‹ L'Industrie Lainière Dans Le TarnChapitre 44 sur 84 · femmes et filles au-dessus de 18 ans · texte numérisé non relu

femmes et filles au-dessus de 18 ans

677 filles au-dessous de 18 ans.

365 garçons au-dessous de 18 ans (1).

(1) Statistique dressée par le service de l'Inspection du travail.

Pour la mégisserie, il ne nous a pas été possible de nous procurer une statistique aussi précise, mais des renseignements que nous avons pu recueillir, il résulte en ce qui concerne la mégisserie qu’il n’y a, dans le Tarn, que deux établissement occupant plus de 100 personnes. À Graulhet, il y a environ 75 à 80 établissements occupant environ 1.800 ouvriers dont 4 seulement emploient plus de 50 ouvriers; à Mazamet il y a une dizaine d'établissements, dont un seul occupe plus de 100 personnes.

Si l’on envisageait la répartition du personnel non plus par établissement, mais par entreprise, on trouverait environ 20 entreprises occupant plus de 100 personnes. À Mazamet, les deux plus importantes entreprises de fabrication de tissus qui s’occupent spécialement, l’une de la fabrication des molletons flanelles, l’autre de celle de la draperie-nouveauté, emploient respectivement 500 et 480 personnes; la plus importante entreprise de délainage emploie de 300 à 350 personnes. À Castres, il est très difficile de connaître exactement le nombre d’ouvriers employés par les principales entreprises, beaucoup d'ouvriers travaillant encore à domicile et les fabricants faisant filer et apprêter à façon; ne pouvant nous documenter à ce point de vue, nous avons cher-

ché à nous renseigner sur l'importance de la pro-

duction et de l’outillage des principales entreprises. La plus importante maison de Castres produit annuellement de 1.500.000 à 1.800.000 mètres de tissus; celle qui la suit de plus près, produit environ un million de mètres, les autres beaucoup moins; la plus importante filature de Castres compte 3.300 broches.

À Graulhet, la plus importante entreprise de . de mégisserie occupe 200 ouvriers.

Dans les trente dernières années, l’industrie lainière tarnaise a-t-elle obéi à la loi de concentration? En ce qui concerne l’industrie du délainage il semble qu’on puisse répondre oui.

Vers 1875, il y avait à Mazamet 19 délainages et il arrivait dans cette ville environ 7 millions de kilogrammes de peaux en laine par an; par conséquent, chaque délainage exploitait environ 370.000 kilogrammes de peaux annuellement ; aujourd’hui il y a à Mazamet et dans les environs 48 délainages et il arrive environ 40 millions de kilogrammes de peaux par an, par conséquent, chaque délainage exploite en moyenne 830.000 kilogrammes de peaux par an. L'industrie du délainage s'est donc concentrée.

Dans la fabrication des tissus, il y avait à Mazamet et Labastide, il y a trente ans, des entreprises aussi importantes que celles qui aujour-

d’hui occupent la première place; toutefois cette

industrie ayant subi une crise et les petites entreprises y ayant moins bien résisté, la part des grosses entreprises dans la production totale est aujourd’hui beaucoup plus grande qu’elle ne l'était à cette époque; il y a douc bien eu concentration. À Castres, aussi, il semble y avoir eu concentration.

Dans la bonneterie, l’effilochage et la mégisserie, il est difficile de formuler une opinion ayant des bases sérieuses, les renseignements statistiques manquant complétement. Il semble cependant que durant ces dernières années, il y a eu dans ces industries une tendance à la concentration.

Quand on examine la concentration, une question se pose : celle de savoir si la concentration a une action relativement au caractère soit complexe, soit simple des entreprises; si on se trouve en présence du phénomène que les économistes ont nommé trtégration. Il y a intégration, suivant l’excellente définition de M. Bourguin, quand une entreprise « tend à embrasser la série complète des fabrications nécessaires à la production d’une

marchandise achevée (1) ».

(1) Les systèmes socialistes et l’évolution économique, par Maurice Bourguin. professeur adjoint à la Faculté de Droit de Paris, p. 136.

A l’heure actuelle, en ce qui concerne la fabrication des tissus les entreprises ont en général un caractère complexe dans la circonscription de la Chambre de Commerce de Mazamet, simple dans la circonscription de la Chambre de Commerce de Castres. Dans la première, les quatre entreprises les plus importantes qui occupent plus de 1.300 ouvriers et produisent sensiblement plus de la moitié des tissus qui y sont fabriqués, embrassent chacune la série des opérations nécessaires pour transformer la laine en draperie, molleton ou flanelle ; quelques entreprises s'occupent uniquement de filature, quelques autres uniquement de tissage et d’apprêts.

A Castres, au contraire, deux entreprises seulement embrassent toutes les opérations nécessaires pour transformer l’une la laine, la laine renaissance et le coton en tissu mélangé; l’autre la laine en drap de troupe; la première est même allée pius loin dans la voie de l'intégration, elle a adjoint à ses ateliers. de teinture, de filature, tissage et apprêts, un atelier d’effilochage. Toutes les autres laissent en dehors de leur activité une ou plusieurs des opérations que comporte la fabrication des tissus. Sauf exception, la fabrication des tissus est organisée à Castres de la facon suivante : le fabricant proprement dit, achète les matières

premières et les fait filer par des filateurs travail-

lant à façon, il donne ensuite ces fils à des tisserands travaillant à domicile ou à des industriels qui dirigent un atelier de tissage à la façon, enfin, il fait apprêter les étoffes ainsi fabriquées dans deux grandes usines d’apprêts qui apprètent les deux tiers de la production castraise.

Dans les quarante dernières années y a-t-il eu intégration? Certainement oui; même à Castres les ateliers d’apprêts et les foulons qui, autrefois, constituaient deux industries distinctes, se sont réunis ; certains fabrieants qui, autrefois, n'avaient qu'un atelier de tissage, y ont annexé une filature. À Mazamet, tous les fabricants apprêtent euxmêmes leurs étoffes, alors qu’en 1875 il y avait dans cette ville quatorze ateliers de foulon et vingt ateliers d’apprêts; les plus importants fabricants, qui produisent aujourd'hui eux-mêmes les fils, dont ils ont besoin, tout au moins les fils cardés, faisaient filer au dehors il y a vingt ans.

D'ailleurs, l’industriel a de multiples intérêts à grouper, sous sa direction, toutes les opérations que comporte la fabrication d’un tissu. Tout d’abord, il réalise pour son compte les bénéfices que feraient le filateur, le teinturier, l’apprèteur; il économise des transports coûteux; il évite les retards que pourraient apporter dans la fabrica-

tion l’arrêt pour une cause quelconque d’un des

ateliers qui travailleraient pour lui; par exemple, si la plus importante usine d’apprêts de Castres venait à s'arrêter, la moitié des ateliers de tissage serait obligée de chômer.

Pourquoi, malgré ces avantages, n’y a-t-il pas eu une tendance plus marquée à l'intégration ? C'est parce que l’industrie n’est pas encore très concentrée dans le Tarn. Pour qu’une entreprise ait intérêt à étendre ses opérations et puisse le faire, tout d’abord il faut qu’elle dispose de gros capitaux, il faut ensuite que sa production soit suffisante pour qu’elle puisse effectuer les diverses opérations dans des conditions économiques. Par exemple, une entreprise de tissage n’a intérêt à s’adjoindre une filature que si elle peut absorber la production d’une filature un peu importante; de même, dans un autre ordre d’idées, une compagnie de aavigation n’achètera un charbonnage que si elle sait pouvoir utiliser toute la houille que ce charbonnage est susceptible de produire. Dans l’industrie du délainage, il s’est produit une très intéressante manifestation de la tendance à l'intégration : une des plus importantes entreprises de délainage s’est adjoint une mégisserie. Il semble que tous les délaineurs auraient intérêt à suivre cet exemple. D'abord, cela leur permettrait d'éviter les frais de transport des cuirots

bruts de Mazamet à Graulhet, frais assez considé-

rables puisque des charretiers peuvent concurrencer le chemin de fer, quoiqu'il y ait, par la route, cinquante-six kilomètres de Mazamet à Graulhet ; ensuite, en mégissant les cuirots fraichement délainés, on supprime une partie du travail préalable au tannage, le travail de rivière. L'exemple n’a pas été suivi surtout à cause de la rareté de la main-d'œuvre et de l’infériorité des

ouvriers de Mazamet sur ceux de Graulhet.

Page 1