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CHAPITRE III

Crédit et capital.

Le capital dépend de l'importance de Texploitation sans toutefois devoir être jamais très considérable.

Le petit patron ne possède guère que du capital circulant. Parfois il est propriétaire de sa maison, mais le petit nombre de ses ouvriers lui permet presque toujours de se servir, comme atelier, d une simple chambre, sans exiger de locaux bien spacieux. D'ordinaire, son matériel, ne se distingue que de très peu de celui des ouvriers à domicile. Il joint seulement à un outillage un peu plus complet, une et parfois plusieurs machines à coudre. Son capital est donc représenté presque totalement par des marchandises confectionnées et en confection, ses créances et la somme des salaires qu'il doit fournir à ses ouvriers.

Chez les entrepreneurs importants, le capital, tant fixe que circulant, est nécessairement plus élevé.

Les ateliers plus vastes nécessitent des appropriations spéciales, et les machines dans une fabrique bien outillée doivent figurer assez nombreuses et font monter rapidement les frais d'immobilisation.

Dans un atelier nous avons relevé :

Une presse à découper Prix d*achat fr. 1,000

Une centaine d^emporte-pièces pour la presse . — 250

Une machine à parer les trépointes — 250

— à percer les bouts — 115

— à percer les galoches — 1,500

Dix machines à coudre (ordinaires) — 250

Une machine à coudre sur fil poissé — 250

— à piquer les galoches ..... — 250 Trois machines à fermer les œillets et crochets . . — 75

Total. . . 4,200

Encore faut-il ajouter les outils accessoires et les formes que le patron confie à l'ouvrier, et Ton arrive à près de 5,000 francs.

Les exploitations bien montées possèdent généralement un outillage aussi complet que celui que nous venons de donner comme exemple; parfois il y a plus encore.

Dans la fabrique la plus considérable, nous avons relevé : 20 machines à coudre, 2 à boutonnières, ^ à surjetter, ^ à arrêt, 5 à percer, 5 ou 6 machines diverses, 2 presses à découper, 2 machines à coudre mécaniquement la semelle. Ces quatre dernières, fort coûteuses, représentent à elles seules plusieurs milliers de francs.

L'immeuble n'a qu'un étage, sert exclusivement à la fabrication et a une valeur approximative de 20,000 francs. Tout le capital engagé peut être évalué à 28,000 ou 50,000 francs. Au dire du fabricant lui-même, le fond de roulement serait d'environ le double de ces capitaux immobilisés, mais cette évaluation nous parait exagérée, la production ne dépassant pas 1 ,200 paires de chaussures par semaine.

Il s'agit ici, évidemment, d'une situation exceptionnelle; dans les autres entreprises, le capital circulant n'est guère aussi important et ne dépasse que très rarement en valeur le capital immobilisé.

Bien que le capital nécessaire soit assez réduit, l'accession au patronat ne peut être considérée comme aisée. Du jour au lendemain, l'ouvrier pourrait abandonner son patron et s'établir à son propre compte avec un capital peu élevé, mais ses affaires ne pourraient prospérer que bien lentement. Ce n'est pas en un jour que l'on acquiert les aptitudes industrielles^ et surtout commerciales, si nécessaires cependant. La clientèle aussi ferait défaut, et l'absence de crédit, viendrait paralyser tout mouvement d'extension. Cette évolution exige de nombreuses années, souvent mêmes plusieurs générations, et

nous avons pu constater que l'ouvrier, tenté parle désir de s'élever au patronat, n est pas dans une situation très heureuse. La lutte qu'il doit soutenir dépasse ses aptitudes, et son bénéfice, forcément peu important, n'est guère supérieur au salaire réalisé dans son ancienne condition.

La dépense que représente le matériel des ouvriers est assez minime. Un établi et un escabeau.^ plusieurs tranchets, les marteaux et les pinces, les limes et les râpes, les fers et les alênes, forment un attirail complet de cordonnier et une trentaine de francs suffisent largement à se le procurer.

Tel ouvrier travaillant seul pourra posséder jusqu'à 45 outils d'une valeur moyenne de fr. 4.50, mais le cas sera très rare et l'inventaire de l'outillage donnera partout à peu près les mêmes résultats. L'ouvrier à domicile acquéreur d'une machine à coudre paye au mois à son vendeur une somme de 5, 10 et 15 francs, jusqu'à concurrence du prix total qui est généralement de 225 francs. Au comptant, ce prix sera de 160 francs.

L'entrepreneur commercial reçoit de ses fournisseurs un crédit de trois mois sansescom*pte, ou paie à trente et soixante jours avec 2 p. c. d'escompte. Mais si le crédit de trois mois est la règle, nous devons dire qu'elle n'est pas suivie avec la dernière rigueur. Certains fournisseurs ne sont jamais pressés de rentrer dans leurs fonds, ils envoient de temps à autre un relevé de compte que l'entrepreneur solde par payements partiels, échelonnés à sa convenance.

Les grands fabricants font leurs achats par marchés, c'està-dire à livrer à des époques fixées et à prix discutés et convenus à l'avance. Les marchés se font par contrat ou verbalement. Ils comportent habituellement des conditions de payement plus favorables.

Que l'affaire se traite par écrit ou verbalement, les prix sont arrêtés et les clauses de la convention sont toujours respectées par les fournisseurs.

Ces marchés se traitent le plus souvent en septembre, octobre, mars et avril, relativement à certains genres de cuirs dont remploi est très considérable (cuirs lisses de Tournai et cuirs de provenance américaine) et même relativement aux doublures de coutil des maisons de Courtrai.

Tout grand négociant en cuirs use des « marchés à livrer » et tout fabricant quelque peu important est forcé de s'approvisionner à ces conditions.

Pour ce qui est des machines, elles proviennent pour la plupart des établissements Moenus de Francfort-sur-Main (ancienne Société Germano-Américaine); un tiers du montant est payable à la livraison de la commande, le reste contre remise du connaissement. Il est fait d'autres conditions à convenir.

La vente des produits fabriqués se fait aussi par payements de trois mois. Les marchandises étant simplement confiées à l'ouvrier, l'immobilisation se prolonge donc jusqu'au moment du payement par le client.

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