MOUVEMENTS DE LA POPULATION DE L ESPAGNE DEPUIS LA CONQUÊTE ROMAINE
t Les évaluations plus ou
400 ans avant J.-C I moins exactes ou dignes
Période Romaine ] de foi des anciens histo-
Période des Visigoths j riens, portent la popula-
Pendant la domination des Maures, F tion de la péninsule à 20
l et 30 millions d'àmes.
En 4380. — (Chiffres fournis par les vieux historiens.) — 24. 700. O0Q habitants.
— 44 . 000 . 000 d'habit, dans les Etats de Gastille.
— 7.700.000 — ' d'Aragon.
— 3.000.000 — dans le royaume de Grenade.
En 4490. — Sous les rois catholiques, on estime généralement la population de l'Espagne à 22 . 000 . 000 d'habitants. Certains historiens vont jusqu'à 28.000.000 d'habitants.
En 4648. — 9.000.000 d'habitants d'après Cevallos.
— 7.500.000 — Ustariz.
En 4700. — 8.000.000 — à la mort de Charles IL
En 4723. — 7.625.000 — d'après un recensement,
qui constata 4 .440.403 feux, donnant à six personnes chacun, un total de 6.840.648 roturiers, plus 406.000 ecclésiastiques, 1 sur 37 ; 625.000 nobles reconnus, 4 sur 42.
En 4726. — 5.423.000, d'après le recensement ordonné par Philippe V, mais où ne sont pas compris les ordres privilégiés.
En 4769. ■ — 9.304 .728 habitants, d'après un cens de toutes les classes de la population, avec les îles Canaries et les présides d'Afrique.
En 4770. — 9.907.000 habitants, avec les îles Canaries et les présides d'Afrique.
L'INDUSTRIE ET LE COMMERCE t)E L'ESPAGNE
En 1788.
— 40.143.000 habitants 10.409.879 —
En 1860. — 15.673.536 En 1867. — 16.526.000 En 1S77. — 16.634.345 En 1887. - 17.565.632 En 1897. — 18.089.500
En 1803.
En 1821.
En 1826.
En 1834.
En 1857.
en comp. les Canaries.
sans les Canaries, d'ap . 16 recens. gin.
— en compr. les Canaries.
D'après le recensement de 1887, l'Institut géographique espagnol divisait la population de l'Espagne ainsi que ci-contre :
ProTiocas
Galice et Asturies.
Vieille-Castiile
Biscaye et Navarre
Aragon
Catalogne et Baléares
Valence et Murcie
Andalousie
Extremadnre
Nouvelle-Gustille
Canaries et côtes du Maroc .
Totaux
Population urbaine
Popula ion rurale
Mais cette division n'est que d'une justesse relative : d'après un.journal quotidien de Madrid, le recensement de 1897 aurait donné la répartition suivante de la population de l'Espagne par profession :
|f omîmes* Femmes.
Sans profession ou emploi. 1.964.113 6.764.406
Agriculture (paysans, fermiers, etc)..*. 4.033 391 828.541
I Commerce-Industrie, J
Fabrication, V 463.110 Arts et métiers, profes. div. )
Employés de l'Administration . . 97.257
Pensionnés de l'Etat 64.000
Maîtres d'écoles, professeurs, etc.. 24.624 14.940
Elèves et étudiants. * 1 .009.810 719.110
Docteurs médecins 30.477
Sages-femmes 78
Ecrivains, littérateurs, journalistes 1 .171 32
Acteurs et actrices 3.497
Domestiques des deux sexes 323.003
Prêtres et moines, religieuses 45.328 28.549
Mendiants de profession (.sic) 30.279 51 .948
Espagnoles deux sexes ne sachant ni J 3 M? ^ 2m 5d lire ni écrire )
11 est utile de connaître ces chiffres pour pouvoir bien se rendre compte de la situation commerciale et industrielle de l'Espagne, des causes de son infériorité industrielle, de son retard sur le progrès moderne, des efforts considérables que devra faire ce pays pour se relever de ses désastres, rétablir ses linances et entrer dans une ère définitive de prospérité économique.
Une des premières conditions pour assurer l'avenir du peuple espagnol, sera de répandre l'instruction ; le fait qu'il y a, en l'an 1900, dans la péninsule plus de 6.100.000 illettrés des deux sexes, est à lui seul la condamnation du système d'instruction suivi jusqu'à ce jour.
La seconde condition sera certainement l'extirpation de la fraude de parmi les coutumes espagnoles, où elle est si puissamment enracinée.
Les Espagnols , semblent se complaire à tromper, à voler l'administration des finances; si Ton peut accuser les agents
subalternes du fisc de concussion, d'indélicatesse, si ces malheureux employés mal rétribués se laissent aller à se rendre complices des fraudes de tous genres en recevant de l'argent pour fermer les yeux, il faut avouer que les premiers coupables, les véritables auteurs responsables de cette démoralisation sont les contribuables eux-mêmes qui s'ingénient à cacher leurs propriétés, leurs revenus, la matière imposable quelle qu'elle soit. Je reviendrai sur cette question si grave en d?a*itres occasions, car la fraude en Espagne est un vice dont on trouve les traces néfastes partout.
Si j'en parle maintenant, c'est pour mentionner que même dans 'es opérations du recensement on ne peut avoir qu'une confiance limitée dans les déclarations faites aux agents de l'administration espagnole; comme l'impôt en Espagne est basé sur le nombre plus ou moins élevé des habitants des villes, villages et hameaux, les municipalités elles-mêmes falsifient les actes du recensement et déclarent un chiffre moindre d'habitants pour jouir d'une cote moins élevée d'impositions.
Une revue financière espagnole « Los Negocios » estime, à ce propos, que les chiffres du recensement de 4897 qui donnent une population totale de 18.089.500 habitants sont au-dessous de la vérité et que la population de l'Espagne est actuellement de 20 millions d'habitants.
Cette différence de 2 millions entre la réalité et les chiffres du dernier recencement provient des nombreuses soustractions faites par les municipalités des petites villes principalement, qui veulent éluder le versement de la part qui revient à l'Etat sur les recettes des octrois et voir figurer leur localité dans une catégorie moins fortement imposée que celle où elle devrait être de par le nombre véritable de ses habitants. Les cotes d'impôt sont, en effet, au nombre de dix dans chacune des douze classes des impôts directs que paient les industries, le commerce, etc.... Voici le tableau de ces cotes budgétaires : les impôts directs sont divisés en douze classes et chaque classe en dix catégories, suivant une échelle progressive de la dixième à la première-
Bases de population.
Première catégorie. — Madrid.
2 e Catégorie. — Barcelone, Cadix, Malaga, Santander, Séville, Valence et ports de commerce et autres de plus de 40.000 habitants.
3 e Catégorie. — Alicante, Alméria, Cordoue, La Corogne, Grenade, Murcie, Valladolid, Saragosse, Palma de Mayorque et villes non maritimes de plus de 40.000 habitants.
4 e Catégorie. ^- Tarragone et villes non maritimes de 30.000 à 40.000 habitants.
5 e Catégorie. — Badajoz, Burgos, Castellon, Jaën, Lérida, Oviédo, Tolède et villes non maritimes de 20 . 000 à 30 . 000 habitants.
6 e Catégorie. — Albacete, Cuidad-Reai; Gérone, Huelva, Logrono, Lugo, Orense, Palencia, Salarnanque, Santa-Cruz de Ténériffe et villes non maritimes de 16.000 à 20.000 habit.
7 e Catégorie. — Avila, Cacérès, Cuenca, Guadalajara, Huesca, Léon, Pontevedra, Segovia, Soria, Téruel, Zamora et villes non maritimes de 10.000 à 16.000 habitants.
8 e Catégorie. — Villes non maritimes de 5.401 à 10.000 habitants.
9 e Catégorie, — Villes non maritimes de 2.301 à 5.400 habitants.
10« Catégorie. — Villes et villages de 2.300 habitants et au-dessous.
Cinq millions d'individus des deux sexes consacrés à l'agriculture sur 20 millions d'habitants. — Terres cultivées et terres incultes. — Nécessité de l'irrigation. — Les canaux actuels. — La réfection du cadastre. — Le morcellement des grandes propriétés.
Il est clair qu'un pays où l'agriculture n'emploie qu'un quart environ de la population mâle et féminine, ne saurait
prétendre être placé au premier rang des pays agricoles ; et cependant il serait facile à l'Espagne de devenir rapidement un pays éminemment producteur et exportateur.
Si Ton admettait, en effet, pour règle générale, quoique forcément relative, la division qu'on a voulu établir entre les nations en les classant, soit comme pays producteurs, soit comme pays consommateurs, on pourrait dire aujourd'hui que l'Espagne est plutôt un pays consommateur.
Mais, pour être plus proche de la vérité, il faut dire que l'Espagne, à cause du retard de son industrie, et malgré les efforts qu'elle fait depuis quelques années, est un pays actuellement consommateur de produits manufacturés et un pays producteur de produits du sol.
En examinant de près et avec la plus grande attention le mouvement des échanges de l'Espagne avec les autres pays, c'est-à-dire ses importations et exportations depuis un demisiècle, nous trouverons bien vite la justification éclatante par les chiffres de ce jugement qui peut sembler exagéré à première vue.
Mais il faut reconnaître que si l'Espagne est de nos jours tributaire de l'étranger pour une foule d'articles, cette situation déplorable n'est que le résultat de sa profonde décadence économique, commencée et portée à son comble par la politique néfaste de la Maison d'Autriche, et que depuis le début de ce siècle, malgré les guerres civiles et les désastres de ces dernières années, ce pays semble au contraire chercher à mettre un terme aux maux dont il a souffert et être entré dans une période de relèvement et de travail. Quelques années de paix suffiront à modifier complètement la situation économique de l'Espagne et, si les Espagnols veulent s'en donner la peine, ils pourront edevenir, comme au temps des rois catholiques, le pays le plu s j ndustriel et le plus grand exportateur de l'Europe en produits du sol (céréales, fruits et primeurs).
Comme on ne comprend bien que ce qui est clairement et nette ment divisé et présenté, avant d'étudier les détails du ccm Routier 3
merce de l'Espagne, ses productions de tous genres et son industrie, je veux dire quelques mots de l'agriculture de ce pays, de l'état des canaux d'arrosage et de navigation inférieure, en général, et de la réfection de son cadastre qui s'impose.
Nous lisons, à ce sujet, dans la statistique des travaux pubîics, publiée en 1898 par le Ministère du Fomento, les lignes suivantes :
« L'Espagne, par ses conditions naturelles, est un pays agricole ; mais son agriculture est très en retard. Les terrains incultes s'élèvent à 48 °/o de la superficie totale, taudis qu'ils •n'occupent dans la Grande-Bretagne que 28,4 °/° d e 1* superficie; en Hollande, que 23 %', en Italie, 19,3 % ; en Irlande, 13,4 °; « ; eii Hongrie, 10,2 °/ ; en Allemagne, 9,9 °/o ; en Belgique, 9,4 %; en France, 9 °/o ; en Autriche, 6,9 %• Parmi les terres cultivées en Espagne, il n'y en a que la trentième partie qui soit arrosée par des canaux. »
L'importance de l'irrigation des terres; dans une contrée ensoleillée comme l'Espagne, où la quantité d'eau de pluie qui tombe chaque année est très faible, est indiscutable.
Un seul chiffre permettra d'apprécier la plus-value énorme que donnent les rendements en blés des terrains arrosés comparés à ceux des terrains secs :