans, devis

maquettes.

La commission, assistée de l'architecte, est chargée.de la confection de ces diverses pièces. La besogne se divise entre eux d'une façon toute naturelle.

L'architecte fait les études techniques; la commission s'occupe spécialement de la rédaction du cahier des charges et des contrats à conclure avec les entrepreneurs. Pour ces diverses pièces, les Grecs n'ont pas de noms spéciaux : ils emploient le mot a-jyvpaç/j pour les désigner toutes'. En réalité, il faut le traduire par contrat (^) ou, plus exactement encore, l'acte écrit du contrat : le contrat comprend la description du travail aussi bien que le cahier des charges.

La réunion de ces documents est la <xu7ypacpYi (^) ; le mot désigne aussi ces divers documents pris à part.

La base de la syngraphê est la décision votée par le peuple. Suivant les circonstances, celle-ci est plus ou moins détaillée. Parfois elle ne contient qu'une description sommaire de l'ouvrage à exécuter (*). Parfois cette

(^) Une exception BCH 1896 II 77, un talent entier.

(') Le mot syngraphê, à côté de ce sens générai, a aussi un sens plus précis et technique, Mitteis Reichsrecht 459 s et Dareste BCH VIII 362. Dans le sens contraire, Beauchet Droit athénien IV 69.

(^) A Halicarnasse, Siaypacpi), Ch. Michel 595.

(*) Ainsi CIA IV, p. 140, 26» : Tauxa Se ^u^yP»'}'*^ V-^"* KaXXixpaTT|. Cf. Ephem. archaiol. 1897. Dans Tiascription d'Anaphé, le décret, tout en autorisant Timothée à édifier un sanctuaire d'Aphrodite dans Tenceinte du sanctuaire d'Apollon Astialtas, indique les conditions dans lesquelles ce travail devra être fait.

décision da peuple osb plas précise : tel est le cas de Lébadée. Le peuple semble y avoir porté une loi, vojjloç vacTîoïxô; qui décrétait la construction du temple de Zeus Basileus et posait, avec certains détails^ les règles d'après lesquelles le travail devait s'exécuter.

En outre, il existait, dans certaines villes, des lois qui réglaient la matière, d'une façon générale : il en était ainsi encore à Lébadée. Pour tous les points qui ne sont pas réglés par son texte^ l'inscription de Lébadée se réfère à cette loi, xaToirrixoç vÔ|jloç (*) ainsi qu'à la loi qui a ordonné la construction du temple. L'inscription d'Erétrie paraît aussi se référer à des dispositions générales applicables à tous les travaux.

D'après ces pièces, la commission, assistée de l'architecte, arrête soit d'abord un cahier des charges général suivi de cahiers des charges spéciaux, soit immédiatement ces derniers. La première façon de procéder paraît avoir été celle de Tégée; l'inscription est un cahier des charges général et le dernier paragraphe fait allusion aux cahiers des charges spéciaux à qui elle servira de base. « Si l'un des entrepreneurs ou des ouvriers paraît poser des actes nuisibles aux travaux ou refuse obéissance à ceux qui les dirigent ou ne tient pas compte des amendes fixées, que les esdotères soient maîtres de chasser l'ouvrier du chantier et d'infliger une amende à Fentrepreneur, avec appel, comme il est écrit pour ceux qui s'opposent aux adjudications ; pour tout ouvrage religieux ou civil qui serait concédé, que ce règlement général soit valable, s'ajoutant au contrat conclu en outre pour cet ouvrage (') ». On pourrait, il est vrai, soutenir que cet xo'.vyi auyypacpT, émane du peuple lui-même et est l'équivalent du vôjjloç vaoTcoïxd; de

(«) Trad. de M. Foucart.

Lébadée; mais si l'on doit se prononcer d'après la désignation qu elle reçoit, on y verra plutôt un acte privé, un contrat plutôt qu'une loi.

Les inscriptions CIA IV 2 1054>' et suivantes sont des cahiers des charges spéciaux. De» cahiers des charges spéciaux existaient également pour d'autres travaux et notre document s'y réfère; mais de plus il porte cette clause : « les naopoioi agiront contre les cautions selon qu'il est écrit pour les autres entrepreneurs et les cautions dans la syngraphé )>. C'est un cahier des charges général.

On retrouve le même cahier des charges général dans l'inscription de Délos, CIG- 2266. Elle était gravée sur quatre faces, Â. B. C. D. A seule est intacte ou à peu près : elle décrit un travail, fixe les conditions du contrat et se termine par l'indication du nom de l'entrepreneur qui a repris le travail. Certaines de ces conditions, par leurs termes, montrent qu'elles n*ont pas été rédigées pour ce cas spécial, mais sont empruntées à un document général, à une xoivtj <j'jy^poLor^.

A Lébadée (Fabricius), les décisions du peuple (vdfjio; vao7:oïx6ç et vojjloç xaTOTtxôç) sont assez précises et assez détaillées pour qu'on ait pu passer immédiatement à la rédaction des cahiers des charges spéciaux. L'inscription vise deux entreprises distinctes : certaines clauses sont littéralement reproduites (^). Les rédacteurs les ont certainement empruntées aux documents législatifs. D'autres clauses ont la même origine : par exemple celles où les commissaires disent en parlant d'eux-mêmes : c( ils Y, tandis qu'ailleurs ils disent : (c nous ».

Ces documents que rédigent la commission et l'archi-

(*) Celle qui réserve à l'architecte le droit de modifier les mesures, 1. 22 et 1. 180; celle qui détermine les pénalités que peuvent enconrir l'entrepreneur et ses ouvriers, 1. 16 et 1. 178.

tecte ont un double but : d'abord décrire l'ouvrage ; en second lieu fixer les conditions de son exécution. Dans les inscriptions que nous possédons, ces deux buts sont parfois séparés. L'inscription de Lébadée est complète.

L'inscription de la Skeuothèkè (*), intitulée (nrffpoLooii, est une description fort exacte et fort minutieuse du monument.

Ne joignait-on pas aussi des croquis et des plans côtés? On trouve à Délos en 279 (*) : Ye[r<Ta. . . é[7tetpyaT|jLiva T:po; xà jJLÊTpa xal tt^v uitoypaçpYiv ttiV [ooOeSxav Otco to'j OLoyj,- TÉXTOvoç]... x£pa|jL[(8aç e7retpYaa"jjL£vaç...] xxxà Totç •JTuoypa^àç Taç SoSeto-aç ùtco to'j ip^tTÉxTOvo;. Le mot ùiroypa^Ti signifie contour, dessins, croquis, mais aussi description (^).

Nous voyons fréquemment citer des TrapaoeivfjiaTa : ce sont des modèles, des maquettes ; mais ce sont aussi des dessins ; ils étaient tracés sur des planches enduites de couleur blanche (*).

(•) L. 44-76. Homolle 1. c. 466.

(*) Cf. CIA IV 2 1054 b, 1. 30 ot passim : irpèc xiv ivaypaïpsa 6' 3tv Ôcp 6 àpy^iTéxTwv.

(*) Hérod. V 62 : EvOaûxa ol 'AÂX{jLeiovîiai... itap' 'Ajxcpixxudvcov xèv v-ijèv (jLiJÔoOvxai tov ev AsÀ^olo^t... xàv te vtjôv EÇspYaffavro tou TrapaÔsi'Yp.a'coç xdcXXiov.

Homolle Archives de Tintendance sacrée à Délos, 13 n9 à : clç tô TrapaOEiyjxa xoû TrpoiruXou Tuivaxa tiyopajajxEV Ttapà XpT)7i{JL0v> (12 dr.). — È7ria'xaur,o'avTt xôv itivaxa BeoÔt,[xwi (2 dr.). — XEuxtu^a'^t tôv TTivaxa à{ji.^oT£pa>0£v (3 dr.). — Tou «poivixo; tou 7r£piY£VO|jiÊVou àizb Toû 7capaS£ÎY[xato;. Wise Class. Rev. V 257 b.

CIA II 607 b, 1. 102 : TrapaÔtiYjxa twv x£pa[jLÎdiov twv ettI ttjv oxeuoôiîxiiv» Ibid. 126 : TrapâSEiYjxa ÇuXivov tîî<; xpi^Xu^pou xfjç £vy.aua-£co^ (cf. ibid. 809, col. e 8 et 8ll col, b 193).

A Ëpidaure, AsclepieîoD, 1. 296, modèle d*un grillage : napot- OEiyfxaToç [xxxeXXo ; l. 341, modèle de mufles de lion.

Cf. Keil MAI 1895 37 n. 2, sur le sens du mot £xO£[j.a.

Di — Exéaition de Ventreprise.

lo Division du travail en lots.

Cette partie du sujet nous permettra mieux que toute autre d'apprécier, au point de vue économique, l'industrie qui nous occupe, et tout d'abord signalons la division du travail en lots souvent minimes. Ainsi à Lébadée(Fabricius), la première partie de l'inscription est relative à la fourniture et au placement de stèles gravées avec encadrements. La seconde partie est relative au placement de treize dalles.

A Délos, comme M. Homolle (') le constate, les travaux sont divisés en petites parties et on n'adjuge que ce qui pourra être terminé dans l'année et soldé sur les fonds disponibles Exceptionnellement, un travail empiète d'une année sur l'autre. Ici, les travaux sont limités par les ressources dont le temple dispose. Mais cette division est encore commandée par les conditions dans lesquelles s'exerce l'industrie. En général, les entrepreneurs ne disposent que de faibles capitaux. De là les mesures prises pour les payements ; ceux-ci sont anticipatifs et une inscription d'Olbia en donne la raison : les entrepreneurs sont souvent hors d'état de faire des avances et ne se mettent au travail que lorsqu'ils ont reçu des fonds (*).

A Tégée, cette division des lots est voulue : aucun entrepreneur ne pouna obtenir deux lots, à moins que les héliastes ne décident le contraire à l'unanimité. Cette interdiction me paraît dictée par la préoccupation

(1) BCH 1890 466.

(*) Inscription en l'honnear de Protogène (infra) : xotl eûOùc

ev^yxaç elç 'ct)v êxXTiJtav ^pucjoOç TtEvraxoŒiouç ei; touc àppapôivaç

àiréooxo Ttàv-ua xà epya «tt*!» xiipuxa, xal Tuapà tô tt^v àpid{JLT)7tv itotiQ-

Œa<TÔai èÇ Itoijxo'j to'j<; spywvaç oox oXi^a y^pTj|jLaxa iteptÊiroiTjffE ttj

TcdXei.

d'assurer une prompte exécution du travail : elle laisse supposer que les entrepreneurs, dont on prévoit la participation aux adjudications, ne sont pas suffisamment outillés. Dans la même ville, on trouve la défense de s'associer à plus de deux personnes pour reprendre un travail, [X7,ûè xoivivxç yvjzfrhoii, TtXsov •/; Siio, sous peine d'une amende de 50 drachmes. Cette clause, dit-on, avait pour but d'empêcher des coalitions qui entraveraient le jeu de la concurrence. Je crois plutôt qu'elle avait le même but que celle dont il vient d'être parlé : elle tendait à produire une division du travail de façon à en hâter lachèvement.

A Délos 279, on peut s'associer à deux ou à trois, et la même personne peut être adjudicataire à la fois de deux entreprises ou même davantage.

Dans les deux inscriptions d'Epidaure, la règle de Tégée est observée ; on ne trouve que deux exemples de deux entrepreneurs associés pour un même lot et jamais plus de deux ('). D'ordinaire un seul entrepreneur a repris chaque lot.

A Epidaure encore, un même entrepreneur n'obtient pas en même temps plusieurs lots ; on trouve cependant dans chaque inscription une exception (') ; encore s'agit-il de travaux qui doivent être exécutés l'un après l'autre.

Les lots sont relativement considérables ; ainsi pour TAsclepieion, Lykios est chargé de la taille des pierres pour la peristasis et du transport à pied d'oeuvre : 6300 drachmes au moins. Plus tard, le même obtient la fourniture et le transport de la moitié des pierres du sakos : 6167 drachmes. Mais pour l'autre moitié, l'entreprise doit être divisée : la fourniture est remise à un entrepreneur, le transport à un autre.

En général, chacun à sa spécialité; il est rare que des

(') Tholos B 1. 39 et U5.

(') Asclepieion 1. 7-11; Tholos 1. 66-68.

travaux ou des fournitures diverses soient repris par le même. On trouve, à PAsclepieion, Lykios entreprenant la fourniture, la taille et le transport des pierres (*), d'autre part aussi, la fourniture des bois pour le plafond et la charpente (,*).

2o Entrepreneurs étrangers.

Une autre particularité, au point de vue économique, est la présence de nombreux étrangers. Je l'ai fait ressortir plus haut (•^). J'ai réservé, pour cet endroit, quelques détails. On ne s'étonnera pas de ce que des cités peu importantes comme Epidaure, Delphes, Hermione n'aient pas trouvé en elles-mêmes les ressources nécessaires et aient dû faire appel aux entrepreneurs étrangers. De là, les allocations nombreuses de frais de voyage pour les hérauts et les messagers que nous avons notées à Epidaure, les frais de voyage et de séjour payés aux entrepreneurs. Il en est de même à Hermione : l'inscription porte les indemnités iyôoia accordées à des personnes, qui ont dû faire un voyage à Argos, ou à Mégare, ou à Sicyone, ou à Epidaure (*). Les inscriptions deTrézène et d'Hermione mentionnent aussi des indemnités de retour allouées aux ouvriers étrangers. L'inscription d'Érétrie suppose que l'entrepreneur et même ses ouvriers viendront de l'extérieur {^). Même à Athènes,

(5) Livre I, Ch. VI.

(*) Le Bas-Foucart 159»*. Thucj^dide V 82 raconte qu'Athènes envoya des maçons et des tailleurs de pierre à Argos, pour aider à la construction des Longs-Murs. Toute la population d' Argos, hommes, femmes, esclaves, se mit au travail.

{^) L^entrepreneur s'appelle Chairephanea. Des copies du contrat seront déposées à Andros et à Mégare, villes, où résident probablement ses héritiers pour lesquels il stipule.

— Biles ressources locales ne suffisent pas toujours. Pour la construction du Portique d'Eleusis, on fait venir des ouvriers de Mégare.Un entrepreneur béotien est employé, en 394/3, à la construction des murs de la ville.

8o Foamitares.

La règle générale est que l'entrepreneur de la construction ne fournit pas Jes matériaux. Il en est ainsi à Athènes : tantôt l'Etat les achète lui-même, tantôt il en fait l'objet d'une adjudication à part. Les comptes du Parthénon IV p. 37, 297», 297^ distinguent les dépenses pour les achats wvTrijjLotTtov et pour les salaires pLKrGwptâTwv. Les épistates font directement les achats : un fragment mentionne un achat de bois (*).

A Lébadée (Fabricius) ('), la fourniture des pierres doit être faite par les épistates, sauf pour les fondations. La même exception se rencontre dans le devis de Lesbos. Cette dérogation s'explique par le caractère imprévu des travaux dont il s'agit : la quantité de pierres dépend de la nature du sol que l'entrepreneur rencontrera.

Les documents de Délos nous révèlent les mêmes usages. En 269, on voit trois épimélètes du théâtre se rendre à Paros pour y acheter des pierres. Le Temple entretient en outre des magasins, qui font l'objet d'une comptabilité spéciale ('). Exceptionnellement, l'entrepreneur chargé de la construction est également chargé des fournitures en tout ou en partie. A Délos 279, l'entrepreneur, pour un travail, doit fournir tout ce qui est nécessaire, sauf le bois et les tuiles xepajjLo; (*j.

(^) IV 1, p. 37, 297 ».

(5) BCH 1882 27 et 135.

A rAsclepieion d'Epidaure, les pierres sont fournies parles entrepreneurs. Ceux-ci paraissent d'ailleurs mieux outillés et mieux pourvus de capitaux que les entrepreneurs qui ont travaillé à Eleusis ou à Délos.

Les achats faits à 1-étranger entraînaient le paiement d'un droit de sortie. Il était à la charge de l'administration. A Délos 279, la tuile est achetée à Syros ('). On a payé un droit de sortie qui ne correspond ni avec le nombre des tuiles, ni avec le prix d'achat. Il s'approche de 3 "/u ad valorem. A l'entrée, aucun droit n'est payé à Délos. A Épidaure (Tholos), on trouve également le paiement du 50* fait à Athènes.

4o La marche des travaux.

Les inscriptions d'Eleusis nous permettent de suivre, mois par mois, l'avancement des travaux. La règle générale est que la fourniture et la construction sont remises en des mcrïns différentes. Quand elles sont réunies, l'exception est notée soigneusement : ainsi dans ces formules : « à tel entrepreneur, pour tel travail exécuté et à la condition de fournir lui-même le bois (•). » En général, les fournitures sont faites par les épistates; ainsi ils achètent les pierres et chaque opération qu'elles doivent subir est l'objet d'un marché spécial : le transport, la taille, la pose. Ces fournitures, quand elles ont une certaine importance, font l'objet d'adjudications ; sinon, les épistates se les procurent par des achats de la main à la main.

Entrons dans quelques détails : ils paraîtront peutêtre bien minimes, mais ils évoqueront devant nos yeux les auteurs des monuments d'Athènes ; nous les admi-

(«) BCH 1890 470.

(^) Temple H 1. 42-45.

rerons d'autant plus que nous les verrons avec de si faibles moyens, exécuter de si grandes choses.

L'inscription du Portique est relative au transport des tambours des colonnes. Toute cette opération est faite en régie et met en mouvement un nombreux personnel d'ouvriers et de marchands. Elle semble avoir compris trois actes : d'abord la préparation de la route ; ensuite la constr action des appareils, notamment des chariots ; enfin le transport lui-même. Il est effectué par des attelages de bœufs. Chaque couple est payé par jour, 4 drachmes */, obole; sauf, en un seul cas, le transport demande trois jours, ce qui est énorme pour un trajet de dix lieues et un poids de 2 m*" environ. Pour traîner un seul bloc, il faut 30 à 40 paires de bœufs. De là, une dépense de 3 à 400 drachmes et plus.

L'inscription du Temple, mieux conservée, abonde en renseignements précis. La colonne 1, CIA II 834*', détaille entre autres les travaux nécessaires à la confection des portes ('). D'abord le sciage de trois pièces de bois de Macédoine etç Ta ÛTioToyata, pour le seuil et de deux pièces eiç Ta O'jpwfxaTa, les grandes portes. Le sciage est remis à un adjudicataire, Carion pour 23 drachmes. Un autre, Dionysios, métèque habitant à Eleusis, fait les portes pour 65 drachmes. Les épistates fournissent la colle achetée chez Agathon pour 4 drachmes ; les clous sont achetés au Théseion : prix, une obole par pièce ; nombre, 190; les montants Trà8(jLa : prix, 28 drachmes, 3 oboles, chez Syros le marchand Trapà Sùpou ^(XTwopoi».

La colonne II entre dans les mêmes détails (*). Une couple de tourillons aTpocpivYwv tje'jyoç, pour les portes de cèdres du trésor, achetée 5 drachmes à Pamphilos du

(*) A partir de la ligne 65.

\^) \ partir de la ligne 9. Je suis, pour la traduction des termes techniques, Ghoisy.

Pirée ex neipa'.w;. Bois de cèdre pour les mêmes portes chez Simias le commerçant, 210 drachmes. Bois débité l'AoL 'Ty\Tzi, pour les portes et pour la plateforme du trésor, 51 2 drachmes. Bois pour les traverses échelonnées sur la claire-voie, ei; ^aTpa tatç Oùpaiç twv Tt'jXtowv. Cinq madriers, xavdvs;, chez Phormion du Pirée, 180 drachmes. Sept madriers d'orme pour les moises, zi<; Ta âvTitJuya, 98 drachmes ; quatre autres, 54 drachmes ; trois autres d'orme, 6J drachmes ; trois madriers de frêne pour les moises,e»'ç xavovioa; xal J^ûya, 51 drachmes; deux madriers d'orme pour le treuil toi; TpoytXoK; 7tpoTpaAerv,47 drachmes 3 oboles, le tout chez Hégios de Corinthe. Payement aux journaliers pour le transport, 7 drachmes; pour le chargement, 1 0 drachmes. Transport par mer, à Cléon du Pirée.

Sciage des bois à la journée, 3 drachmes par jour. Colle de taureau pour le trésor chez Agathon, le statère, 8 drachmes 3 oboles. Clous pour les portes des Propylées et pour celles de TEleusinion d'Athènes, 206 clous, 3 oboles la pièce, chez Apollodore, métèque habitant à Collyte; total, 103 drachmes.

Confection et placement des portes du Propylée, au métèque Callias, 85 drachmes. Trois madriers xavôve; pour le seuil e^ç to ÛTtepTovawv, du Neocorion et du Prothyron, chez Phormion du Pirée, 75 drachmes.

Confection des portes de TÉleusinion et du Prothyron, à l'entrepreneur Pamphilos d'Otryne, 86 drachmes. Trois statères de clous, chez Philon du Théseion, le statère, 2 drachmes 1 obole; total, 8 drachmes, 3 oboles. Huit madriers d'orme pour les fuseaux de la claire- voie, £»•; Ta; 6'jpoxî.vxXioa; èizi to toO IIXo'jtwvoç, chez Hégios de Corinthe, 72 drachmes.

Poix pour enduire le plafond de l'Eleusinion et les portes, chez Pamphilos le boutiquier irapà flajjL'pOvou TXTiviTO'j, 60 drachmes. Confection de ces portes à clairevoie, à l'entrepreneur Pamphilos d'Otryne, 60 drachmes.

Clous pour les mêmes claires- voies, 250 clous, chez Phormion métèque, habitant Alopécà, 36 drachmes 4 oboles. Seuils de pierre pour ces portes dSol Tat; 6'jpox'.vxXifftv XtOivot, chez Heracleides, 2 1 drachmes. Travail, transport, placement de ces seuils, etc., plombage, 25 drachmes. Le plomb et le travail de la façon se paient à part, 2 drachmes 4 oboles. Savalement des jambages, à la journée, 2 drachmes par jour.

Echafaudage pour les ravaleurs, pour ceux qui ont passé au sable et enduit de poix les plafonds, à l'entrepreneur Agathon, métèque, habitant à Scambonidai, 50 drachmes.

Et plus loin, quatre billots de cyprès, la pièce 50 drachmes, chez Sophocle Cnidien. Frettes pour les portes à claire-voie, d(JL(p',06ta; Tat; 6upoxtvxÀi<nv, chez Philon du Théseion, 3 drachmes 3 oboles.

D'autres achats de bois figurent ailleurs et montrent la faiblesse du commerce local ; poutres 3oxoî, la pièce 17 drachmes, chez Phormion; des solives, chez Agathon, esclave de Philetairos(?) aTp<i)Tf,pa;... irap' 'AyaOwvoç Toi 4>i)veTa{po'j, la pièce 1 drachme 4 oboles; des voliges chez Archias, IpLavTeç irap* 'Xp^/iou Sajjiiou, 1 drachme la pièce; des roseaux, chez Artémis du Pirée, xaXapLtoeç uap* 'ApTé(xtoo<; ^x Ileipa'.ù;, 70 drachmes; des traverses, chez Archias, èizi^'kr^'zt^ Tiap' 'Ap-^toy Sajjito'j, 40 drachmes. Les prix du bois sont élevés. Le mètre cube de cèdre revient à plus de 80 drachmes. L'orme, de 8 à 30. Le frêne a une valeur peu différente.

La fabrication des briques, la fourniture de l'argile, le trauHport des briques donnent lieu à autant de marchés différents. Le mille de briques de 1 7« pied,' TptTijjLiTtôoiot revient à 36 drachmes ; d'autres tjv tcjj ye(i)vt(|), avec l'argile, à 40 drachmes. Le transport, le mille 25 drachmes ailleurs 15 drachmes. Le placement^ le mille 17 drachmes. On peut encore avec grande vraisemblance attribuer les sacs de paille hachée, 1. 73, à la confection des briques, des mortiers ou des enduits.

Môme remarque pour les pierres. La taille des pierres X(8oi dpouparoi (*) revient à 1 drachme 1 obole pièce ; le transport de chaque pierre à 1 drachme 3 oboles, le placement à 1 drachme ; il s'agit d'un dallage. Plus loin, des pierres d'Égine, Aiyivarot X{8ot éTri toG âpoupaioi» xeijjievoi, la pièce 1 drachme (*). Des pierres d'Eleusis pour la tour, avec le transport, 78 drachmes. Le placement à la coudée, TtTJyj; ('), 1. 53, 4 drachmes 4 oboles. Plus haut, 1. 8, 71 dpY'jià, la brasse de fondations en libage, VTzokoyri, 8 drachmes. Le bois, nécessaire pour faire les coins en frêne qui doivent servir à fixer les blocs, est achète à part, scié par un ouvrier, transporté par un autre.

Le commerce local ne suffisait pas pour la fourniture des bois ; d'autres matériaux encore étaient demandés à l'étranger : des poteries de Corinthe, xepapiiSeç KopivStat ; une partie est achetée chez Demetrios, métèque habitant Lakiadai pour 100 drachmes; 1 drachme la pièce; le transport à Eleusis coûte 40 drachmes. Une autre partie est achetée à Corinthe môme, 5 drachmes la pièce. Le transport de 200 pièces à Eleusis coûte 6 drachmes, 4 oboles.

On trouve aussi des tuiles de Laconie, la couple 4 drachmes.

Si je compare ces inscriptions d'Eleusis, à celles de l'Erechtheion, je constate que l'industrie du bâtiment n'a fait, depuis l'époque de ces derniers travaux, aucun progrès. En réalité, ce qui manque aux deux époques, ce sont de véritables entrepreneurs. Les épistates ont à faire à de tout petits patrons, sans capital et sans personnel, et bien souvent, ils sont obligés d'embaucher

(3) ^ Tzf^jijc = M. 0,462; n op^utà = M. 1,850.

eux-mêmes les ouvriers. A rÉrechtheion, on est arrivé, il est vrai, à la fin de Tentreprise et il reste à terminer beaucoup de menus détails. Cependant certains travaux auraient pu faire, semljle-t-il, Tobjet d'une adjudication. On n'a eu recours à celle-ci que pour un petit travail de peinture qui a rapporté à l'entrepreneur 30 drachmes ('). Pour tout le reste, les épistates ont préféré travailler en régie : ils engagent directement des ouvriers. Ainsi pour la cannelure des colonnes, ils ont formé 5 brigades. Les ornements appelés /aAxr, sont répartis entre cinq ouvriers. Quand ils font placer le plafond opoo;/,, ils font scier les poutres, les font ajuster, etc. On dirait d'une construction qui s'édifie dans un petit village, avec l'aide des ouvriers locaux.

Les entrepreneurs qui ont travaillé à Épidaure sont plus sérieux que ceux d'Athènes (Eleusis, Erechtheion). Les lots qu'ils reprennent sont plus considérables. A l'Asclepieion, Lykios : pierres pour la peristasis, ravalement, transport, 6.300 drachmes; la moitié des pierres, (1. 5, 1. 18), pour le sakos, 6.167 drachmes. Ici encore, on peut constater Ténormité des prix de transport : l'autre moitié de ces pierres est fournie pour 4.400 drachmes ; le transport à lui seul coûte 1.600 drachmes. Dans la même inscription, on trouve des lots de 9.900 drachmes, (1. 47), de plus de 6.000 drachmes (1. 5). Les travaux du Tholos à Épidaure et ceux du Temple à Delphes donnent lieu à des observations semblables. Recueillons cependant une intéressante remarque de M.Haussoullier : deux Argiens, Nicostratos et Chrémon ont été occupés au Tholos. Leurs noms reviennent dans les comptes de Damochares à Delphes (^). Il est vraisemblable qu'à ce moment, 338/7, « les grands travaux d'Epidaure sont ou

(<) CIA 324fr. al 1-61.

(*) Bourguet BCH 1898 478.

suspendas ou achevés et qu'il leur faut chercher plus loin de la besogne » (* ).

Les comptes de 353 à 325 (') contiennent des renseignements nombreux sur la construction du Temple, à Delphes. Sî nous entrons dans le détail des dépenses, nous serons frappés comme ailleurs de la division des lots : il y en a quelques-uns qui sont assez importants; mais, dans les premières lignes de I, 1. 4-57, ne figurent guère que de petites dépenses, crampons de fer, frais pour rétablissement d'une machine destinée à débarquer les matériaux à Cirrha; cette opération requiert tout un personnel de fournisseurs et d'entrepreneurs.

Je remarque cependant un nom d'entrepreneur qui revient fréquemment, Nicodamos : il fournit des bois destinés aux machines, extrait des pierres (1, 1. 8, 18, 44, 103), transporte des pierres par mer (I, l. 41,50), fournit de la poix pour la machine de Cirrha (I, 1. 51), construit la colonnade avec un associé (1, 1. 94), enlève les décombres, fournit un modèle de mufle de lion (l. 104-107).

Nous remarquons aussi Ténormité des frais de transport et enfin la lenteur avec laquelle les travaux avancent. Cette inscription justifie de l'emploi d'une somme de 20 talents, 14 mines, 10 stratères : il a falln toute cette longue série d'années pour l'absorber. Il est vrai que, comme l'inscription le note, il y a eu une période de guerre.

E. — Direction et surveillance du travail,

La mission des épistates n'était pis une sinécure : aussi devaient-ils être armés d'une forte autorité contre

V*) Haiissoullier Rev. de Philol. 1898 357. (*) Bourguet BCH 1896.

les entrepreneurs et contre les ouvriers. Nous nous en occuperons au Livre III, Ch. IL

Us avaient des auxiliaires que j'ai déjà cités, leur greffier, leur sous-greffier, l'architecte et le sous-architecte et même un esclave public 57i(jLo<xto;.

Enfin, et c'était ce point surtout que je voulais noter ici, ils étaient eux-mêmes placés sous le contrôle du peuple. L'inscription de TErechtheion CIA 1 322 contient le procès-verbal d'une visite des travaux qui avaient été interrompus : cette visite a été décrétée par le peuple.

Les inscriptions d'Eleusis mentionnent des décisions du peuple sur des points assez accessoires.

F. — Finances et travaux publics.

lo Origine des fonds employés.

D'où proviennent les fonds qui étaient employés pour les travaux publics ? L'État les prélevait d'abord sur ses ressources ordinaires. La plupart des règles essentielles de l'administration financière étaient connues. Les Athéniens ne procédaient pas à l'élaboration d'un budget général et de budgets spéciaux dans la forme d'aujourd'hui ; mais ils avaient quelque chose d'approchant, sinon à proprement parler un budget, du moins l'affectation spéciale des crédits (*). C'est au IV" siècle surtout que leur système financier a fait les plus grands progrès. Nous rencontrons à cette époque un Taixiaç twv (rrpaT'.toTUwv, trésorier des fonds militaires, qui suppose l'attribution de certaines recettes à des dépenses d'un certain ordre. De même un Tajxtaç oy,(jlo'j dont la caisse fait face à certaines dépenses votées par le peuple. On rencontre aussi un chef de l'administration 6 inl tvj SiotxTi<Tei qui rappelle un ministre des finances et une foule

(*) Gilbert Handbuch 376 s.

de caissiers de diverses administrations qui supposent une répartition des ressources publiques. C'est bien l'idée de nos budgets. 11 est remarquable que nous ne découvrions pas pour les travaux publics la constitution d'une caisse recevant des allocations annuelles.

Pour faire face à ces travaux, il fallait donc recourir à la formation d'un budget extraordinaire ou du moins au vote do crédits spéciaux, et ainsi les projets et leur exécution dépendaient des circonstances, de l'état du trésor, des préférences des hommes politiques. Il y avait des périodes d'inaction totale, comme celle dont parle Démosthène (*), puis des moments d'activité presque fiévreuse, comme celle qui signale le passage aux affaires de l'orateur Lycurgue.

Les ressources ne manquaient pas : à l'époque de cet homme politique, les revenus de l'État se montaient à 1575 talents annuellement ('). Qu'avaient-ils dû être au temps où Athènes recevait de ses seuls alliés 1200 talents (^) ? Mais l'administration financière était entachée de certains vices : l'imprévoyance, le gaspillage, le désordre qui tenaient au régime politique lui-même. On y parait comme on pouvait par des réformes incessantes, la création de nouveaux magistrats, l'organisation de contrôles toujours plus minutieux. Rien n'y faisait.

(*) Dem. Olynth. III p. 36 : xal x». Sv eIttsiv tiç ïyoi ; xàc eTraX^ei; à'ç xovit5|X£V ; xai xàç oooix; aç £7ri(jxeuà^o{j.ev, xal xp^^va^, xal Xiipouç et TTEpl ouvT. : 8tq|ao(ji^ {aêv i^ TudÀi; Tip-wv Taç oSoùç àyoLTzq, xaTaffXEudc- Çouaa xal xpi^,vaç xai xoviajjLaxa xat Xrjpouç. C. Aristocr. 689 : ST)p.o(Tia 0* \j[kèiç ci {xèv olxooofxsÏTe xai xoviaTS, (îj; [JLixpà xai yXiff^pa, atcr^uVTj X^yeiv.

(«) Gilbert 1. c. 400.

(') Gilbert l. c. évalue les recettes à 2.000 talents, pour l'année

De tons les gouvernements, le plus coûteux est la démocratie; c'est là son point faible, surtout quand la souveraineté populaire s'exerce directement. Ce défaut, propre à la démocratie, se manifesta particulièrement à Athènes : le trésor s'y trouva souvent à sec ; dans ces moments-là, il fallait bien se restreindre et toutes les dépenses étaient réduites au strict nécessaire. Les travaux publics étaient, les premiers, sacrifiés. Il en fut surtout ainsi; quand la pratique du partage des excédents obligea l'Etat à vivre au jour le jour. Par-ci par-là, un homme politique se piquait d'honneur, remettait l'ordre dans les affaires, remplissait les caisses vides : alors la vie régnait sur les chantiers. L'orateur Lycurgue a ainsi laissé à Athènes le double souvenir de ses talents de financier et de son activité de bâtisseur. Avant lui, Périclès avait eu la même réputation; mais, à son époque, Athènes faisait payer ses monuments par ses alliés. Avant Périclès, Thémistocle. Il faut être juste : trop souvent des nécessités plus urgentes absorbaient les ressources publiques ; les guerres si fréquentes venaient entraver les projets ou arrêter les travaux commencés, diminuer les recettes et augmenter les dépenses. Malgré toutes ces difficultés et ces défauts d'organisation, les Athéniens n'en ont pas moins fait de grandes choses. Il suffit de citer les travaux effectués au Pirée, les fortifications de la ville, les Longs Murs^ la flotte.

Ces défauts de l'organisation financière expliquent suffisamment l'irrégularité avec laquelle les Athéniens s'appliquaient à la construction des édifices civils. Ils ne suffisent pas à rendre compte du même phénomène en ce qui regarde les édifices religieux. Les temples avaient leur fortune propre : elle consistait en terres et en capitaux; mais cette fortune était loin de suffire aux nécessités. La meilleure preuve en est que les grandes périodes de construction sont les mêmes pour les bâtiments du culte que pour les bâtiments civils :

c'est donc que les temples avaient besoin de l'intervention pécuniaire de l'Etat. C'est grâce à elle que furent construits les Propylées, le Parthénon, plus tard les monuments d'Eleusis.

A Epidaure, le Tholos a été construit grâce aux fonds de l'État et à ceux du Temple.

A Delphes, un fonds a été formé par des collectes faites en Grèce. Certaines villes ont donné la dîme de leurs récoltes ; des particuliers, comme l'acteur athénien Theodoros et ie médecin Xenotimos, la dîme des récompenses ou des honoraires reçus par eux (*). Ce fonds est déposé dans les mains de l'administration de l'Etat. Elle remet aux naopoioi des sommes prélevées sur l'encaisse.

Une partie des ressources employées dans les travaux publics venaient aussi des dons plus ou moins volontaires des particuliers ou des magistrats. On pourrait citer un très grand nombre d'exemples de ces interventions. Souvent l'Etat fait appel à la générosité des citoyens et décrète une épidosis, l'ouverture d'une souscription. Le chiffre qu'elle devait atteindre était fixé et l'on déterminait même la quote-part do chacun.

Nous possédons pour Athènes, un décret en l'honneur d'Apollon ou Apollogoras, qui, pour les travaux du port de Zea vers 230, versa, à lui seul, toute la somme appelée par le peuple (*). Un autre (^) qui décrète une épidosis pour les fortifications et pour la défense du territoire. Un autre (*) encore qui rappelle les générosités d'Eudèmos pour les frais de la guerre, la construction du stade et du théâtre. Un autre (') pour deux métèques

(1) Homolle Histoire du temple BCH 1896 698. (*) CIA II 380.

qui ont largement souscrit pour les arsenaux et la Skeuothékè (').

Une pratique assez répandue consistait à faire payer les monuments publics, comme beaucoup d'autres choses, par les magistrats. Les gymnasiarques (*) étaient spécialement mis à réquisition. Les épistates n'étaient pas non plus épargnés (').

Enfin il y avait les emprunts : on y recourait moins qu'à présent; on préférait les dons. A Cos (•), on emprunte pour armer une flotte et nous avons encore la liste des souscripteurs ; à Orope (*), pour construire les murs ; à Halicarnasse (°), pour bâtir une stoa ; dans cette

(*) Rhodes, BCH X 1886 264 : liste d'Épidoseis faites eo suite d'un décret du peuple pour le temple de Dionysos. Cf. Ibid. 256. Mylasa, Le Bas 802 : décret des Otorcondes on Thonneur d'AntiochuB qui a fait Tavance des fonds. Trézène, BCH X 1886 139 : dons volontaires pour la construction des murs de la ville, etc. Ilion, Dittenberger Sylloge I* 169. MAI VIII 7 : liste des donateurs pour le sanctuaire et la statue d'Artémis à l'Artemision (Eubée). Tanagra, Rev. Et. Gr. 1899 : liste des souscriptions versées parles femmes pour la construction du temple de Démet er et de Corè et liste de vêtements consacrés par elles ; le maximum de la souscription est lixé à 0 drachmes.

(*) Nombreux exemples, Dict. Antiq. Gr. et R. s. v. Gymnasiarchie.

(') Dem. de Cor. 114 : eIô'outoç NeoirTdXejjLo^ 77oXX(i5v epyoiv eTtioTàTTjç ûv, £<p'oTç zTzé^tiixi TeTt[jLTjTat Cf. CIA II 741 add.

CIA IV 2. 741 e p. 142: décret du dème d'Eleusis pourXenoclos, épimélète des mystères, qui, à ses frais, a construit un pont Y^cpupx, pour permettre aux pèlerins le facile accès du sanctuaire d'Eleusis.

(*) Ch. Michel 642.

(«) CIGS 4263.

(«) BCH 1888 344 = Ch. Michel 695.

MAI 1896 8 et 18 : Magnésie du Méandre, décrets pour des bienfaiteurs qui ont avancé des fonds sans intérêts pour les travaux du théâtre.

même ville (*), un particulier promet, pour le gymnase, un prêt sans intérêt de 10.000 drachmes : il finit par donner 33.400 drachmes.

2o Comptabilité.

De rétude des documents, on peut déduire les particularités les plus saillantes et les principales règles de la comptabilité.

A Athènes, les comptes que nous possédons émanent des commissions spéciales : elles encaissent les subsides de rÉtat. Ainsi pour la construction du Parthénon, les épistates portent en recettes le solde du compte précédent, les versements des trésoriers de la déesse et ceux des hellenotamiai. Les épistates des Propylées (*) portent les loyers, les subsides des Ta[jL{a'. Upwv ^pT,|jLaTa)v è\i ttoAsi, ceux des hellenotamiai.

A Eleusis, la pratique est un peu différente. Les épistates forment un collège ordinaire, chargé de Tadministration du temporel du sanctuaire. A côté d'eux, nous trouvons les trésoriers des déesses Ta[jLiat toîv Oeoiv.

Les comptes sont rendus par les épistates et par ces trésoriers. Comme les épistates forment un collège ordinaire, il est naturel qu'on leur ait adjoint des caissiers, pour les aider dans l'administration financière. Ils encaissent les subsides de l'État, les loyers des domaines sacrés.

L'inscription de Delphes émane non des naopoioi, mais de l'État lui-même (*). Dans sa première partie, elle porte les versements faits par le Conseil aux naopoioi, à valoir sur les fonds que l'État tient à leur disposition,

{*) Ch. Michel 456.

(') Keil Die Delphischen Kechnangsurkunden Hermès 32 1897 401 8.

avec justification de leur emploi (^). Dans la seconde partie, elle ne mentionne plus que les versements faits aux naopoioi.

L'inscription d'Epidaure-Tholos ne donne que les payements qui ont été supportés par la caisse da Temple : elle n'est qu'un extrait fait pour le Temple d'un document dressé par l'État et qui contenait toute la comptabilité de la construction (') L'inscription de TÂsclepieion ne permet pas de retrouver cette distinction entre la caisse et la comptabilité de l'État et celle du Temple. Les fonds ont été fournis par l'État seul (^) : la comptabilité le regarde donc seul.

Les inscriptions du Temple d'Apollon Didyméen (*) offrent au point de vue administratif des particularités dignes d'être notées. Les pièces déjà publiées sont des relevés des travaux exécutés par des esclaves appartenant au Temple. Elles donnent les noms des magistrats de la cité, de l'architecte, de l'épistate des travaux, dtTToXoyiarjJLOç twv epywv twv or'JVTeî^eorÔévTwv Otto twv to'j Geo'j TcaiScov. Elles ne portent aucune dépense : il est fort possible que ces inscriptions ne se suffisent pas à ellesmêmes et que les rapports sommaires qu'elles con-

(*) Les naopoioi ont dû tenir une comptabilité spéciale pour leurs opérations.

(«) Keil MAI XX 1896 107. Cf. Cavvadias Tè Upèv toG WjxXti-

TTiou èv 'ËiriSxupcji Athènes 1900 56.

{») Sauf 1. 105.

{*) Tout ceci a été éciit d'après les notes qu*a bien voula me communiquer M. Haussoullior. Ces inscriptions sont, parmi les plus intéressantes, dans la série de nos documents relatifs aux entreprises de travaux. Leur publication complète ne tardera sans doute pas : elle constituera un nouveau service rendu, par M. Haussoullier, à Tépigraphie grecque et, comme d'habitude, on peut attendre de sa science et de son expérience la solution des difficultés considérables que présentent les textes.

tiennent aient été complétés par d'autfes comptes renseignant les sommes dépensées.

Les inscriptions inédites se divisent en deux classes : les unes sont encore des rapports, mais plus détaillés que les premiers ; les autres sont des comptes. Us émanent tantôt, comme les rapports publiés, de l'épistate, tantôt, comme 77 inédit, du collège des neopoiai. Us reposent sur un métrage des quantités produites : par exemple 38 inédit ('), travaux à la route sacrée : tant de pieds, à tant le pied. Le prix de l'unité a été fixé par des magistrats appelés exÂoyi<rra{ : Tt|JLoypx(pta paraît correspondre à ce que nos entrepreneurs appellent « série de prix ». Les éxXoy'.arat ont déposé au bureau des neopoiai la série des prix à laquelle il faut se conformer (xaôÔTi) pour le paiement des travaux. Outre les ouvrages exécutés par les esclaves du Temple, certains de ces comptes portent encore les travaux d'ouvriers de l'extérieur : 40 inédit 1. 25 xal e^ç toùç (jiitO(ouç, xal Ta po'.[xà ^vjyr^. On a donc embauché des salariés et des couples de bœufs.

On peut se demander si les sommes portées pour les esclaves du Temple ont été réellement décaissées. Il n'y a pas de doute à cet égard : cet argent a été réellement versé par l'État, le Temple a été crédité de la valeur que représentait le travail de ses ouvriers.

Mais comment les travaux ont-ils été remis et à qui? Le collège des neopoiai et l'épistate ont travaillé en régie. Ils se sont engagés à exécuter les travaux décrétés

(^) 'AiroXoYifffjLo; T(ji)]v ysYOvdxtov ïpyoyj U7r6 Tôiv Upwv irafôwv xaôoxi Tsôeixav ol i'^[\oyi<j'zoL\ xàç Ti{xoYp3t^taç èxacrcou tûv è'pywv xatà t6v àvsvTjvsyjjLj^/ov ut:' aùxwv iizX tô vswTcoieTov iyXoyvj^ày èpYaff[xévot ol ).aTo](i.o'. ol U7r6 f,YOU|xsvov VViroXXav tôv Acjpi... ovt£<; tôv àpi6][xàv K0 • 'zf^^ jxèv oooTTofa; tt^; Upa^ 'zr^ç,.. xal Tr,ç 01x080] (xtaç xtov al[X9(ffi(j5v avaPaivdvT.ov.

par le peuple aux prix qu'avaient déterminés les eclogistai. Qui fournissait les fonds? Le peuple ou plu.-i probablement il avait alloué un subside. Les neopoiai justifient de l'emploi des fonds qui leur ont été versés.

Ce qui me paraît prouver la justesse de cette interprétation, ce sont les comptes relatifs au placement de pierres, comme 17 (inédit) : relevé des travaux faits par les esclaves du Temple. Pose d'autant de pieds de pierres. Le pied étant évalué à tant, le total fait tant de dracbmes. Liste des pierres avec désignation du fournisseur. Parmi ceux-ci, le temple, lui-même. Donc il est crédité de ses propres fournitures : sinon, le total du début ne serait plus exact; il aurait fallu en déduire les pierres fournies par le Temple. Ce compte est rendu au peuple et pour justifier de l'emploi des fonds de l'État (*).

La gestion financière des commissions était sous le contrôle des magistrats. Ainsi à Délos 279, il y avait un collège de 5 XoY».aTat investis de cette mission (*).

A Lébadée, comme à Orope, les xaToiiTat étaient sans doute tout spécialement chargés de la gestion des finances publiques. C'est pour cette raison qu'ils sont cités dans les inscriptions de ces deux villes (').

A Tanagra la commission recueillera les souscriptions particulières; elle rendra compte aux catoptes de la recette et de la dépense, 1. 23 : dnoXoyivzoi^ri to Xà[jL|jLa xt, 70 (£X(i>[jLa 7C0T Toûç [xaTouTaç] . En cas d'insuffisance des ressources, le trésorier des fonds sacrés remettra à la

(*) Comme je Pal fait observer, ces prix sont peutôtre établis en vae d^oavriers libres. Ea fournissant le travail de ses propres esclaves, le Temple a donc réalisé un bénéfice. Cf. sapra, Livre II, Ch. VI.

{*) Homolle 1. c. 490. A Épidaure, le xaTaXo^o^, Keil MAI J895 28.

(*) Lébadée (Pabricius), 6 xaxoTCTixà; vofxo;. Orope CIGS 303.

commission les sommes nécessaires. En cas d'excédent, celui-ci sera versé au même trésorier, lequel le déposera dans une caisse spéciale ^our les dépenses ultérieures à faire au temple.

Quant à la forme dans laquelle la comptabilité était tenue, elle était réglée d'une façon minutieuse. Les comptes de l'Érechtheion existaient en trois exemplaires sur des tablettes de bois, sur papyrus, sur marbre (*). L'inscription gravée sur pierre était exposée dans le monument même {*).

A Delphes, on trouve la mention de ^ùya^rpa, cassettes contenant les Twivaxia des comptes provisoires et les documents publiés par M. Bourguet notent l'achat de roseaux xàvvaç pour écrire sur ces ittvàxia (').

J'ajoute quelques renseignements sur des travaux publics d'une nature spéciale dont je n'ai pu m'occuper jusqu'ici.

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