DESSERT
2 douzaines d’assiettes plates de 7 pouces et demi. 10 4 compotiers à pied. 4 8 2 jattes à fromage. 4 Jo 1 sucrier de table avec cuillère 3 5 90
Total. 63 42 11 09
La fabrique de Montereau appelle cette faïence porcelaine opaque, imitant la porcelaine de fer (éron stone china) de l'Angleterre. Cette dénomination rest pas exacte; celte prétention n’est. pas fondée. Il y a assez de mérite réel, assez de difficultés vaincues dans les établissemens de Creil, Montereau et autres analogues, pour qu’ils se mettent à l'abri de l'apparence même du charlatanisme. Les poteries de Creil. et de Montereau n’ont rien qui approche de la porcelaine ; celle dont nous venons de donner les prix a une pâte jaunâtre, poreuse , et un vernis très-tendre. C’est de la faïence fine, fabriquée avec tout le soin et toute l'économie que peut permettre une matière première inférieure.
Au reste, les deux chefs des fabriques de Montereau et de Creil, MM. Lebœuf et de Saint- Cricq, reconnaissent que cette observation est fondée ; suivant eux, C’est /aïence dure que ce genre de produits devrait être appelé.
La manufacture de Creil donne aussi les prix de ses faïences blanches, et à impressions bleues, rouges , ou noires. Ces prix, comme ceux de Montereau, sont joints aux proiluits que ces fabriques ont mis à l'Exposition ; la dénomination est aussi celle de porcelaine opaque. Les prix de Creil sont généralement de 8 à 10 p. °/, supérieurs à ceux de Montereau. Creil et Montereau font à leurs marchands de première main une bonification de 12 à 15 p. °/; on doit donc trouver chez les principaux marchands de faïence des services à des prix semblables à ceux que nous venons d'indiquer.
Les manufactures de Creil et de Montereau ont encore d’autres produits que ceux de leurs porcelaines vpaques : ce sont leurs terres de pipe. Nous indiquerons un peu plus loin les prix de quelques-uns des articles de cette fabrication , aujourd’hui peu recherchée par la consommation, et dont la porcelaine opaque prend maintenant la place.
La fabrique de MM. Fabry et Utschneider de Sarreguemines expose des produits de genres variés et également dignes d'intérêt.
Au premier rang , il faut placer sans doute leur poterie fine, appelée par eux terre carmélite et terre jaune de Naples. Ces deux terres vont parfaitement au feu et sont d’un joli aspect et de formes généralement gracieuses. I paraît que celles surtout qui sont à fond noir et uni, avec reliefs noirs sur fond jaune dans le haut de la pièce , et qui appartiennent ainsi à la terre dite jaune de Naples, sont au feu d’un excellent usage, et, en raison de la couleur de leur enduit, conduisent bien la chaleur , et opèrent rapidement l’ébullition.
Une bouilloire de terre carmélite, pouvant tenir $/, de litre, coûte à la fabrique 35 c.; un bol, dimension ordinaire de tasse à déjeuner, 20 c.; une casserole à anse, pouvant contenir un litre '/,, 90 c.; en terré jaune de Naples, une bouilloire contenant :/, litre, 50 c.; en terre jaune, à fond noir uni, avec reliefs noirs dans le haut, sur fond jaune, et pouvant contenir un litre, 70 c.
Nous avons donné (PL. VII—-18) un produit d’un usage excellent, employé principalement à faire cuire des œufs. Le prix de celui que nous avons copié, et dont l'échelle jointe à la planche permet de mesurer les dimensions, est de 20 c,
Led
Ces indications suffisent pour montrer come bien cette fabrication est économique. Pour avoir le prix de cette poterie à Paris, il faut ajouter pour le transport environ 25 p. °/,, pour les chances de casse, 6 p. °/,, et autant pour le bénéfice du marchand, qui, sur les prix que nous venons d'indiquer, a déjà d’ailleurs une bonification; en sorte que le maximum du prix de cette poterie vendue à Paris peut s’obtenir en ajoutant de 36 à 40 p. °/, aux prix ci-dessus.
Nous avons déjà signalé la poterie de grès de Sarreguemines ; c’est un des plus jolis produits exposés cette année. Elle n’a pas d’émail, et ses reliefs sont d’une netteté parfaite. Voici les prix des cinq pièces de cette poterie que nous avons données dans la planche VII et qui sont en grès blanc, avec reliefs noirs. La tasse est jaunâtre, aussi avec reliefs noirs.
Grand bol, fig. 13, 3 fr.; théière, fig. 14, 8 fr.; sucrier, fig. 15, 2 fr. T5 c.; tasse, fig. 16, 50 c.; pot au lait, fig. 17, 2 fr. 25 ce.
Pour avoir les prix de ces objets, tels que peut les vendre le marchand de Paris, il faut y ajouter aussi de 36 à 40 p. °/.. ae
Enfin la fabrique de Sarreguemines produit aussi des terres de pipe d’une qualité réputée supérieure; nous en indiquerons les prix tout à l’heure.
Il existe encore en France quelques autres
genres de poterie ou faïence. Nous en avons
déjà mentionné quelques-uns ; il faut y ajouter la poterie de grès du département de la Drôme, produit très-recherché il y a quelques années, et aujourd’hui négligé si lon en croit les marchands de Paris. Nous sommes porté à l’admettre; toutefois nos informations sur ce point ne sont pas assez précises pour nous permettre une affirmation plus positive.
Ramenons à un même objet les divers prix que nous venons de donner pour bien établir la comparaison. Nous choisissons la douzaine d’assiettes plates , comme étant l’objet des consommations les plus générales. Nous parlons maintenant des prix habituels chez les marchands.
Ces prix sont, pour la poterie commune ;, moyennement 1 fr. 35 c.; faïence commune, 1 fr. 80 c.; terre de pipe blanche de Creil et de Montereau, 2? fr. 20 c.; terre de pipe blanche de Sarreguemines, 2 fr. 50 c. ; porcelaine opaque blanche de Montereau , 3 fr. 45 c.; porcelaine opaque blanche de Creil, 3 fr. 75 c.; porcelaine opaque à impressions bleues de Montereau,
5. fr. 50 c.; porcelaine opaque à impressions bleues de. Creil, à fr. Ta c.
Ces dernières assiettes de, Creil et de Montereau sont présentées comme pouvant remplacer la porcelaine ordinaire et, la, porcelaine, dite de Tournay dont il est fait de, si, fortes consomma: tions par les établissemens de café et restaurans.
La douzaine d’assiettes de choix: mixte en porcelaine, vaut aujourd’hui de 7, à 9:fr.; celle d’assiettes. dites de Tournay, 8 fr.,50 c,;, la douzaine d’assiettes de porcelaine avec dessins de fleurs, dits barbeaux, 10 à 12 fr.; et avec filets verts et or, 13 à 15 fr.
La porcelaine dite de, Tournay est faite à Saint-Amand , département du Nord , avec de la terre prise à Tournay. L'entrée en France dela porcelaine et poterie, fine étant prohibée, on extrait de, Belgique la matière première, dont la sortie est franche de droits , et on la travaille à Saint-Amand. Cette porcelaine est depuis long-temps connue et estimée dans la consommation. Elle est généralement épaisse et a des filets bleus ou des. dessins .entrelacés de même couleur. Ce. bleu. est donné au grand Jeu. Nous avons dit ce que c'était que ce geure de petnture sur porcelaine. La. pâte de la porcelaine de Tournay est plus poreuse et moins fine que celle de la porcelaine ordinaire ; aussi cette porcelaine de Tournay a:t-elle beaucoup moins de sonorité; mais elle a une qualité qui la rend précieuse pour les établissemens où se fait un grand mouvement de vaisselle, c’est sa solidité et sa grande résistance au choc. Son défaut est
le peu de dureté de son. émail qui s’use assez:
rapidement. Ce genre dé porcelaine est peu em. ployé dans les ménages, On y préfère ou la porcelaine courante blanche dout l'aspect est, plus agréable , l'émail plus dur, et qui, moins résistante , il est vrai, au choc, est d’un bon, usage et d’une longue durée cependant, pour si peu de soin qu’on y.apporte ; ou bien l’on prend .de la. faïence fine à impression de Creil, ou de Montereau, dont l'usage est moins bon, mais qui est plus ornée,
En général, on peut admettre que la porcelaine courante et de bonne qualité ordinaire est d’un prix double de la faïence fine de Creil, Y at-il dans les qualités de ces produits une compensation suffisante à cetteaugmentation de prix. Nous. en sommes coavaincus, et il. faut biçn que ce, soit là l’opinion du public; la con. sommation de.la porcelaine suit.depuis plusieurs années une progressiou très-rapidement ascen dante.
Pour montrer l’économie à laquelle ce genre
de fabrication peut parvenir, nous citer'ons en: core les tasses employées dans les cafés, Ces tasses sont de deux foriues, à bords évasés et à bords droits, dites forme {tron. En voici les prix :
Tasse à café, à déjeuner , forme litron, 1 fr. 60 c. ; bords évasés, 1 fr. 30,c. Tasse à chocolat, à déjeuner , forme litron, 80 c. ; bords évasés, 1 fr. 10 c. Demi-tasse à café, forme litron , 50 c.; bords évasés , 65 c.
Nous voici enfin arrivé au terme des détails techniques ou marchands qui nous étaient indispensables pour aborder en toute connaissance de cause les questions industrielles et commerciales qui se lient à la fabrication de la poterie, de la faïence.et de la porcelaine en France, questions de premier ordre; on va s’en convaincre.
Nous avons déjà parlé des efforts des cités qui tiennent le premier rang dans l’industrie ou le commerce de la France, Lyon, Bordeaux, le Hâvre, pour arriver à une réforme dans notre système douanier. Un des actes les plus importans dans ces demandes de réforme , c’est, sans aucun doute, la pélition des quatre cents principaux négocians de Bordeaux, dont les assemblées commerciales du, Hâvre et de Lyon ont postérieurement déclaré adopter les principes.
Les négocians de Bordeaux s'appliquent particulièrement dans cette pétition à faire connaître, l’état actuel de nos relations avec lAngleterre, et examinent avec soin l'influence que les tarifs de douanes des deux pays.exercent sur leurs relations commerciales ; ils s'expriment ainsi sur la question quinous, occupe :
« Nous ne saurions trop appeler laitention sur.les faïences et poteries de grès. Les qualités communes sont imposées à l’entrée en France de {1 fr. à 16 fr. 50,c. ; les fines sont prohibées. Ces arüucles pourraient donner lieu à un immeuse, échange de produits axec l'Angleterre, et leur encombrement fournir un aliment, trèsconsidérable à notre navigation. Nous .invoquons leur libre admission, non - seulement comme objets de commerce , mais.encore parce que ce sont des ustensiles de ménage de première nécessité dont sont privés des milliers de familles françaises. En effet, la douzune d’assiettes de grès ordinaire ne coûte en Angleterre que six sous (60 centimes de France), et varie de 2 fr. 50 c..à 3 fr. en. France. Voici donc à quoi se réduit la question. Les: progrès de nos, établissemens, de poterie et de. faïence ont-ils été tels depuis quelques années, que nous
Zch. p. Fig. 1 «à 18.
puissions espérer d'obtenir leurs produits dans un avenir prochain, au sixième Ou jau quart de leur -prix ‘actuel ?: Ou :bien devons-nous - con+ damner à jamais la masse des Français peu fortunés sans exceplion à Ja privation d’un objet indispensable et qu’elle: pourrait obtenir à:si bon marché ? Ceux quis’exprimentainsinesont point personnellement frappés par l'abus qu’ils signalent; mais il n’est personne qui:m’ait | été atteint d’un sentiment: de dégoût à l'aspect de la plupart de nos chaumières , et ce n’est qu’en favorisant les produits nécessaires-aux pauvres, n'importe la provenance , que mous pouvons faire cesser un état de choses qui mous paraît outrageant à l'égard de nosçconcitoyens «moins favorisés que:nous par:la fortune. »
Si nous nous rappelons maintenant lés xéflexions que nous:avons empruntées plus haut (page 51) à Fun des honmmes: les:plus-experts-en cettematièré, M. Brongniart, sur Pinsalubrité de la poterie commune de France , combien ces observations des négocians de Bordeaux ne prendront-elles: pas encore plus de poids? Cette insa- Jubritéde la poterie dont usent encore toutes nos campagnes :est notoire : il-y.a-de ces poteries dont la fabrication est si mauvaise , que le :contact .des acides:les plus faibles employés dans les usages domestiques ‘suffit pour en décomposer le vernis et lui enlever ‘une : partie notable :du plomb qu’il contient, -et «qui passe ainsi avec eux dans les alimens. Aucune ne résiste à l’épreuve du contact des gaz sulfureux, et même, pour beaucoup d’entre eiles, il est facile de s'assurer qu’au bout de quelques jours de simpleexposition à Pair, elles sont couvertes d’une teinte irisée, qui indique une combinaison :du plomb ‘avec l’oxigène contenu dans l'air, et par conséquent la décomposition du vernis ..Ce vernis est si peu cuit, à cause de son extrèmefu sibilité provenant de Pexcès de plomb, qu’on me doit pas être étonné de la facilité avec laquelle a seule influence atmosphérique peut de décomposer.
En présence:de faits. de cette importance et d’une:question aussi grave-et: d’un intérêt aussi général que celle qu'ont posée les négocians de Bordeaux, nous‘avons reconnu qu'il était de notre devoir de pénétrer jusqu'au cœur de cette discussion ; nous:avons interrogé les faits et les personnes avec cette ardente et scrupuleuse curiosité que suscite la volonté ferme de parvenir à la vérité, :
‘La France est-elle si arriérée que Pont :pré-
tenduiles négocians de Bordeaux dans la fabri-
cation de la poterie, comparée à celle de l’An-
gleterre ? Sice fait est exact, quellesen:sont les causes ? Quel serait le résultat, pourdes diverses
fabrications françaises , de la suppression du
droit de douanes et dela prohibition qui pèse aujourd’hui sur les poteries anglaises ?Telles se sont présentées pour nous les questions à résoudre.
Les fabriques de terre de pipe et de faïence fine, dite porcelaine opaque, de Montereau , de Creil, de-Gien et de Choisy , et celle de poterie fine et de poterie de grès de Sarreguemines, composant da presque totalité de la; producüon française dans ;ce} genretd’articles, il s’as gissait donc ici de commencer des :investigations où se dressaïient devant nous, et dès les premiers pas, avec leurs légitimes. exigences de discrétion et de réserve , des intérêts privés qui pouvaient être compromis par les résultats de nos: études etpar la ‘publicité que nous leur donnons. Il n’'yÿavait pour nous qu'un moyen de concilier cette :difficulté avec notre volonté invariable. de faire prévaloir lintérèt général: c'était de mettre sous les yeux des chefs de ces établissemens eux-mêmes les résultats de nos recherches , et d'entamer avec eux une discussion où l'intérêt qu’ils représentent les aurait eux-mêmes pour défenseurs : c’est ce que nous avonsfaitauprès de MM. Lebœuf, de Saiut-Cricq- Cazeaux et Utschneider , propriétaires des établissemens de Montereau , Creil :et . Sarreguenines. Nous ‘avons vivement à nous féliciter du:parti que nous avons pris : des faits nouveaux et graves sont sortis de cette loyale discussion.
11 y a deux ans, les quatre élablissemens de Montereau , Creil, Gien et Choïsy, répandaient dans Ja consommation pour deux millions de terre de pipe de qualité médiocre.et de prix à peu près-supérieurs d’un tiers aux prix actuels. Cette terre de pipe avait été accueillie d’abord favorablement, par les classes moyennes , que séduisaient une apparence desolidité etun vernis blanc-et assez bien glacé; mais on n’avait pas tardé à s’apercevoir que le vernis s’écaillait facilement, et que la terre n’offrait point une suffsante résistance au choc. À mesure.que-ces défauts se découvraient , la consommation tendait à diminuer ; une baisse successive dans les prix pouvait seule:mettre quelque rétardement dans cét abandon du! public. Une autre voie encore était ouverte aux. fabriques de terre de pipe : c'était de créer de nouveaux produits, propres aussi aux consommations usuelles, et de qualités supérieures.C’estce quesentirent les premiers les établissemens de Montereau-et de Creil , et leurs
efforts à cet égard ont été suivis d’un incontestable succès. |
Aujourd’hui les produits annuels des quatre établissemens paraissent pouvoir être fixés comme il suit :
670,000 fr.
Montereau. . . . .
CRE Enr NL ST à
Choisy 1.1.2 209000 Total. . 1,970,000
Ces chiffres résultent des déclarations combinées de MM. Lebœæuf et Saint-Cricq.
Sur cette somme de près de deux millions, il paraît que la faïence fine, dite porcelaine opaque, doit être comptée pour un quart environ ; le reste est en terre de pipe dont la consommation maintenue par une forte baisse de prix est encore assez considérable ; toutefois, d’après les chefs des fabriques eux-mêmes , elle cède successivement la place à la faïence fine.
Nous avons vu que les prix des deux fabriques de Creil et de Montereau sont les mêmes pour les terres de pipe, et que pour la faïence fine il y a quelque différence; le bon marché dans cet article est pour Montereau, et la supériorité de qualité pour Creil. Il paraît que, pour la fabrication de la terre de pipe, les procédés des deux établissemens et leur matière première sont à peu près identiques ; ils diffèrent plus sensiblement pour la faïence fine.
Montereau n’y emploie que ses argiles plastiques. Creil ajoute du kaolin à ces argiles. Ce kaolin vient de Cornouailles; il revient à Creil à meilleur marché que celui de Saint-Yrieix dans le voisinage de Limoges , qui, ainsi que nous avons dit, est le plus beau et le plus pur des kaolins connus en Europe.
Creil a un autre désavantage sur Montereau ; c'est le prix de son combustible. La voie de charbon de terre de Mons lui revient de 3 fr. à 3 fr. 50 cent. Celle de Blanzy revient à Montereau de 2 fr. 50 c. à 2 fr. 80. Il est vrai que le charbon de Mons est de qualité supérieure à celui de Blanzy, et, bien que les expériences tout récemment tentées à Montereau pour substituer le charbon au bois aient été suivies d’un plein succès, il est difficile de croire qu'une houille maigre comme celle de Blanzy puisse équivaloir dans des fours à poterie à une houille à longue flamme comme celle de Mons.
Ces désavantages sont quelque peu compensés pour Creil par la proximité où se trouve cet établissement, du meilleur sable de France pour
la faïence fine, le sable d’Aumont et celui d’Apremont. En somme, le résultat de ces chiffres est, comme nous l’avons dit, une augmen:tation de 10 p. °/ environ dans les prix de Creil, par rapport à ceux de Montereau, ei une supériorité de qualité assez bien représentée par cet accroissement de prix.
Telle est la position comparative des deux établissemens, ainsi que nous permettent de l'établir les déclarations combinées de leurs deux propriétaires. Ces faits posés, un autre ordre de questions a été présenté par nous à ces deux honorables fabricans.
Nous étions instruits que dans Îles réunions des Conseils généraux de l’agriculture , du commerce et des manufactures , qui ont eu lieu à la fin de l’année dernière , l’un des membres les plus compétens dans ces questions, M. Clément-Decsormes , avait vivement attaqué l’état actuel de Part de la poterie et de la faïence en France, ét, attestant une imfériorité notable dans les produits francais, avait demandé l'introduction libre des produits similaires de l’Angleterre. M. de Saint-Cricq-Caseaux combattit cette proposition , et, sur ses observations, les Conseils décidèrent que le droit de douanes serait maintenu pour deux années encore.
C’est sur la conservation et la quotité de ce droit qu’a porté la plus grande part de notre discussion avec M. Lebœuf, et surtout avec M. de Saint-Cricq; l’opinion de ces deux fabricans s’est trouvée bien opposée.
M. Lehœuf nous a formellement déclaré, instruit par nous d’ailleurs de la publicité que nous voulions donner à notre enquête, que le maintien du droit de douanes n’avait pas été sollicité par lui ; qu’il y était toutà-fait étranger , qu'il n’en avait pas besoin. Cette déclaration
loyale du fabricant qui semblerait avoir le plus
d'intérêt à la conservation du droit , a été faite et répétée dans les termes les plus explicites en présence de plusieurs personnes, et notamment de M. Favier-Gervais, banquier de Nancy.
M. de Saint-Cricq, soit comme propriétaire de Creil, soit comme intéressé aussi dans l’établissement de Montereau , n’a pas partagé cette opinion. Je consigne ici ses propres paroles : « L’Angleterre peut livrer à Rouen ses assiettes à 40 sous , je puis livrer les miennes à 48 ; j'ai donc besoin d’un droit de 20 °/,. À Bordeaux, je soutiendrais la concurrence avec un droit de 25 °/,. » Un moment avant, M. de Saint-Cricq avait évalué le droit actuel à 40 °/, de la valeur des poteries anglaises. Interrogé par moi si je devais conclure de ces deux évaluations combi-
EXPOSITION DE 1834. — PORCELAINES. Gi
nées entre elles, qu’il pourrait dès aujourd’hui soutenir la concurrence de l’Angleterreavecune baisse de près de moitié dans le droit actuel, sa réponse a été a/firmalive.
Ainsi nos deux principaux fabricans de terre de pipe et de faïence fine déclarent, Pun , que le droit lui est inutile, Vautre, qu’il peut étre réduit de près de moitié dès à présent; et cependant les Conseils généraux de l’agriculture, du commerce et des manufactures, ont. voté le maintien intégral du droit pendant deux ans.
| Qui donc est le plus près de la vérité, des quatre cents négocians de Bordeaux qui demandent la suppression des droits, ou des soixante à quatre-vingts négocians, membres des Conseils, qui en ont voté le maintien ?
Nous venons d’exposer des faits qui parlent assez haut pour nous dispenser de toute autre discussion, Toutefois, de ces faits examinés de près , il peut jaillir encore un autre enseignement que nous ne devons pas négliger. Ils vont nous fournir un exemple des contradictions singulières où le système restriclif jette ceux qui s'appuient sur ce système appelé par eux prolecteur.
Ce système se résume en deux principes :
1°. Empêcher la sortie des matières premières, élémens essentiels ou particuliers au pays pour ses fabrications, et qui pourraient offrir à létranger le moyen de les égaler.
2°, Empêcher l'entrée des produits fabriqués par l'étranger à des prix égaux ou inférieurs à ceux des produits similaires nationaux.
Eh bien! si l'Angleterre, dont les poteries sont repoussées en France en vertu de ce second principe, appliquait le premier contre la France, et refusait la sortie franche de droits du kaolin de Cornouailles, qui permet à M. de Saint- Cricq de fabriquer ses plus belles faïences fines, qui aurait droit de se plaindre ? L'établissement de Creil subsiste par le système protecteur appliqué par la France. Si l'Angleterre Pappliquait, l’établissement de Creil serait gravement compromis dans ses procédés les plus importans, dans sa principale branche de fabrication.
Nous avons à tirer la conclusion de tout ce qui précède. L’imperfection actuelle de la faïence et de la poterie commune décèle dans notre industrie une lacune qu’il faut combler, dans notre système de douanes, un vice qu’il faut faire disparaître. La France n’a pas la matière première d’une grande et bonne fabrication de faïence à bas prix ; ses combustibles sont aussi d’un prix trop élevé. L’Angleterre réunit à cet égard les conditions les plus favorables.
L'introduction de sa poterie ou faïence commune ne porterait donc tort qu'à des établissemens dont les produits sont une honte pour notre industrie, une plaie véritable pour les consommateurs condamnés à n’en pouvoir employer d’autres. L'introduction de cette poterie porterait-elle atteinte aux établissemens de faïence fine et de terre de pipe? Il y a lieu de croire qu’elle ne ferait qu’accélérer la chute de ce dernier produit, chute déjà prévue et poursuivie par les établissemens français. Leur faïence fine souffrirait-elle de cette concurrence ? Tout porte à penser que non. C’est l'opinion formelle du principal fabricant. C’est aussi la nôtre. Nous dirons plus : des chances nouvelles, un
| marché plus large seraient, suivant nous, ouverts | ace genre de produits par cette introduction
d’une poterie étrangère, supérieure pour les articles communs, et tout au moins égale pour les articles fins. Le jour où les classes ouvrières pourraient acheter une poterie plus fine, plus solide et plus saine que celle dont la consommation leur est imposée aujourd’hui par le système de douanes, ce jour-là, les classes moyennes voudraient consommer plus de faïence fine , et si, dans nos départemens maritimes, l Angleterre Pemportait un peu pour la fourniture de cette faïence fine sur nos établissemens de l’intérieur ; ceux-ci, dans la sphère d’approvisionnement pour laquelle les transports d'objets si encombrans et si casuels leur constituent une prime considérable, trouveraient une large compensation à ce faible rétrécissement de leur marché sur les côtes.
Un autre résultat, plus certain encore, et à nos yeux plus important, serait atteint à la suite de cette admission plus facile des poteries anglaises ; nous voulons parler du développement considérable qu’en recevrait inévitablement l’industrie de la porcelaine.
C’est ici une industrie vraiment française, pour laquelle tous les élémens de supériorité
nous sont acquis : matière première unique en
Europe, main-d'œuvre économique, primauté pour les arts du dessin. Aussi, tandis que depuis quelques années les manufactures de faïence fine sont à peu près stationnaires dans une production de deux millions, les calculs les plus modérés portent à cette même somme l’accroissement'de production de la porcelaine depuis cinq ans, et de dix à onze millions limportance totale, annuelle, de ce genre de fabrication. Tandis que toutes nos exportations réunies en poterie commune, poterie de grès et faïence fine, s’élèvent à peine par an à 6 ou
700,000 francs, l’exportation de la porcelaine approche de quatre millions.
Rien n’est plus propre à Fextension des débouchés de cette belle industrie que l’introduction d’une . poterie perfectionnée dans la consommation. des elasses peu aisées, La porcelaine courante sera d’autant plus recherchée par :les fortunes modestes , la riche porcelaine trouvera d'autant plus d’accès dans les maisons opulentes, que l’usage des faïences fines et de la poterie soignée pénétrera plus avant dans les rangs les plus larges de la société. Gette progression est journellement démontrée par l'expérience : c’est un des principaux véhieules des progrès industriels.
On voit que tout concourt à démontrer lutilité d’une modification profonde, sice n’est complète, dans notre tarif des douanes sur les poteries etfaïences. Que les produits anglais puissent entrer dans nos grandes consommations, l’industrie de, nos faïences fines n’en souffrira pas : notre belle industrie. des porcelaines peut y gagner considérablement. :
Nous n'avons rien dit encore de la position de l’établissement de Sarreguemines, et de l’opimion de son chef dans cette discussion. M. Utschneider; dont nousavonsvu lenom parmi ceux des industriels honorés d'une médaille d’or aux expositions .de 1801, 1802,.1806 et suivantes, se présente encore à celle de:1834. avec de nouelles améliorations, prouvées par:une ‘baisse dans ses prix de 15 et 20 p. °/0 sur ceux de 1827. Depuis long-temps il a introduit la cuisson à la houille dans ses établissemens , et la houille de Sarrebruck, bien que généralement maigre, lui offre toutes les qualités nécessaires. Le quartz , qui dans ces contrées.se rencontre jusque.dans les champs, lui sert de matière dégraissante. On le triture après çealcination ; äl estalors d’une blancheur. éclatante, C’est un des
élémens principaux de cette bonne et écono-
mique fabrication.
M. :Uischneider ne, croit pas avoir rien à redouter dela concurrence étrangère. Il résistait dans F Allemagne à celle de l'Angleterre, avant Paccession de Ja Bavière rhénane à l’union commerciale ‘organisée par la Prusse, grande et utile mesure qui détruit les barrières de douanes entre cinq peuples composant une population de 21:millions d’ames , mais dont la France a momentanément à souffrir. La Prusse , dans les tarifs qu’elle a proposés à l'Allemagne centrale, a usé dereprésailles.contre la France dont les tarifs repoussent les bestiaux de Bade et de Wur.
temberg, les laines de Saxe, les faux et fontes de la Prusse rhénane, les toiles de la Silésie. Les nouveaux tarifs de l'union commerciale de l'Allemagne repoussent à leur tour beaucoup de nos produits, entre,autres nos poteries ,.et 6nt ainsi fermé un débouché importänt à M. Utschneider. Quoi qu’il en soit, le fait de la concurrence soutenue par Jui contre l'Angleterre, hors de France, lui demeure acquis comme preuve de la bonté.et de l’économie de sa fabrication, et de linutilité pour lui. des droits de douanes restrictifs de la concurrence étrangère.
Ainsi et en, résumé, des trois hommes qui peuvent. être regardés, comme étant à la tête de l’industrie de la poteric et de la faïence fine en France, deux déclarent que les droits de douanes par lesquels la poterie et la faïence étrangère sont repoussées de nos consommations ne leur sont pas nécessaires ; le troisième admet la possibilité d’une baisse de prèside moitié dans ces droits. En présence de ce résultat si inattendu d’une enquête privée, où nous n’avions d'autre mobile et d'autre force que le désir d'arriver à la vérité dans l'intérêt général , n’est-on pas fondé à regretter vivement que le gouvernement n’ouvre pas des enquêtes larges .et consciencieuses sur lensemble des faits mdustriels !
Combien de résultats analogues à celui que nous avons 6btenu,surgiraient de ces examens !
Il nousreste maintenant à jeter un coupd’œil rapide sur les divers produits exposés, en poterie, faïence et porcelaine.
Des faïences de Creil et de Montereau, sur lesquelles nous avons déjà donné tant de détails,. nous n’avons plus à mentionner que leurs formes généralement élégantes et fines ; un peu plus de bon goût pourrait être désiré dans leurs impressions. La supériorité de Creil pour les qualités de la, pâte nous paraît se retrouver généralement dans les formes de cette fabrique. Le .siyle anglais y est bien imité; le goût national s’y trouve aussi, et avec une pureté de lignes souvent remarquable. Creil expose en outre un produit qui nous a vivement intéressé, parce qu’il nous paraît susceptible d’un grand développement : ce sont des imitations étrusques ( Pc. VIII — 17 et 18 ). Les bonnes formes antiques y sont reproduites avec exaetitude ; Creil hvre ces produits à M. Pichenotde Paris, quiles décore dans le goût étrusque. On sait que ce genre iconsiste en dessins à fond rouge sur une terre.noire. Les deux vases que : nous avons reproduits valent décorés, la paire de un (63.16) 75.fr., et celle de l’autre (fig. 17)
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