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L'industrie de la pulpe au Canada [microforme]

L est difficile de savoir au juste quel est l'inventeur de la matière qui fait l'objet de cette étude.

D'après le Moniteur de la Papeterie française, deux Anglais, Watts et Burgess, obtinrent, en 1853, un brevet pour la transformation du bois en papier. Peu après, les journaux de la métropole recevaient des échantilions de papier de bois et quelques jours plus tard le

Weekly Times était imprimé sur ce nouveau papier. L’Angleterre, routinière comme touts les nations européennes, ne se prévalut pas de l'invention. Le brevet fut vendu en 1854 à des Américains qui oublièrent, disent les annales, d'en payer le prix aux inventeurs, mais l’utilisèrent tout de même pour la fabrication du papier-journal. Watts et Burgess, comme la plupart des inventeurs, en furent pour leurs frais et leurs travaux.

De son côté, l'Allemagne revendique l'honneur de la découverte de la pulpe pour un de ses enfants. D'après un article de F. Hiorth, ingénieur norvégien, publié dans le Furmand, Freidrich Gotlob Keller, de Saschen, décédé en 1898, serait le père de l’industrie de la pulpe. Hiorth ne nous dit pas quand Keller aurait fait sa découverte, mais il écrit que faute de moyens elle ne fut pas utilisée avant 1£40. A cette époque, Feller s’associa à Henriech Volter, de Wurtembourg, qui venait de prendre dans les pays allemands un b-evet pour l'invention de machines à fabriquer la pulpe et les deux se lancèrent dans l’industrie. D’après Hiorth, l'anglais Teglman serait l'inventeur

de la pulpe chimique dont les procédés de fabrication auraient 6té améliorés par l'allemand Mercherliech et le suédois Ekman.

Les industriels et les chimistes se sont préoccupés avec ardeur à utiliser de toutes façons la pâte de bois,

Le cuir artificiel dans la confection duquel elle entre pour les & est en usage partout. On utilise aussi cette matière dans la fabrication des vases de toutes sortes, tas ses, soucoupes, seaux, cuves, barils, dans celle des plateaux, couteaux et fourchettes, cuillères. Les revues scientifiques des Etats-Unis nous apprennent que la pulpe est employée dans la fabrication des dents, des bras et des jambes postiches. On en fait de plus des meubies, des enduits, des planchers, des tuiles. Enfin, en Nouvelle- Zélande on en fait des maisons, et à Burgen, en Norvège, il y a une église en pulpe.

Mais c’est surtout dans la fabrication du papier-journal et papier-livre que la pâte de bois £:t utilisée. La pulpe a presque entièrement remplacé les matières premières qui servaient autrefois à la fabrication de ce papier telles que la paille, la toile, le chanvre, les chiffons de toute sorte, le bambou. De nos jours, tous les journaux et 907 des

livres :n Europe, aux Etats-Unis, en Canada et au Mexique sont imprimés sur du papier de bois. N'est-ce pas assez dire quel développement gigantesque a pris, depuis 40 ans, l’industrie de la php dans tous les pays possédant

des forêts d'épinettes et des pouvoirs hydrauliques.

La Suède, la Norvège et la Finland: ort apporté le plus d'attention à cette industrie qui est devenue l’industrie nationale des Scandinaves et qui a atteint, chez eux, le plus haut degré de perfectionnement. Ce sont eux qui fournissent la plis grande partie de la pulpe employée en France, en Italie, dans la Grande-Bretagne et quelques pays du centre de l’Europe. Ils en envoient aussi aux Etats-Unis, au Mexique et dans l'Amérique du Sud.

L'Allemagne vient en second lieu sur la liste des producteurs de pulpe en Europe. Elle fournit la majeure partie de ce qui en est requis par les pays du centre du continent européen. Elle en vend chaque année une certaine quantité aux Etats-Unis.

Dans ces dernières années, l’industrie de la pulpe a été introduite en Russie qui, vu ses immenses forêts d’épi-

nettes, est destinée à devenir dans un avenir prochain un facteur important et un compétiteur sérieux sur le marché,

Jusqu'ici les Etats-Unis et le Canada ont été les seuls pays de l'Amérique où la pulpe ait été fabriquée, et depuis 25 ans surtout, cette industrie y a pris des vroportions extraordinaires.

Il se fabrique en France, .vec du bois importé de la Scandinavie, de 30 à 40,000 tonnes de pulpe par an. La Scandinavie et l'Allemagne lui fournissent le reste, Espérons que d'ici à quelques années le Canada exportera en France de 100,000 à 150,000 tonnes de pâte de bois. La Suisse et le nord de l'Italie fabriquent aussi une certaine quantité de pâte de bois.

Il y a plusieurs espèces de pulpe mais au point de vue pratique on peut les diviser en deux catégories: la pulpe mécanique et la pulpe chimique. La première est celie dans la fabrication de laquelle n'entre que du bois et de l’eau, dans la seconde le Pois est mélangé à un acide ou à un alcali et soumis à des procédés chimiques fort compliqués.

La pulpe mécanique est faite -oit avec du bois moulu soit avec du bois cuit. Dans e premier cas le bois est moulu ou défibré, puis mêlé à de l’eau pour en faire une pâte. Cette pâte est étendue en feuilles, lesquelles sont soumises à une forte pression, coupées de la dimension voulue et mise en ballots de 450. Aïnsi préparée, la pulpe moulue contient 50% d’eau et ressemble beaucoup au carton. Dans la confection de la pulpe moulue il ne doit entrer autant que possible que du bois de première qualité.

Jusqu'à présent il ne s'est fait de pulpe bouillie qu'en Suède. Elle est faite en grande partie ave les déchets Le bois tels que les abouts billes, le bois brûlé, séché sur pied, celui qui a été exposé trop longtemps à l'air ou au soleil.

On fait avec la moulée de scie et les écurces une pulpe de qualité inférieure qui entre dans la confection des parquets et des linoléums.

La pulpe chimique est faite avec du bois haché en

morceaux du volume d'une fève, puis mélangé à l'acide sulfurique ou à la soude et soumise à une température très élevée. On lui donne le nom de sulfite si elle est à base d'alcide sulfurique et de sou pulp si elle est à base de soude. La pulpe chimique ressemble en apparence à du parchemin.

Le papier fait exclusivement de pulpe moulue manque de corps et surtout de souplesse. Il se déchire trop facilement, hormis que la pulpe soit bouillie, c’est pourquoi on ajoute à la pulpe moulue 20 par cent ke pulpe chimique.

Il faut environ une corde de bois pour faire une tonne de pulpe moulue; il en faut deux cordes pour une tonne de pulpe chimique.

I faut à l'industrie de la pulpe du pouvoir moteur, une certaine étendue de forêts, À l'eau claire et limpide et du capital. Ces quatre éléments sont indispensables.

Jusqu'ici le pouvoir moteur a été fourni par les pouvoirs hydrauliques. Toutefois, en France, cette force motrice faisant défaut, les quelques usines en opération sont actionnées par la vapeur. Et il n’est pas impossible que, dans un avenir assez rapproché, l'électricité ne soit substituée avantageusement à la puissance hydraulique.

Le pouvoir hydraulique doit être proportionné à la quantité de pulpe qu'on se LA pee de fabriquer, savoir 90 à 100 forces par tonne de pulpe à produire, soit 4,000 forces pour une usine de capacité moyenne, (40 tonnes par jour), 8,000 forces pour ce qui est considéré être une grande usine (90 tonnes par jour), 12,000 forces pour une usine de 120 tonnes. Ce sont les plus grandes et encore y en a-t-il peu de cette importance. Notre Compagnie a développi 12,000 forces sur la rivière Chicoutimi, 8,000 forces pour la grande usine et 4,000 forces pour la petite située à 12,000 pieds en aval de la première.

Pour être certain que son placement sera vraiment de perpétuel rapport le fabricant de pulpe doit se pourvoir d’une étendue de forêts suffisante pour lui assurer une pleine production durant 100 ans. Ainsi, une usine de 10 défibreuses, produisant par conséquent de 40 à 50 tonnes par jour, soit 13,500 tonnes par an et 1,350,000 en 100 ans, aura besoin d’une étendue de forêt capable de lui fournir 1,350,000 cordes de bois, soit, à 4 cordes par acre, 337,500 acres ou 563 milles carrés.

po

En troisième lieu il faut à l'industrie de la pulpe beaucoup de capitaux, surtout maintenant que les pouvoirs hydrauliques et les concessions fcrestières ont pris une si grande valeur, Autrefois, on achetait des limites de bois à puipe pour $15 à 825 le mille; maintenant il faut payer de $150 à 8300 et dans 5 ans on devra payer 8500 et plus le mille. Dans le passé les pouvoirs hydrauliques valaient relativement peu de chose, Qui est-ce ui s'en occupait il y a 30 ans, 1l y a 15 ans? Il en est to autrement de nos jours et à l'aveuir il faudra payer pour un pouvoir de 800 chevaux-vapeur un loyer annuel représentant un capital de 8290,000 à 8400000, Mais nous y sommes déjà puisque l’une des Compagnies de pulpe existante paie annuellement 835,000 ur sa force motrice,

Le coût de la main-d'œuvre et des matériaux de construction a doublé depuis dix :ns. Aussi bien, ne serait-il pas sage de se lancer dans l’industrie de la pulpe avant de s'être assuré d’un capital équivalent de $15,000 à $20,000 par tonne à être fabriquée chaque jour. C'est-àdire qu'une compagnie voular* produire 100 tonnes devrs se pourvoir de $1,500,000 à $2,000,000.

ün outre de ces trois choses absolument indispensables, beaucoup de forces motrices, beaucoup de forêts et beaucoup d'argent, il faut que l'industrie de la pulpe soit établie le plus près possible d'un port de mer si sa production doit être expédiée en Europe et d'une voie ferrée si cette production est destinée où marché américain ou canadien.

La pulpe ne devant contenir rien autre chose que du bois et de l’eau, il est indispensable que cette eau soit claire et limpide et que le fonds des rivières la fournissant soit de galets ou de glaise. C'est pourquoi, bien que l’eau de la rivière Chicoutimi soit de bonne qualité nous avons préféré filtrer toute celle qui entre dans la fabrication proprement dite. Seules les turbines sont actionnées par de l'eau non filtrée.

Comme il faut compter avec la sécheresse ordinaire du 1 août au 15 septembre, période durant laquelle les eaux de toutes les rivières sont très basses, il est bon de faire des réserves, de se pourvoir de réservoirs dont l’eau est utilisée durant cette période. C’est ainsi que notre Com-

re

pagnie a éclusé le lac Kénogami, dans lequel la rivière Chicoutimi prend sa source, lac ayant une superficie de 22 ou 23 milles dont elle hausse les eaux de près de 12 pieds. Elle à aussi éclusé les lacs Long et McDonald, sur des rivières tributaires du lac Kénogami.

C'est surtout depuis 1870 que les Etats-Unis se livrent à cette industrie qu'ils ont dévelobpés d’une façon prodigieuse durant la décade 1870-1880 durant laquelle le prix du papier-journal est tombé de 9 sous à 4 sous la livre. Le perfectionnement des méthodes de fabrication et l'augmentation de la production ont abaissé ce prix jusqu’à 2 sous la livre. Cela explique en partie pourquoi les journaux sont devenus si volumineux et si répandus ; le papier ne coûte presque rica.

ans l'Etat de New-York seulement il y a 108 usines

produisant en moyenne 9000 tonnes par an chacune.

C'est durant la décade 1880-1890 que commença pour le Canada l'ère de la fabrication de la pulpe.

Voici d’après le Pulp and Paper Hand Book la progression de cette industrie pour notre pays, il y avait:

En 1888... 34 usines produisant chacune 4} tonnes par jour en moyenne. 37 “ “ “i rs

En 189) Le 84 En 1899... 39 “ “ 29} « mn mn En 1907... 58 4 “ u 60 mn « «

De sorte qu’en moins de 20 ans la production moyenne de chaque jour par usine a décuplé.

Avant 1897 il n’y avait dans la province de Québec que trois grandes pulperies : la Laurentide à Grand’'Mère, celle de E.-B. Eddy à Hull, et celle de Windsor Mills.

On comptait, toutefois, quelques petites usines de une à deux meules telles que celles de St-Raymond, de la Rivière-du-Loup.

Ce n’est vraiment que depuis dix ans que l’indastrie de la pulpe a pris dans cette province, maï:.tenant à la tête de la fabrication canadienne, les développements qu’on lui connaît. L'année 1897 marque en effet le commen-ement de l'ère de ce progrès étonnant d’une industrie bien en voie de devenir l’industrie nationale de la province de Québec. A cette époque fut fondée la Compagnie de Pulpe

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de Chicoutimi dont le succès fit un peu croire aux gens qu’il suffisait de mettre une pulperie en marche pour faire fortune. Aussi, bientôt après, fut établie celle de Jonquière puis celles de Ouiatchouan, de Péribonka, de Métabetchouan, donnant à cette seule région Chicoutimi- Lac Saint-Jean, 5 usines pouvant produire 60,000 tonnes par an. Et de nouvelles pulperies surgiront un peu partout, notamment à Montmagny, à Rimouski, à Brompton Falls, à East Angus, à Buckingham, à Lachute, et d’'autres que j'oublie. Une très grande usine a été récemment construite aux Sept-Isles et deux ou trois autres sont à l’état de projet.

Les usines les plus importantes d’Ontario sont celles de Sault-Sainte-Marie, Sturgeon Falls, Espanola, sur la rivière des Espagnols et Ottawa (Booth). En somme, je compte trente pulperies dans la province de Québec, dix-sept dans Ontario, six dans le Nouveau-Brunswick, quatre dans la Nouvelle-Ecosse et une dont la construction n’est pas encore terminée dans la Colombie Britannique.

La production qui suivit l'établissement de ces nombreuses usines outrepassant la demande, il en résulta une baisse sans précédent dans le prix.

La conséquence fut une crise qui mit l’industrie de la pulpe en danger de sombrer. Ajoutons à cette surproduction le manque de capital pour assurer le succès de telles entreprises, l’inexpérience des promoteurs, trois années consécutives de sécheresse privant d’eau la plupart de ces usines durant trois à quatre mois de l’année et nous aurons une idée des difficultés de toutes sortes qu'eut à surmonter l’industrie durant les cinq ou six années dernières. Mais heureusement que tout cela est du domaine du passé et que les choses ont pris une tournure plus favorable. La demande dépasse de beaucoup la production, de nouveaux débouchés s'offrent à l'exportation, la consommation s'accroît partout, les prix sont bons et les fabricants voient s'ouvrir devant eux une ère de prospérité durable.

D'après le Pulp and Paper Magazine, le premier moulin à papier établi en Canada fut celui d’un monsieur Jackson, à Jacques-Cartier, près Québec, lequel fut en opération de 1800 à 1857. La seconde usine à papier canadienne fut établie en 1803 à St-André d'Argenteuil.

On se fait difficilement une juste idée de ce que représente en poids et en volume, par conséquent en fret, la production d’une grande usine comme celle de Grand’- Mère, de Shawinigan, ou de Chicoutimi.

Chicoutimi fabrique 120 tonnes de pulpe par jour. Or, cette pulpe contenant 50 Par cent d’eau, 120 tonnes de pulpe Ex ou sèche comme on dit en langage du métier, représente le double de ce poids, soit 240 tonnes par jour ou 60,000 tonnes par an ne calculant que 250 Jours de travail dans l'année. Le transport de toute cette Pulpe par voie ferrée nécessiterait (à 20 tonnes par char en moyenne), l'emploi de 5,000 chars et par voie maritime de 20 steamers prenant chacun 3,000 tonnes.

L'industrie de la pulpe diffère de la plupart des autres en ce que l'exploitation en est beaucoup plus compliquée et qu'elle est exposée à de plus nombreux aléas contre lesquels elle doit toujours être en garde et qu'elle doit s'efforcer de prévenir. Les fabricants de chaussures, de coton, de tissu de laine, de Papier, reçoivent leur matière première toute prête et une fois leurs usines parfaitement installées et outillées, il ne leur reste qu’à fabriquer et à écouler leur produit. Et, après un certain temps, c'est une roue qui tourne toute seule, en autant que quelque chose peut marcher seul. Mais il en est bien autrement de l’industrie de la pulpe qui se complique de l'exploitation forestière sur une vaste échelle et du problème diffcile de l'expédition. De sorte que toute exploitation de pulpe se divise en trois départements bien distincts : celui de la fabrication proprement dite, celui de l’exploitation forestière, et celui de l'expédition. Chaque département doit être dirigé par un chef expérimenté sous les ordres de la direction du gérant dénérl

En prenant Chicoutimi Pour exemple, nous allons pouvoir juger ce que signifie l’exploitation forestière pour une grande pulperie.

Pour alimenter son usine il faut à la compagnie de Chicoutimi 4,600 billots par jour, soit 1,500,000 par an. Pour être certain d’avoir 1,500,000 billots il lui faut en faire couper 2,000,000, et pour qu'il s’en coupe ce nombre il faut donner des contrats pour 2,500,000. Car si l'hiver n'est pas favorable les contracteurs feront moins de bois qu’ils avaient entrepris d'en faire ; si la température n’est

Ut

pas propice la descente du bois dans les rivières sera plus ou moins incomplète et il y restera une quantité plus ou moins grande de Lillots, Êt pourtant il faut étre certain que les usines ne manqueront pas de bois. C’est pourquoi l'on est obligé de donner des contrats pour 337 de plus de bois qu’on a réellement besoin.

Les bûcherons amènent les billots à la rivière la plus voisine; c’est à la compagnie d’en faire la drave. Et ce n'est pas une mince affaire de faire la drave sur une: dizaine de rivières à la fois. Cela nécessite un personnel nombreux, expérimenté, souvent difficile à conduire, toute une organisation pour loger de place en place ce personnel et le nourrir, un outillage considérable et coûteux comprenant écluses, chaînes, ancres, chaloupes,amarres, etc. Aussi bien la drave est-elle le cauchemar du chef des opérations forestières.

On sait que la descente des billots n'est facile que durant les hautes eaux du printemps, période dont la durée est très variable suivant les rivières et les régions. Certaines rivières restent hautes durant trois ou quatre semaines ; mais il y en d’autres dont la crue des eaux vient et s'en va en huit jours et il faut que la descente des billots ait lieu durant ce court espace de temps, sinon ils restent dans la rivière jusqu’à l’année suivante. Nous avons déjà eu jusqu'à 500,000 billots retenus ainsi dans deux ou trois rivières.

Quelle est la provenance du bois qui alimente nos usines ? Il provient en partie de nos propres réserves forestières qui nous en fournissent à peu près un tiers et des colons de la région lesquels nous procurent les deux autres tiers, Autant que possible nous achetons de ces derniers afin de ménager nos propres forêts. On comprend aisément quelle aubaine c’est pour le colon de pouvoir vendre à un bon prix ce qui, avant l'établissement des pulperies, l’embarrassait fort et qu’il était forcé de brûler. ÎT est utile de faire remarquer que les colons et les petits cultivateurs de la région du Lac Saint-Jean et du Saguenay, font du bois pour cinq compagnies de pulpe en outre de la nôtre, qu'ils vendent ainsi chaque année 50,000 cordes de bois valant eu moyenne $4.00 la corde.

Voilà bien $200,000 qui tombent dans le gousset de ces braves gens et qui, il y a dix ans, s’en seraient allées en

fumée. Si l'on ajoute à cette somme ce qui est dépensé pour les draves, les provisions de bouche pour hommes et chevaux travaillant aux chantiers, le transport du bois par les chars, on arrive aisément à $300,000 par an, gagnées par la classe des colons et des petits cultivateurs de la région par le fait de l'industrie de la pulpe.

Les billots une fois rendus dans la cour de l'usine passent par diverses phases avant d'être définitivement transformés en pâte.

Les billots dont la longueur est de 133 pieds et dont le diamètre varie entre 6 à 15 pouces, sont d'abord amenés, par une chaîne sans fin, à la scierie, où ils sont cou és, six à la fois, par billes de 2 pieds de longeur. Ces billes sont transportées automatiquement aux écorceurs où elles sont lavées et dépouillées de leur écorce et envoyées aux défribreuses ou meules, Ces meules ont 27 pouces de largeur, 56 pouces de diamètre et tournent à raison de 250 à 275 révolutions à la minute. Elles sont renfermées dans de très fortes boîtes en fonte, où sont aussi mises les billes de bois avec lesquelles elles viennent en contact sur à veu près les 4 de leur circonférence et qu’elles réduisent en pâte. Cette pâte est mélangée à une grande quantité d’eau et entraînée dans un réservoir d’où elle est poussée par des pompes dans de grandes auges à fonds mobile et faits en tamis très ténus, ne laissant passer que la fine fibre du bois. Ainsi tamisée, la pulpe est entraînée par un fort courant d'eau sur d’épaisses couvertes en laine très tendues qui laissent passer l’eau et retiennent la pulpe qui vient graduellement s’accumuler autour d’un gros cylindre.

Lorsque la couche de pulpe ainsi accumulée est d'environ À de pouce d'épaisseur, l'ouvrier passe rapidement, sur le rouleau, un couteau en bois, il s’en détache une feuille de pulpe qui est ployée de la grandeur voulue, et entassée sur une brouette avec, outre chaque feuille, un treillis en métal. Arrivée à cette phase la pulpe contient de 70 à 75 pour cent d’eau. Quand la brouette est suffisamment chargée, brouette et pulpe sont mises dans une presse hydraulique à 3,500 1bs de pression au pouce carré et pressés jusqu’à ce que la pulpe ne contienne plus que 45 à 50 pour cent d’eau, les feuilles sont alors mises en ballots de 450 lbs et la pulpe est prête à être expédiée.

Les usines fonctionnent jour et nuit, depuis dimanche à minuit, jusqu’à minuit le samedi suivant.

La qualité de la pulpe dépend de l'espèce ainsi que de la qualité du bois et du mode de fabrication. La meilleure pâte est celle d'épinette noire ou blanche ; celle de sapin ou de peuplier est de qualité inférieure, Toutefois si l'épinette est belle, saine et récemment coupée on peut y mêler 107 de sapin sans que la qualité de la pâte en souffre. La pâte sera moins bonne si le bois a été exposé à l'air et au soleil pendant trop longtemps. Autant que possible il devra donc être gardé dans l'eau jusqu'à ce qu’il entre à l'usine. Le bois coti, dépouillé de son écorce, brûlé ou mort doit être rejeté.

La pulpe canadienne ou plutôt américaine diffère un peu de la pulpe scandinave en ce qu'elle est un peu plus grosse mais plus forte. Elle fait un papier moins fin mais ayant plus de corps, plus de substance, plus de résistance. Tout d’abord le fabricant de papier anglais n’en était guère satisfait habitué qu'il était à la pulpe scandinave. Mais graduellement il la connut mieux, apprit à s'en servir et maintenant il ne saurait s’en passer, l'expérience lui ayant démontré que le meilleur painer est celui fait avec parties égales de pulpe canadienne et de pulpe scandinave.

Il est entendu dans le commerce que la pulpe moulue ou mécanique ne doit pas contenir plus que 507 d’eau. Aussi bien, la fabrication doit-elle être surveillée de très près sous ce rapport. Voilà pourquoi, d’heure en heure, Jour et nuit, l’on prend un échantillon de la pulpe telle

uelle sort des presses. Cet échantillon est soumis à la demon Es complète afin de s'assurer que la pâte n’a pas plus que le percentage conventionnel d'eau. Cela est impor int, pour le fabricant comme pour l'acheteur, car si le degré de dessication n’atteint pas 507 l'acheteur n'a pas son compte, quant à la quantité, et le vendeur doit le rembourser, de même qu’il doit rembourser une partie des frais de transport égale au surplus d’eau. Lur exemple si la pulpe contenait 55% d'eau le fabricant devrait compensation égale à 107 sur le poids et rembourser 107 du prix du fret payé pour transporter cet excédant d’eau. C’est de la pâte qu’il a vendu et non de l’eau. Par contre, si la pâte n’a que 45% d’eau l'acheteur doit

rembourser au fabricant 107 du prix de transport et lui Payer en outre 107 en sus eur le poids.

D'après le Paper Mill du 30 novembre dernier, la production des 58 usines Canadiennes en 1906 a été de 550,000 tonnes de 2000 1bs dont un peu plus de la moitié (282,000 tonnes) a été consommé en Canada et la balance a été vendue à l'étranger—163,000 tonnes aux Etats- Unis, 100,000 tonnes en Angleterre, 5,000 tonnes en France.

Comme on le voit nos deux meilleurs clients sont les Etats-Unis et l'Angleterre—mais nous devrions trouver en France, grâce au nouveau traité de commerce, un débouché très avantageux pour notre pâte canadienne qui pourra y être admise en franchise, Toutefois notre marché naturel c’est la République arnéricaine qui est à nos portes et où nous pouvons expédier notre produit en toute saison de l’année.

L'exportation en Europe, tout avantageuse qu’elle soit, offre néanmoins l'inconvénient de ne pouvoir être faite

ue durant sept mois de l’année. L'inconvénient résulte 4. ce que, durant les 5 mois d'hiver, le fabricant doit accumuler sa production dont la manutention représente un fort montant. Il y a en outre le désavantage sérieux de ne pouvoir durant tout ce temps, rentrer dans ses déboursés et de payer l'intérêt sur un capital immobilisé considérable. Mais le marché européen est indispensable au fabricant canadien afin qu'il y ait compétition entre les Etats-Unis et l’Europe, de même que le marché français lui est aussi indispensable afin qu’il fasse compétition au marché anglais.

Les Etats-Unis consomment 2,000,000 de tonnes de pulpe moulue par an. L’Angleterre en consomme 450, - 000 tonnes dont 350,000 tonnes Ir: viennent de Suède et Norvège et 100,000 du Canada.

La France achète de la Scandinavie au-dessus de 200,- 000 tonnes de pulpe par an. Je dirai en passant que la consommation augmente partout de 10 par an.

Rien n'empêche, si ce n’est le capital, que l'industrie de la pulpe ne devienne l’industrie nationale de la province de Québec comme elle est l'industrie nationale de la Suède et de la Norvège. Nous avons le bois, la maind'œuvre, les pouvoirs hydrauliques. Nous avons aussi

l'expérience qui a coûté bien cher à un certain nombre de fabriques.

da ee. UE, 20 (À D

Comme marché, nous avons les Etats-Unis à nos portes où nous pourrions exporter, dans 3 ou 4 ans, 500,000 tonnes de pulpe Par an, si nous les produisions, l’Angleterre à qui nous devrions envoyer au moins 200,000 tonnes par an et la France qui serait heuseuse de nous en acheter de 100,009 à 150,000 tonnes chaque année. C'està-dire qu’en outre de notre propre marché, on nous demande à l'étranger 800,000 à 900,000 tonnes de pulpe par an, Et aous n’exportons encore que le tiers de cette quantité.

Assurément ce n'est pas le bois qui nous manque. Nos forêts d’épinettes sont immenses,“ Elles comprennent, d’après M. J.-C. Langelier dans une étude lue au Congrès Forestier à Québec, (à régions du St-Maurice, du Sa uenay, celle de la Côte Nord, depuis le Saguenay au Labrador, la Côte Sud jusqu'à Gaspé inclusivement, les Cantons de l'Est, la région de la Baie James, le tout formant une étendue totale de 327,721 milles carrés ou 209,741,463 acres, donnant à 24 cordes par acre, (la moyenne est de 4 à 5 cordes), une première coupe de 454,9 4,470 cordes de bois à pulpe, en ne prenant que les arbres de diamètre réglementaire.” I] est admis par les gens du métier, Comme par les Sociétés Forestières que l'épinette repousse en 50 à 60 ans. La repousse naturelle équivaut done à 2% de la quantité mentionnée ci-dessus et, si ces forêts sont exploitées convenablement, nous pourrons couper chaque année, à perpétuité, 9,000,000 & cordes de bois sans toucher à notre capital.

Telles sont l'étendue et la richesse de nos forêts d'épinettes, qu’il est difficile, sinon impossible, d'en avoir une Conception adéquate si ce n’est en procédant par comparaison, en démontrant Par exemple ce que sont, au point de vue forestier, les deux régions bien connues du Saguenay et du St-Maurice,

La région du Saguenay comprend 12,000 milles de forêts d'épinettes, celle du St-Maurice en comprend 18,000, total 30,000 milles, Disons qu'il n’y en a que 15,000 milles qui soient actuellement accessibles et pouvant être exploitées avec avantage. Or 15,000 milles carrés à 650 acres par mille, soit 9,600,000 acres à 4 cordes par acre donnent 38,400.000 cordes de bois. L'épinette repoussant

en 50 ans, nous avons une repousse naturelle de 27 par

an, soit 773,000 cordes. De sorte que si ces forêts sont exploitées convenablement et efficacement protégées contre les incendies, nous avons pratiquement dans ces deux seuls petits coins de la province, une source perpétuelle d’approvisionnement pour 800,000 tonnes de pulpe par année, c’est-à-dire 300,000 tonnes pour la consommation locale et 500,000 tonnes pour l'exportation. Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que la richesse presque incommensuratle de nos forêts d'épinettes est une richesse périssable, contrairement à celle de nos mines qui est impérissable. Ainsi les régions du St-Maurice et du Saguenay, prises comme objet de démonstration et qui représentent 38,000,000 cordes de bois, peuvent êire détruites en quelques semaines par le fou ou en quelques années par les insertes. De à, la nécessité absolue de prendre toutes les mesures possibles pour les protéger contre les incendies ; de là aussi la nécessité d'en tirer tout le parti possible en fabriquant autant de pulpe et de papier que nous Pourrons en consommer et dont nous pourrons roi sur les marchés étrangers. Et ces marchés sont tels, nous sommes justifiables de le dire, que nous ne produirons jamais assez Pour satisfaire à la demande.

Tout le monde sait, et cela est admis par les Américains eux-mêmes, que ces bons voisins ont chaque jour davantage besoin de notre bois pour alimenter leurs usines. D'ailleurs, voici ce qu'écrit à ce sujet Gifford Pinchot, chef du domaine forestier des Etats-Unis, dans son rapport de sa visite d'inspection qui a duré six mois, rapport publié en novembre 1907 :

« Dans 20 ans, si la coupe de bois continue à se faire comme actuellement, les forêts des Etats-Unis, tant celles de l'Etat que celles appartenant aux particuliers, seront épuisées. Tout au plus pourront-elles durer encore cinq années additionnelles ».

En jetant ce cri d'alarme, M. Pinchot ajoute que l’on ne saurait exagérer le danger de la situation. Chacun sait aussi que dans un avenir assez rapproché ils seront pratiquement à la merci du Canada pour cette matière première d’une industrie qui prend chaque année plus d'extension. La raison en est que, d’une part leurs forêts d’épinettes accessibles à l’industrie seront bientôt épuisées, d'autre part que leurs forêts vierges sont et seront d'ici à

longtemps tout à fait inaccessibles, Quoi qu'il en soit,

349,000 cordes en 1899, 622,000 1905, 725,000 gs 1906, 850,000 “ 1907,

et aurait été dans cette dernière année de 1,000,000 de cordes si les Compagnies de chemin de fer à aient pu fournir les chars en nombre suffisant pour transporter cette énorme quantité de fret.

D'après le Paper Mill, les Etats-Unis en 1907 ont fabriqué 1,737,216 ‘onnes de pulpe moulue; en cette même année nous ler : avons fourni 850,000 cordes de bois— soit près de 507 de la totalité requise pour faire cette quantité de pulpe. Il est incontestable pour tous ceux qui ne sont pas préjugés, c'est-à-dire pour le commun des mortels, que dans quelques années, la totalité de la pulpe moulue et une bonne part'e de la pulpe chimique, fabriquée aux Etats-Unis, le seront avec du bois venant du Canada ou, pour tout dire, de la province de Québee, à moins que des mesures ne soient prises pour enrayer cette exportation à outrance de notre bois et, obliger nos voisins À transformer ici même en pulpe ou, mieux encore en papier, la matière première que nous leur permettons actuellement de venir chercher en ( ‘anada afin d’alimenter leurs usines.

La situation relative actuelle des deux pays pur rapport à cette question de bois à pulpe et de papier est tout à l'avantage des Américains. (Qu'on en juge plutôt,

Nous leur fournissons la matière première pour 507 de leur pulpe mécanique et 307 de la totalité de leur pulpe mécanique et chimique, par conséquent de leur Papier-journal et papier-livre. Ft ces Messieurs nous font payer des droits de douane de :

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