NOMBRE DES PATENTÉS EN
i" catégorie. 8 e catégorie. 3 e catégorie. 4" catégorie. 5" catégorie.
Total. . . . 431 .354 patentés, ayant payé 39.434.465 pesetas. Contre en 1893-94. 463 . 1 10 — — 46 . 169 . 454 —
^^TmSt^l 31 -756 contribuables, ayant payé. 6.734.989 pesetas.
Le nombre des fabriques qui était en 1893-94 de 65.652 a passé, en 1895-96, à celui de 61.626, ce qui fait une diminution de 4.026 fabriques, qui n'est pas justifiée du tout. Nous aurons l'occasion, en parlant des industries des cotonnades et lainages, de mentionner, au contraire, les grands progrès réalisés en Catalogne où se sont installées des fabriques avec un outillage aussi perfectionné qu'en France et en Angleterre et qui emploient des centaines d'ouvriers pour arriver à produire de grandes quantités non seulement pour le marché intérieur, mais encore pour l'exportation.
N.-B. — Voir les 3 tableaux annexés " Statistique industrielle u qui ont été spécialement dressés pour cet ouvrage par le Ministère des Finances d'Espagne,
Le commerce de l'Espagne au dix-huitième siècle. —L'Espagne commissionnaire de l'Europe. — Mouvements des échanges de 1784 à 1834. — Mouvements des échanges de 1853 à 1899. — Un pays importateur devenu exportateur en 1898. — Tableau du commerce extérieur de l'Espagne en 1896, 1897, 1898. — Détails du commerce extérieur en 1898. — Détails du commerce de l'Espagne avec chaque nation du globe en 1898. — Chiffres provisoires du commerce de 1899. — Détails du commerce dans les trois dernières années. — Bonne situation économique de l'Espagne.
Il serait oiseux, dans cet ouvrage, de remonter, pour étudier le commerce de l'Espagne, au temps des Phéniciens, des Carthaginois, de Phocée et de Rome ; comme nous l'avons déjà dit, sa configuration géographique et ses immenses frontières maritimes font de l'Espagne un pays éminemment prédisposé au commerce. La richesse de son sol et de son sous-sol attira, d'ailleurs, dès l'antiquité la plus reculée, l'attention des peuples navigateurs et fit de l'Espagne l'objet de leurs convoitises. Nous avons vu dans le précédent chapitre de quelle prospérité commerciale et industrielle a joui l'Espagne sous la domination des Maures ; nous avons expliqué les causes de sa décadence industrielle, causes politiques et morales, c'est-à-dire passagères et accidentelles, mais qui avaient laissé de si puissantes racines dans les sphères gouvernementales qu'il a fallu un siècle pour les détruire et qu'on ne sait même pas encore si la longue période de luttes en faveur du progrès, soutenues depuis la mort de Ferdinand VII jusqu'à nos jours par tant d'illustres hommes d'Etat espagnols, sera close définitivement au début du vingtième siècle par le triomphe complet des idées modernes et le retour aux habitudes de travail et d'activité économique qui distinguèrent la race espagnole avant la découverte du Nouveau -Monde.
Erreurs politiques mises à part, il faut d'ailleurs reconnaître
que l'Espagne se trouva, à la suite de la conquête de l'Amérique, dans la situation d'un travailleur honnête, laborieux, qui a accoutumé pendant des années de gagner sa vie à la. sueur de son front et qui fait tout d'un coup un héritage d'un oncle milliardaire. Cette prospérité inouïe autant qu'inattendue peut troubler parfois les plus solides cerveaux. Pourquoi travailler obstinément et durement en Espagne même, se dirent les Espagnols, alors que le Mexique, le Pérou, les Antilles, le Chili donnent des fortunes à tous ceux qui prennent la peine d'y aller et les leur livrent sans effort, presque sans fatigue ?
Et tout un peuple, toute une race furent affolés par les galions revenant du Nouveau-Monde, par ces trésors qui semblaient inépuisables, par cet or et cet argent que les mines dégorgeaient en quantités extraordinaires.
Tout ce qui avait de l'énergie, de l'activité, de la hardiesse s'empressa de quitter la mère-patrie et d'aller tenter la fortune au-delà des océans. Et l'Espagne, terre de vaillants chevaliers et patrie de ces intrépides Ahnojovares qui portèrent jusqu'en Asie-Mineure et en Grèce la terreur de leurs glaives, l'Espagne devint la pépinière de cette pléiade de conquistadores farouches et sanguinaires, indomptables et formidables, qui en firent la première puissance coloniale des seizième et dix-septième siècles, en même temps que la première puissance maritime. Grâce à eux, grâce à leurs héroïques aventures, le monde civilisé double d'étendue ; leurs noms flottent encore comme de glorieux et impérissables souvenirs sur tous les points du globe, dont ils nous ont révélé l'existence.
Nation de nobles, nation de prêtres, nation de chevaliers, de navigateurs et de soldats, telle fut l'Espagne, la grande et sombre Espagne de Charles-Quint et de Philippe II. Mais elle épuisa en efforts démesurés ses richesses et son sang ; l'élite de la race alla mourir au loin, l'activité et l'esprit d'entreprises émigrèrent au Nouveau-Monde. La péninsule resta inanimée, inerte, comme en prières, attendant les victoires de ses fils en Europe et en Amérique, ne travaillant .plus et ne produisant
là
plus, comptant sur les galions chargés d'or et d'argent pour payer le travail des autres peuples. L'Espagne fut le fils de famille qui ne travaille pas parce qu'il sait que d'autres travaillent pour lui, qui ne songe qu'à satisfaire ses goûts, qu'à pourvoir à ses plaisirs et à ses vices, persuadé que la caisse paternelle soldera ses notes de tous genres. L'Espagne devint la meilleure cliente de l'industrie européenne ; elle acheta les objets fabriqués, les tissus, les belles et bonnes marchandises de toutes les espèces non seulement pour elle-même, pour sa propre consommation, mais encore et surtout pour la consommation de ses colonies du Nouveau-Monde.
Entre l'Europe et ses colonies d'Amérique, pendant trois siècles l'Espagne fut un gigantesque commissionnaire, achetant en Europe ce que demandaient les colonies et se contentant de prélever des bénéfices, des commissions et des courtages. La péninsule devint un entrepôt où les marchandises européennes venaient s'embarquer sur les navires espagnols pour cingler vers le Nouveau-Monde, laissant, certes, de grands profits dans les mains des négociants et armateurs espagnols, mais tuant le peu d'industrie qui restait encore en Espagne et qui vivotait incapable de satisfaire même aux besoins du commerce intérieur.
Dans un ouvrage de ce genre, ce ne sont point des phrases que Ton attend, quelque brillantes qu'elles puissent être, ce sont des renseignements précis, des chiffres et des statistiques. C'est avec des documents officiels et très rares que je v$is montrer l'état du commerce de l'Espagne à la fin du dix-huitième siècle, et c'est encore avec des statistiques se complétant et s'expliquan* mutuellement les unes les autres que je donnerai une idée très nette du mouvement commercial de l'Espagne dans les premières années du dix-neuvième siècle et de 1853 jusqu'à nos jours.
Voici les statistiques du commerce extérieur de l'Espagne en 4784, 1785 et 1792 :
tf6 GASTON ROUTIER
LE COMMERCE EXTÉRIEUR DE i/ESPAGNE EN 1784, 1785, 1792.
Importations
1784. — Marchandises.. 90.288. OOOfr.
Or et argent. . . 250.880.000
Totaux... 341.148.000
1785. — Marchandises. . 104,870.000
Or et argent... 236. 960. 000
Totaux... 341.830.000
1792. — Marchandises.
Or et argent. .
Totaux... 183.837.000
Exportations
Produits espagnols. . 52 . 888 . 000 fr .
— étrangers.. 64.510.000
Totaux.
Produits espagnols., 91.062.000
— étrangers
Totaux 207.157.000
Produits espagnols.. 60.257.000 — étrangers.. 55.778.000
Totaux.
En moyenne, d'après Moreau de Jonnès, le commerce de l'Espagne avec ses colonies dans les dernières années du dixhuitième siècle, se décomposait de la manière suivante :
Les possessions coloniales lui rapportaient : 54.000.000 de francs en marchandises, 122.000.000 en métaux précieux, soit 176.000.000 de francs.
Elles recevaient en retour : 66.000.000 de francs de produits espagnols, 75.000.000 de francs de produits étrangers, soit 141 . 000 . 000 de francs.
L'étranger fournissait des marchandises à l'Espagne, évaluées à 130.000.000 de francs, dont 44 . 000 . 000 par le commerce régulier et les statistiques des douanes, et 86.000.000 par la contrebande, d'après les estimations officielles.
Il recevait en échange ou en paiement : 15.000.000 de produits coloniaux, 28.000 . 000 de produits espagnols et 87 . 000 . 000 de métaux précieux, soit 130.000.000 de francs.
Sur 122.000.000 de francs de métaux précieux que l'Espagne tirait de ses colonies chaque année, elle en donnait donc 87.000.000 à l'étranger, en paiement de ses ^produits fabri" qués,
On peut voir bien nettement, grâce à ces chiffres, dans quelle fâcheuse situation économique se trouvait l'Espagne au siècle dernier et comment elle était condamnée à n'être que l'intermédiaire entre ses colonies et l'Europe, à cause de la décadence extraordinaire de son industrie.
TABLEAU DES EXPORTATIONS DE L'ESPAGNE DANS SES COLONIES D'AMÉRIQUE DE 1786 A 1796
Années
Produits espagnols
Produits étrangers
Totaux
Totaux.
Ainsi, en dix ans, l'Espagne exportait dans ses colonies 567 millions de produits espagnols et 575 millions de produits étrangers, c'est-à-dire 10 millions de plus de produits étrangers que des siens.
Les immenses quantités d'or et d'argent qu'elle tirait des mines du Nouveau-Monde et qui augmentaient d'années en années, ne lui servaient donc qu'à payer les différences de la.balance commerciale et les trésors de l'Amérique ne faisaient que passer par les mains des Espagnols pour aller enrichir les industriels européens.
C'était le sic vos non vobis commercial, et ce déplorable résultat^ d'une absurde politique économique, a eu pour consé-
quence de laisser parmi les plus arriérés et les moins industriels de l'Europe un pays qui aurait dû être de beaucoup le plus riche et le plus prospère de l'univers. De 1497 à 4803, sous la domination espagnole, M. de Humboldt a calculé que le produit des mines d'Amérique a été de 26.558.250.000 francs. Nous donnons çi-dessous le tableau de cette extraordinaire fortune qui s'est évanouie entre les mains de la Maison d'Autriche en gaspillages de tous genres, en dépenses folles pour soutenir des guerres et des intrigues incessantes et qui a passé chez un peuple d'oisifs et de désœuvrés sans laisser, pour ainsi dire, des traces,
PRODUCTION DES MINF3 DU NOUVEAU-MONDE, D'APRÈS HUMBOLDT Périodes Valeurs en francs
De 1497 à 1500 3.750.000 "
De 1500 à 1545 675.000.000
De 1545 à 1600 3.025.000.000
De 1600 à 1700 8.000.000.000 '
De 1700 à 1750 5.500.000.000
De 1750 à 1803 9.350.000.000 '*
Total en 306 ans-. 26.558.250.000
Nous ne parlerons pas des mouvements du commerce pendant les époques troublées de la guerre de l'Indépendance ; nous sauterons aux statistiques de 1827 et 1829, qui fournissent d'utiles renseignements, car elles nous montrent le commerce extérieur de l'Espagne immédiatement après les secousses terribles des guerres étrangères et civiles, et au moment où les révolutions successives de ses colonies la réduisaient à la possession des Antilles et des Philippines. Le Chili et la Colombie en 4820, le Mexique et le Pérou en 1825 proclament leur indépendance et l'Espagne, mal gouvernée, incapable d'un effort militaire et naval, est obligée de s'incliner et de reconnaître leur autonomie politique.
Son commerce d'entrepôt ou de commission est donc ruiné
d'un seul coup ; la voici réduite à n'acheter plus que pour sa consommation et à ne compter que sur la vente de ses propres produits pour solder ses comptes.