Chapitre IV L'INDUSTRIE DU FER APRÈS LA GUERRE
Aucune découverte n'a modifié dans ces dernières années la technique de la sidérurgie ; et cependant, le tableau, que nous en avons tracé à la fin de 1914, ne saurait répondre à la situation actuelle. Si le fond, c'est-à-dire la puissance ferrifère de la France, est toujours exact, certains traits du premier plan nous paraissent déjà surannés. La guerre a bouleversé l'harmonie des lignes. Sans doute, avant les hostilités, l'industrie du fer en France paraissait très modeste si on la comparait à ses grandes concurrentes d'Allemagne, d'Angleterre, des États-Unis; mais, en définitive, la prudence de ses dirigeants, l'intelligence de ses ingénieurs, l'habileté de sa main-d'œuvre avaient réussi à résoudre les problèmes les plus difficiles, à composer un ensemble parfaitement agencé où les différents organes s'engrenaient avec la plus grande douceur pour produire le rendement maximum. La métallurgie française présentait le type d'une industrie modérément, mais rationnellement développée. Malheureusement, concentrée presque entièrement aux frontières, notre sidérurgie
devait subir les premières violences de l'invasion. Dès les débuts des hostilités, l'avance de l'ennemi réduisit l'extraction minière à 17 p. 100 de sa valeur d'avant guerre; la production de la fonte à 36 p. 100, à 17 p. 100 seulement si l'on tient compte des hauts fourneaux placés sous son canon.
Un sait comment l'énergie nationale résolut le problème des réparations sans attendre que l'Allemagne ht honneur à sa signature. Les usines rallumèrent leurs feux bien avant l'époque fixée. Malgré la brutalité des destructions systématiques, la sidérurgie s'est fait une gloire de reprendre ses opérations dans un délai que l'ennemi escomptait beaucoup plus long. Les ruines se relèvent rapidement; c'est d'ailleurs que viennent les préoccupations.
Le tracé des nouvelles frontières présente à l'industrie métallurgique, et par elle, au pays entier, un problème économique tout différent de celui qui existait avant guerre. Le traité de paix a donné à la France la maîtrise incontestable du marché du minerai de fer en Europe sans lui conférer la prééminence métallurgique, par le fait de l'insuffisance de nos ressources houillères. D'autre part, la fabrication se trouve, au point de vue de la production et de son écoulement, dans une situation toute nouvelle par suite de la rentrée dans le domaine national des hauts fourneaux et des aciéries édifiés en Lorraine désannexée par la sidérurgie germanique. Pour un temps l'industrie du fer semble avoir perdu son équilibre. Il importe, en fin de cette étude, d'examiner les moyens dont elle dispose, pour soutenir la lutte sur les marchés, à l'intérieur et à l'extérieur.
Le tableau ci-dessous comprend les données principales du problème.
Production
Production
de la
de la
Production
Total
France
Lorraine
de
Matières pre-
en 1913
annexée
la Sarre
(enlOOOt.)
(en 1 000 t.)
(enlOOOt.)
(enlOOOt.)
mières :
Houille ( sans
lignite ) . .
Coke ....
Minerais de fer.
Produits bruts:
Fonte ....
Acier ....
Produits finis:
Fer
Acier ....