‹ L'industrie de la teintureChapitre 104 sur 179 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

DE L'ÉCHANTILLONNAGE

Étant donné un échantillon de nuance quelconque , reproduire la nuance de cet échantillon.

Certes, l’énoncé de ce problème est simple; on ne sau rais croire combien la solution en est difficile, non pas qu’elle dépende de considérations transcendantes, mais les exigences à satisfaire sont tellement nombreuses qu’on peut facilement faire fausse route.

Cependant la solution approchée du problème n’offre pas autant de difficultés, et c’est là que s’en tient la pratique; mais nous essaierons de donner une idée delà façon dont on doit comprendre la question en se plaçant à un point de vue plus élevé.

Deux cas peuvent se présenter : ou l’échantillon proposé est de même nature que l’objet à teindre, ou il est de nature différente.

Si l’on se trouve dans le second cas, la latitude est assez grande, car on ne peut espérer donner à la matière à

DK L’ECHANTILLONNAGE

teindre un aspect identique à l'échantillon; on s'en approchera plus ou moins, mais le sens dans lequel on le fera dépend des sensations individuelles, et chacun est guidé en cela par son goût personnel.

Les résultats peuvent être plus ou moins heureux, en les admettant tous également approchés ; mais il est difficile d’approuver les uns ou de condamner les autres autrement qu’en se fondant sur l’habitude du moment et sur l’éducation inconsciente que l’œil de chacun a reçue, du fait même du milieu dans lequel il a vécu.

Il en est tout autrement dans le premier cas, et l'on est en droit d’exiger une identité absolue; on pourrait penser qu’on peut l’obtenir par des moyens différents : il n’en est rien, et si l’on veut prendre le problème dans toute sa rigueur, il faut de toute nécessité reproduire les échantillons par les moyens mêmes qui ont été mis en œuvre pour leur teinture.

11 faudrait donc s’occuper d’abord de rechercher la nature des matières colorantes et des mordants qui ont été employés. La détermination des mordants est généralement facile; mais pour les matières colorantes, leur recherche sur tissu, dans les nuances mélangées, aboutit souvent à une impossibilité pratique L

Supposons cependant ces premières inconnues déterminées ; il reste encore à connaître dans quelles proportions ont été mélangées les matières colorantes et de quelle façon a été effectuée la teinture.

1 Voir pour celte détermination les indications que nous donnons dans le chapitre traitant de l’analyse des matières colorantes dans notre premier volume, Les Matières colorantes et la chimie de la teinture.

DE L’ÉCHANTILLONNAGE

La détermination analytique est, dans ce cas, impossible. Il faut donc procéder synthétiquement et essayer un nombre suffisant de combinaisons entre les mordants et les matières colorantes pour arriver à trouver celle qui a donné naissance à l’échantillon. On conçoit donc que cette recherche puisse être fort laborieuse.

Dans la pratique, on opère d’une autre façon et on a recours à des indices d’un autre ordre.

L’aspect que présente un échantillon, suivant la façon dont on l’examine, peut déjà donner des indications précieuses sur la nature des matières colorantes qui ont été employées.

Pour cela, on considère l’échantillon sous deux incidences différentes, dites au plat et au reflet.

1° Au plat , c’est-à-dire en plaçant l’échantillon horizontalement et en le regardant de haut;

2° Au reflet , en le plaçant horizontalement, à la hauteur de l’œil, entre l’observateur et le point d’où vient la lumière.

Dans le premier cas, la lumière vient à l’œil après avoir été modifiée par la surface teinte, surtout par diffusion.

Dans le second cas, après avoir effleuré la surface, les rayons lumineux arrivent à l’œil après avoir été en partie modifiés par leur passage à travers les fibres qui font saillie sur le corps du tissu et qui sont généralement translucides.

La différence de teinte qu’on observe, suivant ces deux façons de regarder l’échantillon, est souvent considérable, et il n’est pas rare de rencontrer deux échantillons, semblant identiques quand on les regarde d’une façon, différer totalement si on les regarde d’une autre.

DE L'ÉCHANTILLONNAGE

Pour s’assurer de l’identité d aspect de deux échantillons donnés, il faut les disposer de la mémo façon par rapport à l’œil et à la lumière, et s’il s’agit de tissus de même nature, placer les fils de chaîne et les fils de trame dans des orientations parallèlles. Il taut également se rappeler les observations suivantes :

Si deux échantillons légèrement différents sont l'un à côté de Vautre , orientés de nuance de même façon , les différences s' accentuent suivant la ligne de contact.

IV échantillon le plus petit parait le plus clair , un échantillon placé sur un autre semble plus foncé.

L’échantillon étant donc mis dans les mains du contremaître chargé de l’exécution du travail, celui-cile regaide au plat et au reflet et lui fait quelquefois subir plusieurs réactions simples afin de se rendre compte de la façon dont il a été obtenu ou des produits par lesquelles il pourra reproduire des effets analogues.

Il procède ensuite à la teinture d’après ces indications.

11 devra en outre tenir compte de l’effet probable du séchage et de l’apprêt, qui est de porter le plus souvent au gris rouge en enlevant de la fraîcheur aux nuances.

L’influence du jour est considérable et deux échantillons examinés sous un certain jour peuvent semblei identiques, et différer sensiblement si on les considère sous un jour différent.

Le mieux serait de s’astreindre à échantillonner dans des conditions toujours identiques et de disposer pour cela d’une pièce peinte en blanc, dont une paroi, exposée au nord, serait complètement vitrée et ayant devant elle un espace vide suffisamment grand pour être a 1 abri de la

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lumière réfléchie, ou diffusée par une surface trop vivement colorée.

L’échantillonnage se faisant souvent dans les ateliers, il serait bon de les couvrir (comme l’ont fait certains industriels) avec des sheds dont la paroi vitrée serait sensiblement dirigée au nord.

On peut également recommander de se placer au grand air, devant un mur regardant le nord, le soleil à dos et en ayant devant soi un espace libre assez grand.

Ne jamais échantillonner au lever et au coucher du soleil, et laisser à l’œil entre deux échantillonages un repos suffisant pour qu’il puisse reprendre toute sa sensibilité1.

1 Nous recommandons au lecteur, au sujet de la science des couleurs, le travail publié par M. Rosenstiehl dans le Bulletin de la Société industrielle de Kouen de septembre 188?.

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