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Pour le seul département de Saone-el Loire

■t. En Normandie, Bretagne et Anjou, principalement.

beaucoup d'entre elles ont fait souche dans la ville et les villages des environs. On a pu y former un noyau important de métallurgistes qui apprennent, à leur tour, leur métier à leurs enfants et fournissent une maind'œuvre experte et nombreuse. Le Nord profite, en plus, du voisinage de la Belgique qui, grâce à l'accroissement automatique de sa population, fournit l'appoint nécessaire. Certaines usines, situées à quelques kilomètres de la frontière, reçoivent des quantités d'ouvriers belges qui font le déplacement journalier, facilité par les tarifs très réduits des compagnies de chemins de fer. Enfin l'accroissement de la main-d'œuvre a été beaucoup moins rapide dans le Centre (13 631 en 1873 contre 25 629 en 1913), et dans le Xord (7 322 et 30 785) que dans l'Est.

En Meurthe-et-Moselle, la découverte du bassin minier et l'exploitation des brevets Thomas et Gilchrist ont décidé d'un courant d'émigration humaine, tel qu'on le constate, à une échelle plus forte dans les champs aurifères de l'Australie et de l'Alaska. Dans ce département, le recrutement d'une main-d'œuvre nombreuse était d'autant plus pénible que le traité de Francfort a fait passer, en Lorraine désannexée, la presque totalité des ouvriers des forges et des mines. Au moment du besoin, la métallurgie s'est trouvée fort dépourvue.

Dans le département, l'industrie du fer occupait, en 1881, 5 500 ouvriers; en 1913, l'effectif s'éleva à 28 878 : il a quintuplé. Dans le même temps, le nombre d'ouvriers de mines est passé de 2 400 à 17 336, soit une augmentation de 720 p. 100. En 30 ans, il a fallu trouver plus de 38 000 ouvriers. C'est surtout par le fait de l'essor métallurgique que le département de Meurthe-et-Moselle a vu sauter sa population de 419 000 âmes en 1881 à 530 000 âmes en 1911.

L'inflation de la population est une conséquence géographique de l'exploitation minière et de l'industrie du fer. A un degré moindre, parce que les facteurs sont de moindre valeur, il est très nettement perceptible dans la campagne de Caen, où la fonction métallurgique se substitue à la fonction agricole.

Le personnel est difficile à recruter sur place. De même que les capitaux français ont été longtemps rebelles aux placements industriels, de même la maind'œuvre nationale éprouve souvent une certaine répulsion pour tout travail en dehors de la terre. Si l'industrie du fer a pu recruter des ouvriers pour les carrières, les minières et même jadis, pour les mines quand les travaux s'éloignaient peu des affleurements, c'est que le villageois y troiivait une certaine analogie avec le ménage des champs. Le mineur était mineur par accident et temporairement. Mais l'étape était plus rude à franchir pour passer à l'atelier. L'ouvrier agricole, jaloux de sa liberté, est rél'ractaire à l'effort industriel, au labeur contrôlé, à la discipline nécessaire à toute usine. En Lorraine, où la terre est parfois ingrate, certains se laissèrent tenter; mais dans les campagnes plantureuses, comme en Normandie, en pays d'herbage principalement où la vie est facile pour l'homme, peu de paysans consentirent à changer leur mode d'existence. Les ressources en main-d'œuvre furent rapidement épuisées.

Dans l'enquête agricole, publiée par le ministère de l'Agriculture en 1912, aucun professeur départemental ne signale, à de rares exceptions près, que les journaliers et les ouvriers agricoles s'embauchent dans les mines, même pendant l'hiver. Dans la plupart des entreprises métallurgiques, il fallut importer la maind'œuvre, comme on importait le coke pour les hauts fourneaux, la houille pour les machines.

Le recrutement national ne donna pas toute satisfaction. A moins qu'il ne se dirige sur une grande ville, l'ouvrier français n'émigre pas volontiers sur un autre point du territoire. Les différences de climat, d'habitation, de boisson surtout sont des obstacles que ne peuvent surmonter la gratuité du voyage, l'augmentation des salaires, la modicité du loyer : l'ouvrier français ne peut se résoudre à changer son genre de vie. Les mineurs du Gard, de l'Aveyron, de la Loire, transportés après l'épuisement de certaines mines du Centre dans le Pas-de-Calais et dans le Calvados n'ont pu s'habituer au cidre, ni à la bière : ils ont regagné, à leur frais, le pays d'origine. Une même tentative pour importer en Normandie et en Bretagne des ouvriers du Pas-de-Calais a obtenu les mêmes résultats. Les Bretons paraissent mieux disposés à se fixer loin de leur village. Les mines normandes ont recueilli les mineurs et les carriers d'Ille-et- Vilaine. Us arrivent par bandes entières, du même pays, recteur en tête et finissent par s'industrialiser pour peu qu'on ne bouleverse pas leurs habitudes. C'est là une exception. Les mineurs et les métallurgistes du Nord transplantés, pendant la guerre, dans les usines et les mines de la plaine de Caen, attendent avec impatience la reconstruction des cités ouvrières, la réouverture des chantiers et des ateliers. L'allumage d'un haut fourneau, la mise en marche d'une aciérie autour de Valenciennes et de Lille, décident les départs dans le personnel de l'industrie normande.

Cependant, pour compléter les effectifs, il a fallu faire appel au prolétariat étranger. Dans les Pyrénées, on a eu recours aux Espagnols; en Normandie et en Bretagne, on a engagé des Belges, des Polonais, des Croates, qui n'ont pas donné toute satisfaction. Les Marocains fournissent un meilleur rendement : ce sont

d'habiles mineurs; les sociétés algériennes les emploient volontiers, mais rien ne peut les retenir quand ds ont amassé le pécule qu'ils se sont fixé. Dans le Calvados où la fonction urbaine naissait à peine, cette invasion subite a attiré l'attention des Pouvoirs publics. Interpellé devant les Chambres, le Ministère a fait connaître que les trois départements miniers de la Normandie, le Calvados, l'Orne, la Manche, avaient occupé, en 1912, 583 étrangers, soit 27 p. 100 de l'effectif, et qu'il fallait prévoir pour l'avenir des chiffres plus forts.

Cependant, avant guerre, l'émigration était beaucoup plus forte en Lorraine. Au recensement de 1911, Meurthe et-Moselle comptait 81 519 étrangers sur une population totale de 484 722 âmes, soit 17 p. 100 du total. Le seul arrondissement de Briey possédait 57 098 étrangers sur un ensemble de 100 525 habitants, soit 55 p. 100 du chiffre global. Dix -huit nationalités, en dehors de la nôtre s'y trouvaient représentées. « C'est là, écrit M. Laffitte, une petite Europe dans la grande. » Bien que l'agriculture fît appel également à la main-d'œuvre étrangère, l'industrie du fer était l'origine et la raison de cette émigration.

Les Italiens formaient la grande majorité des ouvriers étrangers. Ils sont les plus adroits comme manœuvres et relativement stables. Les maîtres de forges français subventionnaient un organisme régulier pour les recruter en Lombardie et en Piémont. On comptait, en outre, dans le bassin de Longwy principalement, un certain nombre de Belges. Les facilités de la circulation par fer leur permettaient de retourner dans leur famille à la fin de chaque semaine, et même à la fin de chaque journée. Les usines occupaient, en moyenne, 15 p. 100 d'étrangers parmi leur personnel. Comme le montre le tableau ci-dessous, emprunté à l'étude du Comité des Forges, la proportion était plus forte dans les mines.

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Ces effectifs nouveaux, toujours en voie de croissance, ont modifié profondément la répartition des populations. Des villes mortes se sont réveillées de leur torpeur. Des hameaux, des villages entiers ont surgi en plein champ. Dans certaines régions, le mouvement a été gradué : la population du Creusot par exemple, est passée progressivement de 1 500 habitants en 1785 à 30 584 en 1911. Mais ailleurs l'évolution du phénomène a été plus brutale. « Il n'est pas nécessaire, écrit M. Robert Pinot, de citer sans cesse les exemples de l'Amérique et de la Westphalie pour montrer comment une région peut tout d'un coup se développer. A telle ville du Far-West américain, on peut comparer les agglomérations de Jeuf, d'Honiécourt et d'Auboué... qui comptent plus de 30 000 habitants, là où il n'y avait, il y a quelques années, que quelques maisons de cultivateurs groupés autour d'un clocher. »

De nos jours, l'exploitation minière, les hauts fourneaux, les aciéries transforment pareillement la vdle et la campagne de Caen.

Le programme de l'exploitation des concessions de Soumont et de Perrières, comportait une extraction annuelle de 2 millions détonnes. En prenant une moyenne de 2 tonnes de minerai par jour ouvrable et par mineur, cette production exige un effectif de 3 300 ouvriers au fond et 2 200 à la surface (avec la proportion, généralement admise, de 40 p. 100 du total, pour cette dernière catégorie) : soit dans l'ensemble 5 500 ouvriers; avec leur famille 16 000 âmes environ; 20 000 si l'on tient compte des différents corps de métier et du petit commerce, attirés par l'agglomération. Mais depuis 1920, ce seul bassin compte 10 concessions instituées. Si l'on estime, et l'on sera très modeste, que ces mines, en plein rendement, livrent deux fois autant que le groupe Souinont-Perrières, soit au total pour tout le bassin

6 millions de tonnes, ce serait un effectif de 60 000 âmes qui viendraient renforcer la population régionale. Or, en 1901, avant l'ouverture du premier chantier, elle comptait seidement 26 000 habitants pour les cantons de Bretteville, de Morteaux-Coulibeuf, de Falaise-Nord qui englobent les gisements. L'augmentation serait donc de 131 p. 100. La main-d'œuvre minière débordera les cadres agricoles du pays.

Pareillement, la vieille ville de Caen n'a pu rester indifférente, malgré sa mauvaise volonté, à l'établissement de hauts fourneaux, à Colombelles, dans son voisinage immédiat. Quand ils seront en plein rendement, ils occuperont 7 000 ouvriers : soit un renforcement de 20 000 âmes avec les familles, de 25 000 avec les habitants indirectement intéressés au travail de l'usine. Or le recensement de 1911 attribuait aux cantons de Caen, qui comprennent la ville et les communes limitrophes où s'est installée l'industrie du fer, 50 919 âmes. En 1921, la population, malgré les pertes de la guerre, avait augmenté; elle atteignait 61 650 âmes; soit une augmentation de 21 p. 100. Cependant l'usine n'a allumé que 2 hauts fourneaux sur les 6 prévus ; et les industries connexes qui en vivent, telles que les chantiers de construction navale, ont à peine ouvert leurs ateliers. Dans un avenir prochain, la ville de Caen est destinée à vivre dans la dépendance étroite de l'industrie.

L'arrivée subite d'effectifs aussi importants dans les petites communes, et même dans les petites villes, devait y apporter de graves perturbations. Les bases de l'existence se trouvaient profondément modifiées. Les conditions géographiques de l'abri et de l'alimentation étaient bouleversées. Un problème se posait, plus grave encore que celui du recrutement du personnel, celui de le retenir autour de la mine ou du fourneau.

M. Vidal de laBlache, en étudiant l'émigration italienne dans le bassin de Briey, a justement remarqué que l'infériorité de la population féminine (2 491 femmes contre 17 381 hommes) était l'indice d'un état particulièrement instable. Pour stabiliser la main-d'œuvre, il fallait créer des organismes nouveaux.

La hausse des salaires ne suffisait pas pour contrebalancer la hausse de la vie, car les paysans et les petits commerçants des villages envahis abusaient sans vergogne de la situation pour augmenter le tarif des denrées et le prix des loyers. Les premiers efforts des sociétés portèrent sur les vivres. Elles conclurent des contrats avec les boulangers, les bouchers, les épiciers, les mareyeurs; elles établirent des coopératives de consommation.

Semblableinent, il a été reconnu indispensable d'assurer le logement de la plus grande partie du personnel. La dispersion et le petit nombre des habitations dans les communes agricoles était un obstacle à la concentration de la main-d'œuvre autour des chantiers. De là la construction de maisons où logent un ou plusieurs ménages, pour un loyer excessivement réduit, qui ne dépasse pas 4 p. 100 du capital investi. Pour un prix également modique, les locataires peuvent avoir la jouissance d'un petit jardin qui leur rappelle la fonction agricole de leurs ancêtres.

Le groupement de ces maisons constitue des cités ouvrières qui deviennent de petites villes, pourvues de tous les organismes des grandes agglomérations : hôpitaux, crèches, écoles, églises, salles des fêtes, théâtres,, établissements de bains, etc. D'autre part, la contribution patronale prend une forme moins apparente, mais non moins lourde, dans l'entretien des caisses de secours, des caisses de retraite, dans les sociétés d'assistance qui assurent les allocations nécessaires aux..

victimes des accidents du travail, aux familles dont le père, le mari, ou les fils sont appelés au service militaire ou pour une période d'exercice. Enfin, d'après la loi du 9 septembre 1919, les sociétés nouvelles seront tenues de payer aux ouvriers, sur les bénéfices de l'entreprise, une part qui sera proportionnelle aux années qu'ils auront passées sur les chantiers ou dans les mines.

Ces efforts pour stabiliser la main-d'œuvre, commençaient à porter leurs fruits quand la guerre a reculé la solution définitive. Malgré la hausse des salaires, la main-d'œuvre fait toujours défaut. Ce déficit est une des raisons, et non la moindre, qui retardera la production des forts tonnages, seuls rémunérateurs pour l'industrie.

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