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CHAPITRE PREMIER

Recrutement des ouvriers et apprentissage.

Le recrutement des ouvriers se fait, peut-on dire, de lui même. La plupart sont fils de cordonniers. L'enfant dès son plus jeune âge voit le métier exercé chez lui ; il a toujours vécu près de Tétabli, jouant avec le marteau et les outils. Son horizon n'est guère étendu, et il n'est pas étonnant, dès iors, qu'un jour il s'essaye et que toute son ambition soit aussi de manier habilement la lime et le tranchet.

Nécessité fait loi, du reste, et à moins de s'expatrier, de chercher du travail dans les houillères du bassin voisin, il trouve difficilement, en dehors de la cordonnerie, de quoi s'occuper et de quoi se nourrir.

À Hervé, l'apprentissage est organisé de façon tout à fait défectueuse. Un simple ouvrier, expert ou non, a toujours le droit de prendre chez lui un enfant qu'il initiera à la besogne. Au début, il l'habituera au maniement des outils, lui apprendra à mettre les chaussures sur f forme, puis après peu de

temps, l'enverra chez l'entrepreneur demander de l'ouvrage qui lui sera rarement refusé.

C'est toujours la chaussure d'enfant qui lui sera confiée. Il essayera de la monter aussi bien que lui permettera son adresse. Son maitre, occupé lui-même à la besogne, ne peut lui donner d'une façon suivie les enseignements nécessaires et se contentera, dans les commencements, de faire sous ses yeux tout le travail.

Plus tard, il rectifiera simplement l'ouvrage, tâchera d'en corriger les imperfections ou d'en atténuer les défauts.

En revanche, l'apprenti fera les courses pour le compte de son maître.

11 n'a droit à aucun salaire, pendant la première année tout au moins, et ne recevra qu'un simple pourboire laissé à la discrétion du maître. Bien plus, il doit, en général, prendre à sa charge les fournitures qui lui sont nécessaires.

Après un an, il reçoit la moitié de la façon ; après deux, la façon entière. Mais tout ceci n'est pas général et les conditions de l'apprentissage et des salaires dépendent des cas.

Organisée de la sorte, l'éducation d'un jeune cordonnier a forcément une durée très variable. Deux ans sont la règle, mais l'apprenti est fort pressé de s'affranchir de la tutelle du maître et désireux de garder pour lui tout le produit de son travail.

Avant d'être parfaitement initié, il abandonne souvent son maître, s'empresse d'aller s'offrir à quelque patron de la place qui lui confiera de la marchandise qu'il confectionnera tant bien que mal.

Cette situation fait que la chaussure d'enfant est montée par des ouvriers imparfaitement formés ; de là une dépréciation sur cet article et une concurrence plus vive.

Les patrons ont fort bien compris tout ce que ce système avait de défectueux : ils essayent de réagir en confiant la

l'industrie de la cordonnerie a HERVE

OUVRII-R CORDONNIER AL) TRAVAIL AVEC SON APPRENTI (p. 44 4?»).

petite chaussure à de bons ouvriers. En outre, ils cherchent les moyens de développer l'enseignement professionnel, et au moment où paraîtront ces lignes, une école professionnelle donnera probablement aux jeunes ouvriers les connaissances théoriques et pratiques indispensables à Texercice du métier (1).

A Aubel, Tapprentissage est organisé d'une façon analogue; Fouvrier donne lui-même renseignement. Cependant il existe dans la localité une fondation pour l'apprentissage des métiers, administrée par la commune (2).

(1) Comme nous Tavons prévu, Técole professionnelle de Hervé fonctionne depuis le mois d*oclobre 1904. C'est Tœuvrc surtout deM. Lambert Chanteux, banquier à Hervé, au dévoAment duquel nous nous plaisons à rendre hommage. Vingt élèves suivent dès à présent les cours de cordonnerie ; pendant la première année, ils fabriquent Tarticle cousu qui avait été abandonné depuis longtemps, pendant la seconde année l'article cloué.

Grâce aux soins qui ont présidé à Télaboraiion de ses règlements, nous ne doutons pas que Técole de cordonnerie de Hervé donne tous les résultats que Ton en attend.

(2) Par son testament du 18 octobre 1849, Joséphine Nicolaî avait laissé rusufruit de tous ses biens à son frère Jean-Simon Nicolaî et la nue propriété à rétablissement des orphelins incurables et à Thosplce des malades d'Eupen ainsi qu'à la Société de Saint- Vincent de Paul de la même localité. Elle en exceptait toutefois la moiUé d'une somme capitale de douze mille francs due par un certain Léonard Siegel en la commune d'Hpmbourg, et la moitié d'un bien nommé le Grand et le Petit TIsman, situé à Aubel, pour lesquels elle avait fait en ces termes une disposition spéciale :

i Je lègue aux pauvres d'Aubel ma part de bien y situé nommé le Grand » et le Petit Tisman, également ma part du capital dû par Léonard Siegel de N Hombourg, à condition de fonder par ce legs, à Aubel, une maison de tra- » vail pour des enfants pauvres, sous la direction d'une corporation reli- » gieuse... »

En 1856, le 31 juillet, Jean-Simon Nicolaî teste à son tour : a Je maintiens, dit^il, le testament que j'ai fait devant le notaire Voisin de M Verviers, le 12 juillet 1855, et j'y ajoute par celui-ci qu'outre les charges n imposées par mon dit testament au bureau de bienfaisance, soit aux pauvres » d'Aubel, pour recueillir les legs que je lui ai faits et en exécuter les charges » et conditions, je veux et entends encore que le dit bureau de bienfaisance

Malheureusement, les prescriptions des fondateurs n*ont pas été suivies à la lettre. 11 n'a pas été institué, comme ils le désiraient, de maison de travail, et Ton s'est borné à subsidier les maîtres et leurs élèves.

Les revenus dont on peut disposer sont élevés, et la façon dont ils sont employés ne répond certes pas à Tidéal que Ton pourrait se faire d'une institution de ce genre. L'administration communale d'Aubel s'en rend compte et parait disposée à modifier son système dans le sens d'un enseignement plus rationnel.

Il n'est exigé d'autres conditions de l'apprenti que le goût pour le métier auquel il se destine et la volonté de rester assidu aux enseignements pendant les deux années que durera l'apprentissage. Il doit naturellement justifier d'une bonne conduite.

Sitôt admis à bénéficier de la fondation, il reçoit, selon la nécessité ou selon les mérites, une allocation de iS à 25 francs pour couvrir les frais de premier outillage. Il perçoit en outre, pendant toute la durée de l'apprentissage, une somme de 5 francs par trimestre.

S'il montre peu d'assiduité ou si la conduite laisse à désirer, toute obligation cesse de la part de la commune et vis-à-vis de lui et vis-à-vis du maître.

Pour ce qui concerne ce dernier, il obtient, à titre d'indemnité, une somme de 15 francs une fois donnés.

» d^Aubel y établisse le plus tôt qu'il lui sera possible, après mon décès, une )) institution de travail et d'instruction pour les enfants, sous la direction 1) d'une corporation religieuse, si la loi le permet, sinon sous toute autre )) direction légale. »

Par son premier testament, Jean-Simon Nicolai avait légué au bureau de bienfisûsance d'Aubel sa part dans le capital et dans les biens menUonnés ci-dessus au testament de sa sœur. Un arrêté royal du 3 septembre 1878 a remis à Tadministration communale d*Âubel,sauf le droit des tiers, la fondation créée par Joséphine et Jean-Simon Nicolai.

L INDUSTRIE DE LA CORDONNERIE À HERVE Al

En i905, la commune d'Aubel a distribué :

à 22 apprentis 565 francs

à 43 maîtres 195 —

pour outils fr. 31.10.

On le voit, peu nombreux sont ceux qui bénéficient de ces largesses» 8oit parce qu'on les connaît peu, soit parce qu'on leur attribue trop peu d'importance, et l'administration de la fondation est forcée de capitaliser ses revenus, en attendant un emploi meilleur (1).

(i) Le budget pour l'exercice de 1902 éUit ainsi établi :

FONDATION NICOLAK RésuUal des exercices antérieurs. ,

Reliquat du compte de l'exercice 1900 3,715 »

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