‹ L'Industrie Lainière Dans Le TarnChapitre 71 sur 84 · FE. — DANS LA MÉGISSERIE · texte numérisé non relu

FE. — DANS LA MÉGISSERIE

Dans la mégisserie, il n’y a guère de maladie professionnelle; les mégissiers sont cependant sujets à une affection fort douloureuse, qu’ils appellent le « pigeonneau ». Sous l’action de la chaux et de l’orpin des pelains il se forme, à l’extrémité des doigts ou entre les doigts, des espèces de cratères de la grosseur d’un pois, l’épiderme et le derme sont complètement enlevés et la chair vive apparaît; la douleur est si cuisante que les ouvriers sont souvent obligés d'interrompre le travail, mais quelques jours de repos suffisent à faire disparaître le mal. Cette affection, qui, au premier abord, paraît ressembler beaucoup au mal des peleurs, n’a en réalité de commun avec lui que le siège du mal, elle n’a ni la même cause, ni le même aspect. Les mégissiers qui travaillent dans les ateliers de tannage au chrome, prétendent que ce procédé de tannage entraîne chez

ceux qui le pratiquent des affections eczémateuses.

$ 2. — Les accidents du travail dans l'industrie

lainière du Tarn.

Les accidents du travail ne sont pas très fréquents dans les différentes branches de l’industrie lainière tarnaise. Dans les usines de délainage de Mazamet il y a eu, en 1901, 91 accidents ; en 1902, 73; en 1903, 62; en 1904, 40 (1); le fait qui frappe le plus lorsqu'on voit cette statistique, c’est la diminution du nombre des accidents: cette diminution, qui paraîtrait bien plus sensible si l’on remontait plus loin, provient de deux faits : d’abord la substitution complète des sabreuses anglaises aux anciennes sabreuses « à poigne » qui occasionnaient beaucoup d'accidents, parce que, la peau n'étant maintenue que par les mains de l’ouvrier, celles-ci étaient souvent entrainées au contact du tambour et cruellement déchirées; en outre les balles, en particulier celles de la Plata, sont plus légères qu’autrefois; par suite, leur manipulation cause moins d'accidents; en somme, aujourd’hui, les accidents de travail dans les usines de délainage peuvent presque tous se ranger

dans une des trois catégories suivantes :

(1) Bulletin de l'Inspection du travail, année 1903, numéros 3 ei 4. L'Industrie du délainage, par M. Cavaillès, Inspecteur départemental à Castres.

1° Chutes sur le sol de l’usine, qui est toujours glissant, étant cimenté, humide, et en pente légère pour faciliter l'écoulement de l’eau; ces chutes occasionnent des foulures, des fractures de membres, quelquefois des fractures de la base du crâne entraînant la mort.

2° Coupures ou piqûres que se font les peleurs avec leurs couteaux, ou les étendeurs avec les crochets des étuves qui, envahies quelquefois par le vibrion septique, entraînent, dans les cas simples de l’æœdème, de la purulence, et quelquefois la septicémie gangréneuse et la mort.

3° Enfin les cas de charbon industriel sur lesquels nous reviendrons tout à l’heure.

Dans les manufactures de tissus, il y a encore moins d'accidents du travail que dans les délainages; dans la plus importante manufacture de draperie-nouveauté il n’y a eu, à notre connaissance, qu'un seul accident mortel en trente ans. La plupart des accidents sont dus à l’imprudence des ouvriers. qui, malgré toutes les précautions prises, se font encore quelquefois prendre par les courroies.

Dans les ateliers de bonneterie, il y a encore moins d'accidents que dans les manufactures de tissus, les accidents causés par les courroies étant eux-mêmes beaucoup moins fréquents, puisque le plus souvent les tricoteuses sont mises en

mouvement par l’ouvrière elle-même.

Dans les usines d’effilochage, les seuls accidents un peu fréquents sont dus à l’imprudence d’ouvriers, qui, en cherchant à retirer quelque chiffon mal engagé dans la machine, se font mutiler les mains par les pointes du cylindre effilocheur.

Les mégissiers, eux, ont surtout à craindre les accidents infectieux venant compliquer des blessures faites par les divers outils fort coupants en usage dans la mégisserie. Un mégissier de Graulhet est mort de la gangrène l’an dernier, à la suite d’une blessure de cette nature.

En somme, on peut dire que les ouvriers qui travaillent la peau de mouton et la laine, dans les diverses usines du Tarn, ne sont exposés qu’à des risques professionnels fort restreints. Seul le charbon industriel est un risque professionnel grave, spécial aux délaineurs et les nombreux cas de charbon constatés dans les usines de Mazamet, dans ces dernières années, ont donné lieu à tant de controverses médicales et juridiques, qu'ils

méritent une étude spéciale.

$ 3. — Le charbon industriel à Mazamet.

Le charbon bactéridien est une maladie transmissible des animaux à l’homme et dont la trans-

mission s'effectue soit directement de l'animal

charbonneux vivant ou mort récemment, par la bactéridie mycélienne, soit plus tardivement et quelquefois même fort longtemps après sa mort, par les spores, pendant le travail industriel de ses dépouilles. |

Les animaux tributaires du charbon sont le plus souvent les herbivores : cheval, bœuf, mouton, chèvre. En France, la vaccination pasteurienne des troupeaux et l’enfouissement des animaux charbonneux ont à peu près fait disparaître le charbon. Mais en Espagne, au Maroc, en Hongrie, en République Argentine, tous pays qui envoient des peaux à Mazamet, on observe encore très souvent des cas de charbon.

Le charbon bactéridien peut revêtir deux formes : le charbon externe et le charbon interne. Le charbon externe détermine des symptômes objectifs locaux occupant le plus souvent les parties découvertes du corps : mains, bras, cou et figure. Il peut évoluer localement, sans que la maladie se généralise. Dans ces conditions, il se présente sous deux aspects : la pustule maligne et l’œdème malin. La pustule maligne est caractérisée par l'apparition d’une macule provoquant des démangeaisons, à laquelle succède une vésicule, qui ne tarde pas à se remplir d’une sérosité brunâtre. Après sa rupture, sous l'influence des grattages,

une escarre se forme à son centre, et autour de

celle-ci apparaît une couronne de vésicules bientôt rompues, en même temps que les tissus environnants S’indurent, puis s’infiltrent sur une étendue plus ou moins considérable.

Dans l’œdème malin, la région envahie est le siège d’un œdème blanc et luisant, à la surface duquel apparaissent des phlyctènes irrégulières, puis des plaques gangréneuses. Les symptômes généraux graves qui caractérisent l'infection se montrent de meilleure heure que dans le cas de pustule maligne.

Le charbon interne se localise sur le poumon à la suite de l'inspiration de poussières chargées de spores charbonneuses ou sur l'intestin à la suite de l’ingestion de viande d'animaux charbonneux, ou de la déglutition de poussières renfermant des spores. Le charbon interne, qu’il revête la forme pulmonaire ou intestinale, est beaucoup moins fréquent que le charbon externe ; heureusement d’ailleurs, car il est beaucoup plus grave. Toutefois, le charbon externe est lui-même une maladie fort redoutable et qui peut entrainer la mort en deux jours s’il n’est pas soigné dès son début.

Tous les ouvriers qui manipulent des dépouilles d'animaux sont exposés à la contagion du charbon : criniers, mégissiers, tanneurs, sabreurs, tous

paient leur tribut à la maladie.

ro

Le docteur Le Roy des Barres, médecin à Saint- Denis, où se trouve une importante agglomération d'ouvriers criniers et mégissiers, et auteur de remarquables travaux sur le charbon industriel, déclare dans son rapport sur les Prescriptions à édicter contre l'infection charbonneuse dans l’industrie ({) :

«Pour notre compte, de 1875 à ce jour, nous avons eu à traiter 104 cas, sur lesquels nous comptons 93 guérisons et 11 décès, soit une mortalité globale de 11 °/..

» Nous ajouterons que ces 104 cas ont été ainsi

répartis :

Nombre Guérisons Décès Ouvriers mégissiers. . . 84 76 8 Ouvriers d'état employés de une INÉLISSEPIC : 2 2 , Enfant, fille et sœur Le mégissier. 1 1 »

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