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CONCLUSION

Après avoir exposé la situation actuelle de lindustrie lainière dans le Tarn, nous voudrions indiquer quelles sont, pour elle, les conditions de nouveaux progrès.

Le délainage, la branche la plus importante de l’industrie lainière tarnaise au point de vue du chiffre d’affaires, a peut-être atteint son apogée. Des usines de délainage se sont installées uu peu

partout, et plus spécialement en République Argentine; le jour où Mazamet avait presque le mo-

nopole de cette industrie est passé depuis longtemps. De plus, il est à craindre qu'un jour Ja matière première devienne moins abondante; les troupeaux de moutons de la République Argentine sont peu à peu refoulés vers le Sud à mesure que les cultures de blé, de maïs, de lin prennent plus d'extension ; par conséquent le nombre des mou-

tons tend à diminuer dans la République Argen-

tine. Enfin, sur les marchés, la proportion de peaux à bon cuir augmente de jour.en jour, par suite de l’extension que prennent les frigorifiques, et les acheteurs de Mazamet trouvent beaucoup plus de concurrents pour ce genre de peaux.

En présence de cet état de choses, que doivent faire les industriels tarnais? Ils doivent tout d’abord chercher de nouveaux centres d’approvisionnement de peaux en laine; c’est ce qu’ils ont d’ailleurs déjà commencé à faire depuis plusieurs années ; ils doivent aussi moderniser le matériel et les procédés de mégisserie en usage dans le Tarn, pour pouvoir exploiter plus fructueusement les peaux à bon cuir. Moderniser ies usines de mégisserie de Graulhet, créer à Mazamet, à côté des délainages, des mégisseries pourvues des machines les plus perfectionnées, mettre à leur tête des hommes possédant à fond la technique des divers procédés de tannage au chrome: attirer au cours de mégisserie de l'Ecole pratique de Mazamet le plus grand nombre de jeunes gens possible, organiser à Graulhet un cours semblable; tels sont les desiderata à réaliser pour conserver, au Tarn, la première place qu’il occupe actuellement dans l’industrie du délainage et de la tannerie de la peau de mouton exotique.

Si l’industrie de la fabrication des tissus de

laine et des tissus mélangés ne prend pas plus de

SU

développement dans le Tarn, c’est surtout, en dehors des causes d'ordre général qui ont arrêté le développement de l’industrie textile.en France et en Angleterre, parce que beaucoup d’industriels s’obstinent à conserver un matériel vieux et démodé, et aussi parce que là main-d'œuvre est rare et de très médiocre qualité. Il faut done tout d’abord que les industriels, et en particulier ceux de Castres, aient confiance dans la vitalité de leur industrie, et fassent le sacrifice de moderniser leur outillage; ils peuvent être assurés que ce sacrifice ne sera pas vain; l’exemple de certains d’entre eux, qui l’ont déjà fait, est d’ailleurs là pour le prouver.

La question de la main-d'œuvre est plus difficile à solutionner. Les ouvriers, tout d’abord, manquent; depuis trente ans le délainage, la mégisserieet la bonneterie ont pris, à Mazamet, un grand développement : dans la même période, une industrie d’une toute autre nature : la fabrication des meubles, ornements en bois et meubles de jardins, a pris, à Castres, beaucoup d’extension; elle occupe aujourd'hui près de mille ouvriers; pendant ce temps la population est restée presque stationnaire; il n’est donc pas étonnant que la vieille industrie de la fabrication des tissus ait aujourd’hui plus de peine-à recruter son personnel.

L'ouverture de la ligne de chemin de fer de

Castres à Murat, avec embranchement sur Brassac, pourrait, semble-t-il, apporter quelque atténuation à cette difficulté. Vabre, Ferrières, Brassac, sont, nous l’avons vu, de vieux centres de fabrication; ce qui a amené leur déclin, c’est le coût élevé des transports; maintenant que cette cause d'infériorité n'existe plus, on pourrait y organiser des filatures et des ateliers de tissage outillés d’une façon moderne, qui ne manqueraient pas de main-d'œuvre.

D'un autre côté, les ouvriers, sauf quelques exceptions, sont peu capables, Le tisserand tarnais est bien inférieur au tisserand de Roubaix, et à plus forte raison au tisserand de Bradfort. La seule facon de modifier cet état de choses, c’est, comme nous l’avons déjà indiqué, de créer des cours de tissage, largement accessibles à tous, jeunes gens et hommes adultes.

Les industriels tarnais ne fondent pas, comme beaucoup, tous leurs espoirs sur des modifications du régime douanier; seuls les mégissiers demandent au gouvernement de faire tous ses efforts pour obtenir des réductions de la Russie, de l’Espagne et de quelques autres pays, qui frappent les cuirs préparés de droits absolument prohibitifs.

Une des questions angoissantes dans le Tarn,

comme partout, c’est la question des rapports en-

tre le patronat et la classe ouvrière; les grèves, depuis quelques années, se multiplient, et ces longs arrêts de la production sont particulièrement nuisibles aux intérêts de tous. Pour nous, la solution de la question‘est dans la généralisation du contrat de travail librement débattu entre patrons et ouvriers; mais il faut pour cela que le législateur codifie les règles de ce contrat et apporte quelques modifications à la loi sur les syndicats. Tant que les syndicats ne pourront pas posséder et que, par suite, toute voie d'exécution contre eux sera impossible, les patrons se décideront difficilement à signer un contrat qu’ils sont

seuls tenus d'exécuter.

Vu : Le Président de la thèse, ES EROUCEHSA Vu : Le Doyen, P. CAUWÈS.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, LÉ CTA RP

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