tonnes moins 44 000 tonnes expédiées en Belgique
4. Anciennes exportations, machines comprises, mais diminuée- de= exportations en Belgique, décomptées en lingots.
tant, de la fonte (100 kilos) et de l'acier (90 kilos) était inférieure de 40 p. 100 à la consommation intérieure par habitant de tous les autres pays métallurgiques. L'augmentation à prévoir, nous l'avons constaté au chapitre précédent, doit porter sur les produits destinés à la construction métallique et à la construction mécanique.
Dans le premier domaine, la vente des profilés, des poutrelles principalement, est susceptible de s'accroître. L'éducation des architectes et des entrepreneurs doit être poursuivie avec la même activité qu'avant guerre. Le Comptoir s'y emploiera. Mais c'est surtout dans la construction mécanique que l'accroissement de la clientèle doit se faire sentir. Dans cette branche de l'activité nationale, plusieurs industries sont en voie d'extension. L'automobile, par exemple, n'a pas en France l'importance qu'elle devrait avoir et qu'elle a acquise en Angleterre et en Amérique. Enfin, si la guerre a développé nos ateliers, elle a également changé nos coutumes bureaucratiques. Le nouveau projet d'unification des chemins de fer, sans supprimer Ja surveillance de l'État, permettra un meilleur roulement du matériel et son remplacement plus rapide. Les commandes seront réparties annuellement, au lieu d'être envoyées en masse aux époques de trafic intense: elles seront satisfaites régulièrement pour le plus grand profit et le meilleur rendement de nos usines métallurgiques. La France n'aura plus recours à l'étranger pour la fourniture des 1 000 locomotives et des 1 800 wagons qui sont nécessaires, chaque année, à ses réseaux.
Dans son rapport au Ministre du Commerce, le président du Comité des Arts et Manufactures estimait que la productivité mécanique subirait un accroissement de 75 p. 100, correspondant à un tonnage supplé-
182 T.'iNTHTSTRTE OU FFR EN FRANCE
mentaire de 1 million de tonnes de métal. Pout la construction métallique, l'augmentation à prévoir était de 400 000 tonnes seulement. Au total, ce sont 1 400 000 tonnes à retrancher de notre excédent. Restent donc 2 865 000 tonnes à placer.
Pour les écouler, il est indispensable de conquérir les marchés extérieurs Les maîtres de forges sont unanimes sur ce sujet. Dans toutes les assemblées g{ nérales, la conclusion du rapport présenté aux actionnaires se termine par le même mot : « Exportons ». En effet, l'examen des statistiques démontre que c'est dans cette voie qu'il faut diriger nos efforts. Avant guerre, l'Angleterre exportait 43 p. 100 de sa production; l'Allemagne, 33 p. 100; la Belgique, 80 p. 100; la France, 10 p. 100 seulement. Seuls les États-Unis, avec 5 p. 100, lui étaient inférieurs, relativement, car, en valeur absolue, le commerce extérieur de la France représentait 460 000 francs et celui des États- Unis 1 550 000 francs.
Le marché européen. — La victoire de nos armées a permis de penser que notre activité nationale trouverait facilement des débouchés dans les pays neutres, jusqu'ici acheteurs de l'Allemagne. Pour l'industrie du fer, tout au moins, ces espérances n'ont pas été réalisées.
En 1913, l'Empire a exporté 7 millions de tonnes de produits métallurgiques, pour une valeur de 2 milliards de marks, se décomposant comme suit : fonte, vieux fers, demi-produits, 1754 000 tonnes; laminés, 3 800 000 tonnes; machines, 594 000 tonnes; autres produits en fer et en acier, 943 000 tonnes. Cette année fut marquée par un accroissement de l'exportation des fers et aciers allemands vers la Grande- Bretagne, les Indes anglaises et l'Amérique du Sud
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et la décroissance du trafic avec les autres pays d'Europe. Il faut aussi signaler que dans le marché des rails, l'Angleterre qui avait perdu la première place depuis 1900, reprenait de nouveau son rang.
Les principaux clients de l'Allemagne étaient : la Grande-Bretagne pour 1208 000 tonnes; la Belgique pour 648 000 tonnes; les Pays-Bas pour 595 000 tonnes; le Brésil et l'Argentine pour 471 000 tonnes; la Suisse pour 333 000 tonnes. Le tonnage expédié en Autriche- Hongrie, en Chine, au Japon, en Italie, en Turquie se rapprochait des quantités expédiées en Suisse. En Russie et en Pologne, les exportations étaient beaucoup moins importantes, car les Allemands dirigeaient par leurs ingénieurs et contrôlaient par leurs capitaux la plus grande partie des industries métallurgiques.
En attendant que le calme soit revenu en Turquie, en Russie et en Asie Mineure, nos métallurgistes ont déjà tenté de prendre position sur les marchés Scandinave, italien et suisse. En 1919, 36 000 tonnes d'acier en lingots, rails, tôles, fils de fer et ferrailles sont parties de France pour cette dernière destination.
Ce sont là des efforts très intéressants, mais il est à craindre que leur développement soit problématique. Déjà avantagée par le prix du combustible, la métallurgie allemande est également favorisée par le coût de la main-d'œuvre. « En France, écrit M. Albert Despeaux (août 1912), les salaires horaires ont plus que quadruplé depuis 1914. En Allemagne, exprimés en mark, ils sont multipliés par 10 à 11. Mais comme le mark rapporté au franc vaut 7 fois moins que le pair, les salaires allemands exprimés en francs ne sont guère multipliés que par 1 et 1,5. »
Comme conséquence, en Allemagne, les fers marchands étaient cotés 1 700 marks en août 1921, soit 280 francs la tonne en comptant le mark à 16.5. En
France ils revenaient à 400 francs. Une affaire importante de petites cornières a été enlevée par des Allemands à 265 francs, franco Rotterdam. Un prix de 2 500 marks (412 fr. 50) a été fait pour des barres allemandes rendues à Rennes (y compris droil de douane, transport, chargement, fret, déchargement), soit 39 francs moins cher que les articles français.
Deux ans après le traité de Versailles, l'industrie française lutte péniblement sur les marchés européens; elle borne son ambition à la défense du marché national, à l'abri des droits prohibitifs.
Parmi les grands clients de la sidérurgie allemande c*est encore l'Angleterre que notre métallurgie a la plus grande chance de conquérir. A première vue, il peut paraître paradoxal de tenter la conquête métallurgique de nations où nous voulons importer d© fortes quantités de minerais. Mais il faut remarquer qu'avant les hostilités, l'empire britannique absorbai 1
I 200 000 tonnes de produits allemands, principalement des produits qui formaient la spécialité de la Sarre et de la Lorraine, demi-produits, aciers marchands, tôles et profilés. D'autre part, la question des salaires qui nous est si préjudiciable par comparaison avec l'Allemagne devient avantageuse pour nos relations avec la Grande-Bretagne. Après l'armistice, à la suite des grèves, des crises charbonnières, de la hausse du fret, des aciéries ont été contraintes d'importer des fontes de Luxembourg et de Normandie, moins chères, malgré le transport, que les fontes nationales élaborées avec les charbons nationaux, à pied-d' œuvre.
II y a là une indication à suivre. La Grande-Bretagne n'a aucun intérêt à placer des barrières protectrices pour arrêter ce trafic. La France doit y trouver un débouché pour écouler une partie de la production de la Lorraine et de la Sarre; ses bénéfices serviront à
solder une partie des sommes importantes qu'elle doit aux charbonniers anglais.
Le marché extra-européen. — Sur les autres marchés du monde, la concurrence sera également très âpre. Des concurrents se sont levés pendant la guerre qui sont mieux placés pour conquérir cette clientèle.
La puissance métallurgique des États-Unis est devenue formidable. La guerre l'a développée, mais elle n'en est pas l'origine. Dès 1913, la production de la fonte atteignait 31 millions de tonnes presque entièrement absorbées par le marché intérieur. « Dans l'ensemble, écrit M. Tribot-Laspière, la production et ses accroissements considérables répondent aux besoins. Un tel état de choses est d'ailleurs naturel dans un pays immense où tant de territoires restent encore à peupler, où chaque année la population s'accroît de plusieurs millions d'individus et où les habitants vivent dans le gigantesque, tant par les conditions même de la vie que par leur besoin naturel de faire grand. » Sans doute, il y a bien rupture d'équilibre, de temps à autre, entre la production et la consommation, mais ces périodes étaient avant guerre peu fréquentes, et les exportations chiffraient peu. Les places étrangères étaient plutôt considérées comme des régulateurs en cas de crise : les courtiers américains y présentaient rarement leurs marchandises. Si, en 1910, le pays de Galles fut inondé de blooms et de billettes en provenance des Etats-Unis et vendus à un tarif inférieur au prix de revient, ce fut là un phénomène temporaire, conséquence du ralentissement des demandes à l'intérieur.
La guerre accrut cette production; elle se chiffrait en 1918 par 39 millions de tonnes et cependant les stocks
(•talent épuisés. L'espérance de fortes commandes, au lendemain de la paix, augmenta encore le nombre des hauts fourneaux. De 205 en 1915 il passa à 452 fin 1919; leur productivité était estimée à 45 millions de tonnes pour 1920, soit GO p. 100 de la production mondiale de la fonte, en 1913. Comme terme de comparaison, on peut noter que la France entière possédait, fin décembre 1920, 91 hauts fourneaux et avait livré 3 740 000 tonnes de fonte. Sans doute tous ces appareils ne sont pas allumés. Les grèves, les transports, l'état du marché empêchent qu'ils ne soient mis à feu simultanément. Mais l'accroissement rapide du tonnage élaboré a décidé un changement d'orientation dans la politique commerciale.
Avec une telle production, les importations sont devenues négligeables : 190 000 tonnes pour la fonte, 79 000 tonnes pour l'acier en 1920. Par contre, les exportations ont pris une ampleur d'autant plus considérable que les marchés intérieurs étaient pourvus et que la nouvelle flotte trouvait dans les produits métallurgiques un fret de premier ordre. Cette même année, elles cnt atteint 4 millions de tonnes. Pendant la guerre, le sens du mouvement était dirigé nettement vers les pays alliés : la France, la Grande-Bretagne, l'Italie; en 1918, ces puissances ont reçu pour 150 468 000 S d'acier en lingots et de produits demi-fins. La signature de l'armistice et la crise des changes restreignirent les achats du vieux continent. Cependant le développement des constructions navales dans le monde entier, la réfection des chemins de fer chez les belligérants ont accru la vente des produits finis. Par exemple, le nombre des locomotives livré à l'étranger est le plus élevé qui ait été jamais enregistré (959 en 1917 contre 1911 en 1920) : Cuba pour 288 machines, l'Italie pour 175, la France pour 102, le Brésil pour 147, la
APRÈS LA GTTERRE 187
Pologne pour 139 ont été les principaux acheteurs.
La valeur totale des exportations pour le fer et pour l'acier a atteint S 302 millions en 1920. Le plus souvent elles marquent une victoire remportée sur la métallurgie anglaise. La Grande-Bretagne, elle-même, a reçu 307 000 tonnes de produits américains. Viennent ensuite les pays où le change est le moins bas, le Brésil, l'Argentine, les Colonies anglaises et l'Extrême-Orient.
Au Japon la situation est particulièrement caractéristique : en 1913, il avait absorbé 182 000 tonnes d'acier anglais, soit 4 fois et demie de plus que d'acier américain: en 1919, les exportations de la Grande-Bretagne se limitaient à 00 300 tonnes, soit au dixième des exportations des États-Unis. En 1920, l'Amérique a fourni dans l'archipel nippon 013 000 tonnes dont 89 000 tonnes d'acier de construction, 275 000 tonnes de tôles, 50 000 tonnes de fer blanc, 1 35 000 tonnes de rails. La même année, la part de l'Angleterre n'était que de 116 000 tonnes.
Dans leurs propres colonies, les Anglais ont été sévèrement combattus. En 1920, la Grande-Bretagne a essayé de reprendre la place qu'elle avait perdue pendant la guerre et en 1919; elle a réussi à améliorer sa position sans amoindrir celle des États-Unis. En Australie et en Nouvelle-Zélande, les Anglais arrivent avec 187 000 tonnes, les Américains avec 52 000 tonnes; les chiffres sont de 221 000 tonnes contre 74 000 tonnes aux Indes; 57 000 tonnes contre 38 000 tonnes dans l'Afrique du Sud.
Les États-Unis sont, pour le moment, la seule puissance métallurgique du nouveau continent; mais d'autres Etats s'équipent pareillement pour arrêter les importations étrangères.
Les distances considérables qui séparent les minerais des houilles, la pauvreté des gisements charbonniers.
188 l'industrie PU FER EN FRANCE
a longtemps arrêté la création d'une industrie sidérurgique au Brésil. Pour qu'une métallurgie put prospérer, il eut fallu importer de fortes quantités de coke. On avait songé à exporter en Europe les minerais riches et à recevoir, comme fret de retour, les combustibles nécessaires. Des chargements de minerais envoyés en Angleterre donnèrent, à l'analyse, toute satisfaction. Les sortes des états de Santa-Catharina, de Rio Grande dol Sul, de Minas Geraes se comportèrent admirablement dans les lits de fusion. Présentement le gouvernement paraît se proposer un autre programme. Il songe à utiliser directement ses charbons ou à construire, dans l'état de Minas Geraes des fours électriques. Une mission brésilienne a été envoyée en Suède pour étudier sur place les appareils de fort tonnage. L'Amérique du Sud doit échapper à la métallurgie européenne, conquise dès maintenant par la sidérurgie des États-Unis et, dans un avenir prochain, réservée à la sidérurgie nationale.
Semblablement, la guerre européenne a décidé, en Asie et en Australie, la création d'industries du fer, au sens moderne du mot.
La hausse des produits marchands, conséquence des demandes de l'armement et des chantiers de construction navale, a donné aux aciéries nipponnes un essor considérable; elle les ont fait sortir du cadre relativement modeste où elles se consacraient à la satisfaction des besoins nationaux. Malheureusement l'insuffisance des moyens techniques, l'incompétence de la direction, l'absence de toute politique économique et surtout la pauvreté des gisements ferrifères n'ont pas permis :i l'industrie du fer de supporter la crise de 1919-1920, et de lutter, à l'époque de la baisse, avec la concurrence anglaise ou américaine. En 1920, le Japon a importé une grande partie de son matériel de chemin
de fer et les tôles nécessaires à ses chantiers de construction. Le projet d'élever des hauts fourneaux, pour la production annuelle de quelque 1 500 000 tonnes, n'a pas été réalisé, malgré l'appui financier du gouvernement. La tendance actuelle de la sidérurgie nipponne parait être de [construire des usines sur le continent à portée des gisements ferrii'ères qui alimentent les aciéries de l'archipel : en Corée et en Mandchourie, d'où la concurrence russe a été évincée; en Chine ou des associations de capitaux sino -japonais se sont déjà formées pour l'exploitation des établissements d'Hankon.
La Chine est la future puissance métallurgique de l'Extrême-Orient. Ses réserves houillères peuvent compter, très vraisemblablement, parmi les premières du monde; et en bien des points, comme dans le Clevelaud, le charbon est superposé au minerai de fer. Cependant, par crainte de la vindicte publique, le pouvoir central s'est longtemps refusé à laisser fouiller le sous-sol. L'importance de l'industrie sidérurgique n'est donc point actuellement en rapport avec l'importance territoriale du pays. Cependant l'industrie du fer est en progrès continu. Plus de 050 000 tonnes de minerais ont été exportées en 1920, à destination du Japon principalement. La même année, les chantiers de construction de Shangaï ont construit 2 grands steamers pour le gouvernement britannique, 2 cargos pour la Norvège, 2 cargos pour les États-Unis, sans compter de nombreux navires de moindres tonnages pour la navigation côtière. Enfin des ingénieurs américains achèvent à Schiechinsham, dans la banlieue de Pékin la construction de hauts fourneaux, dont la mise à feu est imminente.
Egalement en Asie, les Indes ont fait preuve dans ces dernières années d'une remarquable aptivité dans l'industrie du fer. En 1919, les 7 hauts fourneaux du
Bengale ont produit 232 000 tonnes de fonte, 2 600 tonnes de ferro-manganèse, 134 000 tonnes d'acier. Le gouvernement de Mysore installe un haut fourneau qui produira 20 000 tonnes de fonte par an, en utilisai! I les minerais voisins de Shinioga. Les ateliers de transformation ont élaboré des rails, des poutrelles, des tôles, des tubes. La consommation locale n'est plus uniquement tributaire de l'étranger.
Enfin, l'Australie, demeurée si longtemps au stade agricole, semble entrer dans la période industrielle de son évolution. Longtemps confinée dans la métallurgie des métaux précieux, par le fait de l'éloignement qui existe entre ses charbonnages et ses gisements ferrif i r» , elle a élevé son premier haut fourneau en 1913. Depuis lors, l'industrie sidérurgique s'est progressivement développée. La Brocken Hill Proprietary a élevé son quatrième haut fourneau près des charbonnages de Newcastle; elle a construit un laminoir et des trains; la Compagnie Haskins installe une industrie complète à Port Kemble, près de Wollongong. En 1920, l'industrie australienne a produit 86 000 tonnes de fonte, en augmentation de 5 000 tonnes sur l'année précédente. Le département des chemins de fer a entrepris la construction de 20 locomotives.
Sans doute la capacité de consommation est « norme en Australie comme en Asie. Les industries nouvellement créées ne peuvent avoir la prétention de satisfaire, de suite, à tou^ les besoins des populations; mais elles révèlent la volonté des gouvernements de réserver aux métallurgies nationales la plus grande partie des commandes.
Eloignée des places de l'Extrême-Orient et de l'Amérique latine où elle est distancée, pour le moment, par des concurrents plus avantagés comme prix de revient et comme distance, — où elle sera arrêtée
dans un avenir prochain, par l'industrie indigène, — la France ne peut exercer son activité sidérurgique qu'en Afrique, encore privée de toute métallurgie ou dans ses colonies, si des droits prohibitifs sauvegardent ses intérêts. Ce sont les seuls marchés du monde, à de rares exceptions près, qui pourront recevoir le surplus de la production dont la clientèle européenne et la clientèle nationale n'auront pu prendre livraison.