‹ L'industrie de la bonneterieChapitre 81 sur 82 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Salubrité et sécurité.

Ce n*est pas à de simples ouvriers qu'il faut demander beaucoup de prévoyance ni un grand souci des prescriptions hygiéniques.

Le cordonnier de Hervé semble ignorer souvent que sa santé est en cause, et travaille dans des conditions véritablement déplorables.

La plupart des maisons de la ville sont de construction ancienne, petites et étroites, et les appartements y sont peu élevés. A cause de la modicité de ses ressources, l'ouvrier se loge mal; Tunique chambre qu'il louera lui servira souvent à tous les usages; pendant des journées entières, il travaillera ayant autour de lui une famille nombreuse à laquelle viendront s'adjoindre encore des compagnons désireux de partager son atelier.

Parfois un local spécial sera réservé à la fabrication, mais il utilisera toujours alors un coin de grenier malpropre, aussi mal aéré que peu éclairé.

Par un escalier étroit et peu praticable, nous avons pénétré dans des appartements de ce genre; dans un misérable réduit, nous trouvons accroupis sous chacune des lucarnes par où le jour pénètre faiblement, deux cordonniers travaillant sans seml)ler se douter que, pas plus que le jour, l'air ne peut s'introduire chez eux; au milieu de la chambre, une jeune fille s'occupe aussi de cordonnerie; le sol est jonché de

débris de fabrication et de rognures de toutes sortes. Quelques escabeaux et un établi constituent à peu près tout le mobilier; un lit adossé à la muraille, nous montre que les locataires de ce recoin malpropre y vivent jour et nuit. La chambre cube à peine 27 mètres et nous nous demandons comment il est possible de mener une existence toute de travail dans un endroit aussi insalubre.

Fort heureusement, les cordonniers ne sont pas généralement logés de façon aussi malheureuse, mais nous avons souvent constaté que Tatelier sert aussi de logement à trois et jusqu'à quatre personnes.

Par contre, nous avons vu plusieurs fois des ouvriers s'entendre à plusieurs pour louer une petite chambre dans laquelle ils travaillent en commun.

Il faut noter aussi que, fort heureusement, pendant la bonne saison, l'ouvrier exerce son métier en plein air, sur le seuil des portes ; mais n'est-ce pas trop encore que de voir, pendant la moitié de l'année, des hommes courbés sur leur ouvrage, dans des conditions déjà nuisibles à leur développement physique, sacrifier encore, par imprudence ou par nécessité, plusieurs années peut-être de leur existence?

Page 1