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CHAPITRE IV

Décreusage. — Le décreusage qui précède toujours, pour la soie filée ou tissée, les opérations de la teinture ou du blanchiment sert à éliminer tout ou partie des substances étrangères à la fibroïne.

Mais, avant ce traitement, le moulinage ou nettoyage mécanique, qui se fait concurremment au retordage, a déjà débarrassé le fils des impuretés, telles que matières terreuses, pailles, etc., qu’il peut contenir.

Les tissus sont de plus soumis au grillage, s’il y lieu ; les machines employées sont semblables à celles que nous avons décrites précédemment, quoique des modèles spéciaux aient été créés pour cet effet et en particulier pour le traitement des rubans de soie.

Le dècreusage , pour les soies de belle qualité, comprend deux opérations, le dégommage et la cuite; pour les qualités ordinaires on se contente d’un traitement à la soude caustique. La perte de poids subie par la soie dans ces traitements, varie de 25 à 40 pour 100, on peut

même l’abaisser à 12 pour 100 en la traitant d’une façon particulière réservée à des soies de qualités secondaires.

Les agents 'employés doivent être peu actifs afin de ne pas altérer le brillant qui fait la beauté et le prix de la fibre, et le savon même neutre n’étant pas sans action sur la soie, on doit l’employer avec ménagements.

On emploie pour le dégommage 30 pour 100 de savon, la durée du traitement est de 10 à 15 minutes, la température du bain ne devant pas dépasser 90 à 95° . Pratiquement on porte le bain au bouilloir 1 et on arrête l’ébullition au moment d’entrer la soie.

La soie, disposée en écheveau, est placée sur des bâtons dont les extrémité reposent sur la cuve et l’on manœuvre ces écheveaux à la façon ordinaire, en y apportant cependant plus de soin que pour la laine et le coton, afin d’éviter de mêler ou de casser les fils.

Pour le traitement des tissus, on emploie des barques munies de tourniquets, et on passe la pièce au large dans le bain 8. La pièce se dévide d’un des tourniquets pour s’enrouler sur l’autre, en passant dans son parcours entre les deux tourniquets devant un cylindre élargisseur à mouvement réversible et dans le bain de teinture.

Dans certaines usines, on se contente de placer les pièces roulées dans le bain. Le traitement fait ainsi demande moins de place et de matériel, mais il a le désagrément de fatiguer beaucoup les lisières et de ne pas atteindre également toutes les portions de la pièce.

1 II faut se rappeler qu'un bain, porté au bouilloir à 1 aide d un barbotteur, dépasse rarement 95 à 98° C.

2 Tous les traitements des tissus de soie doivent être faits au large en donnant même une légère tension afin d'éviter les cas¬

sures.

La cuite, qui termine le dècreusage, doit enlever les dernières portions de matières cireuses qui ont échappé au traitement précédent; elle s’opère en passant la soie dans un bain contenant 15 pour 100 de savon et en maintenant le bouillon pendant toute l’opération; s’il s’agit de soie filée, il faut la mettre dans des sacs afin d’éviter l’emmêlage et les cassures des fils.

Le chauffage ne doit pas se faire au barbotteur, afin d’éviter les accidents connus sous le nom de coup de vapeur et qui se traduisent ultérieurement par des inégalités de teinture. On chauffera donc soit à feu nu, soit avec un double fond à vapeur.

On termine par un lavage à l’eau courante suivi d’un passage à l’acide sulfurique faible destiné à rendre à la soie le craquant qu’elle avait perdu par le décreusage, et on lave enfin à l’eau chaude, puis à l’eau froide.

Blanchiment. — Les agents employés sont Y acide sulfureux gazeux , le bisulfite de soude et Veau oxygénée. Cette dernière s’emploie de plus en plus, mais le traitement à l’acide sulfureux est encore le plus répandu.

Les chambres de soufrage sont construites de la même façon que pour letraitementdes laines, mais il faut ici avoir soin d’éviter l’accès de l’air après le soufrage, car l’acide sulfurique pouvant prendre naissance par oxydation de l’acide sulfureux, altérerait profondément la fibre.

Souvent le soufrage se fait entre le dégommage et la cuite; lorsque le soufrage a été fait après le décreusage, il faut avoir soin de laver la soie à fond afin d’éliminer l’acide sulfureux aussi complètement que possible. Lorsque le blanc obtenu par un premier soufrage n’est pas suffisant, ou en fait un second identique au premier.

L’azurage de la soie se fait au carmin d’indigo, à la cochenille ammoniacale ou au violet acide ; on le fait en passant à froid la soie à azurer dans un bain suffisamment dilué de ces matières colorantes.

Charge. — On estdans l’habitude d’augmenter artificiellement le poids de la soie par des procédés connus sous le nom de charge et qui peuvent produire des accroissements de poids allant jusqu’à 100 pour 100 du poids primitif.

Pour les nuances claires, on se sert le plus souvent du sucre, et le tannin, pour les nuances moyennes et les tons foncés, est d’un usage courant.

On réalise la charge des soies en laissant macérer les fils dans des bains très concentrés de sucre et de tannin, et, lorsqu’on doit teindre en nuances foncées, on passe, après le bain de tannin, dans un bain de pyrolignite de fer, en répétant ces opérations successives autant de fois qu’il est nécessaire pour augmenter le poids de la soie dans la proportion voulue, ce qu’on appelle faire du dessus en dessus.

Les procédés de décreusage que nous avons indiqués font perdre à la fibre 26 pour 100 de son poids et ne s’appliquent qu’aux soies de belle qualité; pour les soies ordinaires, on emploie des traitements connus sous le nom de demi^cuite.

On traite alors les fils ou les tissus par un bain de soude caustique à 12 pour 100, en laissant bouillir de tingt à quarante minutes, mais ce traitement donne à la soie un aspect terne et diminue notablement sa solidité.

Blanchiment à Veau régale. — Ce traitement qui n’occasionne qu’une perte de poids de 15 pour 100 est assez répandu.

On passe la soie dans un bain d’eau régale à 15° B., chauffé à 35° G. L’eau régale est obtenue par le mélange d’une partie d’acide nitrique et quatre parties d’acide chlorhydrique.

Le traitement à l’eau régale est précédé d’un savonnage à 1 pour 100 de savon.

La soie ainsi traitée prend une teinte jaune très accentuée qu’on fait disparaître par un lavage et un soufrage ultérieurs ; mais il faut pour cela que le traitement primitif n’ait pas été trop prolongé, sans quoi on ne pourrait arriver faire à disparaître complètement cette teinte jaune.

Beaumé avait proposé l’emploi d’une solution alcoolique d’acide chlorhydrique, mais cette méthode a dû être abandonnée à cause de son prix élevé, malgré les résultats satisfaisants qu’avait donnés son application.

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