IV. — LA MAIN-D'ŒUVRE
Aux siècles précédents, le recrutement de la maind'œuvre n'avait jamais inquiété les maîtres de forges. La population du plat pays, par ailleurs occupée aux champs, suffisait amplement au service de la mine et du fourneau. L'effectif du personnel de ces petites industries n'était point nombreux. Longuyon, par exemple, produisait 340 tonnes de métal par an avec un haut fourneau et 4 feux de forges, et occupait 500 commis, ouvriers, mineurs, forgerons, bûcherons, charretiers. Les valeurs ont changé de mesure. Dans la même région, les aciéries de Longwy produisaient, avant guerre, 300 000 tonnes par an de produits finis, avec 9 hauts fourneaux, 7 convertisseurs Thomas, 5 fours Martin ; elles occupaient un personnel qui comprenait 6 852 employés ou ouvriers, répartis comme il suit :
Employés 405
Mines 1 135
Hauts fourneaux 734
Ouvriers. { Aciéries et laminoirs 2 685
Ateliers et fonderies 677
Services divers 1 216
Total. . . . li S52
Malgré les derniers perfectionnements, les derniers progrès de la science, les applications du machinisme
à l'usine et à la mine sont limitées. Pour l'extraction du minerai, pour les manutentions des produits, rien ne peut suppléer à la main-d'œuvre.
Enfin, il existe entre les différents organes une solidarité qui n'était point nécessaire à l'époque où l'industrie était saisonnière. En 1899, lors de la grande grève du Creusot, le travail ne put reprendre dès la tin du conflit. Malgré toutes les précautions prises pour que les appareils ne se refroidissent pas, dix jours s'écoulèrent avant que la vie ne reprît dans les ateliers. Comme dans toutes les branches de l'activité humaine, l'industrie du fer a spécialisé, a concentré la main-d'œuvre; agricole à l'origine, elle est devenue urbaine, dans toute l'acception du terme.
La difficulté du problème réside dans l'importance des effectifs. En 1873, première année où les statistiques nous fournissent des renseignements précis. Tin. dustrie du fer occupait 14 400 ouvriers, avec une production de 1 382 000 tonnes de fonte et 912 000 tonnes de fer et d'acier; on comptait un rendement moyen et individuel de 95 tonnes de fonte et de 20 tonnes de fer et d'acier. En 1913, pour une production de 5 200 000 tonnes de fonte, de 4 686 000 tonnes d'acier, de 405 000 tonnes de fer, les rendements sont devenus respectivement de 255 tonnes par homme pour la fonte, de 39 pour le fer et l'acier. Ils ont augmenté de 168 p. 100 pour la fonte, de 50 p. 100 pour l'acier. Si des améliorations considérables et continuelles n'avaient pas été apportées à l'outillage, en travaillant avec le rendement de 1873, il eût fallu recruter 188 000 ouvriers. Jamais l'industrie n'aurait pu les trouver. En 1913, elle a entretenu avec peine un effectif de 118 000 ouvriers et employés dans les usines, et de 25 500 mineurs sur les gisements ferrifères; au total, 143 500 individus.
Mines de fer.
Métallurgie.
D'après les statistiques publiées par le ministère des Travaux publics, ils se répartissaient comme il suit :
Régions métallurgiques.
Nord (Nord et Pas-de-Calais) Est (Meurthe-et-Moselle) . .
Centre (Allier, Loire, Nièvre,
Rhône, Saône-et- Loire) . Reste de la France ....
Total 2
Le Centre, le Nord, l'Est groupent 72 p. 100 de la main-d'œuvre sidérurgique : le reste est très disséminé. D'autre part, la production individuelle varie d'une région à l'autre. Le rendement d'un ouvrier de Meurtheet-Moselle atteint 86 tonnes; celui d'un ouvrier du Nord, 35 tonnes; celui d'un ouvrier du Centre, 20 tonnes seulement. Cette proportion est fonction de la spécialisation des usines. Suivant l'expression de M. Laurent, l'Est travaille surtout en vue du tonnage; le Centre en vue du fini; le Nord reste à mi-chemin entre eux.
Le Nord et le Centre possèdent des populations industrialisées depuis de longues années. Nous ne reviendrons pas sur l'habileté des forgerons du bassin de Saint-Etienne, célèbre déjà au temps de François Ier. Elle a permis la fabrication des aciers fins. « Car, écrit M. Tribot-Laspière, on peut improviser, en quelques années, la fabrication des aciers ordinaires et des produits courants, mais non des produits chers. » Autour de Valenciennes pareillement, quantité de familles d'ouvriers se sont fixées depuis un grand nombre d'années;
1. En Lorraine annexée, les mines de fer comptaient 9 764 mineurs. les usines 22 834 ouvriers.