LE MARCHÉ EXTÉRIEUR
Le commerce du minerai. — D'après le tableau cidessus, l'industrie minière a fait, en France, un bond plus prodigieux que l'industrie de la fonte et celle de l'acier. Si l'on examine la situation 40 ans auparavant, les résultats obtenus sont beaucoup plus considérables. La production des hauts fourneaux est passée de 1 448 000 tonnes en 1875 à 5 200 000 tonnes en 1913, .soit une augmentation de 380 p. 100; et l'extraction minière de 3 060 000 tonnes (y compris 557 000 tonnes au compte de l'Algérie) en 1875 à 23 740 000 tonnes (y compris 1 920 000 tonnes pour l'Algérie et la Tunisie) en 1913, soit une augmentation de 680 p. 100. Le tonnage extrait est beaucoup trop important pour les besoins de l'industrie nationale.
La France a exporté 12 millions de tonnes de minerai de fer, en chiffres ronds; c'est un phénomène tout récent; il date de 1907. Les années précédentes, nos importations surpassaient nos exportations.
Ces changements brutaux dans le sens du mouvement économique coïncident d'une part avec l'épuisement des minerais purs, nécessaires au convertisseur Bessemer ; et d'autre part avec l'essor de la métallurgie des fontes phosphoreuses, conséquence de la mise en pratique des brevets Thomas et Gilchrist.
L'appauvrissement des gîtes espagnols, l'épuisement des gîtes anglais ont privé l'industrie d*outre-Manche
L'Industrie du ier en France. 9
des matières les plus nécessaires au convertisseur Bessemer pour lequel elle conserve une prédilection exagérée. La conséquence fut le développement de nos mines à minerais purs dans les Pyrénées, en Algérie, en Tunisie et de nos mines à minerais moyennement purs en Normandie, en Bretagne, en Anjou. Avant la guerre, l'Angleterre recevait 58 p. 100 de nos minerais africains; l' Allemagne, soit directement, soit par les intermédiaires hollandais, 37 p. 100. La différence, insignifiante, était envoyée en France. Il faut chercher la raison de cette anomalie dans la valeur du fret. Le fret Alger-Dunkerque, par exemple, réservé aux cahoteurs nationaux était plus cher, avant guerre, que le fret Tunis- Rotterdam accessible à toutes les marines. Semblablement l'Angleterre utilisait 23 p. 100 de nos minerais armoricains; l'Allemagne 40 p. 100. Ce commerce était en voie de progression, malgré l'établissement d'usines littorales à Rouen, à Caen, à Trignac, car les charbonniers anglais et allemands trouvaient sur nos côtes, dans le minerai de fer, un fret de retour fort rémunérateur.
L'exportation de la minette lorraine est plus ancienne. En 1869, le département de la Meurthe expédiait en Prusse et en Bavière quelque 51 000 tonnes; mais les envois ne devaient prendre toute leur importance que 40 ans plus tard : en 1909, ils dépassaient 1 million de tonnes. Les procédés Thomas devaient fixer r attention des métallurgistes sarrois, belges et westphaliens, sur les minerais de Meurthe-et-Moselle, principalement sur la puissance de ses gisements, la facilité de ses accès, la faiblesse du prix de revient. En 1913, le département a exporté 7 876 000 tonnes soit 66 p. 100 de l'ensemble des exportations françaises. Sur ce chiffre, le bassin de Briey comptait pour lui seul 7 094 000 tonnes. La haute teneur en fer et en
chaux lui assure une supériorité incontestable aux dépens des minerais plus proches mais plus siliceux des bassins de Longwy et du Luxembourg. Ces avantages avaient décidé l'Angleterre, en 1913, à en acquérir 60 000 tonnes malgré les difficultés du transport. Le Zollverein, pourvu par ailleurs par les gisements de Lorraine annexée, venait au second rang avec 2 609 000 tonnes. La Belgique demeurait notre principal client : sur un total de 5035000 tonnes, elle recevait 4 697 000 tonnes de minette lorraine, dont 4 416 000 tonnes du bassin de Briey.
Malgré sa richesse en minerais de fer, la France importe une notable quantité de minerais étrangers : 417 000 tonnes en 1913.
Ces importations venaient principalement de la Lorraine annexée et du Luxembourg : 60 p. 100 du total. Elles s'expliquaient par l'obligation, pour les usines françaises, de se fournir en minerais à gangue siliceuse qui leur manquaient avant l' exploitation du bassin de Crusnes et dont elles ont besoin pour le lit de fusion.
L'Espagne fournissait 32 p. 100 des envois. Ses minerais très riches et très purs alimentaient certaines de nos usines littorales et même, en raison de leur excellente qualité, nos usines du Centre et du Nord, spécialisées dans la fabrication des produits fins.
La Suède, par ses riches gisements de Gellivara et de Kirunavara, expédiait des minerais riches en fer pour l'amélioration des lits de fusion du Centre et du Nord, ou riches en phosphore pour les établissements qui travaillaient avec des minerais locaux moins phosphoreux et désiraient obtenir un mélange convenable pour la production de la fonte Thomas.
Ces entrées, malgré leur valeur, ne pouvaient compenser nos sorties. En 1913, la balance de notre com-
merce en minerais de fer se traduisait par un bénéfice de plus de 100 millions de francs.
Le commerce des métaux. — La production de la fonte et de l'acier s'écoulait presque entièrement sur le marché national. A l'extérieur, nous ne pouvions lutter avec les industries étrangères. Nos importations en combustibles écrasaient notre fabrication. De ce chef, nos fontes étaient augmentées de 7 francs par tonne, par rapport à la Belgique; de 14 francs par rapport à l'Allemagne; de 21 francs par rapport à l'Angleterre; de 25 francs par rapport avec les États-Unis. Par contre, sur le marché intérieur nous étions faiblement défendus par une protection insuffisante. La réciprocité des tarifs, prescrite par les traités de commerce, n'existait pas réellement. Les pays qui étaient, avant guerre, nos rivaux directs savaient fort bien nous fermer leurs frontières, tandis que le gouvernement français n'opposait pas la même fermeté. Malgré des prix plus bas, le Creusot n'est jamais parvenu à placer ses profilés en Angleterre, en Belgique, en Allemagne.
Les statistiques de l'industrie minérale accusaient, en 1913, une production de 953 000 tonnes de fonte de moulage sur une production totale de 5 200 000 tonnes de fonte. Le régime de l'admission temporaire donnait à nos importations (123 000 tonnes) la supériorité sur nos exportations (63 000 tonnes). Au total, les sorties surpassaient les entrées de 29 000 tonnes; nous recevions d'Allemagne (40 p. 100) et d'Angleterre (21 p. 100) des pièces de machines ou de transmission en fonte. Seule, l'industrie florissante des tubes et des conduites, en Meurthe-et-Moselle, indiquait un bilan en notre faveur : nos exportations (40 000 tonnes) l'emportaient sur nos importations (19 000 tonnes); 50 p. 100 partaient dans nos colonies; 20 p. 100 dans
l'Amérique du Sud; 11 p. 100 en Belgique. La presque totalité de la fonte produite restait en France; elle était utilisée dans les fonderies de première et de deuxième fusion; elle trouvait des débouchés faciles dans les industries des tuyaux, de la poterie, de la fonte d'art, du chauffage central, de la machinerie agricole.
Semblablement, les 406 000 tonnes de fer produites étaient écoulées sur le marché national pour la production des fers marchands.
Nous marquions un avantage certain, bien que de faible importance, dans le commerce des demi-produits en acier (blooms et billettes) et des produits marchands (profilés, fils de fer, tôles, fer blanc) : les statistiques indiquent 103 000 tonnes aux importations contre 251 000 tonnes aux exportations. Nos colonies formaient la base de notre clientèle (50 p. 100 des sorties); venaient ensuite dans l'ordre d'importance : la Belgique, la Suisse et l'Amérique latine.
Par contre, la balance de l'industrie mécanique se chiffrait en faveur de l'étranger. Nous recevions pour de forts tonnages et de grosses valeurs des machines à vapeur, des locomobiles, des moteurs, des moteurs hydrauliques, des machines -outils, des machines textiles, des machines agricoles, du matériel de chemin de fer. De 1910 à 1913, les importations allemandes ont été multipliées par 10, les importations anglaises par 4, les importations des Etats-Unis par 5; la Belgique et la Suisse comptaient également parmi nos fournisseurs, principalement de machines et de pièces de machines. On aperçoit, dans l'ensemble de la construction mécanique, une grande insuffisance de production. Seule l'industrie automobile montrait un bilan où les sorties l'emportaient sur les entrées. L'Angleterre, la Belgique, le Portugal, l'Italie, la République
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Argentine nous assuraient des débouchés importants. Grâce à l'industrie automobile la valeur des exportations et des importation* s'équilibrait : 250 millions de francs de chaque côté, environ.
En définitive, la France consommait la presque totalité de sa production soit : 5 200 000 tonnes de fonte, 4 686 000 tonnes d'acier, 405 000 tonnes de fer. Les industries des transports, de la construction métallique, de la construction mécanique et des armements étaient les principaux clients.