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LES MATIÈRES PREMIÈRES

Le charbon. — Eu 1913, la production de la France, charbons et lignites, a atteint 40 millions de tonues; la consommation, 62 millions de tonnes; le surplus des importations sur les exportations, 22 millions de tonnes. Sous forme de coke ou sous forme de houille, la métallurgie absorbait 12 545 000 tonnes, soit 19,6 p. 100 du total.

Depuis la guerre, notre situation est encore plus sombre. L'invasion nous a privé de 50 p. 100 de notre production et mis 26 p. 100 sous le canon de l'ennemi. Si l'on portait sur une carte d'Angleterre la surface des houillères envahies, le grisé couvrirait les Midland, le Cleveland et plus de la moitié des territoires miniers

1. Sans compter 1 026 000 tonnes de minerais algériens et tunisiens.

2. A cette production viendront s'ajouter au moins 400 000 tonnes provenant des hauts fourneaux construits pendant la guerre (100 000 tonnes à Rouen; 300 000 tonnes à Caen).

:{. A cette production s'ajouteront 600 000 tonnes produites par les aciéries construites pendant la guerre.

L'Industrie di fer en France.

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et charbonniers du Durham. En Amérique, la partie ombrée s'étendrait sur les états de Pennsylvanie, de l'Ohio, du Maryland (la région du Pocohontas exceptée), la Caroline, la Géorgie. Depuis la paix, le travail a pansé ces blessures; mais toutes ne sont pas fermées et la production française de 1920 ne comptait guère plus de 25 millions de tonnes.

Sans doute, le bassin de la Sarre nous est revenu, après la paix, en compensation de la destruction systématique de nos houillères du Xord et du Pas-de-Calais; il contient, à lui seul, autant de charbon que tous les bassins français : 17,5 milliards de tonnes; mais ce charbon est peu propre à la fabrication du coke métallurgique.

Par sa nature physique, trop gras, trop collant, pas assez •cendreux, il produit un coke inférieur en qualité et en quantité. Le rendement en coke de la houille de la Sarre est fort inférieur au rendement en coke des charbons westphaliens : par ailleurs, le produit, très friable, se réduit en poussière dans le haut fourneau sous le poids du minerai. Son emploi, sans mélange, présente les plus grandes difficultés. « L'exemple le plus topique, écrit M. Robert-Muller, me semble le suivant. L'une des grosses firmes métallurgiques lorraines, qui possède une exploitation houillère dans la partie lorraine du bassin de la Sarre, ne peut employer, dans son installation, qu'environ 25 p. 100 de fines de cette région, parce que trop grasses. Elle se voit obligée de faire venir du fond de la Westphalie, d'une mine où elle a pris des participations, précisément dans cette intention, l'énorme proportion de 75 p. 100 de fines maigres, grâce au mélange desquelles le pourcentage appropriée en matières volatiles peut être rétabli : voilà des frais de transport qu'elle n'assume pas sans nécessité. »

APKÈS LA GUERRE 163

Avant guerre, la métallurgie de Meurthe-et-Moselle brûlait 3 500000 tonnes de coke par an, soit 1 200000 tonnes venant du Pas-de-Calais, le reste deWestphalie, rien de la Sarre voisine. En Lorraine désannexée, sur les 4 500 000 tonnes de coke consommées par les usines de la région de Thionville, les trois quarts provenaient de Westphalie, le dernier quart comportait trois fournisseurs hétérogènes, la Sarre n'était que l'un d'eux. ("est dire que le coke de la Sarre n'était représenté dans la consommation lorraine du fer que par une quantité insignifiante.

L'exploitation des mines de la Sarre n'apporte donc point à la métallurgie française la solution du problème du combustible. Au contraire, la reprise des métallurgics de la Lorraine désannexée l'a aggravé, En définitive, le déficit d'avant guerre comportait 20 millions de tonnes de houille ordinaire et 4 millions détonnes de houille à coke; il comportera, quand nos charbonnages français auront repris leur marche normale, 14 millions de tonnes de houille ordinaire et 10 millions de tonnes de houille à coke. Pour recevoir les cokes indispensables à notre métallurgie, les techniciens avaient demandé à la Conférence de la paix un droit sur les charbonnages westphaliens. Ce vœu fut repoussé; sa réalisation portait un trop rude coup aux finances anglaises et allemandes.

En 1913, notre importation en charbon nous a coûté 636 millions de francs, qui sont allés enrichir nos voisins sans que notre exportation de minerai soit une contrepartie suffisante, bien loin delà. La paix de Versailh s n'a rien changé à cette situation. Nous sommes, comme devant, sous la dépendance économique des nations charbonnières : l'Angleterre, l'Allemagne et, dans un avenir prochain, des États-Unis. Nous savons comment l'élévation de notre prix de revient, fonction des prix supérieurs du combustible, désavantageait nos maîtres

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de forges sur les marchés intérieur et extérieur. La disproportion dans le prix des houilles a été plus défavorable encore après la guerre. En 1920, nos industriels ont payé la tonne de houille 280 francs, tandis qu'elle revenait à 84 francs en Angleterre, à 72 francs en Allemagne. Comme conséquence la tonne de rails atteignit 1 100 francs, contre 120 francs en 1913 : le kilo de rail coûtait plus cher que le kilo de pain. Pour ne point grever nos finances si lourdement obérées, pour arrêter l'exode de nos capitaux, les pouvons publics examinèrent, un moment, l'idée de contingenter la production du minerai de fer et de la réduire suivant les besoins les plus urgents du pays.

De cette crise charbonnière, dont on n'entrevoit pas bien la solution à l'heure actuelle, c'est la métallurgie qui doit le plus longtemps souffrir. Le pétrole et l'alcool peuvent fournir l'énergie dans l'industrie des transports, l'automobile et la navigation; la houille blanche et la houille verte remplaceront progressivement la houille noire pour la production de la chaleur, de la lumière; mais le combustible minéral demeure omnipotent en métallurgie.

Le four électrique, malgré les grands progrès de ces dernières années, n'est pas encore arrivé au stade industriel qui assure la transformation directe du minerai en fonte. Le Comité des Forges a calculé qu'en donnant au coke un pouvoir de 7 000 calories et un prix de 25 fr. 50 la tonne (prix d'avant guerre), le prix derevient des 1 000 calories était de 0 fr. 0095 a u haut fourneau et de 0 fr. 0190 au four électrique, soit un écart do 100 p. 100. Le four électrique, comme appareil sidérurgique, ne garde sa supériorité que dans des cas très spéciaux : en Suède, où les installations des chutes reviennent fuit peu cher, en Fiance, pendant les hostilités, quand la valeur du prix de revient dispa-

raissait devant la nécessité d'une fabrication rapide. Cependant le four électrique demeure l'appareil le plus perfectionné pour l'épuration des fontes ou la fabrication des aciers spéciaux.

Dans ces derniers temps, les ingénieurs français ont cherché à diminuer la valeur du combustible en métallurgie : ils ont tenté de transformer en coke des houilles quelconques. Sous l'impulsion de l'ingénieur en chef, directeur du Service des mines en Alsace-Lorraine, des résultats ont été obtenus qui permettent toutes les espérances. Il semble qu'en cuisant le charbon à une température très élevée, on puisse utiliser des qualités, jusqu'alors réputées impropres à la cokification. Le coke obtenu avec du charbon sarrois ou lorrain présenterait à l'écrasement une résistance de 400 kilos au centimètre carré, alors qu'avec les meilleurs cokes westphaliens on obtiendrait un maximum de 350 kilos. Son prix de revient, légèrement supérieur, serait compensé par la diminution des frais de transport et par l'utilisation d'une quantité de sous-produits, notablement supérieure à celle obtenue dans la Ruhr. D'autres essais, dans le même sens, ont été entrepris sur divers points du bassin du Nord et du Pas-de-Calais.

Il convient d'accueillir ces découvertes avec le plus vif intérêt. Le ministre des Travaux publics les encourage; si elles parviennent h sortir du laboratoire pour entrer dans la pratique industrielle, la métallurgie française sortira de l'esclavage où la tiennent les charbonnages étrangers.

Depuis 50 ans, les grands perfectionnements de la sidérurgie ont porté sur une meilleure utilisation des minerais impurs, sur la technique de la fabrication ; rien n'a été fait pour diminuer l'omnipotence du combustible. La question demeure aussi importante qu'à l'époque de la fonte au bois, quand le pouvoir central

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ordonnait l'extinction des hauts fourneaux pour arrêter la dévastation des forêts. L'introduction du combustible minéral, du coke dans les lits de fusion a changé les données du problème, a retardé la solution, car pour arriver jusqu'à nous l'acier nécessite l'emploi d'un poids de charbon bien supérieur à son propre poids : 1 S00 kilos contre 1 000 kilos.

Le minerai de fer. — Nous le répétons : la France est devenue, du fait de la guerre qu'elle n'a pas voulue, la puissance d'Europe la plus riche en minerai de fer : dans le monde, elle n'est surpassée que par les États- Unis. Ses réserves atteignent 7 milliards de tonnes, sans compter les gisements de ses colonies dont les ressources sont considérables. Sur la base de l'extraction de 1913, 43 millions de tonnes,"ces réserves ne seraient pas épuisées avant 130 ans. en admettant que les travaux de mine s'arrêtenl à la profondeur de 500 mètres. et en faisant abstraction de toutes les découvertes possibles qui augmenteront le tonnage utde et des progrès de la technique qui permettront l'emploi de minerais classés, actuellement, comme inutilisables.

Cependant, si considérable que soit notre richesse, il est bon de rappeler que les plus puissants de nos . ments. — ceux de Lorraine — par leur teneur en phosphore, sont exclusivement destinés à l'élaboration des fontes et «les aciers Thomas. Avant guerre, les usines de Meurthe-et-Moselle s'étaient spécialisées dans cette fabrication; elles écoulaient difficilement toute leur production; elles s'efforçaient au travail de l'acier Martin. De même, les usines allemandes, établies en Lorraine annexée, avaient été construites pour la mise en œuvre des procédés Thomas. Nul doute que l'agrégation de ces établissements au domaine national n'intensifie la production des aciers Thomas. Du fait

de l'extension de son domaine ferrifère la France s'écarte de l'industrie des aciers de luxe qui a fait la gloire et la fortune du groupe du Centre.

D'autre part, nous savons que les minerais de la Moselle sont inférieurs en teneur (4 à 6 unités) aux minerais de Meurthe-et-Moselle. Le rendement du haut fourneau est donc inférieur d'autant et la consommation du coke augmente parallèlement. On peut évaluer la dépense supplémentaire à 30 ou 40 kdos par unité. Actuellement, certaines usines lorraines dépensent 1 500 kilos de coke à la tonne de fonte, alors qu'en 191.'}, en Meurthe-et-Moselle, on considérait comme normale une dépense de 1 000 kilos.

Avant guerre, ces différences n'avaient pas grande importance. Contrairement à l'industrie textile qui est restée, en Alsace, dans les mains de familles françaises, l'industrie métallurgique de la Lorraine désannexée, les établissements de Wendel exceptés, était tout entière sous le contrôle de firmes allemandes. Le plus souvent, elles étaient les filiales des grandes sidérurgies de Westphalie qui envoyaient sur les bords de la Moselle les houilles delà Ruhr, dont elles étaient propriétaires. Les cokes parvenaient à meilleur compte en Lorraine désannexée qu'en Meurthe-et-Moselle. Ces avantages ont disparu avec la paix. Les approvisionnements en charbon seront au même prix de chaque côté de l'ancienne frontière et, en dernier ressort, la fonte de la Moselle qui consomme de plus grandes quantités de houille, reviendra plus chère que la fonte de Meurtheet-Moselle.

L'infériorité des minerais de la Moselle explique les efforts tentés, avant guerre, par les métallurgistes d'outre-Rhin pour acquérir des concessions françaises, il n'est donc pas paradoxal d'affirmer que la valeur des usines allemandes, rétrocédées à la France, dépend

plus des mines de fer qui leur sout attachées que des usiues elles-mêmes. D'ici 10 ans, l'usine la plus moderne sera démodée, tandis que le tréfonds des concessions minières aura gardé toute sa valeur. Au point de vue métallurgique, l'affaire peut prospérer, si les mines contiennent un minerai de fer de haute teneur et si elles peuvent alimenter les hauts fourneaux à la fois en qualité calcaire et en qualité siliceuse; — l'affaire est condamnée à un déclin plus ou moins rapide si le minerai est pauvre ou d'une seule espèce, si l'usine est obligée à s'approvisionner en des gisements éloignés pour se procurer les éléments du mélange nécessaire au lit de fusion, si elle est contrainte à des dépenses exagérées en combustible pour utiliser la matière première qui lui appartient.

Par ailleurs, dans toute l'étendue du gisement, l'exploitation est compliquée par les accidents tectoniques, les venues d'eau, la pénurie de la maind'œuvre. Pour diminuer les prix de revient, la minette doit être extraite sous de forts tonnages. Comme les hauts fourneaux établis sur le gisement ne peuvent consommer toute la production, la mine doit exporter le surplus. Le maître de forges lorrain est aussi un exploitant de mine et un commerçant en minerai. Pour être particulièrement angoissant en Lorraine, le problème est également inquiétant pour tout le pays. La France, l'Algérie, la Tunisie, la Lorraine désannexée produisaient avant guerre 45 millions de tonnes de minerais de fer. Elles en consommaient sur place ou dans la Sarre 30 millions de tonnes environ. C'est donc 15 millions de tonnes qu'il faut, annuellement, placer à l'étranger

Devant la puissance de ces chiffres, certains économistes se sont demandé s'il n'était pas logique de remettre à une date lointaine l'exploitation de cer-

tainea de nos richesses, les gisements de la Bretagne, de la Normandie, de l'Algérie, de la Tunisie, par exemple. Cette politique est facile à appliquer. Il suffit de laisser dormir dans les cartons du ministère les nombreuses demandes de concessions qui attendent paisiblement, recouvertes de tous les avis de toutes les administrations, qu'une décision veuille bien intervenir. Pour juger de l'opportunité de cette mesure, il suffit de se rappeler le passé de notre industrie minière.

La découverte d'Henry Bessemer exigeait des minerais purs, particulièrement des minerais non phosphoreux. La France, pauvre en minerais de cette sorte, perdit sa place sur les statistiques mondiales, comme productrice de fonte : un grand nombre de hauts fourneaux, notamment en Bretagne et en Normandie, s'éteignirent qui avaient connu une certaine prospérité à l'époque de la fonte au bois; d'autres, pour travailler, durent importer des minerais étrangers. Notre sidérurgie fût demeurée à l'arrière-plan si, en 1880, Thomas et Gilchrist, trouvant un revêtement basique pour les appareils de conversion n'eussent rendu possible le passage des fontes phosphoreuses au convertisseur. Les gisements français prirent l'importance que l'on sait; les maîtres de forges étrangers se précipitèrent pour acquérir nos concessions.

Qui peut savoir si, dans un avenir plus ou moins lointain, un autre progrès de la chimie ou de la technique n'amènera pas des perturbations nouvelles dans l'exploitation minière? Telle découverte scientifique, tel courant de transport peuvent mettre en valeur des gisements aujourd'hui dépréciés, comme trop impurs ou trop éloignés des hauts fourneaux. Qui sait, si les minerais phosphoreux, aujourd'hui fort demandés, ne seront pas concurrencés par les minerais siliceux, si abondants ou par les minerais arsenicaux, longtemps négligés,

170 l'industrie r>r rr.r; en France

mais dont l'emploi commence à entrer dans la pratique en Amérique. En définitive, le terme minerai est fort vague : il désigne toute roche exploitable industriellement et, dans le fait, il est appliquable à la matière en fonction de l'espace et du temps.

« Il est de toute évidence, écrit M. Cayeux, qu'il y a souvent, sinon toujours, une période optima potu ]a mise en valeur des marchandises pondéreuses et bon marché. Le minerai de fer est de eelles-là. A vouloir le réserver pour un avenir meilleur, mais très douteux, en tout cas éloigné, on s'expose à lâcher la proie pour l'ombre, à laisser passer le moment fructueux et propice de l'exploitation. » Les minerais Français passent par cette période optima puisque nos voisins les plus puissants sont fort dépourvus de cette matière première. Une politique restrictive de l'extraction serait donc particulièrement dangereuse. Elle aurait pour effet d'aiguiller les métallurgistes anglais et allemands vers les gisements américains, suédois ou russes. En dehors des avantages considérables pour les maitres de forges français de diminuer le prix de revient, l'exportation du minerai par grande niasse s'impose pour la mise en valeur rationnelle de notre domaine national et pour l'amélioration de nos finances, fortement obérées par les achats de houilles. Par bonheur, les richesses de la France en minerais de fer contrastent avec la pauvreté des gisements dans les pays voisins.

L'Espagne a été longtemps le fournisseur des aciérieeuropéennes pour l'acier Bessemer. Les célèbres minerais de Bilbao servent encore de base pour déterminer le prix d^^ sortes chères. Ils paraissent, toutefois, s'épuiser: on estimait, en 1912, le tonnage restant à quelque (iO millions de tonnes, c'est-à-dire, avec des res-

APRÙS LA GUERRE 171

trictions, le tonnage possible pour 12 années d'exportation. Les autres gisements contiennent des grès ferrugineux, de faible teneur en fer, comme dans les provinces d'Oviedo et de Valence, ou des minerais phosphoreux comme dans celle du Léon. En définitive, pour les minerais purs et titrant plus de 45 p. 100 en fer, il serait imprudent de compter dans toute la péninsule sur un tonnage supérieur à 1 milliard de tonnes. Ces quantités ont été, du reste, suffisantes pour ali menter l'industrie dans le passé (500 000 tonnes de fonte): elles pourront facilement satisfaire, dans l'avenir, aux demandes des sidérurgies nouvelles, construites pour une production annuelle de 1 500 000 tonnes.

L'industrie du fer est également fort peu développée en Italie, pauvre en charbon et pauvre en minerai de fer (942 000 tonnes en 191G). Les seules réserves, de quelque importance, sont constituées par les minerais de l'île d'Elbe dont l'épuisement est prochain. Les hostilités ont, cependant, développé la métallurgie italienne : elle a produit l'armement nécessaire à ses années. Par ailleurs, Turin est devenu un des plus grands centres d'Europe pour la fabrication automobile. Enfin, les progrès réalisés par l'électrométallurgie sont particulièrement intéressants. En 1910, la production se chiffrait par 30 000 tonnes; le nombre des fours était de 187 en 1917, cinq fois plus fort qu'au début des hostilités. Bien que nos exportations en minerai, pour cette destination, soient infimes, l'Italie est une cliente qu'il ne faut pas négliger.

Malgré la modestie do sa surlace territoriale, la Belgique occupe un fort bon rang dans les statistiques de la sidérurgie mondiale. Elle produit, par tête d'habitant, presque autant de fonte que L'Allemagne (278 kilos contre 294 kilos), plus que l'Angleterre (226) et plus du

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double de la Franco (120). Cette surproduction est due à l'abondance de l'extraction houillère et surtout à l'excellence de la main-d'œuvre, active et travailleuse malgré la modicité des salaires. Cependant la Belgique est presque entièrement dépourvue de minerais de fer. L'étendue de ses gisements, suite des gisements lorrains ne comptent que 354 hectares. Aussi importait elle 6 millions de tonnes de minerais de fer, provenant pour quatre cinquièmes de Meurthe-et-Moselle, pour le reste du Luxembourg et de la Lorraine annexée. Il ne semble pas impossible d'augmenter ce chiffre d'affaires. Le pouvoir commercial de la Belgique est considérable. Malgré les tarifs prohibitifs qui l'encerclaient, la métallurgie avait réussi à exporter 80 p. 100 de sa production en fonte et en acier, alors que l'Allemagne n'exportait que 33 p. 100. Actuellement les fontes belges arrivent en Angleterre à des prix notablement inférieurs aux fontes fabriquées sur place avec des minerais et des charbons anglais. La Lorraine, grande importatrice de houille belge pourrait accroître ses envois de minette, si la circulation par eau s'y I n'était.

« En Angleterre, écrivait M. Tribot-Laspière en 1917. le trait dominant de la sidérurgie est l'arrêt de son développement Depuis longtemps, elle s'est fait distancer, et de beaucoup, par les États-LTnis. L'Allemagne, à son tour, lui a enlevé le deuxième rang pour le minerai, la fonte et l'acier et menace d'arriver à égalité pour la houille. La France, enfin, la rattrape: elle vient de passer au troisième rang pour la production de minerai et il n'apparaît plus comme impossible qu'elle y atteigne pour la fonte, puisque depuis trois ans elle a augmenté sa production de 500 000 tonnes par an, et que vers 1920, elle produira 7 millions de tonnes »

Ce déclin est dû à la faiblesse de la consommation intérieure, à l'isolement et à la routine des métallurgistes anglais, surtout à l'appauvrissement des gisements ferriières.

Les minerais anglais peuvent se classer en trois catégories. La première comprend l'hématite rouge du Cumberland et du Lancashire; sa teneur moyenne en 1er est de 50 p. 100; c'est la grande ressource pour les aciéries Bessemer. Une seconde classe comprend l'hématite brune du Cornwali, du Devonshire, de la forêt de Dean avec des teneurs moyennes de 32 p. 100 et les bauxites ferrugineux du district d'Antrim, employés comme castine, mais dont la teneur ne dépasse pas 27 p. 100. En troisième lieu, viennent les carbonates du carbonifère dans le Derbyshire, le Yorkshire, le Stafïordshire avec des teneurs de 26 à 35 p. 100 et les minerais mésozoïques du Lincolnshire, du Northamptonshire, du Cleveland avec des teneurs de 30 à 35 p. 100. Ce dernier district a fourni, à lui seul, G millions de tonnes, en 1913, sur une extraction totale de 16 millions de tonnes. On estime à 455 millions de tonnes les réserves anglaises : sur le pied de la consommation de 1913, 24 millions de tonnes, elles seraient épuisées en 20 ans. Aussi les maîtres de forges de Grande- Bretagne sont-ils obligés d'importer annuellement plus du tiers des minerais nécessaires : 7 600 000 tonnes en 1913. C'est une nécessité inéluctable. En octobre 1919, lors de la grève des mineurs dans ses charbonnages, l'Angleterre rompit ses traités de houille avec la Ville de Paris et réquisitionna la flotte destinée à ce trafic, pour le transport des minerais bretons et espagnols.

Les trois quarts des minerais importés proviennent d'Espagne el d'Algérie pour l'élaboration des aciers Bessemer. Mos minerais angevins et normands ne

figuraient aux entrées que pour .320 000 tonnes en 1913; ils étaient destinées à La production de la fonte de moulage, la fonte écossaise principalement. Par

leur situation géographique, leurs belles qualités physiques et chimiques, ces sortes feront certainenu ut l'objet de transactions plus étendues, le jour, peut-être voisin, où les métallurgistes d'outre-Manche abandonneront les procédés Bessemer pour augmenter leurs aciéries Martin.

Par contre, c'est un problème de circulation qui arrête l'exportation des ruinerais deBriey. (j0 000 tonnes ont été envoyées en Angleterre avant guerre : fort peu différente des minerais du Cleveland, la minette a donné toute satisfaction aux métallurgistes britanniques. Malheureusement il n'existe point actuellement de réseau navigable susceptible de conduire cette marchandise pondéreuse, dans «le lionnes conditions, sur l'un des ports de la mer du Nord ou de la Manche. Les prix de transport par fer sont, pour le moment, trop élevés, même sur Dunkerque, le port le plus proche. Le futur canal du Xord-Est, projeté en 1901 pour des chalands de 550 tonnes sera une excellente solution pour l'évacuation de la minette. En attendant, le canal de l'Est, la Marne et la Seine demeurent la seule route possible pour les expéditions. En 1921, les chargements de minerai lorrain sont arrivés aux hauts fourneaux de Rouen par la voie fluviale : le prix du fret, 17 francs la tonne, était supérieur aux prix de revient, 16 francs. Cette solution n'est guère admissible que pour une industrie qui contrôle en même temps la mine et l'usine. L'exportation par Rouen ne pourra entrer pour de gros chiffres dans nos statistiques que si l'on équipe rationnellement la voie navigable. Les projets du port de Paris, la constitution de quais spéciaux à Gennevilliers, surtout la transformation

des voies d'eau en amont pour la circulation de chalands de 600 tonnes peuvent dérouter, à l'avenir, la minette lorraine. Mais, en attendant, l'Allemagne doit lui assurer des débouchés plus proches et plus certains.

En 1910, au congrès géologique de Stockholm, le rapporteur allemand évaluait à 3 milliards 000 millions de tonnes les richesses en minerai de 1er de l'Empire. Il est très vraisemblable que les chiffres ont été majorés à cette époque, pour dissimuler la pauvreté des ressources. Mais dès les premières années de la guerre, l'espérance de la victoire a singulièrement diminué la valeur des estimations précédentes. Pour démontrer la nécessité nationale d'accaparer le bassin de Briey, les métallurgistes allemands n'ont pas craint d'avouer leur misère. Le 8 décembre 1917, devant l'assemblée générale du Verein der deutschen Eisen und Stahl Industriellen, le président levait le masque et s'écriait : « En supposant que l'extraction de nos mines suive une progression normale et qu'aucune réduction artificielle ne leur soit imposée, nous verrons s'épuiser en 45 ans le gisement lorrain (estimé à 1 milliard 890 millions de tonnes en 1910), en 42 ans le gisement spatbique du pays de Siegen (100 millions de tonnes), en 66 ans l'hématite rouge et en 32 ans l'hématite de la Lahn (166 millions de tonnes) et de la Dill. Dans 50 ans, nous serons privés presque entièrement de notre approvisionnement en minerai. Il faut donc que l'Allemagne s'assure des approvisionnements à l'étranger. Il y va de l'existence de l'industrie, de l'état et du peuple. »

Avant guerre, la production métallurgique de l'Allemagne était basée sur une consommation de minerai de plus de 47 millions de tonnes. Le tableau ci -dessous indique leur provenance :

176 l'industrie du fer en fram e

Tonnage

en millier^

Pays. de tonnes.

Lorraine annexée 21,1

Prusse 5,4

Autres états d'Allemagne 2

Luxembourg 7,3

Importations effectives l 11. (

Total ....... 47,2

En 1913, le Zollverein (Allemagne et Luxembourg) a produit 19 300 000 tonnes de fonte avec 35 911 000 tonnes de minerai indigène et 14 millions de tonnes de minerais importés; encore est-il que les minerais indigènes à teneur de 31,8 p. 100 en 1er ne pouvaient fournir que 10 500 000 tonnes de fonte. Restaient donc 9 millions de tonnes environ, soit 46 p. 100 de la production qui ont été élaborés en partant des minerais étrangers, 80 p. 100 si l'on classe dans cette catégorie les 8 600 000 tonnes de métal obtenues dans la Sarre et en "Westpkalie par la fusion des minettes importées de la Lorraine annexée et du Luxembourg.

Cette situation inquiétai! 1" Allemagne bien avant les hostilités. Depuis longtemps, l'Empire dirigeait sa politique extérieure suivant les besoins économiques de sa métallurgie. Non seulement la sidérurgie rhénane acquérait des droits de contrôle sur nos grands gisements de Lorraine, d'Anjou, de Normandie, d'Algérie, mais elle s'assurait des réserves au Maroc. En signant l'acte d'Algésiras, la diplomatie allemande prit soin de préciser explicitement le régime futur des mines de notre nouveau protectorat. L'article 4 stipule que le minerai exporté par les ports marocains sera affranchi de tout droit et que les exploitations de minerai de fer

!. Différence entre es mportalions | 1 1 millions <le tonne*) et lis exportations (2 G00 000 tonne- 1.

ne subiront aucun impôt spécial. La guerre a infirmé ces sages précautions.

Mais elle a eu surtout pour résultat de diminuer les réserves germaniques de plus de 50 p. 100 en rendant à la France les 1 830 millions de tonnes de la Lorraine désannexée. Par ailleurs, les prospections entreprises dernièrement dans la région d'Amberg et dans le Jura souabe n'ont pas décelé des gisements qui peuvent, compenser ces pertes. Si l'on tient pour exact le rapport du 8 décembre 1917, les ressources germaniques seront épuisées avant 25 ans. Réduite à une extraction annuelle de 8 millions de tonnes environ, soit, avec du minerai titrant 33 p. 100 en moyenne, à une production correspondante de 2 700 000 tonnes de fonte, l'Allemagne est réduite à importer de forts tonnages de minerai de fer si elle veut satisfaire aux seules demandes du marché intérieur.

En 1913, le Zollverein a produit 19 millions de tonnes de fonte ; il a exporté 7 millions de tonnes ; il a consommé sur place 12 millions de tonnes. La consommation de la Sarre, de la Pologne allemande, de la Lorraine désannexée étant évaluée à 600 000 tonnes en chiffres ronds, la consommation germanique serait actuellement de 1 1 400 000 tonnes de fonte par an. Les ressources ferrifères de l'empire lui assurent l'élaboration de 2 700 000 tonnes de fonte. Pour produire la différence, 8 700 000 tonnes, la métallurgie d'outre-Rhin doit s'approvisionner en minerais à l'étranger.

Avec des minerais de fer, titrant en moyenne 40 p. 100 (en tenant compte de l'importation des sortes riches de Suède, d'Espagne, d'Afrique), l'Allemagne devrait importer, par an, sur la base des chiffres de 1913, 22 millions de tonnes de minerai (8 700 000 x 2,5). La France doit fournir la plus grande partie de ce tonnage.

En 1913, les importations se répartissaient comme il suit :

Suède 4 5Ô8 000 tonnes.

France 3 811 000 —

Espagne 3 652 000 —

Russie 489 000 —

Belgique 127 000 —

Autriche-Hongrie 106 000 —

Algérie-Tunisie 607 000 —

Grèce 147 000 —

Autres pays 532 000 —

Total 14 029 000 —

En admettant que ces proportions restent les mêmes, qu'aucune restriction ne soit apportée à l'exploitation des mines suédoises, que la baisse du mark n'influe pas sur les transactions avec l'Espagne et la Suède, que la Russie reprenne prochainement ses envois, la part de la France serait de 39 p. 100, soit de 8 800 000 tonnes, à envoyer en Westphalie principalement. Ce tonnage devrait être doublé, si la métallurgie allemande voulait développer sa clientèle à l'intérieur et reconquérir sur les marchés extérieurs la place qu'elle tenait avant les hostilités.

Sans tenir compte des transactions possibles avec les Pays-Bas qui installent des hauts fourneaux, avec l'Italie qui équipe ses forces hydrauliques, avec les États-Unis qui recherchent notre minerai comme fret de retour dé leurs charbonniers, — en se basant seulement sur nos relations certaines avec les métallurgies anglaises, belges, allemandes, il n'est aucunement téméraire d'estimer à quelque 17 millions de tonnes le chiffre de nos exportations prochaines. De ce côté, l'avenir s'annonce serein; il n'en est pas de même dans le commerce des fontes et surtout de l'acier.

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