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SALINES DU MIDI DE LA FRANCE

Une saline se compose d'une série de bassins reliés entre eux par de nombreux canaux qui servent à la circulation de l'eau salée et à l'écoulement des eaux-mères. Ces bassins doivent être étanches ; c'est pourquoi on les recouvre d'une couche d'argile. Cette argile se revêt peu à peu d'une croûte de sel qu'il se faut bien garder d'enlever lorsque Ton fait la récolte du sel.

(1) Pour plus de détails, voir notamment rarticle de M. Luuge, Moniteur scienti/igue QuesneviUe^ 1883, p. Vl^i,

Fréquemment, on recouTre le sol des tables d'un revête- 1 ment végétal nommé f^uir^^ qu'on développe artificiellement \ sous rinfluence d*ejkux douces. Ce feutrage donne de Timperméabilité au sol et permet de recueillir le sel sans mélange avec la terre* mais son entretien parait demander beaucoup de soins.

Les bassins sont mis en communication avec Teau de la mer par l'intermédiaire d'un grand réservoir nommé vasièrCj où elle se claritie. Lorsqu'elle est privée des matières qu'elle tenait en suspension, on la fait couler dans une série de récipients de moindres dimensions où elle se concentre.

Quand sa concentration est telle qu'elle marque 2ô" à Taréomètre de Baume, on la fait arriver dans d'autres bassins peu profonds^ nommés tables salantes où elle dépose du sel.

La figure 8 représente Taspect théorique d^une saline du Midi (proportions non gardées). Les eaux de la mer sont amenées dans un étang où elles se clarifient. Les eaux claires passent lentement et successivement dans une série de bassins rectangulaires B peu profonds nommés partènements extérieurs. Cette circulation peut être produite par simple écoulement, ou par l'emploi de pompes M quand la saline est à un niveau trop élevé. Ces bassins communiquent entre eux. Les eaux, après les avoir parcourus, sont amenées par un canal dans de grands puits p dits « puits des eaux vertes ]». Ace moment^ leur densité qui, primitivement, correspondait à 3°, 5 Baume, doit être équivalente à 20° Baume.

Des machines élévatoires M' envoient ces eaux dans un nouveau canal latéral qui les amène dans une série de bassins d'évaporation de dimensions moindres que les précédents ; on les nomme partènements intérieurs ou chauffoirs intérieurs B'. L'écoulement doit être réglée de telle sorte qu'en arrivant dans le dernier compartiment, nommé pièce maîtresse, les eaux marquent 25** Baume. A ce moment, comme elles ont précisément une concentration

convenable pour déposer le sel qu'elles renferment, on dirige dans de nouveaux puits p'{puiU des eaux en sel) ( les pompes les font passer dans une série de bassins d'i pordtion T encore plus petits que les précédents. Ces 1: sins, qui doivent être soigneusement dressés, sont nomi tables salantes. Au fur et à mesure de l'évaporation, i dépose du sel. Celui qui se rassemble dans les premi( tables est plus pur que celui que l'on recueille dans dernières. Le niveau est maintenu constant grâce à Yiu duction régulière d'eau à 25* Baume.

Le tableau suivant montre la qualité des sels obtenus d une opération continue.

fr* qualité

Sulfate de chaux 1 à 1^

— magnésie 0,2 à 0,3

Chlorare de potassium .... —

— magnésium .... 0,i à 0,4

Matières insolubles traces

Humidité 2à4

Ctilorure de sodium 95 à 98

1'« qualité sel déposé par les eaux de 25 à 27<> » Baume 2« — — 27 à 29 » —

La première qualité est vendue pour la consomma! ior seconde est destinée aux fabriques de produits chimiq la troisième à la salaison de la pèche. Dans cette demi la présence des sels de magnésie facilite la pénétratior sel dans les chairs et contribue à assurer la conserva des produits de pèche.

Dans les dernières tables^ les eaux-mères marquent i 32<» Baume. On les recueille généralement à part dans espace spécial où elles sont exploitées pour l'extraction sels mixtes et des sels d'été.

De 32 à 35" Baume il se dépose le jour une petite propor

2* qualité

tra

EAU DE Lk MER 33

de magnésie à 6 équivalents d'eau, mêlé à du ie sodium. Pendant la nuit, surtout par un temps oncentration étant presque nulle, il se dépose peu ce de sodium et beaucoup de sulfate de magnésie alents d'eau.

laumé il se dépose pendant les nuits froides d u sulnagnésie presque pur et Teau-mère restante ne lus que 33 à 34®. Elle fournit pendant le jour un ie chlorures de sodium et de magnésium, ainsi que Lire et du sulfate de magnésie et aussi du chlorure ium et du sulfate double de potasse et de magnésie cul es d'eau,

quoi, il se produit pendant le jour et la nuit un double de potassium et de magnésium à 6 molécules iiand ce produit prend naissance par une nuit très

entraîne du sulfate de magnésie, î finalement une eau-mère pesant 38* Baume qui est tion de chlorure de magnésium renfermant de peportions de chlorure de sodium et de sulfate de î. On en sépare le chlorure de magnésium en refroia liqueur à 5 ou 6'.

ux-mères restantes sont rejetées à la mer.

mensions adoptées dans le Midi pour les divers bas- ^ en moyenne, les suivantes : '

Hectares Eaux de

sments extérieurs . . . 250 3»,5 à 8° Baume

— intérieura ... 40 8 à 18 —

pièces 8 18 à 25 —

salantes 32 25 à 32 —

léral, on donne aux tables salantes 1/6 de lasuper-

le quand elles sont établies dans un terrain argileux

uand le sol est sablonneux.

es salines du Midi, les vasières sont disposées au-

iu niveau de la mer; elles sont 4rès larges et peu

Afin d*avoir une installation économique, il faut s*attâcl à réaliser, aussi complètement que les circonstances le mettent, les conditions suivantes :

1° N'élever les eaux que quand elles sont aussi concei trées que possible pour économiser du travail mécanique;^

2^ Etablir les tables salantes à un niveau plus élevé que celui de la mer, afin de pouvoir les isoler des eaux de pluie et (les infiltrations des terrains voisins;

3" Placer les tables salantes aussi près que possible du lieu d'expédition.

Dans le but d'éviter le mélange avec les eaux douces, l'exploitation est très souvent entourée d'un fossé circulaire.

Les citernes peuvent nmplir un double but : en premier lieu, on les utilise comme récipients dans lesquels on emmagasine les eaux en cas de pluie persistante ; elles servent, en second lieu, à assurer la régularité du travail.

La distribution des eaux en sel dans les tables salantes se règle par de petites rigoUes transversales nommées ai^wito. Le même dispositif sert à Técoulement des eaux-mères.

Au mois de mai ou de juin, la campagne commence. On vide les tables et on les laisse sécher à l'air, après quoi. Ton y verse de l'eau à 18" Baume et on Ty laisse séjourner pendant quelques jours. On égoutte. on sèche et on passe au rouleau. L'emploi de l'eau à 18' a pour effet de rendre le sol hygrométrique, par suite du dépôt des sels de magnésie. Quant au rouleau, il affermit le sol, lui enlève ses aspérités et le rend de cette façon plus propre au travail que l'on va effectuer.

Les pluies d orage sont susceptibles de faire perdre la récolte. Les petites pluies présentent moins d'inconvénients parce que l'eau de mer étant très dense quand elle est à l'état d'eau en sel, l'eau douce surnage aisément et s'évapore rapidement. 11 est d'ailleurs aisé de la faire écouler par des déversoirs, sans qu'on ait à redouter des pertes notables de sel. Quelques salines travaillent toute Tannée. On ne peut

f EAU DE LA MER 35

Hfepérér dans ce cas obtenir en hiver des eaux en sel, on se «oûtente de faire arriver Teau de mer dans les partènements extérieurs de façon à préparer des eaux marquant de 8 à 12* Baume que Ton emmagasine soigneusement, pour les traiter pendant ia belle saison. On utilise à cet eiTet soit les partènemenis intérieurs, soit des récipients spéciaux. Quelle que soit la nature de ces récipients, qui doivent être étanches, on protège la saumure contre Faction diluante de Teau de pluie, en la recouvrant de roseaux liés entre eux qui flotlent à la surface et ont pour efl'et de briser et de diviser Teau de pluie; par suite, celle-ci surnage la liqueur salée. On l'en sépare au moyen de déversoirs.

L'opération du salinage peut être effectuée par intermittence ou d'une façon continue.

Lorsque l'on adopte la première façon de faire, on alimente chaque table séparément en remplaçant continuellement le liquide évaporé par une addition équivalente deau 9 en sel », c'est-à-dire en état de déposer le chlorure de sodium. Le liquide se concentre de plus en plus sur la table et les sels se déposent. On laisse les choses aller de la sorte jusqu'à ce que la table étant remplie, les eaux-mères aient atteint un degré tel qu'il n'y ait plus intérêt à les traiter. A ce moment, on les rejette directement dans la mer.

Dans la méthode continue, au contraire, un certain nombre de tables communiquent entre elle^ par des déversoirs reliés à la pièce maîtresse, qui représente par conséquent la première table du jeu. Les eaux qui sortent de la pièce maîtresse ont environ 25° Baume ; elles s'écoulent des tables alors que leur densité, variable d'ailleurs, atteint 30, 32 ou 3&> Baume.

L'évaporation étant presque nulle pendant la nuit, on arrête la circulation des eaux. Il se forme ainsi une véritable cristallisation fractionnée. Les salines ne retirent guère qu'environ les deux tiers du sel contenu dans Teau de mer ; 36 mètres cubes d'eau de mer renfermant 1 tonne de sel, il

36 MATIÈRIDS PREMIÈRES NATURELLES

en résulle que, pour avoir 1 tonne de sel, il faut employerlr 54 mètres cubes d'eau qui se réduisent à 6,5 mètres cubes] quand ils sont au point d'être en sel.

Usiglio, à qui l'on doit l'étude de ces phénomènes d'évaporation, a montré que, pour une eau de la Méditerranée pesant 3\5 Baume, les dépôts ne commençaient à s'effectuer que lorsque la densité du liquide correspondait à 7® Baume; *1 Ces dépôts sont différents qualitativement et quantitativement; leur nature dépend du degré de concentration deaj eaux qui leur ont donné naissance.

Le tableau suivant indique le poids et la composition de divers dépôts qui se produisent pendant Tévaporation.

Degré Baume Poids et nature du dépôt par litre d'eau de mer.

( Carbouate de chaux .... 0,672

( Oxyde de fer

f Carbonate de chaux . .

160,75 ) — de magnésie .

( Sulfate de chaux cristallisé

2no,5 Sulfate de chaux cristallisé

0,530 traces 5,600

A 26%25, le volume de Teau de mer est devenu 95/1000 fois moins considérable qu'il ne Tétait primordialement. Le dépôt, composé notamment de sulfate de chaux, renferme aussi du sulfate de magnésie, du chlorure de sodium et du chlorure de magnésium. A !28°,5 il se dépose en même temps du bromure de sodium. Enfin, à 35<* Baume le volume de l'eau de mer n'est plus que les 16/1000 du volume initial.

En somme, lorsque les eaux ont atteint 26^,5 Baume, il s'est déposé par litre :

Sulfate de chaux hydraté 1,466 gr.

Carbonate de chaux 0,117

Oxyde de fer 0,003

ToTAî 1,586 1,586

De 26%5 à 35* Baume, il se dépose :

Chlorure de sodium 27,107 1,586

Sulfate de magnésium 0,624

Sulfate de chaux 0,283

Bromure de sodium 0,222

Chlorure de magnésium 0,153

Total .... 28,389 28,3S9

Total dea sels déposés jusqu'à 35» Baume . 29,975

Le tableau suivant montre la variation de composition due à la concentration :

Composition d'un mètre cube d'eau de mer [Camargue)

Chlorure de sodium

Sulfate de magnésie

Chlorure de magnésiuu..

Sulfate de chaux

Chlorure de potassium . .

Bromure de sodium

Les dépôts s'effectuent régulièrement et dans le même ordre jusqu'à la densité de 35' Baume. Lorsque les eaux ont acquis cette concentration, la température influe beaucoup sur la nature des corps séparés.

On ne procède au levage du sel qu'à la fin de la campagne qui se termine avec la belle saison. Pour cela, ou emploie des pelles plates disposées sur un manche incliné à 0'»>,45 et munies d'un filet de laiton sur les bords. Lespel-

IIxLiiiES — La Sonde. "^

letées sont disposées en tas autour des tables. Là, elles s'égouttent.

Après plusieurs jours d'exposition on ramasse le sel et on en forme des came lies, énormes tas en prismes triangulaires tronqués à leurs extrémités^ dont le volume atteint plusieurs milliers de mètres cubes. Ces camelles se font, soit en transportant le sel à bras d'hommes, dans des paniers, soit en employant des chemins de fer, soit en bateaux.

Le croquis théorique de la page 27, Ogure 8, laisse voir les caneaux c réeervés à cet effet. Le sel, recueilli dans des caisses en bois d'environ 2 mètres cubes, est placé dans le bateau que l'on conduit au pied des camelles ; là une grue à vapeur le déverse à la partie supérieure du tas.

Le tableau ci-contre résume la conduite des opérations d'une saline de la Méditerranée.

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