‹ L'Industrie Lainière Dans Le TarnChapitre 48 sur 84 · chapitre de la première partie · texte numérisé non relu

chapitre de la première partie

$S 2. — Mécanisme de l'achat des peaux en laine. — Les comptoirs d'achat direct.

Les achats de peaux en laine sont effectués sur

les marchés d’origine par l'intermédiaire de

comptoirs ou « baraques », qu’une dizaine d’industriels de Mazamet ont organisé sur les principaux marchés de peaux, Buenos-Ayres et Bahia- Blanca pour la République Argentine, Montevideo pour l’Uruguay, Melbourne, Sydney, Port-Adélaide pour l'Australie, Port-Elisabeth pour le Cap.

Ces comptoirs d’achat constituent des organismes indépendants des maisons de commerce mazamétaines, qui les ont fondés; ils ont une comptabilité tout à fait distincte de celle de la maisonmère et peuvent réaliser des bénéfices alors que celles-ci réalisent des pertes. Ils achètent, non seulement pour le compte de la maison-mère de Mazamet, mais aussi pour le compte des industriels qui ont un délainage, mais pas de comptoir d'achat, et des commerçants en laines qui n’ont ni comptoir ni usine et qui font délainer leurs peaux à façon, par les industriels de Mazamet travaillant spécialement de cette manière.

Voici comment les peaux arrivent sur le marché à Buenos-Ayres par exemple : les bergers qui gardent les immenses troupeaux de moutons de la Pampa, parcourent sans cesse à cheval le territoire qu'ils ont à surveiller ; lorsqu'ils trouvent un mouton mort de maladie ou de soif, ils le dépouillent de sa peau et la rapportent à la cahute qui leur sert de quartier général; d’autre part,

ils conservent les peaux des moutons qu’ils tuent

tous les jours pour se nourrir; lorsqu'ils ont ainsi réuni une certaine quantité de peaux, ils les envoient à Buenos-Ayres. Les peaux sont ensuite amenées sur un marché; sur ce même marché, on apporte aussi les peaux provenant des « frigorifiques », vastes établissements où on abat des quantités énormes de moutons, pour en expédier en Europe la viande conservée par le froid.

Les acheteurs mazamétains se rendent à ce marché et achètent les peaux, comme ils achèteraient du blé ou des bestiaux sur un marché français. Les peaux sont ensuite emmagasinées dans de vastes magasins annexés à tous les comptoirs ; si la saison le demande, on les badigeonne, pour les préserver des mites, d’une préparation vulgairement appelée « ‘poison », et qui est à base d’arsenic. Puis, on les emballe au moyen de puissantes presses; ces balles cerclées de feuillard pèsent en moyenne 450 kilogrammes.

A Montevideo, les achats ne se font pas tout à fait de la même manière; les peaux, au lieu d’être apportées au marché, sont déposées chez un certain nombre de consignataires; c’est chez ces consignataires que les chefs de comptoir viennent faire leurs achats.

En Australie, toutes les peaux sont vendues aux enchères. Beaucoup de balles de peaux, surtout de peaux d'Australie, sont achetées par les Maza-

métains, non plus sur les marchés d’origine, mais aux ventes aux enchères qui ont lieu périodiquement au Wool-Exchange de Londres. En 1908, par exemple, les délaineurs de Mazamet ont acheté près de 4 millions de kilogrammes de peaux d’Australie à ces ventes aux enchères. Certaines maisons d'Australie trouvent leur intérêt à envoyer les peaux en consignation à Londres; elles obtiennent là des avances sur leurs marchandises et souvent de meilleurs prix. D’un autre côté, les délaineurs de Mazamet qui n’ont pas de comptoir en Australie, ont quelquefois économie à acheter aux enchères de Londres, parce qu’ils évitent les commissions importantes que leur prennent les collègues ayant des comptoirs, qui font, pour eux, les achats de peaux en Australie.

$ 3. — Moyens de transport adoptés et voies suioies pour les arrivages des peaux en laine.

Tarifs de transport.

Les balles expédiées de La Plata et d'Australie sont transportées par les cargo-boats de la Compagnie des Messageries Maritimes et de la Société des Transports Maritimes à vapeur. Elles sont débarquées en France, à Bordeaux, Marseille ou Cette, de là elles sont transportées à

Mazamet par chemin de fer; il a été souvent ques-

tion de créer une ligne de chemin de fer ou un service de camions automobiles de Mazamet à Carcassonne et, pour pouvoir transporter les balles par eau, jusqu’à cette ville, en empruntant le canal latéral à la Garonne et le canal du Midi; mais ce projet n’a pas encore été mis à exécution. Voici la statistique depuis 1896 des arrivages de peaux à destination de Mazamet, par les ports de

Bordeaux, Marseille et Cette.

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