PL VII
40 fr. Ces prix sont encore un peu élevés; cet article.est nouveau, et les-artistes qui commencent à s’en occuper font nécessairement payer plus cher ces premiers essais. Nous sommes porté à. croire que, dans peu de temps; cet article pourra être mis à la portée des consommations moyennes. Cest un -débouché nouveau, pour lequel nous aimons à penser quele propriétaire de Creil se croira de force contre la concurrence étrangère. L'habile décorateur à qui il confie ces produits ne mérite que destéloges pour le goût remarquable qu’il y apporte.
Quant aux produits de Sarreguemines, nous avons déjà donné à la délicatesse et à la pureté de leurs formes les éloges auxquels ils ont droit, et qui ne sont pas un accessoire. inutile. à leur excellente qualité.
Les exposans en porcelaine sont assez nombreux. Un d’entre eux, et déjà nous. l'avons signalé, M. Jacob Petit, se fait particulièrement remarquer par la nouveauté, la harhesse, l'originalité deses produits. Devant cetteexhibition, l’indifférence ou le calme ne sont pas/possibles : il faut louer beaucoup ou vivement critiquer.
Nos.éloges, à nous, sontiacquis sans restriction à.ce-chaud.et-entreprenant artiste qui s’est fait si rapidement et si audacieusement sa place au milieu d’une industrie qui s’endormait sous les. formes grecques, romaines, impériales. Le genre qu’affectionne :particulièrement Jacob , le. rocaille, n’est pas cependant: celui: de nos prédilections; mais: outre que plusieurs de ses produits, sa cheminée (Pc. VI 1) , son brûleparfums (PL. VI — 3), ses corbeilles de-fleurs , beaucoup de produits courans: de :sa fabrique, montrent. qu'il peut avec supériorité ‘aborder d'autres genres, ce:qui nous importe dans l'étude d’'ün:produit industriel, c’est d’exami: neret de savoir si ce. produit-est vivement recherehé du consommateur, et::si Partiste, en pliant son travail au goût: même imparfait où égaré du public, sait-eependant y'introduire les perfectionmemens compatibles avec ces genres nouveaux: où restilués d’umautre temps ;, et auxquels s'attache une prédilection peut-être passagère. Le:rocaille de Jaeob, n’est:ce done qune. imitation servile:da genre amaigri, comtourné, sans-chaleur et sams: relief, qui date particulièrement de la fin de règne de Louis XV et qu'un nom: ridicule; a justement: stigmatisé? Voyez cette pendule: (Pr VI—2), ces vases: (Pi. VE 15et 4), ces deux tasses (Ps. VE 5: et:6}; ilyrai là du dessin, de la forme, du modelé que:pouvaitseul trouver an
artiste: de notre temps ; 1l y a là, ce que n’eut jamais le style-de Louis XV, de la vigueur et de la pensée.
Au reste, il existe vraiment! quelque chose de plus fort que:toutes ces’ observations ; c’est lempressement avec’ lequel ce genre dé produits est recherché, non pas.seulement à l'étran: ger, qu’en fait de goût nous: ravons pas sans doute à prendre pour guide, mais par la’ consommation intérieure. Tous ces jolis produits à fleurs en relief, toutes ces tasses travaillées, toutes-ces formes:nonvelles, et qui nous sortent enfin d’un genre épuisé, c’est’ à M: Jacob Petit que nous les devons. Ses produits livrés par lui, en blanc, aux :marehands de porcelaine, avec sa marque au. pied , sont décorés par eux suivant leurs goûts divers, et ce sont ces pro“ duits qu’étalent de préférence’ aujourd’hui les” magasins les plus réputés pour leur bon goût. A? l'Exposition même, Jacob‘ paraît tel qu'il est dans le commerce; il‘nous- montre ses produits sous leur forme habituelle, et la plus désavantageuse, en blanc, c’est-a-diré, comme ils sortent du four; plusieurs exposans, et notamment M. Chapelle, ne composent guère leur exhibition que des produits de M. Jacob, décorés par eux. :
L'introduction de formes nouvelles ou imitées d’un autre temps n’est pas d’ailleurs le seul mérite qu'il faille signaler chez M. Jacob Pétit : le fabricant chez lui est supérieur peut-être encore au dessinateur. Sa pendule, ses vases, son brüle-parfums (P£. VE — 1,2, 3, 4), ne sont que de deux pièces; si lon fait attention que ces objets sont tous composés’ dé moulures compliquées , on reconnaîtra qu’il y à vraiment ici un immense progrès de fabrication: Avant ce fabri cant ; le nombre des pièces dans de pareils produits était bien plus considérable. Ce progrès, au reste , s'établit par des chiffres. La pendule est lrvrée en blanc par M. Jacob aux marchands pour 250 fr.; la‘ pare de flambeaux (fig. 2), pour 250 fr. ; la parre de‘brûle-parfums, pour {80 fr.; la paire de vases (fig. 4), pour 100 fr. ; la tasse à déjeuner (PL. VIF — 6) peut être donnée pour 10 fr. ; la tasse à thé (fig. 5), pour .2 fr. 50 c.
Quant à la chiéminée en blanc du même artiste, le morceau le’ plus grand en porcelaine que l’industrie particulière ait encore exécuté, il faut, dans le jugement qu’on en porte, ne pas: oublier le désivantage dé la couleur ‘blanche, qui étale et alourdit les formes planes ou en, demi-relief. Ainsi le cadre de la glace qui est au-dessus de la cheminée paraît épais et écrasé ; le décor lui rendra les proportions de la pensée
de Jacob. Cette observation s’applique à toute la cheminée , dont les ornemens sont généralement de bon goût, et prouvent que l'artiste a plus d’un genre à lui.
Les cinq pièces qui forment la table de la cheminée étaient les morceaux les plus difficiles de ce grand travail. Ces pièces sont toutes un peu voilées, et l’œil est vivement frappé de ce défaut. La peinture le fera en grande partie disparaître.
Remarquons ici que le fabricant pouvait éviter ce défaut; il pouvait cuire les pièces sans émail, et les obtenir ainsi beaucoup plus planes, ayant la facilité de les soutenir par des points plus nombreux. Si, d’ailleurs, elles s’étaient voilées , il pouvait les faire user , leur donner une horizontalité parfaite, et ensuite les cuire une seconde fois pour y mettre l’émail. Il est vrai que, par ce procédé, l'émail n’eût pas été aussi glacé, aussi net ; mais, pour le publie, ce défaut eût été insensible. M. Jacob n’a pas voulu user de ce tour de main de fabricant ; il a cui les pièces avec leur émail, se privant ainsi de pouvoir les soutenir aussi bien pendant la cuisson, et surtout de les faire user et polir après. Les fabricans de porcelaine peuvent seuls se rendre bien compte du véritable mérite de ces pièces si épaisses et si fortes obtenues, comme M. Jacob les produit, de première cuisson. Au reste, il y a plus d’une raison de louer M. Jacob de n’a: voir pas sacrifié à la crainte d’une critique peu éclairée. Les émaux mis sur biscuit se décorent mal. En cuisant en une seule fois, ce qui fait pénétrer plus avant l'émail, l'artiste a donc assuré à son travail les qualités nécessaires pour obtenir une peinture solide et brillante ; et, nous le répétons, les légers défauts qu’on remarque dans la table de sa cheminée seront presque entièrement dissimulés par la peinture.
Dans les autres exhibitions de porcelaine, nous pourrions mentionner beaucoup de produits pleins de grâce et de goût, d’une délicatesse et d’un travail dignes de grands éloges ; ainsi la grande coupe de M. Nast; mais cette coupe était à l'exposition de 1827; d’ailleurs elle est en biscuit, et, d’après ce que nous disions tout à l'heure, on voit que la plus grande difficulté de la fabrication de la porcelaine s’y trouve éludée. La manufacture de Villedieu, par l’éclatante blancheur de ses pâtes, celle de Bayeux, par ses porcelaines dures, MM. Discry, Chalot, Honoré, Denuelle, par l’ensemble de leurs produits, justifient la réputation dont ils jouissent. Et cependant c’est en dehors de l'Exposition que nous ayons recueilli,
pour les reproduire ‘par la gravure, quelques produits usuels que les fabricans semblent avoir craint d'y montrer au public. Recherchant à la fois le bon goût, la bonne fabrication et le bon marché, nous avons, parmi beaucoup de produits, distingué les thés de M. Clauss (PL. VIL — 1, 2, 3 et4), les tasses de M. Jacob (PL. VIE — 0 et6), les formes étrusques (PL. VII--7 et 8) de MM. Denuelle et Julien Petit; nous y avons ajouté un thé de porcelaine anglaise (PL. VII —fig.9, 10, 11 et 12) que nous devons à l’obligeance de M. Lesage dont les beaux magasins brillent par un goût si élégant et si nouveau.
Tous ces produits sont ceux que les classes moyennes recherchent le plus maintenant, et dont la consommation a fait des progrès si rapides. D’autres encore manquent à l’Exposition; nous voulons parler de ces produits de porcelaine blanche ou avec quelques légers décors, dont la fabrication occupe aujourd’hui tant de bras et de capitaux, et qui commencent à s'introduire enfin dans les ménages les plus modestes.
Les fabricans de porcelaine, en négligeant de montrer leurs produits ordinaires et à bon marché, ont-ils cédé à une pensée qui paraît avoir été celle de la presque totalité des exposans, savoir, que le public n’attacherait aucune importance à ce genre d'exhibition ? Ce qui neserait qu’une erreur pour des produits d’un autre genre est vrai pour la porcelaine : il est bien certain que des plats ou des assiettes en porcelaine courante auraient généralement très-peu fixé l'attention ; mais le tort n’en est pas au public. Toutes les fois qu’on lui présente des produits destinés à une consommation usuelle, et qu’il y reconnait amélioration dans les qualités , adoucissement dans les prix, le public sait Les apprécier, et son empressement, ses éloges et son appui ne manquent pas. Il ne se présente rien de semblable pour la porcelaine courante : ses débouchés auymentent, et ses prix ne baissent pas, et ses pâtes depuis Jong-temps n’ont pas recu d’améliorations sensibles. C’est ici un mouf de plus d'imprimer un mouvement vif à cette industrie, en la mettant en présence des jolies poteries de l'Angleterre. Nos plus grandes fabriques de porcelaine manquent toutes de moyens mécaniques pour la préparation et la trituration des pâtes. Malgré les objections de quelques fabricans , puisées dans la différence que présentent les deux sortes de pâtes , nous n’admettons pas que l’industrie de la porcelaine soit nécessairement et à jamais déshéritée de l’écenomie et de
la perfection à bon marché que la poterie anglaise doit à l’usage des machines.
Notre conviction sur ce point n’est pas ébranlée par la pensée que rien d’important en ce genre n’est fait à la manufacture royale de Sèvres. La nature mème des produits de cette manufacture ne le lui permet pas. C’est dans les grandes fabriques de produits usuels, dans celles où de grandes masses de matières premières doivent être travaillées et vendues à bon marché, que ces procédés mécaniques sont possibles, utiles, économiques.
Nous venons de parler de la manufacture de Sèvres ; elle est l’objet d’une vive animadversion de la part des fabricans de porcelaine. Nous avons étudié cette question avec sollicitude; il hous importait vivement de savoir si les inconvéniens de cette manufacture entre les mains de l'État étaient tels qu’on le prétend généralement, Nous nous sommes assuré que, non-seulement Sèvres ne fait pas concurrence à l’industrie particulière, tarit est peu considérable la vente de ses produits ordinaires, mais que tout ce que peut rendre de services secondaires aux particuliers un établissement de ce genre, Sèvres les rend.
Est-ce à l'établissement lui-même, aux principes sur lesquels il repose, qu’il faut reporter ces mérites ? Ou bien est-ce au caractère particulier de l’homme éclairé qui en a la direction? A cet égard, les fabricans sont unanimes ; ils rendent autant de justice et portent autant d’estime à M. Brongniart, qu’ils attaquent avec vivacité la manufacture qui lui est confiée par la liste civile. Pour nous, la manufacture royale de Sèvres, comme toute manufacture de ce genre, ne nous paraît pas fâcheuse pour l’industrie, parce qu’elle prive quelques fabriques particulières de commandes de luxe et d’apparat. Ce n’est jamais sur d’aussi étroites bases que peut reposer la prospérité d’une grande industrie , et qu’il faut en fonder le développement. Mais nous sommes convaincu, en même temps, qu’une manufacture qui n’a pas pour mobile et pour ressort l'intérêt privé, et l’esprit d'amélioration et d'économie qu’il engendre, ne peut pas être unutile instrument de progrès, entourée qu’elle est d’autres fabriques dont la concurrence renouvelle incessamment le personnel, où le talent qui sait persévérer trouve presquétoujours à se faire place et entretient dans cette industrie une <ève vigoureuse qui, 1Ôt ou tard, porte ses fruits. Aussi est-il bien certain que les perfectionnemens les plus importans qu’ait pu recevoir la fabrication de la porcelaine depuis plusieurs années, ne viennent pas de Sèvres;
LE
il est complètement hors de doute, par exemple , que ce ne sera jamais de cet établissement que sortira la perfection à bon marché, seul moyen d'assurer aujourd’hui à cette industrie de grands développemens. L'argent dépensé à Sèvres nous paraît donc mal employé, parce qu’il sert à maintenir un genre de travail, pour lequel le gouvernement, en présence d’une organisation de travail semblable à celle qui existe aujourd’hui, doit nécessairement rester toujours en arrière. Il est bien certain d’ailleurs que la manufacture de Sèvres met le plus louable empressement à répandre ses procédés et les résultats de ses recherches; mais expérience prouve que ces services sont d’un ordre trèssecondaire ; si l’argent employé à cette fabrication de luxe était appliqué à des écoles de dessin, de chimie etde minéralogie, de mécanique et de métallurgie, prises dans leurs premiers élémens et conduites jusqu’à leurs plus difficiles applications à l’art de la porcelaine, ce serait vraiment là une inépuisable source de progrès pour cette belle industrie. Le gouvernement peut être le premier des instituteurs ; il ne sera jamais un ha. bile, un utile fabricant.
Revenons encore un moment aux applications mécaniques à lindustrie de la porcelaine.
N'est-ce pas, par exemple, une machine singulièrement arriérée que ce tour à polier, où l’ouvrier est obligé d'employer et d’avoir en exercice tout à la fois son intelligence, ses mains et ses pieds ? -
Le mouvement de ce tour est donné par louvrier tourneur qui, assis en face de la pièce qu’il travaille, agit sur une roue horizontale placée au-dessous de lui, à une distance telle que le balancement de la jambe de louvrier et le contact du pied puissent la mettre en mouvement. Cette roue porte un axe perpendiculaire, par lequel le mouvement de rotation se communique à une plate-forme aussi horizontale et sur laquelle la pièce à travailler est fixée avec un peu de barbotine. La longueur de l’axe est calculée de manière à ce que la pièce se trouve à la hauteur des mains de l’ouvrier assis, et qui l’ébauche ou la tournasse, deux opéraüons qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, se pratiquent sur le tour à potier. Ce mode d’application de la force de l’ouvrier est extrêmement vicieux ; il en dépense beaucoup pour produire peu d’effet; on conçoit d’ailleurs que le mouvement qu’il imprime ainsi est nécessairement très-irrégulier, rapide au moment où le pied vient d’agir , et se ralentissant graduellement jusqu’à ce qu’une nouvelle impulsion soit
donnée. L’ouvrier (doit. donc. à chaque: instant varier le, degré de 'force.avee lequel ses mains agissent , soit qu'il ébauche, soit qu'il tournasse, puisque le mouvemeut de rotation de la pièce sur laquelle ii travaille varie aussi àchaque minute. Ilest hors de doute, et l’on comprend fa- -cilement que cettedouble action physique exigée de louvrier ne peut être exercée par lui avec habileté qu'après une très-longue pratique. Une parte de son intelligence s’y trouve absorbée, à son grand détriment, car le prix de la maind'œuvre se mesure à l'intelligence, et c’est en faire un mauvais emploi et, pour lui et pour le fabricant que de l'appliquer à une action toute physique, que intelligence la plus développée d’ailleurs ne saurait dans aucun cas rendre aussi régulière, aussi active, aussi sûre qu’un mo: teur inanimé.
Dans l'opération de l’ébauchage , par exemple; cette opération, lune des plus ingénieuses et des plus intéressantes de la mécanique simple, il est facile de se convaincre que l’irrégularité- du mouvement de rotation doit avoir une très-grande influence, I faut d’abord hien: se rendre compte de cette opération.
L’ouvrier qui a une pièce à ébaucher place sur. la plateforme un morceau de pâte d’une grosseur jugée par lui suffisante, Il imprime le mouvement à la roue placée sous.ses pieds, et la pâte tourne ainsi devant lui, Alors, ik lenveloppe de ses deux mains, et, fixant les pouces au milieu de la pâte dans l’axe de rotation, ül pèse exlérieurement et intérieurement sur elle, soit avec l'extrémité des doigts et en levant doucement les bras, de manière à alonger la pâte dans le sens vértical, soit en abaissant les bras, el.en pesant sur la pâte avec la main entière, de manière à la faire redescendre, et à lui donner une forme écrasée, d’alongée qu’elle: était tout à l'heure, Dans ce mouvement de va et vient, les molécules de la pâte, sous les pressions diverses, mais toujours circulaires, qu’elle reçoit , se distribuent suivant des nervures, ou pas de vis , qui marchent en sens contraire, et se neutralisent pour ainsi dire l’une l’autre. C’est dans la régularité de ces mouvemens contraires que réside particulièrement le talent de Pouvrier ébaucheur. S'il n’a pas su les combiner de manière à ce que la pâte ne porte plus , à la fin de l’ébauchage, aucune trace intérieure de ces nervures que le mouvemnt combiné de pression et de rotation lui a imprimées, ou bien , si ces ner- Yures ont été tracées irrégulièrement, elles veparaisseut à la cuisson , et la pièce se, déforme en prenant un mouvement de retour sur elle-
même qu'on appelle wrssage. Eh bien! n’est:l pas évident que, si lemouvement de rotation de la pâte était régulier; Pouvrier n'aurait plus qu’à porter attention à l’âcuon de ses bras et de ses mans, afin d'imprimer une pression uniforme , un mouvement de va et vient régulier. Si, au contraire, Je mouvement de rotation est irrégulier, l’ouvricr, à moins d’un coup-d’œ1il très-exercé, d’une longue pratique et d’une attention quine fléchisse pas une minute, produira des vis plus ou moins alongées dans l’un ou l'autre sens, et n’arrivera pas à les neutraliser parfaitement. 11 en résultera beaucoup de vissages dans les pièces soumises à la cuisson, et c’est ce qui se produit en effet. Le vissage est une cause importante de déchet dans la fabrication de la porcelaine. Il faut donc vivement désirer que, du moins dans lés manufactures où le travail s'opère sur de larges bases , lés moteurs inanimés , eau où vapeur, impriment le mouvement aux tours à ébauchage et à tour nassage. M. Brongniart, dans son excellent travail sur la poterie , déjà cité par nous, dit avoir vu à Copenhägue une machine à vapeur imprimant le mouvement aux tours. À Paris, quelques fabriques les font mouvoir par un manége. Mais cet usage est loin d’être général, et est d’ailleurs très-pew perfectionné.
ILest d’autres parties encore de l’industrie de la porcelaine où les applications de la mécanique seraient évidemment aussi avantageuses qu'économiques. On assure qu'a Limoges, ou plutôt à Saint-Yrieix , quelques exploitans emploient la machine à vapeur pour le broiement du kaolin qui s’expédie ensuite aux manufactures de porcelaine, et, par exemple, ‘est consommé par toutes celles qui sont à Paris ow dans ses environs. Il serait bien à désirer que leur exemple fût généralement imité ; mais l’em-
| ploi du moteur ne décide pas seul de la perfec-
ton des résultats ; nous avons examiné les pâtes de porcelaine qui sont'envoyéés à Paris , et nous en avons dû conclure que les bocards ou mouhins employés à Saint-Yrieix pour broyerlekaolin, sont forts imparfaits encore. Le grain de cette pâte, de celle même que les fabricans paient 24 fr. les 100 kil. , ne nous a pas paru avoir Pégalité qui annonce une trituration perfectionnée.
Beaucoup d’expériences ont déjà été faites pour appliquer les procédés mécaniques au moulage. Cette partie présente de grandes difficultés. « On trouve à la pratique, dit M. Brongniart, qu’il est très-difficile de réunir la condition d’une bonne presse à moulage avec celles qui sont nécessaires pour que la pâte ne fuie pas
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sous la pression , ou que l’eau qu’elle renferme soit exprimée également-de tous les points de la masse, eh sorte qu’on n’a jusqu’à présent pu obtenir de ce procédé que de très:petites pièces, souvent altérées:par des gercures, des fentes et lé relèvement de leurs bords. Pour ‘opérer le moulage à la presse, 11 paraît mdispensable que les:pâtes soient:presque sèches , même pulvéru: lentes , afin que -la pression n’ait pas d’autre action à exercer que de rapprocher:le ‘plus: pos: sible-les parties, et que la cuisson n'ait plus qu’à compléter ee rapprochement, ‘Ainsi, 'ilrme faut pas que/la pression ait à chasser l'eau interposée entre les parties-d'une pâte molle; car à cette expulsion, ‘qui ne peut ‘presque jamais ‘se faire également dans toutes les parties ,s’ajouterait la difficulté de-savoir où diriger cette-eau expulsée.»
‘On voit que ces difficultés sont grandes ; mais la mécanique en a résolu-de-plus fortes. En tout cas, il est complètement ‘hors: de doute que nos manufacturés de porcelaine ont à faire de grands progrès dans la-confection des objets courans, sous ‘le ‘point de vue de l'habileté dela maind'œuvre. Nous avons vu que dans des grandes fabriques de poterie fine ‘du :Staflérdshire,, un ouvrier, assisté de deux apprentis, pouvait ébaucher 3600 assiettes dans sa journée de dix heures. Dans l’ébauchage des assiettes-de-porceläine , ‘il ne ‘paraît pas ‘que mos ouvriers les plus habiles dépassent:le-tiers de-cette quantité. Pour le tournassage;, la différence est plus forte encore; nos ouvriers ne peuvent, dans leur journée, tournasser que 50 assiettes de ‘porcelaine. Les ouvriers anglais tournassent , assistés d’un apprenti, 600 assiettes par jour , en faïence fine. Bien que la différence de nature des pâtes explique une notable partie de cette différence, ellé n’y suffit pas-seule évidemment. Hfautien attribuer une-part aussi: à la division du travail, si bien pratiquéesen ‘Angleterre, si:peu connue encore chez nous ,‘ét à l'extraordinaire ‘habileté qu’elle finit par donner aux ouvriers ; ‘qui ne pratiquant qu’une seule ôpératiôn ; et «choisis: sant celle qui convient le mieux 'à:leur force et à leurs goûts, acquièrent bientôt une: adresse et.une rapidité demouvemens dont les résultats paraissent fabuleux.
Puisque cétte grave et belle question se présente à ous, arrêtons-nous :y ‘quelques :instans; elle:est du nombre ‘de ‘celles qui, dé: montrées Jusqu'à l'évidence pour les ‘hommes habitués aux matières économiques et. presque devenues pour eux des lieux communs , ‘sont
loin d'être acquises aux masses aussi généralement , aussi profondément qu’ils le supposent. C’est un fait qu'il'est facile de vérifier aujour: d’hui que PExposition rend les communications avec les fabricans si faciles ét si rapides; on pourrasseconvaincre québeancoup d’entre’eux, parmi lesquels se rencontrent dés talens réels , des ‘esprits ingénieux et solides, ignorent com plètement les avantages de la division du’travail. I est vrai que cette absence d’une dés no: tions les plus essentielles à ‘la prospérité dé Pine dustiie, se rencontré ‘particulièrement chez ceux de nos fabritans'quise sont élevés pr leur seul mérite, ‘ét H'o6nt pas recu les bienfaits d’une éducation qui ‘se soit étendue au-delà de l'art où
[ils excellent. Rien n'est plus ‘ordinaire ‘que
d’enténire €es fabricans éiter comimi un :de leurs titres ‘industriels lés ‘plus dignes d’être pris en considération, ce fait qu’ils font tout eux-mêmes; erreur dont le mobile est respectable sans doute , mais qu’il importe de déractner ; l'absence de la division du travail esttune de nos plaies industrielles, ‘égale peut-être à Pimperfection des voies de communication, à la cherté des‘combastibles.
Adam Smith , lun ‘des ‘fondateurs de la science‘de Péconomie politique , est le premier qui ait analysé la division duttravail, immense découverte durit l'honneur ne peut être attribué qu’à Pinstinct de la pratique. La dissertation d'Adam Smith sur ce sujet a de la célébrité, tant les faits y parurent nouveaux , ou plutôt tanton avait jusqu'alors méconnu les enseignemens que .ces faits portaient en eux. Tous les économistes ont depuis répété ou développé cette thèse si bien entamée par Adam Smith.
M. Babbage, professeur à Puniversité de Cam-
bridge; dansson Traité sur l’économie des machines et des manufactures, l'un des meilleurs ouvrages qu'ait produits la science industrielle({), a résumé celte question, et, comme tout:esprit supérieur qui se livre à ce genre de travail, il la fortifiée de plusieurs argumens nouvéaux et d’une incontestable solidité,
A dm ‘Smith avait défini et limité comme il suit lès causes des avantagés de la division du travail.
« L'augmentation ‘de la ‘quantité d'ouvrage qu'un nombre donné d'individus peut exécuter par’suite: de:la division-du travail, tient à trois circonstances: différentes qui sont: fo:le perfectionnément de l'habileté dé chaque’ouvrier individuellement ; 20 Péconomie dutemps qui est
(1) Récemment traduit par M. Biot, et aussi par M./Isoard .
ordinairement perdu en passant d’un genre d’ouvrage à un autre; 3° l'invention d’un grand nombre de machines qui facilitent le travail, qui l’abrègent et rendent un seul homme capable de faire l’ouvrage de plusieurs ouvriers. »
Il est certain que ce sont là trois élémens puissans des avantages de la division du travail. Nous avons déjà dit l'habileté qu’un ouvrier pouvait acquérir en se livrant habituellement à une seule et même opération. Ajoutons que l'apprentissage est moins difficile et moins long pour lui quand, au lieu de vouloir s’instruire dans toutes les branches qui composent un métier, il se renferme dans une seule et y applique tous ses moyens physiques et intellectuels. Il peut évidemment ainsi en tirer plus 1ôt un meilleur parti, et s’affranchir en moins de temps de la dure condition de l'apprentissage. I] peut plus tôt aussi arriver à un salaire plus élevé, sans que cette augmentation de main-d'œuvre détermine un accroissement dans le prix de Pobjet fabriqué, puisque l’ouvrier produit plus dans un temps plus court.
Il n’est pas de cause plus directe du bon marché en matière d'industrie, que les salaires élevés quand ils sont le fruit du développement de l’intelligence ou de l’habileté de la maind'œuvre. « Une circonstance, dit M. Babbage, contribue puissammentàaugmenter cettepromptitude et cette économie d’exécution : c’est l’habitude généralement introduite dans les fabriques où la division du travail est établie en grand , de fixer le prix de chaque opération d’après le nombre des pièces fabriquées. L'effet de cette cause particulière sur la quantité de la production peut difficilement s’évaluer en nombres. Dans le métier de cloutier, suivant Adam Smith, elle va jusqu’à tripler la quantité fabriquée ; car il observe qu’un forgeron qui sait faire des clous, mais qui n’est pas uniquement cloutier de son état, ne peut faire que 800 ou au plus 1000 clous par jour, tandis qu’un ouvrier qui n’a jamais fait d’autre métier en peut faire plus de 2300 dans la journée. »
D'ailleurs, quand un ouvrier veut s’instruire de tous les détails d’un métier, il est clair d’abord que le temps et les frais de son apprentis: sage sont supportés en grande partie par le fabricant, et par conséquent par le consommateur. À mesure qu’il s'exerce dans une nouvell: branche de travail, son inexpérience y absorbe inutilement une certaine quantité de matière première ; c’est évidemment encore sur le consommateur que retombe cette perte en définitive.
La seconde cause des avantages de la division du travail signalée par Smith, c’estquel’ouvrier qui se livre à plusieurs opérations différentes perd du temps en passant de l’une à l’autre. C’est ce qu’il est facile de vérifier pour peu qu’on étudie le ruouvement intérieur d’un atelier. Il est bien certain , en effet, que lorsqu'un ouvrier a, pendant un certain temps, employé ses bras à un certain genre d'ouvrage, s’il les dirige vers une autre occupation, il ne peut en tirerinstantanément tout l'effet possible. Les muscles des membres employés dans la première opéra:
ration ont acquis une certaine flexibilité pendant leur action, tandis que ceux qui doivent agir maintenant se sont comme engourdis dans le repos. Ilen résulte une lenteur et une inégalité sensibles dans les mouvemens au commen:
cement du travail. Une longue pratique donne d’ailleurs aux muscles exercés la faculté de supporter plus long-temps la fatigue produite par un genre quelconque de travail. L’ouvrier contracte ausside certainsmouvemens, des combinai. sons dans les habitudes du corps, quiépargnent évidemment et du temps et de la fatigue. Qu'on regarde travailler quelques instans, par exemple, un ouvrier compositeur d'imprimerie, Rien de plus singulier, au premier coup-d’œæil, queles mouvemens divers de satête, du haut de son corps et de ses deux mains, celle qui lève les caractères et celle qui les recoit; si lon cherche à se rendre compte de ces mouvemens saccadés, nerveux, mais réguliers, on s’aperçoit que chacun d’eux a pour but Paccélération du travail, et que de leur ensemble résulte un certain état d'équilibre, une distribution habile de la force employée, combinée de manière à en dépenser le moins pour produire le plus possible.
Le troisième avantage enfin signalé par Adam Smith dans la division du travail, c’est l’invention d'outils et de machines perfectionnés , qui facilitent et abrègent le travail, C’est un fait que l'expérience justifie chaque jour. « Lorsque chaque détail d’une fabrication devient l’occupation unique d’un ouvrier, son attention étant consacrée tout entière à une opération simple et limitée, toute espèce de perfectionnement possible dans la forme de ses outils ou dans la manière de s’en servir, se présente bien plus facilement à son esprit que s’il était distrait par des opérations variées. Ce perfectionnement dans loutil est ordinairement le premier pas vers l'invention d’une machine. Supposons , par exemple, qu'une pièce de métal doive être burinée au tour; pour que le burinage soit net, il
faut que la direction de l’outil fasse un certain angle avec l'arbre du tour ; il est donc naturel que l’idée de fixer le burin suivant cet angle se présente d'elle-même à ouvrier intelligent. La nécessité de mouvoir l'instrument lentement et parallèlement à sa première direction a dû suggérer l'invention de la vis, et, par suite, du chariot de tour. De même, c’est probablement lidée d’ajuster un ciseau dans un châssis pour qu’il w’entamât pas le bois trop profondément, qui a fait inventer le rabot de menuisier... »
Ces diverses causes des avantages de la division du travail expliquées et résumées d’après Adam Smith, M. Babbage pense qu’elles ne justifient qu’incomplètement la liaison qui existe entre l’économie des produits manufacturés et la division du travail. Il croit, et nous admettons entièrement avec lui, qu'il faut y ajouter le principe suivant que nous recommandons vivement à tous les hommes qui pratiquent l'industrie, aussi bien qu’à ceux qui étudient le mouvement industriel pour aider à son développement. Voici ce principe :
« En divisant l’ouvrage en plusieurs opérations distinctes, dont chacune demande différens degrés d'adresse et de force, le maître fabricant peut se procurer exactement la quantité précise d'adresse et de force nécessaire pour chaque opération; tandis que, si l’ouvrage enüUcr devait être exécuté par un seul ouvrier, cet ouvrier devrait avoir à la fois assez «l’adresse pour exécuter les opérations les plus délicates, et assez de force pour exécuter les opérations les plus pénibles. »
Ilest peu de genres de fabrications où l’on ne puisse trouver ce principe partiellement et instinetivement appliqué, où l’on ne puisse lui faire produire tous ses fruits en Py installant complet, et après une étude approfondie de ce que chaque opération exige de force ou d’adresse, et de l’âge et du sexe de louvrier que l’on doit y appliquer, Nul doute qu'il n’y ait la un des principes les plus féconds de l’organisation, et, par conséquent, de l’économie du travail, Quelques industries offrent cette applicaon complète, par exemple, celle des épingles.
D'après les procédés les plus nouveaux de celte fabrication, elle se divise en sept opérations :
1°. L'élirage du fil de cuivre, Cette opération consiste à passer le fil de cuivre à travers des filières jusqu’à ce qu’il soit réduit à la dimension requise pour le genre d’épingles que l’on veut fabriquer.