CHAPITRE X
Habitudes générales de la famille ouvrière.
$ 1 — Habitation.
Les ouvriers qui habitent les hameaux des environs de Castres et de Mazamet et même les villages de l'importance de Labastide-Rouairoux, Saint:Amans, le Pont-de-L'Arn, etc., sont presque toujours propriétaires de leur maison et d’un petit jardin ; très souvent aussi, de quelques pièces de terre dans le voisinage.
Ceux qui habitent les villes, Castres, Mazamet, ou Graulhet sont souvent simples locataires, mais alors, un de leurs désirs est de devenir propriétaires. Les loyers varient entre 60 et 150 francs par an, selon la ville, le quartier et l’importance du logement.
La maison de l’ouvrier tarnais se compose : d'une cuisine, où se trouve le métier à tisser,
quand la maison est habitée par un tisserand tral 21
vaillant à domicile, d'une et quelquefois deux chambres à coucher et d’une petite pièce de débarras. Très souvent, certains membres de la famille couchent dans la cuisine.
Le défaut général des logements ouvriers dans le Tarn est le manque d'air et de lumière; les fenêtres sont trop étroites et en trop petit nombre.
Les loyers se paient par semestre ou par trimestre.
$ 2. — La nourriture.
Les bases de l’alimentation de l’ouvrier tarnais sont le pain, la pomme de terre et le porc sous toutes ses formes, graisse et viande préparée et conservée. La place que le porc tient dans l’alimentation de l’ouvrier, comme d’ailleurs du paysan dans le Tarn, est un des traits de mœurs les plus caractéristiques, et qui frappe le plus les étrangers au pays. Voici ce que dit M. René Bazin, l’éminent académicien, à ce sujet, dans un intéressant article sur Mazamet, paru dans le Journal des Débats (4) : « Un grand nombre de ménages possèdent, au moins, quelque part, un sillon
de pommes de terre, et tous possèdent un cochon.
(1) Cet article a paru aussi dans le Réveil du Tarn, n° du 28 janvier 1894.
Celui-ci a l’honneur d’être prévu dans les règlements municipaux, il a ses heures, il est libre dans les rues jusqu’à six heures du matin, si je ne me trompe, et après six heures du soir; il est l'objet de soins vigilants et fonde la meilleure espérance culinaire de la famille ; sa mort devient un événement. Le jour où l’ouvrier tue et « habille » est un jour de chômage traditionnel, une fête si naturellement établie par l’usage et acceptée par le patron, qu’on ne prend même pas la peine de prévenir à l’usine, tant on est sûr d’être excusé. Le contre-maitre demande à un camarade : Où est un tel? — Je crois qu’il tue. — Ah ! Très bien. — Le dialogue ne va jamais plus loin.
L'homme qui tue est sacré. »
Le croirait-on, cet usage absolument consacré de tuer tous les ans un pore au moins, par famille, n’a pas été sans influence sur la durée de la grève de l’an dernier ; les ouvriers qui, au moment où la grève a éclaté, avaient presque tous (tué » ont pu, grâce a cette réserve de nourriture, supporter beaucoup plus facilement un chômage de quatre mois.
L'ouvrier tarnais ne mange pas souvent de la viande de bœuf, de mouton ou de veau, ou de la volaille ; sa nourriture, en dehors des éléments fondamentaux dont nous avons parlé, se compose
surtout de légumes, choux, haricots, lentilles, Oi-
gnons. À Mazamet, l’ouvrier consomme pas mal de lait, qui y est très bon marché. La boisson de l’'ouvrier est le vin, surtout depuis qu’il a baissé de prix dans de grandes proportions. L'ouvrier va au café, surtout le dimanche, mais l’alcoolisme n’a pas fait autant de ravages dans le Tarn que dans certaines parties de la France.
La vie n’est pas très chère dans le Tarn. Voici
le prix de quelques-unes des principales denrées :
Leipain vaut de. 71727000 O fr. 275 à O fr. 325 le kil. Lelaitsautide. 0 0 fr. 20 à O fr. 25 le litre. Les œufs valent de... ... Ofr. 70 à 1 fr. 60 la douz.
Les pommes de terre valent 3 à 5 fr. les 50 kilos. La graisse de porc vaut de. O0 fr. 70 à 1 fr. 20 le kilo. Levin vautide, #4. 5506 45 à 20 fr. l’hectolitre,
Ces prix varient d’ailleurs dans de grandes
proportions suivant les localités.
$ 3. — Situation de la femme et de l'enfant.
Dans l’industrie lainière tarnaise, le personnel ouvrier comprend au moins autant de femmes que d'hommes. A Castres, en particulier, c’est la femme qui est tisseuse pendant que l’homme travaille comme menuisier, tourneur sur bois, fondeur, etc.
Les jeunes garçons travaillent dans les usines
dès 14 ou 15 ans, en qualité de rattacheurs dans les filatures, d’étendeurs de peaux dans les délainages.
La natalité est assez faible dans les familles ouvrières qui habitent la ville, plus forte dans celles qui habitent la campagne. Les enfants vont d’abord à l’école maternelle, puis à l’école communale ou à l’école libre, jusqu’à 12 ou 13 ans.
La mortalité est assez faible ; le climat est sain et les travaux auxquels l’ouvrier est occupé ne sont pas, en général, insalubres.
L'ouvrier est, de naissance, catholique ou protestant ; dans la vie, il reste très religieux, fréquentant assidûment son culte, ou bien il devient
résolument libre-penseur.
$ 4. — EÉpargnes.
Les ouvriers épargnent assez difficilement.
Ils déposent leurs économies, soit à la Caisse d'Epargne postale, soit aux Caisses d'Epargne de Mazamet, de Castres ou de Graulhet. Lorsqu'ils ontsuffisamment économisé, ils achètent une petite maison, s'ils ne sont pas déjà propriétaires de celle où ils habitent, un bout de jardin ou de vigne. Quelquefois, ils prêtent sur billet ou sur hypo-
thèque ; rarement, ils achètent des valeurs mo-
bilières.