A. — FILATURE
La laine, avant d’être transformée en tissu, doit tout d’abord être transformée en fil. On distingue deux sortes de fils : le fil cardé, pour la fabrication duquel on emploie surtout les laines courtes, les déchets de tilature ou de tissage, les laines renaissance et qui sert à la fabrication des étoffes foulées; le fil peigné, pour la fabrication duquel on emploie surtout des laines longues, et qui sert à la fabrication des étoffes rases, à surface fine et brillante. Le travail à carde étant le seul usité dans le Tarn, nous l’étudierons seul.
La laine est d’abord soumise au battage qui expulse les matières végétales et les poussières qu’elle contient et, en même temps, l’assouplit. L'appareil qui sert au battage, le batteur, se com-
pose essentiellement d’un cylindre ou tambour
horizontal garni de dents en fer de 20 à 25 centimètres de longueur. Ce cylindre tourne dans une caisse en bois de 2,50 de long sur 1 mètre de large, à une vitesse de cinq cents tours par minute. Les dents du cylindre passent entre les dents fixes placées à l’intérieur de la caisse.
La laine battue est ensuite ensimée; l’ensimage a pour but de rendre les brins de laine souples et glissants. L’ensimage se fait en arrosant la laine soit avec de l'huile (huile d'olive, d’arachides ou de colza), soit avec de l’acide oléique. Il faut répandre sur la laine une quantité de matière lubrifiante égale en poids à 16 °/, du poids de la laine à ensimer.
L’ensimage se fait quelquefois en arrosant tout simplement la laine au moyen d’un arrosoir, quelquefois au moyen d’un huileur automatique qui huile la laine au moment de son entrée dans le loup.
Avant d’ensimer la laine, on mélange avec elle toutes les matières que l’on veut y incorporer pour abaisser le prix de revient du fil; ces matières sont des déchets, des blousses, de la laine renaissance, du coton. La laine mélangée à ces matières et ensimée est ensuite passée au loup, machine analogue au batteur et qui mélange les
fibres avant le cardage.
Le cardage produit les résultats suivants :
1° développement des fibres ; 2° mélange des filaments aussi réguliers que possible; 3° étirage et formation d’une nappe; 4° formation d’un boudin. Le principe du cardage est le suivant : imaginons une série de cylindres différant par leurs vitesses, leurs dimensions, leurs sens de rotation, et tous recouverts de fines pointes métalliques. Si nous soumettons la laine à l’action de ces cylindres, elle sera travaillée par deux cylindres adjacents tournant en sens inverse; puis, un troisième cylindre plus grand dégagera la laine de cette paire de cylindres pour la conduire à une seconde, et ainsi de suite jusqu’à ce que toute la laine ait été travaillée par tous les cylindres.
La laine est successivement travaillée par trois cardes qui constituent ce qu’on appelle un assortiment : 1° la carde briseuse ; 2° la carde répasseuse ou intermédiaire ; 3° la carde finisseuse. Nous n’étudierons pas en détail le fonctionnement des cardes, car l’étude de ces machines très complexes nous entraînerait trop loin.
Le boudin de laine qui sort de la carde finisseuse est transformé en fil par le filage. Le filage comprend trois opérations : l’étirage qui diminue la section du fil et assure sa régularité; la torsion qui assure au fil sa solidité et sa résistance ;
le renvidage qui recueille le fil en bobines ou can-
nettes.
Ces trois opérations ont lieu alternativement dans les métiers dits alternatifs (Renvideur Self-Acting) qui sont les métiers presque partout employés dans le Tarn; elles ont lieu simultanément dans les métiers dits continus. Nous ne décrirons pas un Renvideur Self-Acting, car cette description serait, comme celle de la carde, trop complexe.
Un point très important pour obtenir un fil solide et régulier est d’avoir, dans les salles de filature, une température et un degré hygrométrique constant ; aussi les salles de filature sont chauffées en hiver par un calorifère à vapeur, ventilées en été; et on donne à l'air de ces salles l’humidité qui peut lui manquer, au moyen d'appareils appelés humecteurs et aéro-humecteurs.
La laine est, en général, teinte avant d’être soumise au cardage et au filage; quelquefois, ce-
pendant, c’est le fil que l’on teint et non la laine.