III. Frais et fournitures a charge de l'ouvrier
Tous les outils nécessaires au montage doivent être achetés par l'ouvrier ; nous avons vu précédemment quelle doit être leur importance, mais nous devons tenir compte ici et de l'usure du matériel et de son renouvellement.
Le cordonnier se procure, une fois pour toutes, une partie de son outillage; les marteaux, les pinces et les fers peuvent servir indéfiniment sans guère se détériorer, et leur remplacement n'est nécessité qu'après de longues années; mais certains outils souffrent plus particulièrement de l'usure, et les ouvriers de la grosse chaussure ressentent cette charge plus particulièrement encore que ceux fabriquant l'article l^er. Pour eux, les matières premières sont beaucoup plus résistantes, le cuir de la semelle et du talon est très dur et use rapidement le tranchet ; chaque semaine, un repassage est indispensable, parfois deux et même trois pour la même pièce, et chaque fois le repasseurréclame 0.15 centimes. Les alênes s'émoussent ou se brisent fréquemment en perçant la semelle, certains ouvriers en emploient jusqu'à 10 à la semaine. Les râpes et les limes ne sont guère utilisables pendant plus d'une année.
Les matières premières sont remises toutes préparées à
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rouvrier à domicile, il reçoit, en même temps que tout le cuir nécessaire au montage, la forme et même les gros clous destinés à garnir la semelle. Les fournitures à sa charge ne sont donc guère importantes et consistent seulement en pointes de cuivre, rivets, chevilles de bois, semences, boule de lin et la poix, auxquels il faut ajouter le verre cassé et le papier de verre pour le polissage.
La plupart des ouvriers ne comptent pas plus de fr. 1.50 à fr. 1.75 par semaine de fournitures de cette nature.
A ces dépenses usuelles, il faut aussi ajouter, l'hiver, le chauffage et, en tout temps, l'éclairage. Une lampe est allumée pendant presque toute la durée du travail, les fers devant être constamment chauffés pour le polissage.
Cette opération se répétant généralement toutes les demiheures, l'ouvrier, s'il travaille seul, laissera brûler la lampe plutôt que de l'éteindre et de la rallumer; s'il a un ou deux compagnons à l'atelier, il ne pourra agir autrement, le chauffage des fers devant être fait alors d'une façon à peu près continue.
A ces frais, que l'ouvrier ressent d'une façon directe, il faut encore ajouter ceux qui ne se manifestent à lui qu'indirectement, mais ici la difficulté est beaucoup plus grande; comment évaluer la perte de temps nécessitée par les courses t Les déplacements sont très fréquents, l'ouvrage n'est remis que par petites quantités. Souvent, pendant le temps de morte-saison, l'ouvrier doit attendre au guichet assez longtemps; parfois même il est éconduit et prié de revenir à un moment plus propice.
Un exemple montrera combien la perte de temps doit être grande.
Avril 21 . . . 1 paire 1.75 Mai 27 ... 1 paire 1.75
Avril —
Mai 1
paire 1.50
Juin 3
2 paire 1.75
On le voit, c'est, chaque jour, une et parfois deux courses uniquement pour chercher la besogne chez le patron. Si l'ouvrier profite souvent de ces allées et venues pour remettre la marchandise confectionnée, il ne peut cependant le faire d'une façon générale, la perte de temps sera donc plus grande encore que ne l'indique le relevé ci-dessus.
Il est procédé différemment s'il s'agit d'ouvriers des environs; en raison de leur éloignement, le patron leur confie plus de besogne ; pour eux, un seul déplacement par semaine est nécessaire.
Les frais de voyage constituent la grosse dépense des ouvriers d'Aubel, malgré les arrangements qu'ils prennent entre eux ; les déboursés en fournitures et frais de transport s'élèvent de 3 à 4 francs par semaine.
En outre, les loyers sont relativement élevés, nous avons vu payer jusqu'à 8 et 9 francs par mois pour une misérable chambrette qui devait servir d'atelier, et l'on paie jusqu'à 15 francs des appartements qui en valent tout au plus 10.
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