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CHAPITRE VIL L'association et les relations économiques

Patrons aussi bien qu'ouvriers reconnaissent que des groupements seraient nécessaires pour maintenir l'industrie, mais toujours on s'est arrêté à des difficultés pratiques et peu de chose a été réalisé dahs ce sens.

Chez les premiers, l'esprit de sacrifice fait défaut, la charité manque, la concurrence les éloigne les uns des autres et rend les unions professionnelles irréalisables.

Un essai a été tenté cependant. En 1884, la demande de chaussure chevillée, qui seule était alors fabriquée, avait fortement baissé, l'ouvrage faisait^défaut, et avant d'entreprendre insensiblement le travail à pointes de cuivre, certains patrons se réunirent et instituèrent sous le nom d' a Association des maîtres cordonniers de la ville de Hervé » , une société commerciale. Elle avait' pour but de rechercher les moyens de favoriser l'industrie et de lui donner le plus d'extension possible.

Fondée pour trois années seulement, elle était administrée par une commission de cinq membres, simple intermédiaire entre les membres et les clients qu'elle avait mission de rechercher.

Les commandes étaient transmises à l'assemblée générale, qui les répartissait entre les associés. Chacun recevait un prix égal ; la façon de l'ouvrier était, en outre, déterminée selon les

cas sans que le patron pût la hausser sous peine d'amende ou d'indemnité.

Chaque entrepreneur était responsable de son ouvrage, même après payement, et était tenu d'apposer sa marque sur chaque bottine.

En 1884, la société obtint du gouvernement belge la commande de quelques milliers de paires de souliers pour l'armée, à livrer dans les différents dépôts du pays. Lés cinq ou six mille paires fournies ne furent acceptées par les agents réceptionnaires, maîtres cordonniers militaires, qu'après de multiples démarches et au prix des plus grandes difficultés. Aussi l'on ne tenta plus rien en vue de nouvelles adjudications de ce genre.

Cherchant à exporter, le président s'adressa à plusieurs de nos consuls à l'étranger, mais n'eut guère de succès. Des échantillons, expédiés à Sydney et à Beyrouth, ont été perdus sans que l'on sût jamais ce qu'ils étaient devenus.

De Saint-Thomas, une maison de premier ordre expédia des modèles avec une commande d'essai, mais il s'agissait d'un tout autre genre de fabrication ; la société ne pouvait satisfaire le client, et l'affaire n'eut pas de suite.

Une autre demande vint de Constantinople et ne put pas plus être accueillie; on fut forcé de mettre l'étranger en relation avec les plus grandes maisons belges.

Alimenté uniquement par de modestes cotisations de membres, l'avoir de la société fut vite épuisé. En 1888,1a mort de son président amena la dissolution de l'association.

Chez l'ouvrier, nous avons signalé ailleurs ces coalitions qui se sont faites pour obtenir le relèvement du taux des façons. Nous citerons simplement ici « le syndicat des cordonniers de Hervé », sans lui attribuer grande importance.

Institué plus sous forme de caisse de résistance en cas de grève que de caisse de secours en cas de maladie ou de chô-

mage, il se proclamait neutre par l'article 1*'' de son règlement et s'affiliait à la Fédération socialiste par son article 8. Nous tenons de son ancien secrétaire ce renseignement piquant qu'une des rares grèves que Hervé ait jamais connue a été provoquée plus pour mettre à l'épreuve le bon fonctionnement de la caisse que pour faire valoir des griefs sérieux. L'essai ne fut pas concluant sans doute, car le syndicat fut dissous peu après et son encaisse envoyé à des grévistes du Hainaut.

A signaler encore une mutualité neutre, et celle de Saint- Crépin qui comprend 51 membres, dont 22 cordonniers.

Conclusions.

Tout ce qui a été dit dans le cours de cette enquête suffit à démontrer que la cordonnerie hervienne est gravement menacée.

La généralisation des machines dans les grandes fabriques du pays est une terrible menace pour le petit atelier. Elle a produit cet état de gêne que nous avons constaté chez le maître et chez l'ouvrier.

Il est malheureusement fort difficile de rendre la situation meilleure.

Seule la chaussure de luxe pourrait peut-être échapper à la concurrence mécanique, mais il faudrait transformer sa fabrication, jusqu'ici toute grossière, et ne pas compter sur les progrès que fait chaque jour le travail à la machine. £n reprenant la bottine cousue, Técole professionnelle de Hei've réussira peut-être à produire un mouvement favorable; encore faudra-t-il lutter contre la cordonnerie manuelle flamande en même temps que contre le cousu-machine.

En outre, on ne saurait établir des coopératives ou des syndicats pour Tachât des matières premières à charge de louvrier sans ruiner tous les petits commerçants qui sont si nombreux dans la ville.

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