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Dégraissage de la laine filée

Les échcveaux de laine sont d’abord moches, c’est-à-dire mis en pentes *, tordus et noués, puis on les met à tremper dans une cuve pleine d’eau bouillante en les maintenant sous l’eau à l’aide d’un couvercle ou de bâtons arc-boutés aux côtés de la cuve, qui n’est souvent qu’une barque de teinture, et on les laisse tremper ainsi pendant douze heures.

Après égouttage, ou procède au dégraissage ; le bain qu’on emploie contient environ 1 kilogramme de cristaux de soude et 1 kilogramme de savon pour 150 litres d’eau. On trempe chaque matteau quatre fois dans le bain, en tordant après chaque passage.

On passe ensuite dans un bain de carbonate de soude, monté à raison de 2 kilogrammes de soude pour 100 litres d’eau, et les écheveaux, après deux passages dans ce bain, sont rincés à trois eaux dans une barque ou sur deux mains à la rivière. Pour les laines devant recevoir des teintes foncées on se contente souvent d’un léger passage en carbonate de soude.

On peut également opérer de la façon suivante :

Dans une barque dont les dimensions sont :

L = 3 mètres.

i On appelle ainsi la réunion de plusieurs écheveaux retenus ensemble par une ficelle.

et où l’on traite 32 kilogrammes de laine, mettre pour faire le bain :

Cristaux cle soude . 32 kilogrammes.

Savon vert . 3 kil. 500.

Entrer la laine, lui donner un tour, puis gâcher pendant une heure dans le bain chauffé à 40 ou 50° G. Laver en rivière, puis procéder à la teinture. Pour une seconde passe de 32 kilogrammes et pour les suivantes, on recharge le bain avec 8 kilogrammes cristaux de soude et 2ks,500 savon vert.

On emploie également, pour le dégraissage, un procédé connu sous le nom de 'procédé Schlipper, dans lequel le bain qu’on emploie est composé de la façon suivante :

Pour 100 kilogrammes de laine :

Cristaux de soude . 10 kilogrammes

Oléine . 5 —

Chlorhydrate d’ammoniaque. . . 10 —

chauffés à 35 ou 40°. Le chlorhydrate d’ammoniaque donne, avec le carbonate de soude, du carbonate d’ammoniaque et du chlorure de sodium. Le carbonate d’ammoniaque ainsi formé est l'agent actif du traitement, et son action, moins brutale que celle du carbonate de soude, laisse à la laine toute sa souplesse.

Lorsque les laines, après dégraissage, doivent être conservées quelque temps en magasin avant la teinture, on les fait sécher et on les empaquette soigneusement, sans laisser aucune partie à l’air afin d’éviter les accidents connus sous le nom de frappures d’air, qui se trahissent par une nuance jaunâtre sur la laine non teinte. Ces parties ainsi atteintes sont plus difficiles à teindre que le

DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DES TISSUS DE LAINE 45 reste de l’écheveau qui prend généralement une nuance plus foncée.

Avant la teinture, il faut alors mouiller uniformément la laine par un passage dans un bain de carbonate de soude ou par un bain de son *, et l’on doit, dans ce dernier cas, secouer ensuite énergiquement les écbe veaux afin de détacher les parcelles de son fixées à la laine.

1. Opérations préparatoires. — Bien que la laine ayant servi à la confection de ces tissus ait souvent été dégraissée, il est nécessaire de faire subir au tissu un nouveau dégraissage afin d’enlever des substances étrangères qui ont été ajoutées pour faciliter le travail de la filature et du tissage.

Il ne faut pas que cette opération soit trop énergique afin de laisser intacte la matière grasse qui se trouve à l’intérieur du canal central des fibres et qui leur donne leur souplesse.

Les traitements que subissent les tissus de laine avant d’arriver à l’atelier de teinture sont très variables : chaque usine a sa façon spéciale de travailler, et chaque espèce de tissu demande, pour avoir l’aspect le plus favorable à sa texture, à être travaillée d’une façon spéciale.

Les tissus en arrivant à l’usine doivent être vérifiés et emmagasinés ; nous ne dirons rien de ces opérations que nous avons indiquées pour les tissus de coton.

Le grillage et le drapage s’effectuent également par des moyensAnalogues et les machines employées n’offrent

1 Ebrouageï

4G DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DE LA LAINE que peu de différence avec celles employées pour le coton. Pour le drapage cependant, outre les chardons métalliques on emploie les chardons naturels.

Ils sont enfilés deux par deux sur des broches de fer qu’on fixe à la surface d’un cylindre, en le plaçant perpendiculairement aux génératrices ou légèrement incliné par rapport à cette direction (montage allemand) ; dans ce dernier cas, les axes sont fixés de façon à permettre la rotation des chardons. Le drapage s’effectue soit sur le tissu sec, soit sur le tissu mouillé, suivant les résultats qu’on se propose d’obtenir.

2. Dissolution des encollages. — La dissolution des encollages doit être faite avant toute opération nécessitant l’emploi de la chaleur, sans quoi on se trouverait exposé à rendre insoluble certaines substances entrant dans leur composition, ce qui conduirait plus tard à des nuances mal tranchées et peu franches.

Pour opérer cette dissolution, on passe les pièces au foulard dans un bain d’eau tiède; trois passages sont suffisants dans la plupart des cas.

3. Fixage. — Le fixage s’applique aux pièces qui, pendant les traitements du dégraissage et de la teinture, ne doivent que peu ou point varier de dimensions. On a constaté en effet que, si l’on passe un tissu de laine dans un bain chauffé à l’ébullition en le maintenant fortement tendu, pour qu’il n’y ait pas de variation dans ses dimensions, les traitements extérieurs faits à une température inférieure ou égale n’ont qu’une faible influence sur ses dimensions et ne le feutreront plus que difficilement.

Cette opération du fixage s’effectue à l’aide d’une machine spéciale fonctionnant de la façon suivante :

H^Éiï

Fig. 7. — Machine à fixer les tissus de laine.

Le tissu, tendu par un embarrage et une règle élargis seuse, est enroulé sur un cylindre placé sur une cuve contenant de l’eau bouillante, dans laquelle trempe la partie inférieure. La distance entre l’embarrage et le cylindre doit être faible.

On dispose souvent sur la cuve le nombre de cylindres nécessaires pour permettre quatre enroulages consécutifs.

Machine à fixer , système Blanche, Pierron et Lehaître (fîg. 7). — Cette machine se compose d’une cuve en tôle, divisée en deux compartiments : dans le premier s’opère le désencolage, à l’aide d’un bain chauffé à 453, dans le second se fait le fixage à l’eau bouillante.

Dans chacun d’eux se trouvent six rouleaux destinés à recevoir les tissus et dont les axes sont fixés sur la circonférence de deux roues en fonte calées sur un arbre commun, le tout étant immergé dans le bain.

Quand la machine est en régime, on enroule une pièce dans la cuve de désencollage, tandis qu’une autre passe du premier compartiment dans le second où s’opère le fixage, enfin une troisième pièce sort de l’appareil passe dans un bac d’eau tiède pour se refroidir, est exprimée entre les deux rouleaux d’un foulard et arrive à un mouvement de plieuse.

Lorsqu’on est arrivé à la fin des trois pièces qui marchent ensemble, on fait tourner les roues d’un sixième de tour et on remet trois autres pièces en marche de la même façon, une qui entre dans la machine, une qui passe du désencollage au fixage, et une qui sort de l’appareil.

On fixe quelquefois les étoffes destinées au foulage, lorsque la laine en est très cassante, le foulage est alors plus lent, mais aussi plus régulier.

On emploie aussi pour le fixage une colonne creuse de cuivre, percée de trous nombreux, sur laquelle on enroule la pièce, on fait arriver la vapeur au centre de la colonne et on n’arrête celle-ci que lorsque la pièce est complètement traversée et que la vapeur arrive à l’extérieur.

Ce fixage, étant opéré à une température supérieure à IOO (la vapeur à 5 kilogrammes pourrait donner une température de 158°), est plus énergique que le fixage ordinaire et donne des tissus dont la laine ne se rétrécit pas sensiblement aux opérations ultérieures, mais elle durcit alors légèrement.

4. Dégorgeage. — Pour opérer le dégorgeage, on passe le tissu dans un bain de savon blanc et de carbonate de soude en employant le foulard proprement dit ou divers modèles de foulards suivant la nature du tissu.

Le carbonate de soude saponifie les graisses et le savon aide à l’émulsion des acides gras saponifiés tout en atténuant l’action du carbonate de soude sur le tissu.

On fait ensuite un premier rinçage dans une eau contenant du carbonate de soude qui facilite la dissolution du savon qui imprègne le tissu, on rince ensuite à l’eau ordinaire L

Dans certaines usines on n’emploie pour le dégorgeage que des eaux épurées ; cette mesure est excellente et devrait être générale.

Les machines les plus usitées dans le dégorgeage des

1 II faut éviter avec le plus grand soin de passer un tissu dans l'eau ordinaire en sortant d’un bain de savon, car on obtiendrait, avec les sels de chaux contenus dans l'eau, des savons calcaires, insolubles, qui, se fixant sur le tissu, amèneraient des accidents de teinture auxquels il serait difficile de remédier.

50 DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT 1)E LA LAINE pièces sont : le foulon de dégorgeage, le foulon multiple, la machine à lisser, le métier à enrouler, le petit foulard, le foulard de dégorgeage, le foulard continu, et le foulard dit de Roubaix.

Foulon de dégorgeage. — Au-dessus d’une cuve en bois, contenant le bain, se trouvent deux rouleaux appuyant l’un sur l’autre, dont les axes horizontaux sont situés dans un même plan vertical. Le rouleau supérieur peut se déplacer verticalement, mais il est maintenu en contact avec le rouleau inférieur par des ressorts ou des contrepoids.

Les tissus, disposés en boudins, passent entre ces rouleaux, et le brin formé par chaque pièce est séparé des autres par les dents d’un peigne. En avant se trouve un cylindre d'un diamètre plus petit sur lequel passe le tissu qui est ainsi détaché du rouleau inférieur autour duquel il n’est plus exposé à s’enrouler.

Les pièces, dont les deux extrémités sont cousues ensemble formant ainsi chacune un circuit fermé distinct, circulent dans le bain sous l’action des rouleaux qui les entraînent en les comprimant à leur passage.

Une partie de la solution savonneuse qui les imprègne est ainsi expulsée, et en retombant dans le bain elles peuvent à nouveau se gorger de liquide qui, étant expulsé plus tard, entraînera avec lui une nouvelle portion des impuretés à éliminer.

Le bain doit toujours contenir assez de savon pour être recouvert d’une mousse abondante et dès qu’elle disparaît il faut ajouter du savon préalablement dissous dans l’eau.

ke sayonnage étant terminé, on laisse écouler le bain

DEGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DES TISSUS DE LAINE 51 et on le remplace par une dissolution faible de carbonate de soude dans laquelle on effectue le rinçage.

On termine enfin par un rinçage à l’eau ordinaire.

Foulon multiple (mitrailleuse). — Lorsqu’un grand nombre de pièces doivent subir le même traitement, on emploie des foulons multiples généralement constitués par une grande cuve ayant six à neuf compartiments au-dessus de chacun desquels se trouvent deux cylindres presseurs, et dont un rouleau destiné à guider le tissu occupe le fond.

Toutes les pièces, cousues bout à bout, entrent dans l’appareil à une extrémité, parcourant en spirale le premier compartiment passant alternativement entre les cylindres presseurs et sous le rouleau guide inférieur et vont ensuite après avoir traversé un œil en faïence, dans le compartiment voisin où elles circulent de même. La pièce après avoir passé ainsi dans tous les compartiments sort à l’autre extrémité de la machine.

Les premiers compartiments contiennent un bain chargé de savon et de carbonate de soude, ceux du milieu contiennent du carbonate de soude seul et dans les derniers se fait le rinçage à l’eau froide.

Bien que les traitements du dégraissage soient prévus pour éliminer toutes les substances étrangères dont on a pu enduire les fils pour faciliter le tissage, il peut cependant arriver, dans des cas spéciaux, que leur efficacité ne soit pas suffisante pour nettoyer complètement la fibre. C’est en effet ce qui arrive lorsque les fils de chaîne et de trame ont été recouverts de paraffine. Cette substance, qui appartient à la série des carbones gras de formule Cn ü2n+2, est insoluble dans l’eau et les lessives alcalines

qu’on emploie pour le dégraissage, et on doit, pour l’enlever, recourir à la terre à foulon.

Le traitement à la terre à foulon se fait dans un appareil de grande dimension constitué, quant à la partie mécanique, comme un foulon de dégorgeage; on y rencontre en effet deux cylindres presseurs, un peigne pour séparer les pièces et un petit rouleau pour détacher du cylindre inférieur les brins descendants. Mais le tout est logé dans une vaste caisse en bois, ouverte sur le devant, cette enveloppe ayant la même forme que celle des foulons de foulage.

n y a en outre deux tuyaux en cuivre percés de trous entre lesquels passent les étoffes et destinés à amener l’eau nécessaire au rinçage quand l’opération est terminée.

Les pièces étant en place dans l’appareil, on les mouille avec quelques seaux de bain de terre à foulon, et on laisse tourner le temps nécessaire, on rince ultérieurement et on continue le traitement comme à l’ordinaire.

Il arrive souvent qu’on ne s’aperçoit de la présence de la paraffine que lors du passage à l’apprêt, elle fond sur le cylindre chaud et donne des moirages et des taches brillantes qui trahissent sa présence, on passe alors à la terre à foulon, mais il faut dans ce cas, comme la pièce est teinte, opérer avec beaucoup de précautions et encore arrive-t-il souvent qu’on soit obligé de refaire la teinture.

L’emploi de la benzine serait très indiqué, se dissolvant ainsi que les pétroles légers ne pouvant en aucun cas altérer la teinture si délicate qu’elle soit.

Machine à lisser (lisseuse). — Cette machine est destinée à étendre au large les pièces qui sortent des appareils

DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DES TISSUS DE LAINE 53 sous forme de boudin. Elle se compose de deux rouleaux en cuivre portant chacun deux hélices de sens inverse, partant du milieu du rouleau.

Le tissu, mis en mouvement par deux rouleaux d’appel, passe sur ces cylindres qui le tendent en faisant disparaître les plis.

Tout ce mécanisme est élevé sur une plate-forme portée sur des colonnes ayant 3 mètres de haut.

Un ouvrier guide le tissu à son arrivée devant le rouleau élargisseur; un autre au bas de l’appareil fait tourner la wagonnet qui porte les boudins, afin de faire disparaître la torsion qui existe dans le brin montant. Une plaque tournante sur laquelle on place le wagonnet se trouve pour cela disposée au pied de la colonne. Le tissu, bien étendu au large, passe à sa descente dans un mouvement de plieuse.

Métiers à enrouler . — Ces métiers, destines a faire disparaître les cassures qui ont pu se produire dans le foulard de dégorgeage, sont de deux espèces : ceux qui enroulent sans pression, ce sont les métiers a enrouler proprement dits, et ceux où l’enroulement se fait avec pression, et qu’on désigné plus spécialement sous le nom de petits foulards.

Les premiers sont composés d’une cuve en bois de faible profondeur, mais ayant toute la largeur de la pièce dans laquelle le tissu est guidé par des rouleaux disposés alter nativement en haut et en bas et au nombre de tiois ou quatre.

La tension est réglée par un embarrage 1 à la suite

i L’embarrage se compose d’un cylindre en bois présentant une fente dans laquelle passe la pièce. On le fait encore avec deux

5't DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DE LA LAINE

duquel se trouve une règle élargisseuse devant maintenir le tissu parfaitement tendu. Celui-ci s’enroule à sa sortie sur un axe en bois.

Petit foulard. — Le tissu s’enroule sur un cylindre horizontal et y est appliqué par un rouleau placé au-dessus et pouvant se déplacer verticalement à mesure que l’épaisseur d’étoffe augmente sur le cylindre inférieur.

A l’avant delà cuve en bois placée sous les cylindres se trouve une caisse dans laquelle on dépose le tissu si celui-ci est plié, et un support, pouvant porter un axe en bois si l’étoffe arrive déjà roulée.

Le tissu plonge dans le bain de la cuve qu’on chauffe à la température nécessaire pour le traitement qu’on désire effectuer, y est maintenu par un rouleau placé à la partie inférieure et s’enroule ensuite sur le cylindre du foulard.

Cet enroulage étant fini, on débraye la machine et on place à l’avant et en dehors de la machine, sur un support spécial, un rouleau en bois d’un diamètre de 8 centimètres environ, dont une des extrémités est disposée de telle sorte, qu’on puisse l’embrayer avec une commande convenablement disposée. On enroule la pièce sur cet axe et on fixe l’extrémité avec des épingles de cuivre.

Deux ouvriers sont nécessaires pour la conduite de cette machine. Ils se placent de chaque côté de la pièce, veillent à ce qu’aucun pli ne se forme et régularisent la position des lisières.

Foulard de dègorgeage (fig. 8). — Le foulard est employé pour le dègorgeage quand on veut opérer au large.

barres de 1er entre lesquelles on engage la pièce; une roue à rochet, placée à l’extrémité de l’un ou l’aulre appareil, permet de régler la tension.

DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DES TISSUS DE LAINE 55 L’appareil est semblable au foulard à enrouler, à cela près que le rouleau supérieur est fortement appuyé sur le

cylindre inférieur par des vis de ressort ou des leviers chargés de contrepoids.

Le tissu ne s’enroule pas non plus sur le cylindre infé-

Fig. 8. — Foulard de dégorgeage.

Fig. 9. — Foulard continu

rieur, on le fait simplement passer entre les rouleaux et à la suite on le plie ou on l’enroule, suivant les circonstances.

Foulard de Roubaix et foulard continu. — Pour pouvoir passer successivement une pièce dans plusieurs bains, on place plusieurs appareils à la suite les uns des autres et le tissu passe directement de l’un à l’autre.

Ges appareils portent les noms de foulard de Roubaix et foulard continu , et varient légèrement dans leur construction et leur mode d’emploi, mais les distinctions qu’on peut faire entre eux reposent sur des données que seule une large pratique peut permettre de saisir.

La figure 9 représente le premier élément d’un foulard continu; à la suite se trouvent disposés un ou plu sieurs foulards où passe le tissu avant de s’enrouler à la sortie de la machine.

5. Foulage. — Dans le foulage, on se propose d’augmenter l’épaisseur du tissu en diminuant ses autres dimensions, dans un rapport indiqué par le fabricant. En môme temps, les fils de la surface s’entrecroisent, se mêlent, de façon à cacher plus ou moins complètement le corps du tissu.

Les étoiles foulées sont ou des étoiles écrues ou des étoffes teintes et, dans ce dernier cas, pour les étoffes teintes dites nouveautés, par exemple, il peut comporter des fils teints de nuances différentes.

Pour les écrues, on peut employer un savon suffisamment alcalin pour feutrer rapidement; mais pour les étoffes teintes, il faut avoir soin de n’employer que des

58 DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DE LA LAINE savons parfaitement neutres afin de dégrader les nuances le moins possible.

Dans certains cas même, on se contente de fouler à l’eau ou avec un peu de terre à fouler, et ceci surtout pour les genres nouveautés.

On effectuait autrefois le foulage dans des piles à maillet qui donnaient un travail rapide, mais peu satisfaisant. Les nouvelles machines construites à cet effet donnent un travail plus lent, mais plus régulier; cependant l’étoffe y est plus fatiguée.

Pour faire le foulage, on humecte la pjèce avec une eau suffisamment savonneuse (environ 30 kilogrammes pour 100 litres d’eau) à laquelle on ajoute (pour les écrues) une certaine quantité de carbonate de soude.

Si l’on veut simplement faire rentrer le tissu sans trop feutrer la surface et laisser le grain aussi apparent que possible, on met beaucoup d’eau de savon ; si l’on veut au contraire, une surface très feutrée, on n’en met que juste la quantité nécessaire pour imbiber la pièce.

Machine à fouler , foulard ou fouleuse . — Les machines à fouler usitées aujourd’hui sont munies d’organes spéciaux pour le foulage en long et le foulage en travers (fig. 10).

Les organes de la machine sont enfermés dans une caisse en bois avec armature de fonte.

Le tissu, disposé en boudin, passe d’abord entre deux mâchoires verticales dont on peut à tolonté diminuer la distance et qui servent à produire le foulage en travers. Le foulage en long est obtenu par l’action de deux roues entre lesquelles passe le tissu et qui le refoulent entre

deux mâchoires horizontales, l’une inférieure, fixe, l’autre supérieure, mobile, et le forcent à se froncer.

F(«- 10. — Machine à fouler,

La roue et la mâchoire inférieures sont munies de joues

pour empêcher le tissu de s’échapper latéralement.

Des contrepoids ou des ressorts agissent sur l’axe de

Fia. il. — Compteur automatique pour mesurer le drap au cours du foulage.

la roue supérieure et sur la mâchoire mobile. On règle convenablement leur action, suivant le tissu à traiter.

Les bouts de la pièce doivent être soigneusement cousus et il vaut mieux les surfiler que de faire une couture

à plat; les extrémités doivent être bien arrêtées et le point ne doit pas avoir plus de 2 centimètres de large. Pour vérifier la marche du travail, on mesure de temps

' Fig. 12. Compteur automatique pour mesurer les étoffes légères

au cours du foulage.

à autre la largeur de la pièce, mais pour éviter de métrer toute la pièce, on se contente souvent d’en mesurer une partie comprise entre deux points de repère.

Tassart, Teintuie 4

Le foulage s’exprime en pour 100, évalués comme dans l’escompte en dehors, c’est-à-dire qu’une pièce foulée à 11 pour 100 doit donner 100 centimètres pour une longueur primitive de 111 centimètres.

On peut aussi mesurer la longueur d’une pièce au cours du foulage en appliquant un compteur sur le tissu (fig. 11 et 12). On note le point de départ en liant un cordon autour de la pièce, puis on met la machine en marche, l’aiguille du compteur marquant 0. Quand le drap revient à son point de départ, on arrête la fouleuse et on lit sur le cadran la longueur exacte de la pièce.

Les pièces sortant du foulage sont rincées énergiquement, d’abord au carbonate de soude, puis à l’eau pure.

G. Épaillage. — La laine, tout en ayant été nettoyée aussi bien que possible, donne souvent des tissus qui contiennent des pailles qu’on a soin d’enlever à la main afin de rendre au tissu un aspect satisfaisant.

Mais lorsque les laines sont trop sales, le nettoyage préalable est complètement insuffisant et donne un tissu chargé d’une telle quantité de débris qu’il est impossible de penser à les enlever à la main. Aussi pendant longtemps n’a-t-on pu utiliser ces laines, bien qu’elles eussent souvent une qualité satisfaisante.

L’ épaillage chimique est venu combler cette lacune \ dans ce traitement, on imprègne le tissu d’une solution acide (acide sulfurique ou chlorhydrique) ; on le fait ensuite passer dans une étuve chauffée à 120° environ * où l’eau s’évapore et où l’acide désagrège les parties végétales en agissant sur la cellulose qui les constitue; il suffit alors de fouler à sec pour détacher tous les débris.

L’appareil où l’on passe les étoffes en acide se compose

d’une cuve en bois doublée de plomb au-dessus de laquelle se trouvent deux rouleaux. Le tissu, roulé en boudin, parcourt la cuve en spirale en passant entre les deux rouleaux et l’excédent de liquide dont il est imprégné est exprimé par deux petits rouleaux entre lesquels passe le brin sortant, et revient dans la cuve.

L’étuve est constituée par une simple chambre cà parcours où le tissu circule, guidé par des rouleaux. L’air y arrive chassé par un ventilateur et traverse un appareil tubulaire chauffé à la vapeur.

Le blanchiment s’opère de la même façon pour la laine brute, la laine filee et les tissus ; aussi ne décrirons— nous que les traitements qu on fait subir à ces derniers.

Les pièces sont etendues, mouillées, dans des chambres spéciales (dites chambres a soufrer) où on les supporte par des barres en verre. Lorsque la chambre est complètement garnie, on bouche toutes les ouvertures et on allume, à 1 aide de petites trappes, le soufre disposé à l’intérieur.

Dès que le soufre s’est combiné à la totalité de l’oxygène de la chambre, il s’éteint de lui-même; la chambre se trouve alors remplie de la quantité d’acide sulfureux équivalente à l’oxygène de l’air qui y était primitivement contenu. Gomme l’acide sulfureux occupe le même volume que l’oxygène qu’il contient, il n’y a pas de variation sensible de pression, la chaleur due à la combustion ne s’étant produite que peu à peu et ayant été en grande partie absorbée par les parois.

Il serait à désirer que. au lieu de placer le soufre dans l’intérieur de la pièce, dans des bassins ou dans des cuves de maçonnerie, on disposât cet appareil au dehors, en amenant les gaz dans la chambre par des conduits suffisamment longs pour que les gaz arrivassent froids et que les vapeurs de soufre eussent le temps de se déposer. On éviterait ainsi les coups de soufre, c’est-à-dire la condensation de ces vapeurs sur les tissus, ce qui conduit souvent à des accidents de teinture, si les tissus qu’on blanchit sont destinés à recevoir des nuances claires.

Il est bien entendu que les prises d’air des appareils de combustion devraient être faites dans la chambre même.

On laisse généralement les pièces dans le soufroir du jour au lendemain, on les tire alors du séchoir, on les lave et on les rentre en attendant l’azurage ou la teinture.

Pour les blancs ordinaires, on se contente d’un seul passage; pour les blancs plus parfaits, on fait jusqu’à trois soufrages entre lesquels les pièces sont passées à l’eau puis dans un bain de carbonate de soude, puis enfin rincées.

Pour les tissus qu’on doit teindre en blanc, on donne un léger azurage au carmin d’indigo et au violet, afin de masquer le teint jaune que conserve toujours la laine, en dépit des soufrages les plus nombreux.

Souvent même on se contente de ce dernier traitement en supprimant le soufrage ; on s’aperçoit facilement de cette fraude : il suffit en effet de passer la laine dans un bain de carbonate de soude chaud pour voir immédiatement apparaître la teinte jaune qui n’était que masquée par l’azurage.

D’autres modes de blanchiment ont été essavés, notam-

TRAITEMENTS DES TISSUS AVANT LA TEINTURE 65 ment ceux à l’eau oxygénée au bisulfite de soude rendu plus ou moins acide, mais les bleus ainsi obtenus sont moins beaux que par le soufrage.

Il est cependant commode d’avoir dans une teinturerie une cuve au bisulfite pour les blancs destinés aux nuances claires quand on n’en fait pas d’une façon suivie. On évite ainsi la manipulation compliquée du blanchiment par soufrage et les blancs obtenus sont très suffisants pour cet usage.

On a eu récemment l’idée de rendre le fonctionnement des soufroirs continu : à cet effet on fait circuler le tissu des rouleaux placés à l’intérieur de la chambre, le tissu entre dans la chambre qu’il parcourt en montant et descendant alternativement et sort lorsqu’il a été exposé suffisamment longtemps à l’action de l’acide sulfureux; un système spécial d’obturateurs empêche la sortie de l’acide sulfureux par les ouvertures qui laissent passer le tissu.

5. Exemples des traitements qu'ont a subir diverses sortes de tissus avant la teinture

Cachemires ordinaires pour noirs.

1° Grillage ou drapage,

2° Fixage,

3° Teinture.

Mérinos et cachemires pour noirs soignés.

1° Grillage ou drapage,

2° Fixage,

3° Dégorgeage,

4° Passage à la machine à enrouler.

Laisser égoutter douze heures en retournant bout pour

bout après six heures pour que les lisières soient également mouillées.

Drap léger à épailler et à fouler.

1° Dégorger au foulon de dégorgeage.

2° Passer au foulon multiple dit mitrailleur, pour faire le passage au carbonate de soude et le rinçage (cela parce que les pièces à épailler sont souvent très sales et ont besoin d’un dégorgeage énergique).

3° Passer une seconde fois au même appareil ;

4° Passer à la machine à lisser;

5° Essorer ;

6° Epailler ;

7° Désacidifier à la mitrailleuse les premiers compartiments contenant du carbonate de soude, les derniers l’eau du rinçage ;

8° Passer à la lisseuse ;

9° Foulonner.

10° Rincer au foulon multiple;

11° Passer à la lisseuse ;

12° Passer au petit foulard à enrouler.

Traitement pour une qualité supérieure (d’après Grison 1).

1° Laver à l’eau tiède à 30° au foulon, rincer, lisser au large, essorer;

2° Sécher à l’étendage ou à la chambre chaude.

3° Tordre pour les nuances claires, griller pour les nuances foncées ;

4° Lisser, passer au métier à enrouler.

Mettre les roules dans la cuve à ébrouir, arrêter le

* La Teinture au xixe siècle , t, I, p. 28.

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