I. Le PETIT MÉTIER
 côté du système de la fabrication à domicile, nous avons signalé déjà le petit métier subsistant, pour partie du moins, dans sa forme primitive.
Sa situation économique n'est guère brillante et varie selon rétendue des exploitations.
Fréquemment le petit patron n est autre chose qu'un ouvrier en chambre, souvent aussi il est le chef d'un petit atelier où travaillent avec lui les membres de la famille. Le maître est lui-même à la fois coupeur et monteur, sa femme garnisseuse, quelques ouvriers aident au montage en atelier ou même à domicile. Parfois, sous l'empire de circonstances spéciales, il arrive à un certain degré de prospérité, mais ce cas est si rare qju'il serait superflu de s'y arrêter longuement.
La lutte que le petit métier doit soutenir dépasse ses forces. Sans capital, sans crédit, il rencontre à la fois la concurrence mécanique et celle des grandes entreprises.
Son champ d'action n'est pas non plus bien étendu; occupé lui-même d'une façon constante à la production, sans aucun auxiliaire pour la partie commerciale, le petit patron ne saurait guère écouler sa marchandise au delà des localités voisines.
Il travaille au fur et à mesure des commandes, et ce n'est
26 LES INDUSTRIES A DOMICILE EiN BELGIQUE
qu'à la fin de la semaine qu'il peut aller lui-même porter aux clients sa marchandise confectionnée et souvent en toucher le prix au comptant.
Ses procédés de fabrication, les articles qu'il débite sont les mêmes que ceux de la grande entreprise. 11 évite seulement les immobilisations de capitaux que nécessite l'emploi des machines et travaille presque exclusivement à la main.
La morte-saison est aussi plus sensible pour lui que pour les grands entrepreneurs, parce qu'il est dans l'impossibilité d'accumuler des stocks ou de faire des réserves. Souvent même aiguillonné par la nécessité de se procurer des capitaux, il est forcé de vendre ses produits à vil prix, maintenant ainsi la chaussure à bon marché.
Ajoutez à cela que les bons ouvriers exigent de lui les salaires que donnent les grands entrepreneurs, et vous comprendrez que pour trouver un certain bénéfice, il est forcé d'employer des marchandises de qualité secondaire, ou de se servir d'ouvriers médiocres qu'il peut payer moins cher.
Aussi la plupart des petits patrons ne sont-ils maîtres que de nom et jouissent de ressources inférieures à celles de certains ouvriers de la grande entreprise.
Le petit atelier a du reste une tendance à disparaître, son personnel finissant par travailler à domicile pour les exploitations plus considérables.
IL Le travail a domicile.
Entrepreneurs et producteurs.
L'entrepreneur est à la fois commerçant et industriel. L'achat des matières premières, la vente des produits fabriqués tiennent une grande place dans ses occupations.
Il choisit lui-même son cuir et ses fournitures. La solidité de ses marchandises dépend beaucoup de son choix. La vente
des produits l'absorbe plus encore, il doit se créer des débouchés et lutter contre la concurrence de la fabrique mécanique ; sa clientèle doit être constamment entretenue; les représentants des grandes fabriques sont toujours sur place et rendent la lutte d'autant plus difficile.
A côté de ce travail tout commercial, il coopère directement à la production ; il a, en général, les connaissances techniques nécessaires, dirige lui-même la fabrication, découpe le cuir avec les ouvriers coupeurs, organise le travail, distribue l'ouvrage et paie les salaires.
Un certain nombre de fabricants ajoutent même à leur commerce de chaussures celui d'articles de cordonnerie, outils, pointes, chevilles, etc.
Les entreprises les plus importantes se présentent fréquemment sous forme d'association, soit entre membres d'une même famille, soit entre étrangers; les attributions sont dès lors tout à fait distinctes : Tun s'occupant de la partie commerciale, l'autre se réservant la direction de la fabrique.
L'ouvrier est, en général, en rapport direct avec le maître, il n'existe pas de contre-maître au sens strict du terme. Dans les localités les plus éloignées même, la recherche et la remise de l'ouvrage se font sans aucun intermédiaire. A Aubel, les les ouvriers d'un même patron s'entendent et l'un d'entre eux fait chaque semaine, à frais communs, le voyage, afin de restreindre pour chacun le supplément de charges qu'occasionne la distance.
Dans certaines exploitations cependant, le maître délègue spécialement et habituellement l'un de ses ouvriers d'atelier pour la répartition de l'ouvrage. Cela prête à peu d'abus d'ailleurs, à peine faut-il signaler certains cas de favoritisme à l'égard de ceux qui fréquentent habituellement le magasin du distributeur.
L'ouvrier travaille rarement seul, le caractère du Hervien
s'accommode peu de la solitude; il lui faut une certaine émulation, la possibilité d'exercer sa verve et surtout le moyen de donner libre cours à ses instincts musicaux. I^ cordonnier n'est, peut-on dire, jamais seul à son établi. Parfois une petite cbambrette est louée par trois ou quatre ouvriers, pour leur servir d'atelier. Plus souvent, un cordonnier reçoit chez lui plusieurs compagnons, qui lui donnent, chaque semaine, une légère rétribution pour le dédommager des frais d'éclairage, de chauffage et de location.
Chacun conserve ses outils propres et se procure les matières premières qui lui sont nécessaires. La plupart de ceux qui ne travaillent pas en commun prennent avec eux un apprenti qui fait les courses et dont ils rectifient le travail ; c'est pour eux le moyen de trouver un aide en même temps qu'un supplément de recettes, car — nous le verrons -:— le salaire de l'apprenti appartient, en principe, totalement au maître qui l'initie à l'ouvrage.
Il n'entre pas dans les usages de demander du travail à plusieurs patrons à la fois. Nous avons rencontré le cas cependant, mais ce ne sont là que des faits isolés et qui ne seraient pas tolérés s'ils étaient connus.
En 1846, Hervé comptait 91 manufacturiers ou fabricants qui occupaient i9Q ouvriers en atelier.
Le nombre des patrons a diminué depuis d'une façon assez notable, aloi*s que le nombre des ouvriers a plus que doublé.
Ce mouvement est très compréhensible.
I^s anciens ouvriers restent forcément attachés au métier à cause de la rareté des autres industries ; des petits patrons ont perdu leur indépendance et travaillent à domicile pour compte d'autrui. ËnBn, la disparition de la draperie a rendu beaucoup de bras disponibles, et, bien que les conditions économiques de la cordonnerie ne soient pas favorables, bon bon nombre d'ouvriers sans ressources ont dû se porter vers
L INDlSTRlt: DE LA CORDONNERIE A HERVE
la seule industrie qui puisse leur permettre de vivre lant bien que mal.
C'est ce qui explique que, même en ces monients de crise, le nombre des ouvriers ne diminue guère.
En 1900, il existait 59 fabricants de chaussures : 21 d'entre eux faisaient exclusivement travailler à domicile, 20 ne possédaient que des ouvriers d'atelier, 15 avaient un système de production mixte et 5 n'ont pu être classés (1).
Pour ce qui concerne les ouvriers, le recensement industriel de 1896 nous permet de les répartir comme ci-après :
Ouvriers travaillant au siège de Centreprise,
Cordonniers et piqueuses de bottines.
célibataires
mariés
veufs ou divorcés . . .
célibataires
mariés
veufs ou divorcés . . .
célibataires
mariés
veufs ou divorcés . . .
célibataires
De 50 ans et plus. { mariés
veufs ou divorcés . . .
De moins de 21 ans.
De 21 à 30 ans.
De 30 à 50 ans.
Hommes.
Femme*.
lOi
Total.
(1) Ces chiflres ont été établis diaprés des renseignements que nous avons recueillis sur place et que nous avons contrôlés sur les documents du recensement de 1896.
Dans ce nombre n'ont pu être compris les artisans indépendants, travaillant pour leur propre compte.
Ouvriers travaillant à domicile.
Cordonniers et piqueuses de bottines.
(Âge non déterminé.)
, «. . célibataires De moins dezi ans. / mariés
Teufs ou divorcés
célibataires
De 21 à 30 ans . ( mariés
veufs ou divorcés . . . * .
/ célibataires .......
De 30 à 50 ans . . mariés
veufs ou divorcés
I célibataires mariés veufs ou divorcés
Enfants ou membres de la famille aidant leurs parents.
Total. . .
Ouvriers travaillant au siège de t entreprise.
Non cordonniers
Ouvriers travaillant à domicile.
Non cordonniers
Enfants et membres de la famille occupés par les parents
Total. . .
HommM.
Femmes.
Total général.
Cordonniers en fabrique . .
» à domicile . .
Non cordonniers en fabrique
» à domicile .
Ouvriers de chemins de fer .
Population ouvrière . .
Dans les autres communes du canton et a Aubel, les cordonniers se rencontrent beaucoup moins nombreux.
Le tome III du Recensement Industriel de 1896 nous fournit le tableau suivant du personnel des entreprises :
Hmum. Totiox
Ifeases.
ToUoi.
Communes.
Industries.
tltsl
Ensemble
da penoonel
Âubel .
Haiiice .
Bolland.
Chaineux .
Charneiix.
Thimister.
Fabricants de chaussures faisant travailler à domicile
Cordonniers travaillant à domicile
Ateliers de cordonnerie.
Fabricants de chaussures faisant travaillera domicile
Cordonniers travaillant ^ domicile
Ateliers de cordonnerie .
Fabricants de chaussures faisant travailler à domicile
Cordonniers fravaillant à domicile
Ateliers de cordonnerie .
Fabricants de chaussures faisant travailler à domicile
Cordonniers travaillant à domicile
Ateliers de cordonnerie .
Fabricants de chaussures faisant travailler à domicile
Cordonniers travaillant à domicile
Ateliers de cordonnerie .
Fabricants de chaussures faisant travailler à domicile
Cordonniers travaillant à domicile
Ateliers de cordonnerie .