M. — TRAITEMENT DES EAUX RÉSIDUAIRES
Nous avons vu que l’eau qui sort des sabreuses et des bassins de trempage et de retrempage entraîne la terre qui souillait la laine, que l’on recueille cette terre dans des bassins de décantation
et qu’on la vend comme engrais; mais cette eau
Le
n’entraîne pas seulement la terre, elle entraine aussi le suint soluble. Ce suint soluble est le résidu laissé par l’évaporation de la sueur; il est très riche en potasse. Les délaineurs de Mazamet laissent ce suint soluble se perdre à la rivière; ils auraient cependant double avantage à le récupérer ; d’abord, ils réaliseraient d'importants bénéfices que nous chiffrerons tout à l'heure; ensuite, ils ne souilleraient plus les rivières et ils auraient tous à leur disposition une eau beaucoup plus propre.
Comment pourrait-on récupérer la potasse du suint? Voici la méthode indiquée par M. Lefebvre dans son ouvrage istoire économique de la laine : on fait évaporer les eaux du trempage; on a alors un résidu noirâtre qu’on calcine dans une cornue ; on obtient, par la distillation des goudrons, des eaux ammoniacales et des carbures gazeux que l’on peut utiliser comme gaz d’éclairage ; tous ces produits ont déjà une valeur; mais le produit qui a le plus de valeur, la potasse, se trouve dans les mélanges de sels et de charbon que contient la cornue après la distillation. Pour l’en extraire, on lave ce résidu et on fait évaporer jusqu’à 50 degrés Beaumé. Par le refroidissement, le sulfate et le chlorure de potassium se déposent, on décante et on évapore à sec, on a alors le car-
bonate de potasse.
M. Armand, chef de travaux chimiques à l'Ecole pratique de commerce et d'industrie de Mazamet, estime qu’en employant ce procédé, par 1.000 kilogrammes de laine, on obtiendrait 20 fr. de produits potassiques avec’ 3 francs de frais de manipulations ; ce serait donc un bénéfice de 17 francs par 1.000 kilogrammes de laine lavée. Comme, dans les dernières années, il a été expédié, en moyenne, de Mazamet, 17 millions de kilogrammes de laine, on voit que le bénéfice annuel aurait été de 289.000 francs.
La laine simplement lavée contient encore le suint insoluble qui est le produit de la sécrétion des glandes sébacées; c’est par le dégraissage qu’on débarrasse la laine du suint insoluble. Il forme des combinaisons avec le carbonate de soude du bain de dégraissage. En traitant les liqueurs de dégraissage par l’acide sulfurique, on obtient une matière grasse, la suintine, qui, après purification, constitue la lanoline, produit pouvant remplacer la vaseline. D’après M. Armand, on pourrait récupérer 50 kilogrammes de suintine, valant 20 francs les 100 kilogrammes, par 1.000 kilogrammes de laine dégraissée, et en admettant que les frais de récupération s’élevassent à 2 fr. 50 par 1.000 kilogrammes de laine, on aurait un bénéfice net de 7 fr. 50 par 1.000 kilo-
grammes. La quantité moyenne de laine dégrais-
sée à Mazamet étant de 6 millions de kilogrammes, cela représenterait un bénéfice annuel de 45.000 fr. Le premier four à potasse installé à Roubaix l’a été en 1867 au peignage Amédée Prouvost ; ou- Jourd’hui, tous les grands peignages de Roubaix traitent leurs eaux résiduaires; les délaineurs de
Mazamet devraient suivre cet exemple.
$ 2. — Procédés de la fabrication des tissus.