RECOLTE DE
Production moyenne du blé à V hectare par quintal
métrique.
Terrains secs : 8,30.
Terrains arrosés : 16,28.
Les propriétaires des terrains arrosés ont eu, par conséquent, un rendement d'environ cinquante pour cent supérieur à celui' des propriétaires de terrains secs. Ce rendement aurait pu être encore plus élevé si les agriculteurs espagnols savaient faire un usage judicieux des engrais et surtout des engrais chimiques,
qui sont encore très peu employés en Espagne, bien que les. phosphates abondent en certains endroits.
Il est donc indispensable que le gouvernement espagnol se préoccupe de plus en plus des canaux : il existe au Ministère du Fomento une' grande quantité de projets bien étudiés, mais ces projets ne sont jamais sortis de la période des études et des plans.
La navigation intérieure en Espagne est réduite au canal de Castille, au canal d'Aragon; à* la navigation de l'Eb^e canalisé d'Escatron à la mer. Sont encore navigables : le Guadalquivir, de l'embouchure à Séville, le Nervion jusqu'à Bilbao, POdril jusqu'à Huelva.
Le reste des fleuves de la péninsule ne se prête pas à la navigation et exigerait des travaux considérables. Les chemins de fer enlèvent, d'ailleurs, tout le trafic aux canaux plus haut mentionnés, et la création de grandes routes et de chemins de fer secondaires est plus nécessaire au développement de l'agriculture, du commerce et de Pindustrie, que la création immédiate de canaux navigables. Ce qu'il importe de terminer immédiatement, c'est le réseau des canaux d'irrigation.
On estime à 900.000 hectares, les terres dites d'arrosage de la péninsule ; on les divise ainsi qu'il suit :
Versant des Pyrénées-Orientales. — 20.000 hectares, dont :
1.700 recevant les eaux des canaux de Manresa ; 3.200 recevant les eaux du canal de l'Infante ; 1.100 recevant les eaux du canal de la rive gauche du Llobregat ; 600 recevant les eaux de l'aqueduc de Moncada ; soit en totalité environ 30 % seulement qui sont arrosés.
Bassin de VEbre. — 230.000 hectares dits d'arrosage, dont : 32.000 prennent l'eau du fleuve directement ; 6.000 reçoivent les eaux du canal de Tauste; 15.000 reçoivent les eaux du canal Impérial ; 6.000 reçoivent les eaux du canal de Clerta ; 76.000 reçoivent les eaux des affluents de la rive droite; 101.000 reçoivent les eaux des affluents de la rive gauche, dont 52.000 desservis par le canal d'Urgeh
2c GASTON ROUTIER
Environ 1,000 hectares des jardins de Tortosa sont arrosés avec dès eaux souterraines élevées au moyen de norias. Région Sud-Est. — Environ 180.000 hectares, dont : 31.300 sont fournis d'eaux par l'aqueduc royal de Jucar et les marais de Tibi, Almansa, Elché et Puentes. Dans cette région, sont comprises les campagnes fertiles de Murcie, Lorca, Orihuéla, Alicante, Valence et La Plana. Il existe aussi des puits artésiens à Murcie.
Versant méridional. ~ 56.000 hectares, dont 3 000 arrosés effectivement par les canaux du Guadiaro, de Fardés, de Santa- Fé et de Motril.
' Bassin du Guadalquivir. — 35.000 hectares, arrosés par des prises d'eaux directes du fleuve, sauf dans les champs de Loja, où on utilise des sources naturelles et dans ceux de Pal ma del Rio, où on l'élève au moyen de roues hydrauliques.
Bassin du Guadiana. — 21.000 hectares, dont 2.000 arrosés par les catiaux de Guadiana et de Gran Prior.
Bassin du Tage. — 30.000 hectares, dont 5.000 desservis par de grands canaux.
Bassin du Duero. — 102.000 hectares dits d'arrosage, mais à peine si le canal de Castille peut servir à arroser et le canal de l'Esla ne peut desservir que 13.000 hectares.
Région occidentale de Galice. — 200.000 hectares, arrosés parla nature, sans canaux ni marais, cette région étant traversée d'innombrables cours d'eaux.
Versant Septentrional. -— Environ 20.000 hectares. Il y a beaucoup de cours d'eaux dans cette région, mais on préfère les utiliser pour l'industrie que pour l'agriculture; les conditions climatologiques favorisent la culture.
On voit, par ce bref exposé des canaux existants, quelle immense étendue des terres reste encore à pourvoir de canaux. D'après le recensement cadastral de 1803, il y avait alors 8.512.000 hectares en cultures et jachères, 23.030.000 hectares en pâturages. En 1830, on estimait que les terrains cultivés comprenaient 16.000.000 d'hectares ; on peut déclarer que, de
nos jours, la superficie cultivée est au minimum de 20,000.000 d'hectares, ce qui est la preuve d'un grand progrès depuis cent ans.
Les plaines désolées d'Extrémadure, les déserts d'Aragon et de Castille, pourraient, grâce aux canaux, fournir 7 ou 8 millions d'hectares propres à la culture. Un écrivain, qui connaissait bien l'Espagne, Moreau de Jonnès, écrivait en 1834 : « On s'étonnerait de voir, sous les hautes latitudes de l'Europe, une aussi vaste étendue de terre presque inutile à l'homme et repoussant au-delà de ses limites les populations nécessiteuses. On sait que le sol est ingrat et frappé d'une éternelle stérilité, dans le voisinage des plateaux arctiques; mais ces déserts de l'Espagne, grands comme la moitié de la France, sont situés sous le climat le plus beau, le plus favorable à l'espèce humaine et à la culture des plantes qui fournissent les moissons les plus abondantes et les produits les plus riches. Ces terres, couvertes de broussailles ou d'herbes desséchées, étaient, sous la domination des Maures, d'une prodigieuse fertilité. L'irrigation et le travail peuvent, aujourd'hui comme alors, les faire ressembler aux campagnes florissantes de la Lombardie; et quelques progrès heureux faits dans ces derniers temps par l'agriculture espagnole sont des gages certains du succès qu'elle peut atteindre de nouveau dans ce pays, où elle fut si longtemps délaissée. »
En son rapport aux Cortès du 16 juin 1899, précédant le projet de loi du cadastre, le ministre des finances, D. Raymundo Fernandez Villaverde, déclare que : « c'est la constante aspiration des finances publiques de posséder une statistique delà richesse contributive, qui serve de base pour la levée des impôts et de règle fiscale pour la cote de chaque contribuable, par rapport avec ses propriétés, »
Il avoue qu'on n'a jamais rien fait encore en Espagne qui permette de connaître exactement l'étendue et la valeur des propriétés rurales. M. Villaverde propose, en conséquence, une réfection totale du cadastre, déjà commencée avec un grand
succès par M. Navarro Reverter, ce qui promet de grands résultats.
L'opération du cadastre, faite avec soin et surtout avec honnêteté par un corps d'ingénieurs topographes, est une mesure que réclame absolument l'intérêt général de la nation espagnole.
On a déjà commencé une revision de la propriété urbaine et, en tenant compte qu'il manque encore les statistiques de 33 capitales et de 6.575 villages, il ressort des vérifications des registres fiscaux de 42 capitales de province, dont Barcelone, Valence et Burgos, et de 2.100 villages, que l'augmentation des recettes provenant des droits de l'Etat est, en moyenne, de 28.436 pesetas dans les capitales et de 508 pesetas dans les villages.
On estime que le résultat total de la revision du cadastre urbain donnera au trésor l'augmentation de revenus ci-dessous :
Augmentation ( Dans les capitales. 938.388 pesetas,
probable. j Dans les villages. . 3.340.100 »
Résultats 0]}t6IlQS par la ) Bans les capitales. 341.230 »
révision dÉ|à terminée, | Dans les villages. . 1 . 065 .<M »,
Augmentation totale des contributions 5.685.631 pesetas.
Les opérations du cadastre sont relativement faciles dans les villes et villages; il n'en est pas de môme, surtout en Espagne, dans les campagnes. Aussi le cadastre rural est-il très en retard ; néanmoins, les résultats obtenus par la révision du cadastre dans cinq provinces ont été tels qu'ils ne peuvent être plus encourageants pour l'avenir.
Voici le tableau des valeurs des propriétés rurales qui ont été fournis par cette réfection du cadastre ;
Trovinces
Villages
Richesse déclarée
Richesse prourée
En plus
Grenade ,
Cadix . . .
Malaga . .
Cordoue .
Séville . .
Totaux.. 496 85.917,317 141.110.584 57.086.067
ou augmentation liquide : 55.193.267 (en déduisant 1.892.800 pesetas qui représentent la valeur des moins-values reconnues et prouvées par la réfection du cadastre) ; c'est-à-dire une augmentation nette de 64,24 pour cent.
Ces chiffres suffisent à démontrer l'immense occultation ou fraude qui doit exister, à l'heure actuelle, dans les déclara^ tions des propriétés rurales. Une partie de cette ignorance de la véritable étendue et de la réelle valeur des domaines privés est dû, sans aucun doute aussi, à la propre négligence des propriétaires ; ils se fient encore aux évaluations des actes de propriétés anciens ou des documents qui leur attribuent des terres. La réfection du cadastre rendra des services, même à ces intérêts particuliers, en leur faisant connaître les véritables limites de leurs propriétés, en détruisant les prétentions de ceux qui empiètent sur les voisins, en rectifiant, en un mot, des erreurs parfois voulues, mais certainement toujours préjudiciables à quelqu'un.
Il reste à souhaiter que les grands propriétaires se soumettent de bon gré à cette opération d z intérêt public et que l'obligation de payer l'intégralité de leurs contributions les engage à morceler leurs immenses propriétés, au lieu de continuer à les laisser improductives pour eux et pour les autres.
Ce serait % un heureux résultat de la réfection sérieuse du cadastre d'abolir en même temps les fraudes d'occultation et de procurer aux petits cultivateurs et fermiers de vastes terres qui n'attendentque leùrstraYaUxpour être des sources de richesses.
En 1830, on estimait qu'il n'y avait que le cinquième de la population de l'Espagne possédant des terres ; et voici rétendue des terres appartenant à ces 1.900.000 propriétaires : 5.953 nobles titrés et 150.000 ecclésiastiques possédaient : 24.800.000 hectares ; les autres, hidalgos, bourgeois, roturiers, au nombre de 1.755.000, possédaient seulement 12.700.000 hectares. Le nombre des propriétaires a aujourd'hui doublé en Espagne.
On remarquera, à ce propos, que les provinces les plus prospères, telles que la Catalogne, Valence, les pays basques, sont celles où la propriété foncière est le plus morcelée.
La division par fractions des immenses propriétés rurales de quelques grandes familles d'Espagne permettrait à des milliers de laboureurs de devenir propriétaires, de s'intéresser à leurs travaux, et ferait plus pour la prospérité de l'Espagne que les plus habiles mesures législatives.
La grande fortune de la France provient certainement du morcellement de la propriété foncière, qui a plus de valeur chez nous que dans aucun autre pays du globe, tout en étant plus divisée que partout ailleurs.
Coup d'oeil rétrospectif. — La prospérité industrielle de jadis. — Les causes de la décadence de l'industrie en Espagne. — Comparaison entre le début du quatorzième siècle et la fin. — Nombre des fabriques.
L'Espagne, fut jadis la nation la plus industrielle de l'Europe ; elle brilla surtout d'un très vif éclat dans les sciences et les arts, sous la domination des Maures. Alors que le moyen âge semblait plonger l'Europe dans une obscurité profonde et èiïïa&tait lentement la civilisation moderne parmi les ruines de la civilisation romaine, alors que la barbarie et la grossièreté des mœurs régnaient sans partage sur le reste du monde, le Khalifat de Gordoue atteignait l'apogée de sa grandeur et de
sa gloire. Almanzor, khalife de Gordoue, faisait faire un recensement qui donnait à Gordoue : 80.455 boutiques, où se vendaient les produits des fabriques du pays et ceux apportés du Levant.
Les' manufactures de l'Andalousie musulmane étaient célèbres dans le monde entier. Et, même en faisant la part de l'exagération des Anciens, on est forcé de reconnaître la grande prospérité de l'Espagne au temps des Maures, prospérité dont il reste encore de si admirables monuments dans toute la pénin-, suie.
Mais à la politique de tolérance des Maures, succéda la domination des rois catholiques : après quelques annés de politique sage et conciliatrice, l'établissement de l'Inquisition, les persécutions contre les Maures et les Juifs, furent le signal de l'exode de ces derniers et de la ruine du commerce et de l'industrie de l'Espagne; Charles-Quint et Philippe II chassèrent complètement de la Péninsule les Juifs et les Maures, qui emportèrent avec eux on peut le dire l'agriculture, le commerce et l'industrie.
En 1519, il y avait à Séville 16.000 métiers à soieries et 130. 000. ouvriers employés à cette fabrication et à celle des tissus de laine; en 1673, il ne restait plus que 405 métiers;» en 1732, on en comptait à peine 1.000; en 1740, il en est mentionné 462 grands et 1856 moyens ou petits.
Au temps des Maures, l'Espagne, d'après les écrivains arabes, fournissait tous les pays baignés par la Méditerranée de soies écrues, d'huiles, de sucre, de mercure, de fer et d'objets en fer, de tissus de laine et de soie fabriquée à Séville, à Grenade, à Baza, des draps de Murcie, des armes de Tolède, etc. . .
Après les victoires des rois catholiques et l'expulsion des Maures et des Juifs, l'Espagne ne peut plus exporter, elle ne produit même plus pour suffire à sa consommation; la politique de la Maison d'Autriche, farouche et sectaire, ruine ce malheureux pays, l'épuisé en hommes et en argent, et ne lui
permet plus que d'exploiter au profit des peuples industrieux les immenses colonies que lui a données la découverte, du Nouveau-Monde par Christophe Colomb.
Les draps de Ségovie étaient, en 1612, les plus beaux de l'Europe; On en faisait annuellement 25.500 pièces ; 34.200 ouvriers étaient employés à cette manufacture, qui consommait 4 millions et demi de livres de laine. Un mémoire de Valle de la Cerda montre que, sous Philippe II, les transactions qui se faisaient dans la seule foire de Médina s'élevaient à 150 millions d'écus. Mais Towsend affirme qu'en 1788 il ne sortait plus des fabriques de Ségovie que 400 pièces de drap fort imparfaites.
Valence, qui rivalisait d'industrie avec Séville, éprouva le même sort. D'après Gaspar d'Escolano, elle avait autrefois 100.000 maisons. Mais, après l'expulsion des Maures, en 1609, sa population diminue énormément ; en 1787, elle ne corrfptait plus que 100.000 habitants dans l'enceinte et 60.000 dans les faubourgs. Il n'y avait plus alors que 2.658 ouvriers en soie, fabriquant 1.830 000 vareé (83 centimètres la vare) d'étoffes de soie.
Dans toute l s Espagne, en 1787, on n'employait plus que 2.000.000 de livres de soie.
Les causas de cette décadence de l'industrie- en Espagne furent les suivante? :
1° L'expulsion des Juifs et des Maures, qui étaient. le& agents du commerce, les industriels et les agriculteurs de ce pays;
2 d Le monopole des manufactures royales établies ensuite, qui ne permit aucune concurrence ;
3 tt Les droits de toutes natures qui empêchèrent toutes les nouvelles entreprises industrielles.
La couronne possédait, en 1788, des fabriques de drap, à Guadalajara et Briviesca ; de porcelaine, au palais du Buen- Retiro, à Madrid ; de cartes, à Madrid et à Malaga ; de glaces, à SainMldefonse ; de papier, à Ségovie; de poterie, à Tala^ vera ; de salpêtre, à Madrid et dans plusieurs autres villes; de
bonneterie, à Valdemoro, prés Madrid ; d'armes blanches, à Tolède ; de tapis, à Madrid ; de draps d'or, à Talavera.
Il y avait, en outre, des monopoles établis pour l'eau-de-vie, les cartes à jouer, la poudre à canon, le plomb, le mercure, la cire à cacheter, le sel, le soufre et le tabac.
Le privilège de la vente exclusive de ces articles de commerce et d'autres encore était affermé, en 1733, pour 10.000.000 d'écus; et D. Miguel Zabala, dans un mémoire adressé à Philippe V, déclare que. 76 millions d'écus étaient prélevés sur le peuple par les traitants, c'est-à-dire sept fois la redevance qu'ils payaient au Trésor espagnol.
Les impôts, qui frappaient surtout l'industrie, étaient absolument écrasants : la soie payait 14 % de sa valeur à l'entrée de la ville de Séville, et les étoffes, en sortant des fabriques pour être vendues, payaient encore 14 % sur leur prix de vente; à Grenade même, l'impôt était plus lourd encore, car la soie payait un droit de 60 •/« avant d'être tissée.
En 4650, les droits de douane étaient de 10 °/o et il fallait les payer à diverses reprises, en passant de provinces à provinces; toute transaction de marchandises était imposée du droit ci'Alcabala, qui était de 10 °/ à payer par le vendeur. Bernard d'Ulloa a calculé qu'un ouvrier faisait chaque année, en travaillant 300 jours sur 365, environ 120 vares, d'un tissu appelé Manto; les droits d'Alcabala et de Cientos égalaient la valeur de 158 vares, estimées à 8 réaux la vare, c'est-à-dire 1.264 réaux, somme que l'ouvrier ne pouvait gagner dans son année.
Les droits d'octroi aux portes des villes, ceux de transit aux limites des provinces, ceux levés sur les marchés par les corporations et les administrations municipales, rendaient impossible toute industrie.
Au lieu de 60.000 métiers à tisser la soie existant à Séville, sous la domination des Maures, il n'y avait plus dans toute l'Espagne en 1742 que 10.000 métiers pour tisser la soie et la laine. Ustariz, qui fournit ces chiffres, estime que chaque mô-
tier ne produisait que 10.000 francs par an d'étoffes, y compris la valeur de la matière première.
En 1808, Reffhuès a fait le relevé suivant du nombre des manufactures et fabriques d'Espagne :
Manufactures de draps et lainages. . 78
— de toile. 22
— de tissus de coton .... 78 t- de tissus de soie ..... 95
— de glaces et verreries . 4
— de papiers 13
Tanneries.. 119
Forges 8
Autres fabriques 226
Total ~643
En 1803, d'après le recensement, la population industrielle de l'Espagne ne s'élevait qu'à 259,736 individus, et le produit brut de leur travail était évalué à 284.626.000 francs. En 1834, on estimait la population industrielle à 373.000 âmes et le produit brut de l'industrie à 403 millions de francs.
Dès ces époques, on déclarait hautement dans les rapports officiels que les chiffres de l'évaluation du produit industriel de l'Espagne devaient être bien au-dessous de la réalité, à cause des fraudes et des mensonges des contribuables encouragés par les agents du fisc.
Sous ce rapport, il n'y a rien de changé en Espagne, et l'occultation — (le mot est tellement espagnol et désigne une coutume si espagnole qu'il n'a pas d'équivalent en d'autres langues)— y fleurit plus que jamais L'occultation signifie l'action de cacher, de dérober ses biens ou ses produits au fisc par de fausses déclarations : c'est un moyen généralement employé dans la péninsule pour se soustraire à l'impôt ; les inspecteurs des finances d'Espagne se rendent tous plus ou moins complices
des fraudeurs et se laissent corrompre très facilement ; le plus souvent, ils sont les premiers à proposer des transactions avantageuses pour les contribuables et pour eux. Des usines, qui ont six machines, en déclarent deux et paient une petite somme à l'agent du fisc qui contrôle les déclarations : cela se fait au vu et au su de tout le monde, et il est inadmissible que pas un ministre n'ait osé réprimer ces abus. Dans des cafés, otTle public vient sans cesse et que tout le monde connaît, il y a quatre et six billards, et souvent ces cafés ne figurent sur les rôles des contributions que pour un billard ou pas du tout. A Grenade, oy Ton donne une cinquantaine de courses de taureaux par an, la plaza de toros est imposée pour une seule course {sic).
On ne peut concevoir une fraude aussi éhontée que celle qui se pratique dans ce pays, où les plus riches donnent le plus mauvais exemple et sont souvent ceux qui contribuent le moins aux dépenses de l'Etat. Grâce à ces pratiques malhonnêtes, l'Espagne est le pays du monde où les impôts frappent le plus lourdement les pauvres et respectent les riches.
Ce rapide aperçu historique de l'industrie espagnole servira à mieux faire constater les grands progrès de cette branche de l'activité nationale en Espagne depuis le début du dix-neuvième siècle jusqu'en 1900, progrès tout à fait relatifs, d'ailleurs, et qui ne méritent vraiment ce nom que depuis 1890. Gomme il faut toujours chercher des traces et des preuves du développement des affaires d'un pays dans les statistiques officielles, le tableau que nous donnons ci-dessous du nombre des contribuables patentés depuis 1857 jusqu'en 1893, sera à cet cet égard plein de précieux renseignements ; mais il sera bon de le faire suivre de quelques observations :
GASTON ROCTlËR