LÉGENDE
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DISTRIBUTION DES ROCHES AMIANTIFERES.— On peut grouper les roches amiantifères de la zone de serpentine de la province de Québec en trois étendues principales :— 1. L'étendue de la péninsule de Gaspé; —2. l'étendue de Thetford-Black Lake et 3. l'étendue de Danville.
Dans la région de Gaspé on a reconnu la présence de serpentines dans la chaîne de montagnes Shickshock, où elle constitue une partie des monts Albert et Smith. Dans la partie est de la presqu'île, au mont Serpentine, au pied duquel passe la rivière Dartmonth, et à quelques milles seulement de l'embouchure de ce cours d’eau, on a décou :rt, dit-on, des veines d'amiante recoupant un développement de serpentine. Mais cette région reste à l'heure qu’il est à peu r-ès inexplorée; elle est dépourvue de moyens de communication et il n’est pas possible de se prononcer sur ses ressources minérales, qui jusqu’à présent sont entièrement inexploitées. Il est très probable qu'il y existe des richesses inconnues.
La seconde étendue, celle de Thetford-Black Lake, est de beaucoup la plus importante au point de vue de l'exploitation de l'amiante, C'est de ces terrains qu'est extraite la presque totalité de l'amiante à longues fibres produit au Canada. Les deux principaux centres d'activité sont Thetford et Black Lake où sont situées les exploitations d'amiante les plus importantes du monde entier, Cette région est très favorisée au point de vue des moyens de transport. Elle n’est qu'à soixante quinze milles (120 kilomètres) de la ville de Québec et à soixante-cinq milles (105 kilomètres) de Sherbrooke, Le chemin de fer Québec Central la traverse et passe à proximité des mines. On peut done expédier l'amiante avec égale facilité vers le nord et vers le sud. A quelques kilomètres au nord-est de Thetford, il existe des pointements isolés de serpentine qui sont en prolongement de l'étendue principale de Thetford-
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La troisième étendue se trouve au sud-ouest de Black Lake. Quoique l’on ait ici suivi le développement de roches serpentineuses sur une distance de soixante-dix à quatre-vingts milles (1135 à 129 kilomètres), jusqu’à la frontière de l'Etat du Vermont, on n'a découvert de gisements amiantifères exploitables qu’en un seul endroit, dans les environs de Danville. On a bien tenté à plusieurs reprises d'exploiter en d’autres points de cette étendue, mais en nulle autres part on n’a trouvé l’amiant> en quantité suffisante. Il n’est que just: d'ajouter que le dernier mot n’est pas dit, car au sud de Danville la surface du sol est fortement boisée, les dépôts superficiels cachent la roche sous-jacente, et ces circonstances rendent la prospection très difficile. La région de Danville produit actuellement une très forte quantité d'amiants. Mais ia fibre est de beaucoup plus courte et la valeur moyenn: de cet amiante est inférieure au produit des mines de Thetford et üe Black Lake.
HISTORIQUE.— L'existence de l'amiante dans les cantons de l'Est de la province de Québec est connue depuis €e longues années. Les rapports de la Commission Géologique du Canada pour l’année 1847-48 signalent la présence d'amiante ou asbeste fibreux dans les serpentines de la zone magnésienne du canton de Bolton. Mais à cette époque ce minéral n'était considéré que comme curiosité minéralogique; on ne lui attribuait aucune valeur économique. On n'entrevoyait guère alors que cette découverte donnerait lieu un jour à une industrie employant plus de trois mille ouvriers, dont le produit représente une valeur annuelle dépassant dix-neuf millions de francs. En 1862 la Commission Géologique envoya à l'exposition universeile de Londres, en Angleterre, une collection de minéraux du Canada parmi lesquels se trouvait un échantillon d'amiante provenant de la Seigneurie de St-Joseph. L'endroit exact d'où avait 6t6 détaché ce minéral n'est pas indiqué, mais il est probable qu'il avait été recueilli dans les serpentines qui afHeurent sur la rivière des Plantes ou sur la branche sud-ouest,
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entre les villages de St-Joseph et de St-François. Tout l'amiante du commerce était alors extrait des gisements italiens, qui sont irréguliers et dont le produit est loin d’être uniforme. L'échantillon attira bien quelque attention, mais ce n’est pourtant que quatorze années plus tard, en 1876, que l’on fit les premiers travaux de dévelop ‘nent sur un gisement d'amiante à Thetford, et c’est de cette époque que date l’industrie de l’amiante au Canada. La première découverte dans la région de Thetford même est attribuée à un cultivateur du nom de Fecteau. Des feux de forêts avaient, quelque temps auparavant, ravagé la surface du sol et mis à nu les coteaux et mamelons de serpentine. Des tranchées pratiquées au cours de la construction du chemin de fer Québec-Central avaient aussi exposé des veines d'amiante et en 1876 et 1877 plusieurs concessions minières furent octroyées. En 1878, la production d'amiante fut de cinquante tonnes environ, mais les débuts de l’exploitation ne furent pas encourageants. Il était difficile d’écouler ce produit à des prix rémunérateurs. Peu à peu les débouchés s’ouvrirent et bientôt l’industrie fut bien assise. Il est vrai qu'elle eut à subir parfois des périodes de dépression et des fluctuations, mais depuis quelques années sa croissance a été continue, et la production d'amiante en 1909 s'est élevée au double de celle de 1904 et celle de 1916 au double de celle de 1909.
Le tableau qui suit indique la valeur annuelle de la production d'amiante au Canada, depuis le début de l'industrie. Les chiffres des vingt premières années sont empruntés des rapports de la commission géologique d'Ottawa; ceux de 1898 à 1916 ont été compilés d’après les rapports de la statistique minérale établie par le service des Mines de la province de
Québec,
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1902. . rate 1903 30,634 1,161,870 TE 29,261 © 916,970 1905 39,49 1,186,970 1906 = 18,900 © 1.476,450 1907 —— 61,675 ” 2 .143,653 190$, 61,985 ‘ 2 455,919 1909 65,154 2,551,596 1910 65,909 == 2, 206,54 1911 $0,605 * 2 667,829 1912 102,224 “ 3 026,306 1913 111 179 3.059,04 1944 136,009 = 3,830,504 1015 107 401 66 2 805,935
l'onnes de 2000 livre
NATURE DES GITES ET DES VEINES.—Ains: que nous l'avons déjà mentionné plus haut, les veines d'amiante se trouvent exclusivement au sein de la serpentine, qui elle-même
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La nature de la serpentine qui donne lieu aux gisements d'amiante des Cantons de l'Est, varie quelque peu dans les différents districts. La couleur dansle district de Thetford-Black Lake en est vert-foncé ou vert grisâtre, tandis qu'à Danville et à East Broughton elle est beaucoup plus pâle. La dureté de cette roche est de 3 à 314, et son poids spécifique, 2,5 à 2,7.
Les veines et veinules d'amiante parcourent cette serpentine en tous sens, en réseaux sans orientation régulière. Les épontes ou parois de la roche encaissante sont bien marquées et les fibres de l’amiante sont toujours disposées transversalement. Donc la longueur des fibres dépend de la largeur des veines. (Cette largeur varie entre des proportions micruscopiques et trois ou quatre pouces. On en a même découvert mesurant cinq ou six pouces, mais ce sont des cas rares. Il est intéressant de noter que les veines les plus puissantes suivent les plans de jointages ou diaclases principaux de la roche, mais entre celles-ci on en observe de plus petites orientées en tous sens. On note aussi que la roche encaissante immédiatement adjacente aux veines d'amiante est toujours entièrement altérée en serpentine, tandis qu’en s’en éloignant, le degré d’altération n'est généralement pas si avancé, et il existe des étendues, ou
noyaux, de la péridotite originelle, Le croquis ci-contre (voir
fig. 10) a été dessiné d’après nature dans la carrière Standard à Black Lake, A la jonction de deux veines on observe que la plus large recoupe fréquemment la moins épaisse ; parfois les veines se joignent et on ne trouve alors qu'une mince pellicule d'oxyde de fer entre les deux. Par places, la roche contient des séries de veines parallèles qui lui donnent une apparence rubanée, (Fig. 9.)
La teneur en amiante de la roche extraite des mines en exploitation est très variable, selon la proportion de veines qui la parcourent. Elle s'élève jusqu'à douze ou quinze pour
cent comme maximum; mais dans la moyenne des opérations minières s'étendant sur une période d’un an, la proportion moyenne ne dépasse généralement pas cinq pour cent.
Une question des plus sérieuses qui se présente, au sujet des gisements d'amiante des Cantons de l'Est, est celle de leur continuité en profondeur. A cause de leur nature, il est diffcile d'y faire des travaux de prospection fort en avance de l’abatage. La teneur en amiante de la serpentine varie beaucoup d’un endroit à un autre dans la même exploitation, ainsi que d’une profondeur à une autre, et un puits de fouilles débutant à la surface dans des ter:ains riches pourrait au bout de quelques pieds tomber dans une zone stérile, sans garantie qu’à quelques pieds de chaque côté la serpentine ne soit aussi riche qu’à la surface.
Dans le but de localiser les amas richesen amiante, en outre des travers-banes, des galeries et des puits,on a eu recours avec succès ces dernières années aux sondages aux diamants. Des forages de 40 à 50 mètres de profondeur, quelquefois même de cent mètres, et dirigés sous des inclinaisons variables ont révélé l'existence d’étendues de valeurcommerciale. C’est l'opinion des géologues canadiens, tels que Dresser et Barlow, que par suite de la transformation de la péridotite en serpentine par la venue des vapeurs magmatiques, ces roches sont amiantifères à de très grandes profondeurs.
Les exploitations les plus profondes ont atteint une profondeur de quatre-vingts mètres de la surface, et à ce niveau il n’y a aucun changement dans la nature, la composition ou la proportion des veines d'amiante. Il y a donc tout lieu de croire que la roche amiantifère se continue sans changements appréciables jusqu'à de grandes profondeurs et les exploitants ont exprimé leur confiance dans la stabilité des gisements en faisant des installations, pour l'exploitation et la préparation, qui représentent des mises de fonds de plusieurs
millions de doiiars.
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10, Mode de gisement des veines d'amiante.
Fig. 11.—Veines d'amiante dans la roche.
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