Jeune fille, 50 ans, habitant avec sa sœur qui s'occupe
du ménage et laide dans sa besogne, et un frère simple d'esprit qui voudrait travailler, mais ne fait presque rien. Elle est à Touvrage toute Tannée de 6 h. i/2 du matin à 9 ou 10 heures du soir, fait la chaussure clouée fillette et garçonnet, reçoit 1 franc a la paire et en fait environ 12 paires par semaine.
29. Petit apprenti, 14 ans. très habile, travaillant pour son compte, ne fait que la bottine d'enfant; il est au métier depuis un an. fait 12 paires par semaine et reçoit 50 centimes à la paire.
Emploie 1/4 de pointes de cuivre à 35 centimes et fait repasser une fois son tranchet, soit 60 centimes de frais, ce qui fait à peu près 10 p. c de son salaire.
30. Vieil ouvrier, 66 ans, veuf, s'occupe de son ménage et n'est plus capable de beaucoup d'activité.
Il paie 5 francs de loyer pour une petite chambre très malpropre, fait la grosse chaussure chevillée bois à fr. 1.25 la paire et en termine 5 ou 4 par semaine.
31. Ouvrier, 29 ans environ, travaille toute la semaine, même le lundi; il est l'ainé d'une famille de dix enfants, dont trois sont cordonniers. Son salaire ne varie guère; il n'a jamais plus d'un franc de différence, ne fait que la grosse chaussure chevillée et compte environ 10 p. c. de fournitui'es pour 1 paire et demie. Il ne possède pas de livret de salaire, reçoit fr. 1.70 à la paire et en fait 16 ou 17 chaque semaine. Le cuir qu'il emploie est très épais et très dur ; il doit faire repasser ses tranchets 8 ou 10 fois par quinzaine.
Nous avons donné tous ces renseignements tels qu'ils nous ont été fournis par les ouvriers eux-mêmes, en notant tout ce qu'ils nous ont signalé, et l'on pourra constater que, comme nous l'avons dit en commençant ce chapitre, ils ne sont pas toujours exacts et précis. On remarquera entre autres choses
que la différence est peu sensible pendant les mois de moitesaîson comparativement aux mois de travail actif, même lorsque les ouvriers se plaignaient de perte de temps plus grande. Nous sommes forcés de conclure de ce fait qu'en temps de morte-saison, Touvrier reçoit moins de travail à la fois, ce qui explique les courses plus nombreuses, mais qu il travaille davantage pour rattraper le temps qu'il perd ; le salaire d'un ouvrier travaillant normalement ne peut donc varier sensiblement d'une semaine à l'autre et même d'une saison à l'autre.