‹ L'industrieChapitre 21 sur 74 · DANSE · texte numérisé non relu

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EXPOSITION DE 1334. — PORCELAINES. bi

nis entamé, les matières liquides et grasses pénètrent dans le corps de la poterie, et bientôt y déposent une odeur qu'ancuu lavage, qu'aueun soin ne peuvent enlever. Le vernis d’ailleurs, presque entièrement composé de plomb , est insalubre, et peut se mêler aux alimens toutes les fois qu’ils ont reçu une cuisson un peu forte dans des vases de ce genre.

« On a, dit M. Brongniart, cherché à perfectionner cette poterie en lui ä“onnant un tissu plus serré et un vernis purement terreux, et cependant aussi fusible que le vernis plombifère. C’est à M. Fourmy qu’on doit les recherches et les tentatives d'exécution de cette sorte de poterie; mais il paraît qu’om n’a pas encore pu réussir à mtroduire ce genre de perfectionnement dans la fabrication en grand, usuelle et économique, ni pu atteindre le prix si bas de la poterie commune à vernis ptombifère ; or, le prix est la qualité que le peuple, grand consommateur dé cette sorte de poterie, prise audessus de tout; et comme malheureusement il n’est pas convaincu du danger de la poterie plombifère ; il lui donne toujours la préférence, même à prix égal, sur la poterie salubre, parce que cette dernière n’offre pas les couleurs bril- Jantes, le vernis luisant qui frappe les yeux, et attire le choix des personnes dont les sens ne sont, en général, mus, même dans les plus petites choses, que par des qualités et des propriétés tranchées. »

Il y a une conclusion à tirer de réflexions si sensées ; nous le ferons plus loin.

La faïence commune est de deux sortes: la

faïence blanche et la faïence brune. El n’ÿ a pas

de différence sensible dans les procédés de leur fabrication , mais il yen a dans leur matière première , et cette différence est assez notable pour en amener une fort grande dans lenrs usages économiques. La première ne:souffre pas le feu, et la seconde le supporte avec une grande sûreté.

Les pâtes de ces deux fafences sont composées d’argile plastique d’ Arcueil, de marne argileuse verdâtre , de marne calcaire blanche etde:sable marneux, — Toutes ces terres se trouvent. dans les environs de Paris, dans le voisinage les unes des autres. En langage géognostique ; elles font partie des formations supérieures du terrain tertiaire sur lequel repose Paris. —On: croit que la différence de qualité où d'usage qui existe entre les deux faïences tient à ce que , dans ja pâte de la faïence: brume, la marne: blanche: est em plus petite proportion que dans la faïence

blanche , à laquelle elle donne plus d’éclat, plus de sonorité, mais qu’elle rend impropre à supporter le feu.

La principale différence qui existe entre les procédés de fabrication de la faïence commune et ceux de la poterie commune, et que nous avons sommairement décrits plus haut, consiste

| en ce que pour ce genre de faïence les pâtes

sont travaillées avec plus de soin, kes matières

| sont choisies plus ténues , moins mêlées de par-

ties étrangères, dont -on les dégage d’ailleurs

. (principalement l'argile) par le lavage. La pâte, | sâchée dans une caisse rectangulaire, n’est pas | employée immédiatement ; mais est conduite en | bouillie dans des fosses , où on la laisse exposée | à l'air , la pratique ayant prouvé qu’elle s’y amé- | Horait. I paraît que, pendant ce repos accordé | à la pâte, Paction chimique commence à s’y exer- | cer, et, en la rendant plus homogène, lui | donne quelques premières traces des qualités | les plus recherchées pour Pemploiï qui doit en | être fait.

Lorsque la pâte est amsi préparée, bien bat:

| tue et corroyée, on prépare les pièces , soit par

le procédé de l’ébauchage que nous avons déerit

| plus haut, et qui s'emploie plus particulière: | ment pour faire la faïence brune , seit par le pro: | cédé dit de tournassage , qui produit des pièces

plus légères et de formes mieux déterminées, ce

| que l'on recherche particulièrement dans la fa-

brication de la faïence blanche.

L'opération du tournassage consiste à repas:

ser sur le tour la pièce qui déjà y a passé pour Pébauchage. Mais alors la pâte n’est plus assez molle pour que la main désarmée de tout instrument puisse lui imprimer une forme. Elle est déjà au contraire à un état de dessiecatiom assez grand pour supporter l’attaque d'outils en

| fer sans plier , et toutefois assez humide encore | pour ne pas s’égrener à leur contact et s’enlever | au contraire par copeaux. L'opération du tour:

nassage s'effectue douc ,; eonime celle de Pébau+

| chage, au tour à potier, mais avee un moyeñ | d'action plus pénétrant et qui permet d'obtenir

des formes plus régulières et plus fines.

Quant aux pièces plates, rondes, telles qu’assiettes , elles se font dans des moules de plâtre, et par moulage à {a eroûte. Ce moulage consiste à faire avec la pâte sur une table une lame ow croûte d’une épaisseur calculée sur celle qu'on veut donner aux objets à mouler. On applique ensuite cette croûte sur les moules; pour la faïence commune , la ervûte se prépare en battant la pâte avec un tampon de plâtre dur cons-

| tamment tenu humide.

Portées ensuite au four, les pièces y subissent une cuisson de trente-six- heures, plus longue par conséquent que celle de la poterie commune.

Puis, on émaille les pièces et on les remet au four, où on leur fait subir une châleur au moins égale à celle de la première opération. On n’a pas pu réussir encore a mettre l’émail sur la pièce crue ; sans cela on pourrait n’avoir qu’une cuisson, puisque le vernis et la pâte subissent une égale température.

Tandis que dans la poterie commune l’émail ou vernis est translucide, dans la faïence commune, il est opaque, et dissimule par conséquent la texture de la pâte. Pour la faïence brune, c’est une terre qui donne cette opacité; pour la faïence blanche, c’est de l’oxide d’étain. L’émail brun se compose de minium, de manganèse et de poudre de brique fusible; l'émail blanc se compose d’oxide d’étain , d’oxide de plomb, de sable quartzeux, de sel marin ou de soude. On colore, si lon veut, l’émail blanc en jaune avec de l’oxide d’antimoine ; en bleu, avec de V’oxide de cobalt à l’état d'azur; en vert pur, avec du protoxide de cuivre; en vert pistache, avec du protoxide de cuivre et du jaune de Naples; en émail violet, avec du peroxide de manganèse.

Tels sont les procédés sommaires d’une des branches les plus importantes de lart de la poterie. La faïence commune est employée par de nombreux consommateurs, soit parce qu’elle est déjà d’une couleur et d’une forme assez agréables pour ne pas déparer des ménages modestes, soit parce qu’elle est vraiment propre à des usages nombreux de cuisine, pour lesquels les fortunes médiocres n’ont rien à y substituer dans l’état actuel des choses. Toutefois, l'agrément de couleur de la faïence blanche ne tenant qu’à son vernis opaque, cet agrément est de peu de durée, car ce vernis se fendille, s’écaille, en termes techniques, tressaille facilement. Alors la pâte mise à découvert fait sur la pièce une tache irrémédiable, et bientôt l'odeur des corps gras la met hors de service. C’est un grave inconvénient de cette faïence.

Les caractères généraux de la faïence fine sont établis par M. Brongniart avec la plus parfaite lucidité.

Cette poterie est caractérisée par une pâte blanche, opaque, à texture fine, dense et sonore ; recouverte d’un vernis de plomb et cristallin.

La pâte est essentiellement composée d’ar-

gile plastique lavée, et de silex broyé fin. I y a quelquefois un peu de craie; cette pâte est trèsfine et très-plastique.

L’enduit est un vernis cristallin, fondu préalablement en verre, et composé de silice unie à du quartz ou même à du feldspath, de soude, et de plomb à l’état de minium.

Ce verre, délayé dans l’eau à l’état de bouillie épaisse , est mis par immersion ou par arrosage sur les pièces, après qu’elles ont subi ue première cuisson dont la chaleur est très-forte. Celle qui est nécessaire pour le vernis est de beaucoup inférieure.

Cette poterie est susceptible de recevoir des décorations très-variées , en fond de couleur ) lustre métallique, ornemens et peintures par voie d'impression. Comme elle est principalement employée par des personnes d’une aisance moyenne, les décorations soignées en sont assez appréciées, el comme elle est très-répandue, les pièces de même sorte et de même décoration peuvent être assez multipliées pour que leur débit couvre les frais de premier établissement, que nécessitent les moyens mécaniques de décoration.

La couleur blanche ou déterminée qu’on peut donner à la pâte de cette poterie, léclat et la solidité de son vernis, et surtout la finesse, la légèreté, la pureté du contour que peuvent offrir ses pièces , sont des qualités qui la font rechercher. D’un autre côté, la plasticité de sa pâte qui en rend le travail facile, expéditif et sûr, les moyens mécaniques et les procédés économiques qu’on peut mettre en usage pour rendre cette fabrication encore plus expéditive, permettent de réduire considérablement le prix de cette poterie, sans que ce soit ni aux dépens de ses qualités fondamentales, ni même aux depens de ses qualités accessoires, qui tiennent au goût, à la pureté des formes et des décorations. Cette réduction de prix, en étendant considérablement le débit et la fabrication, permet une nouvelle économie dans la production et dans la vente pour les pays où cette fabrication est conduite en grand et avec une longue expérience.

Les défauts de cette poterie qui tiennent à sa nature sont de ne pouvoir aller sur le feu pour les usages domestiques, et d’avoir un vernis tendre qui se laisse aisément entamer par les instrumens d'acier et de fer. Mais, lorsque cette poterie est mal fabriquée ou fabriquée avec une économie malentendue, ses défauts deviennent bien plus graves ; son vernis jaunûtre et tendre tressaille souvent ; il se laisse entamer ou user

avec une grande facilité par les instrumens de fer ou par l’usage ordinaire. Les fissures que ce tressaillement ou ces rayures ouvrent dans le vernis permettent aux matières grasses de pénétrer dans le biscuit qui, dans les poteries affectées de ce défaut, a presque toujours une nature lâche; les pièces se salissent , s’'empuantissent , et se brisent même facilement.

Il est important de reconnaître ces défauts , qui ne se manifestent pas au premier aspect.

Il y a plusieurs moyens , qui sont à la portée de presque tout le monde.

1°. Le vernis se laisse entamer aisément au couteau.

2°, Les pièces de cette poterie, placées dans un lieu où se dégagent des odeurs de matières putrides, ne tarderont pas à se couvrir de couleurs irisées , et même à se noircir.

30. Un œuf, mêlé d’un peu de graisse et cuit sur une pièce rayée, fera naître à sa place une couleur irisée ou d’un brun-noirûtre, qui s’étendra à une plus ou moins grande distance de la rayure , suivant la mauvaise qualité du vernis ou du biscuit.

On distingue deux genres dans la faïence fine, le cailloutage en terre anglaise et la terre de pipe.

Le cailloutage en terre anglaise , ainsi appelé parce que la matière dégraissante ne consiste qu’en silex broyé, est l’objet d’une immense fabrication en Angleterre où ses produits se livrent à très-bas prix. Cette faïence est imitée en France, dans les grandes fabriques de Creil, Montereau, Choisy, Chantilly, dont nous voyons les produits à l'Exposition,

Des différences notables existent entre les procédés anglais et français.

Une des plus importantes, c’est celle de la matière première ; l'argile plastique du Devonshire ct celle du Dorsetshire sont bien plus riches en alumine que les argiles de Montereau, par conséquent plus plastiques et d’un maniement beaucoup plus économique. L’argile de Montereau contient d’ailleurs un peu de fer, et lorsqu'on veut lui faire subir une température semblable à celle que les Anglais donnent à leur faïence fine, elle prend une teinte rougeûtre , provenant de la coloration par l’oxide de fer.

La composition des faïences fines du Devonshire et du Dorsetshire paraît être, sur 100 parties, de 62 d’argile plastique, 16 de kaolin de Cornouailles, 19 de silex, 3 de feldspath en parte décomposé.

Le plus grand soin est apporté dans la préparation de la pâte. Pour que le mélange ait lieu

de la manière la plus intime, après que les argiles ont été lavées, et le silex trituré très-fin é on en fait une bouillie claire, appelée barbotine, que lon gâche long-temps. La barbotine est amenée ensuite dans des caisses qui, dans quelques fabriques anglaises, ont jusqu’à 60 pieds de long. Ces caisses faites de plaques de terre cuite sont entourées ensuite de combustible pour faire évaporer en partie l’eau de la pâte; puis celle pâte est reprise et portée dans des moulins, où des machinés d’une grande force la pétrissent dans des cylindres de fonte, et en dégagent tout l'air interposé. La pâte, après cette opération, reste encore plusieurs mois dans des caves humides.

Cette pâte est alors d’un usage si convenable pour la fabrication, qu’on assure qu’un ouvrier anglais, assisté de deux apprentis qui lui apportent les balles de pâte, et qui emportent la pièce ébauchée, peut ébaucher une assiette en huit ou dix secondes, par conséquent , 3,600 dans sa journée de dix heures.

Dans cette fabrication , le moulage a généralement lieu à /& croûte; nous l’avons décrit plus haut. Les pièces ébauchées sont finies par le tournassage.

La cuisson a lieu à la houille ; elle s'opère en

#5 heures ; plus rapidement, par conséquent,

que celle de la faïence commune : toutefois la chaleur développée est bien plus forte que pour la cuisson de cette faïence. Le vernis dont nous avons fait tout à l’heure connaître les principes constituans est mis sur les pièces cuites, et n’a besoin, pour son application, que d’une chaleur évaluée au tiers seulement de celle qu’exige la cuisson du biscuit.

Quant aux procédés des fabriques françaises, la différence que nous avons signalée dans les matières premières employées en amène quelques-unes dans le reste de la fabrication. Les principales consistent en ce que la cuisson est moins forte, et que la pâte étant moins dense, il faut varier un peu la composition du vernis , qui est moins dur aussi que le vernis anglais.

Parmi les fabriques françaises, il en est quelques-unes toutefois qui se rapprochent davantage dé la pâte et des vernis anglais. Nous les signalerons plus loin.

Les principaux défauts de la faïence fine résident dans son vernis qui est tendre, altérable et susceptible de tressaillir. On a imaginé de couvrir un biscuit analogue par sa composition à celui de cette faïence, avec l'émail opaque, ctannifère et très-dur de la faïence commune. C’est ce que l’on appelle £erre de pipe.

Cette poterie peut avoir les formes délicates et la légèreté de la faïence fine, en même temps que l’émail glacé, bien blanc et dur, de la faïence commune. Mais eet émail épais et opaque alourdit un peu les formes. La principale objection contre ce genre de faïence, c’est qu’elle est d’un prix trop voisin de celui de la porcelaine, pour qu’on lui donne la préférence sur celle-ci.

La potcrie de grès prend son nom plus encore de son aspect physique, que des proportions chimiques de sa pète. Il faut la distinguer en poterie commune et poterie fine,

Dans la poterie de grès commune, la pate est d'argile plastique siliceuse , à laquelle on ajoute un peu de. sable. Cette argile n’est pas: lavée, mais seulement épluchée; elle est marchée et pétrie avec soin : sa couleur est grisätre. Le point saillant de cette fabrication, c’est la longueur de la cuisson ; à Saveignies., près Beauvais, elle dure huit jours; quatre jours, daus le voisinage de Briarc. À Saveignies et en Bretagne on ne donne pas de veruis à cette poterie, qui n’en est pas moins imperméable aux liquides. A Briare, on l’enduit d’un vernis partieulier, du genre des couvertes, et faite avec le laitier des fourneaux à fer. Le vernis est mis sur le cràû ; la pâte et la couverte cuisent ensemble; celle-ci prend une couleur marron, est unie, brillante et très-dure. À Sartpoterie, dans le département du Nord, on fait une poterie qui tient au genre que nous examinons ; elle est d’un gris de lin assez agréable, d’une fabrication un peu plus soignée , et souvent urnée de dessins, taches et hnéamens , faits avec une eouverte bleuâtre, dont la couleur est due à l’oxide de cobalt.

Souvent ces poteries ont un vernis très-fin eL trauslucide : il est abtenu par un procédé aussi simple qu'économique, et qui consiste. à projeter du sel marin dans le four, au moment où la, cuisson se termine. Ce sel se volatilise,, et vient former un fondant à la surface: des pièces cuites, où ilse décompose , et laisse son aleali.

Les grès anglais, fabriqués à Londres, sont cuits à la houille presque jusqu’à la fin de Popé- -ration , où Pon iitroduit dans le four du bois, dont la cendre alealine volaulisée donne à ces grès l’enduit vitreux qu’ils présentent.

La fabrication de ce genre de poteries est aussi très-avancée en Allemagne ; la pâte en est fine et les ornemens soignés ; leur couleur est le brun-marron et le gris foncé; ils sont. recouverts d'unenduit vireux mince, dùà à la volatihsation.du selkniarin. Hs sont, en outre, ornés, comme les vases de Cologne, de parties émail-

lées avec une couverte colorée en bleu par le cobalt,

La poterie de grès fine, particulièrement fabriquée en Angleterre, paraît se composer d’un quart d’argile plastique blanche, d’un quart de kaolin , d’une moitié de feldspath; il en résulte une pâte qui.à une: assez grande fusibilité, qui peut se passer de vernis ou de couverte , ou n’en recoit pas d'autre que celui qui provient de la volatilisation des parties alcalines des terres qui composent les enveloppes dans lesquelles ces pièces ce. poterie sont cuites. Cette poterie est susceptible de recevoir des ornemens très-fins et très-brillans.

La Chine et le Japon fabriquent cette sorte de poterie avec une grande habileté.

Les grès anglais faits maintenant dans toutes les fabriques de faïence fines ; concurremment avec ces faïences, parce qu’ils remplissent dans le four des places où ils cuisent mieux que ne le ferait la faïence, sont extrêmement remarquables par la variété de leur couleur, la finesse de leur pâte, la richesse et la pureté de leurs godrons et ornemens. C’est au célèbre Wedgwood qu’on doit cette jolie poterie.

La fabrique française de Sarguemines, dirigée par MM. Fabryÿ et Utschneider, a, dans ce genre, des produitsiextrêmement remarquables. Le joli thé, dont nous donnons les pièces prin:cipales (P£. VIE — 13, 14, 15, 16, 17), appartient à ce genre de poterie ; il faut y rapporter uñ très-beau produit de la même fabrique , les imitations de porphyre qui donnent des pièees d'ornement pour les plus riches appartemens ( PI. VII —20). Nous y reviendrons plus loin. a

Nous arrivons enfin à la porcelaine. On en distingue de deux sorres, la porcelaine dure et la porcelaine tendre. Écoutons encore ici M. Brongniart, mous ne saurions suivre un

‘ meilleur guide.

Ce qui distingue particulièrement la porcelaine de la faïence, c’est que contenant dans sa pâte même un alcali, la potasse , qui est un des élémens du feldspath, élément essenuel luimême de la porcelaine, elle participe des corps vitreux, La translueidité de sx pâte tient à cette circonstance de sa composition. Ses principales qualités en dérivent aussi.

Ce qui différencie la porcelaine tendre de la porcelaine dure, c’est que celle-ci contient une moins grande quantité d’alcali, et, par conséquent, est moins vitreuse ; elle ax d'ailleurs pour enduit vitreux une couverte terreuse dure , qui

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ne fond qu'a une haute température ; la porcelaine tendre a un vernis vitreux, transparent , tendre , plombifère,

La pâte de Pune et de l’autre est essentiellement composée de deux élémens principaux ; l’un, argileux, infusible, donné ou par le kaolin ou par l'argile plastique pure et blanche; l’autre, aride et fusible, est donné parle feldspaih , auquel on ajoute quelquefois du sable siliceux , de la craie, etc.

La couverte de la porcelaine dure consiste en feldspath, tantôt seul, tantôt mêlé avec du SJESÉ" à ù

La pâtede la porcelaine dure exige plus de soin que celle d’aucune autre poterie. Les matériaux en veulent être mieux choisis, mieux lavés, mieux broyés, mieux mélangés, la pâte mieux pétrie et plus maniée. Toutefois , elle est toujours courte , ce qui en rend le faconnage assez lent.

Les autres procédés de fabrication doivent être également plus soignés de tout point. L’art arrive ici à ses plus plus grandes difficultés comme à ses plus délicats chefs-d’œuvre.

La cuissouestsimple. Les pièces éprouvent un premier feu , mais c’est pour en dégager complètement l’humidité ; ayant acquis ainsi la fermeté nécessaire, on leur donne la couverte par immersion., On les cuit alors , et la pâte et la couverte subissent la même température, la plus forte des arts de la poterie. On lévalue à 140 degrés du pyromètre de Wedgwood ; c’est une température environ cent fois plus forte que celle de l’eau bouillante. A cette température, la pâte se ramolilit, ce qui exige de grandes précautions dans les procédés d’encastage, ou d’arrangement des pièces dans les fourneaux.

Les qualités de la porcelaine dure sont de pouvoir résister sans fracture aux changemens brusques de température quand ils s'étendent de 0 à 100 degres, et de pouvoir être portée à une plus haute température sans se briser quaud on prend les précautions convenables; c’est ainsi que cetle porcelaine peut être employée long-temps à tous les usages domestiques , et exposée même aux températures hautes et variables des laboratoires de chimie. C’est sa première qualité, sa qualité fondamentale.

Les autres qualités, pour être moins importantes, n’en sont pas moins recherchées : On veut que la pâte soit blanche, d’un blanc de lait, sans taches, que le vernis offre une surface glacée et unie, sans ondulations ni points enfoncés; que les pièces présentent avec pureté , avec finesse même , les formes et les contours qu’on a voulu leur donner ; enfin qu’elles n’aient

ni l'épaisseur , ni les formes émoussées de la faïence.

La France a pour la fabrication de la porcelaine dure un avantage fondamental, celui de la matière première. Son kaolin de Saint-Yrieix, près Limoges, est plus pur qu'aucun autre kaolin connu ; à cette cause de supériorité s’ajoute celle du goût et des arts du dessin. Ainsi s’expliquent les progrès croissans de cette belle industrie parmi nous.

La pâte de porcelaine dure dans les fabriques de Paris et du Limousin est composée de quatre parties de kaolin non lavé, et d’une de feldspath. La pâte, dite de service, de la manufacture de Sèvres, contient sur 100 parties, 64 de kao-

lin lavé, 6 de craïe de Bougival, 10 de sable

pur d'Aumont , près Chantilly, 10 de sable du lavage du kaolin. Ce lavage du kaolin, pratiqué à Sèvres, lui enlève tout le sable qu’il contient ; il en résulte que les pâtes de Sèvres sont plus argileuses que celles de Paris ; suivant M. Brongniart, elles sont pour cette cause plus suscepübles d’ondulations ou de déformations à la cuisson, mais plus propres aussi à donner de grandes pièces.

Quant aux divers procédés de moulage et encastage , nous en devons renvoyer la description compliquée , mais pleine d'intérêt, à la partie de notre ouvrage où nous traiterons des atelicrs.

Les porcelaines dures sont susceptibles d'un genre de décoration en couleur que les autres poteries ne présentent pas d’une manière aussi tranchée : ce sont les fonds de couleur que Pon appelle au grand! feu. Ces couleurs sont celles qui peuvent résister sans altération à la température nécessaire pour cuire les vernis, émaux et couvertes. Ces couleurs alors pénètrent dans l’enduit ramolli, et acquièrent ainsi un glacé plus profond et plus complet. Les co leurs qui peuveut supporter le grand feu dans la fabrication de la porcelaine, sans perdre de leur nuance et de la vivacité de leur ton, sont le bleu de cobalt, les verts de chrôme, les bruns dits écailles, Ces couleurs sont placées sur la porcelaine après qu’elle est cuite, et par conséquent qu’elle a sa couverte; elles repassent au feu. Pius le feu est vif, et plus ces fonds, surtout le fond bleu, sont fleuris et glacés. Un feu languissant y fait naître des défauts nombreux ; les fonds deviennent louches , plombés, bouillonnés. La porcelaine susceptib'e de supporter une haute température, est donc aussi celle qui

présentera les fonds au grand feu les plus beaux.

La Saxe fabrique aussi des porcelaines dures. Sa fabrication se distingue de la nôtre par la composition de sa pâte et de la couverte dans laquelle il entre du gypse que nous n’y mettons pas. La couverte a un blanc laiteux et glacé un peu différent de celui des porcelaines françaises. On place souvent de petits ornemens en bleu de cobalt sur la pièce après qu’elle a été dégourdie, puis on passe la pièce à un feu modéré pour enlever l'essence dans laquelle la couleur était dissoute, on met la couverte par immersion, et on cuit. Ces ornemens bleus se trouvent ainsi comme fondus et épanchés dans la couverte ; ils ont plus d'éclat, mais moins de netteté.

Vienne, Frankenthal, Louisbourg près de Stuttgard', Nymphenbourg près Munich, fabriquent d’après des procédés analogues.

La porcelaine tendre est plus vitreuse, plus translucide que la porcelaine dure. Sa pâte renferme plus d'alcali, de soude, de potasse, ou bien des sels à base terreuse, sulfate ou phosphate de chaux ou de baryte, qui ajoutés à ses élémens terreux, l'argile ou feldspath, forment des composés assez fusibles.

La cuisson est double; on cuit d’abord le biscuit, et, comme dans cette cuisson on va jusqu’au ramollissement, il faut que les pièces puissent cuire les unes dans les autres , de manière à se soutenir mutuellement, ou bien on les cuit sur des espèces de noyaux appelés renversoirs, qui conservent les formes des pièces, et sur lesquels elles peuvent prendre leur retraite sans obstacle.

Le vernis est mis ensuite ; il n’a pas besoin d’une aussi haute température que le biscuit.

L’Angleterre fabrique une sorte de porcelaine tendre qu’elle appelle iron stone china (porcelaine de fer) qui tient presque également de la porcelaine dure et de la faïence fine ; elle se distingue de la première parce que sa pâte est plus fusible et son vernis plombifère, et de la seconde parce que sa pâte est transparente et son vernis plus dur; le thé (théière, sucrier, potau-lait, tasse) que nous donnons (PL. VII —— 9,10, 11, 12) est de ce genre de porcelaine,

La cuisson de cette porcelaine est double, et se fait comme celle de la faïence fine.

Nous venons d’esquisser les traits principaux de la fabrication des divers genres de poterie, au moins des plus saillans. Quelque arides qu’ils soient, ces détails sommaires peuvent suffire, lus avec quelque attention, pour guider à tra-

vers le dédale où la spéculation Jette à dessein le consommateur. Ils seraient incomplets toutefois si nous n'y ajoutions pas des chiffres qui, avec les notions que nous venons d’acqnérir, nous permettront de porter un Jugement sain

sur l’état actuel de l’art de la poterie et sur son avenir.

La douzaine d’assiettes de poterie commune Se pale généralement aujourd’hui de 1 fr. 20 c. à {fr. 50; celle de faïence commune, de 2 fr. a 4 fr.

M. Louis Lebœuf, propriétaire de la fabrique de faïence fine de Montereau, l’une de nos principales manufactures en ce genre, donne les P'iX Suivans pour un service de table en faïence blanche et en faïence avec dessins bleus :

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