‹ L'industrie dans la Grèce ancienneChapitre 73 sur 89 · VIII 849 D · texte numérisé non relu

VIII 849 D

Mais, remarquez-le bien, le seul mode d'acquisition permis aux citoyens est la vente des produits de Tagriculture. On ne peut travailler à s'enrichir par de vils métiers, par des usures, par des trafics honteux de bétail (*), mais par le seul commerce des choses que produit l'agriculture et encore, de manière que le soin de gagner des richesses ne fasse pas négliger l'âme et le corps pour qui les richesses sont faiiyes.

Le prêt à intérêt est défendu; l'emprunteur est autorisé à garder intérêt et capital {*), L'ami peut obtenir un prêt de son ami; mais en cas de contestation, la loi n'intervient pas ('). Défense absolue de posséder ni or, ni argent, mais il circulera une monnaie pour les besoins de chaque jour, comme le payement des salaires aux ouviîers, mercenaires, esclaves. Cette monnaie ne sera d'aucune valeur aux yeux des étrangers (^).

Nous venons de voir citer les ouvriers : évidemment la ville ne pourrait subsister sans certains métiers, ni certains arts mécaniques. Les ouvriers ne peuvent être citoyens. Aucune des voies basses et serviles de faire fartune n'est légitime, ni permise; rien de plu» opposé à la noblesse des sentiments que les professions mécaniques (,'). Aucun citoyen, ni esclave de citoyen n'exerce de profession mécanique. Les citoyens doivent tous leurs soins au bien de l'État et personne ne peut s'acquitter convenablement de deux besognes différentes (^).

(*) V 743 D : XeYojxEV 8») (nixe /pu^ov sTvai SeÏv (iTjTe dtpyupov h T7Î irdXei, (ATÎT* au )^pT,fiaTt(j(iàv ttoXùv 8ià pavauutaç xal toxcjv ixt^ûs poŒxr^(xdéT(DV ald^pôiv, àXX' ôVa YEtopyia SiSwvt xal cpipei.

(') XI 915 E. Il s'agit ici du prêt connu sous le nom d'érane.

{^) V 741 E : xa6* 6'<iav è7:o8etvt(r:o<; XeyoïiivTj pavaudwt ^6o<; àxo- Tp^Ttet èXeuôepov.

(•) Vni 847 D.

A quelle classe de la société appartiennent ces ouvriers ? Ce sont des étrangers ; tout étranger qui sait un métier est autorisé à s'établir dans le pays ('). Ce peuvent être aussi des afiranchis. Platon légifère abondamment et minutieusement à leur sujet : dans un passage des plus intéressants et qui a été cité plus haut ('), il régie les rapports de l'employeur et du salarié, s'inspirant, san^ doute, du droit athénien en matière de contrat de louage de services. De plus, défense d'exercer deux métiers à la fois ; c'est toujours le principe cher à Platon : à chacun sa fonction ('); il n'y a, pour ainsi dire, personne qui soit capable d'exercer avec talent deux professions ou deux arts. « Qu'aucun ouvrier en fer ne travaille en même temps le bois ; pareillement, qu'aucun ouvrier en bois n'ait sous lui des ouvriers en ifer dont il conduise le travail en négligeant le sien sous prétexte qu'ayant à surveiller un grand nombre d'esclaves qui travaillent pour lui^ il est naturel qu'il leur donne sa principale attention, parce que leur métier lui est d'un plus grand rapport que le sien propre, b

Ce passage est curieux : il prévoit, dirait-on, la concurrence servile avec ses effets redoutables; mais Platon ne s'en alarme pas. L'industrie n'est tolérée qu'en raison des services qu'elle est appelée à rendre à l'État : que la destinée des ouvriers soit dure, pénible, il n'a pas à s'en inquiéter. Tout au contraire, plus faibles seront leurs bénéfices, et moindre sera l'attrait que les professions mécaniques pourraient exercer sur les citoyens. En elles-mêmes, elles sont un mal qu'il est impossible de supprimer, une nécessité à laquelle on se résigne. L'État

(1) Vin 868 B.

(«) Livre II, Oh. IL

(') VIII 846 E : ouo $è eTUTTjôeufAaTa tJ 8ûo léjyaç àxpipûç

reçoit des ouvriers les services qu'ils peuvent lui rendre : quand il s'occupe d'eux, ce n'est jamais pour améliorer leur sort, c'est uniquement pour en tirer une plus grande utilité ou pour diminuer les inconvénients de leur présence.

Aussi les parque-t-il en groupes (*) de façon à les rapprocher de ceux qui peuvent en avoir besoin : on fera treize parts du corps des artisans, qui seront distribuées dans toutes les parties de l'Etat, en sorte qu'une partie habite dans la cité où elle sera répartie également entre les 12 quartiers et que les autres demeurent dans les bourgades d'alentour. « Dans chaque bourgade, résideront toutes les espèces d'ouvriers nécessaires à l'agriculture. Ce sera aux chefs des agronomes à veiller sur tout cela, à voir le nombre et la qualité des ouvriers dont chaque canton a besoin et comment il faut les placer pour qu'ils soient aussi peu incommodes et aussi utiles aux laboureurs qu'ils peuvent l'être. Les astynomes prendront le même soin par rapport aux ouvriers qui travaillent dans la cité ».

Un grave danger peut surgir : les artisans arriveront-ils à s'enrichir? Aussitôt les citoyens se sentiront inférieurs aux affranchis et aux étrangers et chercheront-ils à s'appliquer clandestinement à ces professions déshonorantes. Un petit bout de loi ici encore : tout afiranchi ou même tout étranger, dont les biens monteraient au-delà d'une certaine limite^ sera obligé, dans l'espace de trente jours, à compter du jour où il sera parvenu à ce degré de richesse, de sortir de l'État avec tout ce qu'il possède et les magistrats ne lui permettront point de demeurer au-delà de ce terme (*).

Platon tolère l'industrie ou du moins l'exercice des métiers indispensables : il est beaucoup plus rigoureux

(1) Vm 848 E.

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