‹ L'industrieChapitre 20 sur 74 · PORCELAINES ,; FAIENCES ET POTERIES · texte numérisé non relu

PORCELAINES ,; FAIENCES ET POTERIES

Nous croyons devoir unir dans notre examen et dans nos études ces industries si voisines entre elles, et qui aujourd’ hui se disputent la consommation de la classe moyenne.

L'industrie des porcelaines se présente à l'Exposition de 1834 sous une face toute nouvelle. Depuis 1827, le talent de quelques fabricans, et particulièrement de M. Jacob Petit, lui a fait faire des pas immenses. Aujourd’hui ; grâce à leurs efforts , des objets que leur difficulté d’exécution réservait aux grandes fortunes, peuvent pénétrer dans les consommations plus générales. L’ exhibition de M. Jacob Peut est, sous ce rapport, extrêmement remarquable ; quelques-unes des pièces qu’il produit; sa cheminée (PL. VI—1), ses vases (Ps. VI—1 et), sa pendule (PL. VI — 2), ses corbeilles de fleurs , attestent à la fois un grand goût de des-

sin, en même temps qu’une grande supériorité de fabrication. Pour en bien juger au reste, il faut se décider à faire avec nous quelques pas dans l’étude technique de cette industrie,

Mais, avant tout, un premier travail nous paraît indispensable. C’est la classification des divers genres de poterie. Au milieu de tant de produits d’apparence si semblable, de qualités si différentes en réalité, dont les magasins de vente offrent journellement au consommateur lembarrassant assemblage, et qu’il retrouve à lexposition ; dans ce dédale de dénominations menteuses inventées par là spé-

ulation, sous ces vernis brillans, sous ces peintures, qui trop souvent encore cachent des terres mal préparées et mal cuites, quel moyen le consommateur a-t-il de vérifier la qualité réelle de l’objet qu’il achète ? Un seul , l’usage, expérience coûteuse, même quand il a été induit à la faire par le bon marché. C’est surtout en matière de consommations habituelles que ce genre d’appât est ruineux. L'étude que nous allons faire est donc, pour le consommateur, d’une utilité assez grande pour lui en faire oublier Paridité, Nous l’abrégerons d’ailleurs autant qu’il nous sera possible.

Les deux principes constituans de toutes les poteries sont la silice et l’alumine (1). Les argiles pures et les kaolins sont particulièrement composés de ces deux terres, et offrent par conséquent les matériaux les plus habituels pour la fabrication des poteries fines et des porcelaines. Les argiles figulines ( Ægulus, potier) et des marnes argileuses qui sont composées d'argile et de craie (silice, alumine, carbonate et chaux), sont d’un usage général et économique pour les faïences et poteries communes.

Il paraît démontré que la bonne qualité des pâtes dépend surtout des proportions de leurs principes constituans , et que mieux la combi. naison chimique de ces priacipes est opérée, plus les produits qu’elles donnent réunissent eux-mêmes des diverses qualités qu'on y recherche.

On appelle combinaison chimique celle où deux corps s’absorbent l’un l’autre en proporüon définie , et de manière à former un nouvean corps de propriétés souvent très-différentes de celles de ses deux constituans : par exemple, l’acide sulfurique, qui est un composé de soufre

(1) Dans quelques fabrications d'Italie et d’Espagne, on em-

ploie des terres où la magnésie tient lieu d’alumine. Ou appelle ces terres giobertite ‘et magnésite,

oc

et d’un des élémens de l'air que nous respirons, l’oxygène. Il faut des quantités données et con. nues de l’un et de l’autre de ces élémens pour former cet acide , et cettecombinaison chimi jue ne peut être détruite mécaniquement ,.majs au moyen d’autres affinités chimiques.

La combinaison chimique et à proportion définie de la silice et de lalumine forme, en langage chimique, un silicate dalumine, La faïence fine, celle d'Angleterre par exemple, dont la pâte est si dense et si homogène, paraît composée de silice et d’alumine en proportions telles qu’elles se neutralisent plus complètement que dans les faïences françaises ; en d’autres termes , la quantité de silice ou d’alumine qui y reste libre de combinaison chimique paraît y être moins forte que dans les autres poteries , qui sont aussi des silicates d’alumine > Mais avee plus de silice ou d’alumine non neutralisée.

Cette manière de formuler les différences qui existent entre certains genres de poterie serait toutefois incomplète autant qu’oiseuse, si nous ne la faisions pas suivre de tous les détails qui, même empiriquement, peuvent permettre d’établir ces différences d’une manière plus facile et plus compréhensible pour les consommateurs ordinaires ; d’ailleurs cette combinaison plus intime, plus chimique des pâtes, résulte des procédés de fabrication autant que des proportons constitutives des matériaux employés. En : trons donc dans l’examen sommaire des procédés de fabrication, en tant du moins qu'ils diffé. rencient les divers genres de poterie.

M. Brongniart (1) établit, et nous croyons qu’on peut admettre avec lui, sept sortes de poterie : les (erres cuites, — la poterie commune, — la faïence commune , — la faïence fine, — la polerte de grès, — la porcelaine dure , — la porcelaine tendre. k M

Nous n’avons pas ici à nous occuper de la première classe, qui comprend les briques, tuiles , carreaux, fourneaux, réchauds , tuyaux de conduite, statues de jardins ou de poëles. Ces divers produits , composés d'argile figuline , ou de marne peu travaillée , et mêlée de sable ou de débris de terre cuite, constituent » quelques uns du moins, des produits importans, dont la fabrication déjà perfectionnée doit, sans aucun doute, recevoir plus d'améliorations encore, mais qui n’entrent pas dans le sujet que nous traitons ici.

(1) Dans son excellent travail sur la poterie, inséré daus le Dictionnaire technologique.

La poterie commune , assiettes, terrines , marmites, avec vernis jaune, vert ou brun, est employée soit comme vaisselle dans les pauvres ménages , en raison de la modicité du prix, soit pour les usages domestiques, et notamment pour ceux de la cuisine, par les classes aisées, qui n’ont rien encore à y substituer. Cette poterie va au feu, voila son avantage, et l’on n’a pas déterminé précisément à quelle cause on peut l’attribuer.

Quoi qu’il en soit, ces poteries, celles, par exemple, qui se fabriquent dans les environs de Paris, sont composées d’argiles plastiques brunes, extraites àGénuülly, Arcueil, Vaugirard, et de sable siliceux contenant un peu de marne ferrugineuse et qui se trouve aussi aux environs de Paris.

L’argile plastique prend cette dénomination, non de ses propriétés ou proportions chimiques, mais d’une qualité physique, celle de formér une pâte liante, et conservant les empreintes que la main de l’ouvrier lui donne. La pâte de poterie est longue ou courte , suivant que la plasticité de l'argile est plus ou moins développée.

Toutefois , comme largile seule ne présente pas assez de fermeté , et qu'après avoir été ébauchée ou préparée au tour à potier, elle se déformerait par la dessiccation ou la cuisson, on la mélange toujours d’une matière qu’on appelle dégraissante ; tantôt c’est du sable, tantôt de la craie, tantôt du ciment de pâte analogue et broyée.

Dans la poterie dont nous nous occupons, le sable siliceux forme la matière dégraissante ; il entre pour un cinquième dans la pâte. L’argile et le sable sont mêlés par le marchage ; on y ajoute des rognures de pâte déjà maniée, et la pâte est fabriquée.

Toutes les pièces rondes sont faconnées par ébauchage. L’ébauchage est la facon qui consiste à donner à la pâte molle une formé quelconque avec les mains, et sans moule. Cette opération se pratique au tour à potier.

Les autres pièces se faconnent à la main, ou quelquefois dans des moules de plâtre.

Ainsi préparées , elles sont portées au four pour être cuites, ou, en termes d'art, pour être béscuitées.

Il reste à les vernisser , opération indispensable , et sans laquelle ces poteries ne pourraient tenir l’eau, ni servir à aucun des usages auxquels on les applique. Le vernis jaune est composé, pour 100 parties, de 64 de minium ou litharge (oxide de plomb), argile 16, sable

14. Cette combinaison produit, exposée au feu, une substance qui se liquéfiet prend l'aspect vitreux. Ces matières sont broyées sous une meule, et forment avec de l’eau une bouillie, dont on asperge la partie de la pièce qu’on veut veruisser. Elle est alors ainsi reportée au four, où une chaleur bien moins considérable que celle de la cuisson, fait fondre le vernis, et donne à la poterie l’aspect que nous lui connaissons.

Quand on veut un vernis brun, on ajoute du manganèse à la composition indiquée plus haut, et on en Ôte un peu de minium ; quand on veut un vernis vert, on l’obtient par l’addition d’un peu de protoxide de cuivre.

Il existe une poterie commune d’un genre un peu différent; elle a un fond jaune, avec des taches d’un violet pâle. Elle est faite à Epernay. L’argile plastique avec laquelle on la prépare est blanche, et conserve cette couleur à la cuisson. La fermeté de cette pâte permet que les pièces soient vernissées crues. On leur donne d’abord un enduit terreux et fusible, appelé engobe; puis on met une couche de minium par aspersion, et on projette dessus de l’oxide de manganèse. Ainsi se produit cette apparence mouchetée de la poterie d’'Epernay ; cette poterie ne présente pas d’autres différences sensibles avec celle de Paris.

A Magnac-Laval (Haute-Vienne), on fabrique une poterie analogue, et qui est d’un noir brillant obtenu sans avoir recours à l’opération du vernissage. Cette poterie cependant, particulièrement destinée aux lessives, peut en contenir de bouillante sans transsudation. Pour lui don: ner cette couleur noire, on met en pratique le procédé suivant : on introduit dans le four du bois humide au moment où la cuisson de la poterie s'achève; il s'y développe ainsi une grande quantité de fumée chargée de charbon en poussière ténue; pour que cette fumée séjourne dans le four, et s’imprègne bien dans la pâte, on ferme toutes les issues du four; la poterie sort d’un noir mat; on lui donne le brillant en la frottant avec du foin.

Tels sont les proc:dés généraux de fabrication de la poterie commune, C’est celle dont la pâte subit le moins de préparation, la cuisson la moins forte, et qui recoit le vernis le plus facilement fusible. C’est, en un mot, celle qui réunit le plus toutes les conditions du bon marché. Mais, à cause de cela même, elle est d’un mauvais usage. La pâte et le vernis n’offrent aucune solidité. Cette poterie va au feu, mais elle s’y écaille ou fendille facilement ; une fois le ver-

Cf : ; > Drcelacric :

Page 1