‹ L'industrieChapitre 36 sur 74 · PRODUITS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

PRODUITS CHIMIQUES

Nous devons à l’avance prémunir nos lecteurs contre l’aridité du chapitre où nous entrons. Les arts chimiques si importans, si développés en France, sont de ceux dont l'étude est le plus instructive et peut être rendue le plus attrayante quand on pénètre dans les ateliers, et qu’on assiste à toutes leurs transformations si diverses et si variées, où l’industrie et la science se touchent de si près. Il n’en peut être de même de la revue des produits ; tels qu’ils se présentent à l'Exposition, ils ne nous ont pas paru susceptibles d'offrir un autre intérêt que celui de la constatation pure et simple des progrès accomplis. Mais s’il nous était impos-

sible de jeter beaucoup d’intérêt dans cette revue, nous avons tout fait du moins pour nous l’'assurer aussi complète qu’impartiale. M. Leloup, professeur de chimie industrielle, tout récemment appelé à Nantes pour y fonder une école centrale d’industrie , s’en est chargé. Cest son travail qu’on va lire.

ECONOMIE DOMESTIQUE. — Pain de fécule. — M. Quest, à Paris, a fabriqué du pain de pomme de terre dont l'aspect est bon et qui paraît fort bien se conserver ; cette panification de la pomme de terre, déjà tentée plusieurs fois et rarement suivie d’un bon résultat, mdique que nous sommes Join d’avoir tiré tout le parti possible de ce précieux tubercule. Cependant son prix si inférieur au prix du pain des céréales et ses qualités nutritives auraient dû multiplier les essais de ce genre. On peut néanmoins, en se basant sur des données à peu près certaines , affirmer que la fécule de pomme de terre pure où mieux encore mêlée avec de la farine de froment par moitié au moins et un peu de sous-carbonate de magnésie, produira un pain très-bon, léger, et aussi agréable que le pain des ménages.

Cet emploi de la fécule mérite d’êtreencouragé, car s’il était répandu, il ferait cesser l'usage du pain de seigle et d’orge, si souvent lourd et de difficile conservation , dont se nourrit la moitié des cultivateurs de l'Ouest.

Pain Fleulard. — V'alimentation des chevaux, au moyen d’un pain, particulier, a déjà fait le sujet de recherches importantes. Depuis long-temps, en Suède, en Hollande, en Belgique, l'usage du pain est suivi pour les chevaux qui trainent les voitures publiques. Le haut prix de l’avoine dans certaines années, la difficulté du transport et de lapprovisionnement pour les régimens de cavalerie en temps de guerre, et enfin la perte d'avoine incomplètement mâchée et qui échappe à la digestion chez beaucoup de chevaux, voilà les motifs qui donnent à cette industrie ses principales chances de réussite, M. Fleulard, boulanger, rue Monsigny, inventeur d’un instrument particulier destiné à moudre les graines, et nommé par lui ‘paulriteur, vient d’exposer des pains ou tourteaux dont 4 kil. doivent, d’après lui, remplacer un boisseau ou 12 liv. de bonne avoine pour la nourriture du cheval. Le pain exposé est formé de farine d'avoine, d’orge, de fèverolles , de froment quatrième qualité et d’un peu de sel. Il est d’une couleur grise foncée; sa croûte est épaisse, sa mie assez molle quoique peu humide; son goût n’a rien de désa-

gréable. Il peut se conserver quelques jours en un lieu sec, et ne revient qu’à 18 cent. le kil.

Certainement, au premier aspect, inventeur paraît avoir réuni déjà bien des chances en faveur de son invention, car le produit est bon et économique , mais l’analyse chimique prouve que ce pain sur cent parties est formé des principes suivans :

Eau 41 »

Résidu insoluble 8525 Matières solubles et nutritives 28 75

Ii faut conclure de cette analyse que, sur six livres de ce pain données à un cheval, il y a deux livres et demie d’eau , tandis que l’analyse prouve encore que six livres d'avoine en grain a’en contiennent que onze onces ; quatre kilog. du pain Fleulard ne peuvent donc pas nourrir aussi bien un cheval que six kilog. d'avoine, puisque cette dernière substance contient déjà quatre fois moins d’eau, et en admettant, ce qui est vrai pour quelques chevaux seulement dont l’appareil masticateur est usé, ou pour de jeunes chevaux dont la dentition est douloureuse; en admettant, dis-je, la plus forte proportion (un quart par exemple) de perte d’avoine non digérée, on voit que lPusage du pain est encore bien loin de compenser la proportion de matière nutritive qui lui manque.

Nous croyons pouvoir conclure de ces observations, que le pain de M. Fleulard peut bien convenir à des chevaux qui font un service peu pénible et régulier, étant donné en quantité égale au même poids d'avoine, mais qu’il ne convient pas, même à dose égale à lavoine, à ceux qui font un service actif pénible, et auxquels cette graine seule peut donner, par ses qualités nutritives et toniques à la fois, l’ardeur et la force nécessaires.

Conserves, Viandes conservées. — MM. Millet et Chereau, de Nantes, Leydiq et C*., de la même ville, ont exposé des conserves alimentaires animales et végétales.-On ne peut juger ces produits renfermés puisqu'ils sont dans des boîtes de fer-blanc; mais nous savons qu’ils jouissent d’une grande réputation.

M. Lemire, directeur de la fabrique de produits provenant de la carbonisation du bois, a exposé dés viandes conservées au moyen de la eréosote. C’est le premier emploi de ce genre que lon ait fait de cette substance; il est probable qu’il n’a pas réussi, à cause de l’odeur de ce principe conservateur. La créosote se retire d'un des produits de la distillation du bois, Elle

est connue depuis fort peu de temps, et sa propriété éminente est de coaguler l’albumine surle-champ; son action sur la viande est plus prompte, quoique semblable par le résultat à celle de ia fumée. Personne n’ignore que ce moyen est employé généralement pour conserver les matières animales; mais il est lent, tandis que l’action de l’eau, chargée d’une trèspetite quantité de créosote, est au contraire extrêmement prompte et sûre. Il est probable que de nouveaux essais annonceront des perfectionnemens dans ce procédé de conservation, et qu'une partie de l’odeur qui en rend l’emploi si désagréable sera rendue moins sensible,

Au nombre des produits alimentaires , ou d’un usage analogue, nous devons citer d’une manière loute particulière les orges perlées et mondées que M. Menier fournit depuis quelque temps à la consommation.

Rien n’est plus parfait que son gruau d’avoine ; l’appareil au moyen duquel ces céréales sont décortiquées , fait partie d’une usine fort remarquable à Noisiel-sur-Marne, où par des procédés admirablement combinés, par des meules, des pilons dont la forme varie suivant la nature des substances que lon veut réduire en poudre , M. Menier est parvenu à préparer avec une supériorité étonnante toutes les poudres ét farines en usage chez les pharmaciens et les droguistes. On ne peut donner trop d’éloges aux poudres de roses de Provins ,d’althæa, de résines , de salsepareille, de simarouba, qu’il a exposées; les connaisseurs apprécieront tout ce quil à fallu de perfection et de soins dans une pilerie mue par un cours d’eau, pour obtenir sans la moindre altération et en poudre aussi ténue des substances que les pileurs à bras détériorent souvent en se servant de mortiers et de pilons de même métal et de même forme pour tous les produits.

Avant de parler des colles et des gélatines qui figurent à l'Exposition, donnons un souvenir de reconnaissance à M. d’Arcet, le créateur de cette branche d'industrie parvenue aujourd’hui à un si‘ haut degré de perfection , et qui sut produire à moitié prix une gélatine pour les apprèêts , supérieure à celle que la Russie nous faisait si chèrement payer.

Plusieurs fabricans ont depuis cette époque complété notre affranchissement par le perfectionnement du procédé primitif, et au premier rang M. Grenet de Rouen a su mériter et conserver la supériorité sur tous les produits du même genre ; ses gélatines blanches et colorées sont d’une beauté, d’une transparence si par-

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faites, que lon peut dire que rien ne reste à désirer sous ce rapport. L'expérience journalière prouve d’ailleurs que les gélatines Grenet, dites grenelines du nom du He jour livrées au prix de 6 fr. la livre, prix inférieur au prix des pr oduits moins purs qui prétendent rivaliser avec elles, sont préférables pour lemploi, et par eonséquent plus profitables et plus économiques.

D’autres gélatines fort remarquables ont fixé notre attention; nous citerons celles de M. Perrot (île des Cygnes), si belles et si peu chères, celles de M. Lancé (Paris), et surtout les beaux échantillons de M. Gompertz (Moselle) pour la clarification des vins.

Quant aux colles exposées, il est impossible d'en parler ici autrement que sous le rapport de leur plus ou moins grande beauté à lPœil, car leur insolubilité dans l’eau froide et leur emploi pourront seuls éclairer les consommateurs sur leur valeur réelle.

Nous terminerons en recommandant à Pattention la machine ingénieuse de M. d’Arcet, exécutée par M. Deleuil pour dissoudre la gélatine.

} PRODUITS CHIMIQUES POUR LES ARTS. — Céruses. Depuis quelques années, la fabrique de Clichyla-Garenne, fondée sur un procédé dû à M Thénard, a livré au commerce des céruses qui étaient préférées pour les arts aux céruses de Hollande ; car la céruse la plus recherchée est celle qui couvre le mieux, et, comme celle de Clichy, c’est celle qui contient le moins de substances étrangères au carbonate de plomb pur.

», M. Guichard de Nantes expose des céruses fabriquées d’après les procédés hollandais.

Aucune céruse jusqu'ici n’a réuni, selon nous, à un aussi haut degré Le gras, la blancheur et la finesse qu’on prise si haut dans ce produit. Notre conviction à cet égard ne repose pas seulement sur des propriétés physiques qui peuvent quelquefois tromper; nous avons fait l’analyse exacte de cette céruse, et nous avons reconnu qu’elle était d’une extrême pureté sans la moindre addition d'aucune substance étrangère; nous en ayons en outre fait faire emploi par un pe distingué, bon juge en cette matière, qui n’a rien trouvé à désirer à ce beau produit.

Citons aussi les belles céruses de M, Lefèvre (Nord), celles de M. Dupré (Seine-et-Oise), de M. Faure (Nord). Les produits de ces fabricans prouvent un progrès réel dans cette belle et importante fabrication.

- Sulfates de fer et de cuivre, aluns, etc. — Les

chaque

nombreux emplois du sulfate de fer (couperose verte) ont depuis long-temps excité l’'émulation de nos fabricans. À Beauvais, à Rouen, à Paris, dans le département de lPOise, les couperoses sont un important objet de notre production.

Ces sels proviennent soit des fabriques de produits chimiques , soit (et c’est la plus grande masse) du traitement des pyrites de fer (mélange de sulfure de fer et d'argile) exploitées pour obtenir lalun. L’emploi de cette couperose est fréquent pour la teinture en noir , la fabrication de l’encre et du bleu de Prusse.

Piusieurs fabricans ont exposé des sulfates de fer plus ou moins purs; nous avons remarqué ceux de M. Bonneville (Paris), et particulièrement son sulfate ferreux ferrique (sulfate de tritoxide de fer) pour la teinture sur laines. Ce sulfate est bien différent de celui des chimistes, car il est vert sombre et cristallisé, tandis que l'autre est rougeâtre et déliquescent. IL doit être du reste fort bon pour obtenir lout de suite un noir intense.

Les propriétaires des mines de Bouxvillers ont exposé plusieurs belles couperoses et des aluns fort bien cristallisés. M. Signaz (Beauvais), Prisette ( Aisne) ont fabriqué, le premier du sulfate de fer pur et coloré, le second des couperouses et des aluns dignes d’attention.

Nous avons remarqué avec peine plusieurs échantillons de couperoses vertes colorées à dessein par la décoction de tan. Ce moyen est

souvent employé par les fabricans pour se con-

former à l’idée fixe et déplorable de quelques consommateurs qui veulent absolument que la couleur du sel soit vert-bouteille, et non pas vert clair (émeraude), comme elle doit l’être dans l’état de pureté du sel.

Les aluns de M. Bérard (Montpellier) méritent une mention particulière ; nous les recommandons aux teinturiers à cause de leur pureté et de leur privation de fer qui si souvent altère l'éclat de leurs couleurs.

M. Simonin de Rouen a fait de magnifiques cristaux de sulfate de cuivre; la baisse momentanée du prix de ce sel paraît provenir seulement de que laffinage de largent en jette une grande quantité dans le commerce.

M. d’Arcet, toujours infatigable, a enrichi l'Exposition d’un produit nouveau d’une haute importance. Je veux parler de la fritte bleue. Ti note attachée au produit apprend que ce composé est identique avec le bleu des Égyptiens dont la composition était perdue, et que sa coloration est due à de l’oxide de cuivre.

La fritte de M. d’Arcet a déjà été mise en

emploi pour papiers peints, et sauf une légère dégradation de la teinte bleue au centre des feuilles de dessin, cet essai promet un nouveau bleu solide à l'art du fabricant de papiers peints. Cette fritte fait un tel relief sur le papier, qu’a une certaine distance on ne peut le distinguer du velouté.

MM. Bonnaire et Delacretaz de Paris ont exposé un essai de sous-carbonate de magnésie.

Ce produit, que l'Angleterre est depuis longtemps en possession de nous fournir, est d’une blancheur et d’une légèreté de bon augure, et si le procédé de ces fabricans nous donne, comme cet essai le promet, une magnésie aussi belle que celle d'Angleterre, quoique la France ne possède guère de sources salées qui contiennent des sels de magnésie exploitables, les eaux mères des salines, celles de nos salpétriers et nos schistes magnésiens encore trop peu connus, fourniront des matériaux suffisans à cette exploitation si digne d’être encouragée,

De lacide tartrique en beaux cristaux, du mercure doux à la vapeur, du bi-carbonate de soude et de potasse, et enfin plusieurs autres produits chimiques , tous généralement beaux, placent cette maison sur un rang fort distingué.

M. Ducoudré de Paris, MM. Cartier et Grieu de Pontoise , la manufacture de Saint-Gobain, M. Julien de Paris, MM. Ringaud, Milius, Gauthier, Lange de Paris, l'usine de Conquet, présentent des produits dignes d’eloges, parmi lesquels on remarque particulièrement des hydriodates, chromates et prussiates de potasse et des jaunes de chrôme, M. Mortelèque n’a pas déchu de sa belle et ancienne réputation comme fabricant de couleurs.

M. Guimet expose des outremers qui établiront plus solidement que jamais la réputation d’habileté en ce genre que l’auteur s’est déjà acquise.

Chacun sait que le prix élevé de l’outremer naturel rendait son usage extrêmement dispendieux, lorsque, il y a vingt ansenviron, M. Tassaert, directeur de la manufacture des glaces de Salut-Gobain et chimiste habile, observa, dans les démolitions d’un four à soude, que plusieurs pierres, qui en avaient formé la sole, étaient teintes en bleu.

Quelques fragmens de ces pierres furent en.

voyés à M. Vauquelin , qui reconnut , après plusieurs essais, que cette matière colorante possédait tous les caractères chimiques de l’outremer naturel; dès-Jors un prix de 6,000 fr. fut fondé par le comité des arts chimiques de la Société d'encouragement pour obtenir l’outremer arti-

ficiel. M. Guimet remporta ce prix après quatre années de travaux persévérans, et parvint à faire de l’outremer plus riche et plus beau que celui de la nature même.

Le procédé de M. Guimet est sa propriété paruculière, et tous les moyens d'imitation employés jusqu’ici n’ont pu produire de l’outremer qui ait la pureté de ton que possède celui de ce chimiste. 4

Ajoutons encore que l’outremer de M. Guimet se vend 25 fr. l’once, tandis que celui que les Italiens ont seuls été en possession de nous fournir si long-temps coûtait 200 fr. et plus.

M. Souchon expose des bleus de Prusse qui paraissent avoir atteint un très-grand degré dé perfection. Ceux de M. Butet sont également dignes d’éloges.

La belle fabrique de produits chimiques de MM. Bobée et Lemire à Choisy-le-Roi se maintient au rang où l’a placée depuis long-temps l'excellence de ses travaux. Tous ses produits sont le résultat de la carbonisation du bois, où proviennent de combinaisons dont les élémens principaux sont fournis par cette carbonisations; citons :

19. De Pacétate de cuivre (cristaux de Vénus) rhomboïdal d’un bleu très-vif foncé.

20, De lacétate de fer que l’on substitue maintenant fort souvent au sulfate dans la teinture, et qui possède avantage de produire immédiatement.le noir dans toute son intensité, mais qui a besoin d’être préparé soit directement, soit par double décomposition avec de l'acide pyroligneux privé de la plus grande partie du bitume qui l’accompagne. Tel paraît être le procédé de ces fabricans.

30, De lacétate de potasse très-blanc et trèsbien foliacé.

40, Du vert métis d’un ton très-riche.

50. Du verdet par précipitation de l’acétate de plomb (sel de Saturne), le plus beau et le mieux cristallisé qu’on puisse voir.

Plusieurs échantillons d'acide acétique (pyroligneux) brut, distillé et cristallisé, enfin un échantillon d’eupione et un de créosote.

La première de ces deux dénominations toutes germaniques appartient à la substance dont on se sert pour dissoudre le caoutchouc ; la seconde, à une substance dont nous avons déjà parlé. La créosote ou kréosote paraît avoir été connue et obtenue du goudron, il y a sept ou huit ans, en France par M. Cartier fils ; mais, comme il n’avait pas constaté ses propriétés, M. Reinchembach de Blausko est considéré comme l’auteur de cette découverte.

La créosote s'obtient d’un des produits de la carbonisation du bois; ses propriétés singulières ont attiré bientôt l'attention des savans ; d’abord employée comme moyen médicamenteux , on vit qu’elle avait la propriété de coaguler sur-le-champ lalbumine, et de là vint l’idée de la faire servir à la conservation des viandes dont elle prévenait la putréfaction. Ce genre de préparation est encore dans l’enfance ; mais il est permis d’y entrevoir le germe d’une industrie de gran le importance (1).

En première ligne de nos établissemens de produits chimiques, il faut ranger, sans aucun doute, les fabriques de MM. Salmon, Payen et Buran, tous trois chimistes distingués, qui,

soit dans les produits pour la fabrication des-

quels ils sont associés, soit pour les articles que chacun d’eux confectionne isolément, font preuve de connaissances scientifiques et d’une habileté pratique également remarquables.

Nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de parler de la supériorité de la France dans la fabrication des produits chimiques. Cette supériorité, qui n’est pas contestce, est due à l’aptitude particulière de nos savans aux arts industriels. Nous ne voyons pas dans les autres pays, où la science chimique est aussi développée qu’en France, beaucoup d'hommes qui aient su prendre, dans la chimie pratique, le rôle que M. Clément-Desormes, Payen, d’Arcet, Lefroy, Chaptal, Conté, Berthollet, Prieur, ont joué ou gardent encore en France. Cette école, nous allions dire cette race d'hommes, également propres à l’Institut et à la fabrique, donne un éclatant démenti à ce vieux préjugé que nous sommes une nation légère, avant-garde hardie et aventureuse de la civilisation, admirable pour linvention et la théorie, incapable ou paresseuse dans l'application ou le perfectionnement. Nos arts chimiques sont là pour nous montrer ce qu’il faut penser de ce jugement, que suscita et que mérita notre littérature bel-esprit. Nous aurons d’autres occasions de revenir sur le même sujet et d’y rencontrer la même conclusion.

Parmi les produits les plus remarquables etles plus utiles de la manufacture de MM. Saimon, Payen et Buran, citons d’abord leur sirop de dextrine, Quelques détails sont nécessaires pour faire comprendre l'intérêt que nous attachons à ce produit, et son utilité.

Des travaux récens de plusieurs chimistes et physiologistes, et particulièrement de M. Raspail, ont fait connaître que la fécule ou amidon

(r) Ici s'arrête le travail de M, Leloup.

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qui compose la partie la plus importante en poids, et la plus essentielle aussi des végétaux qui servent à la nourriture de l’homme (céréales, pommes-de-terre,riz),se présente à l’état naturel, comme dans la plupart des fruits, enveloppée d’un tégument plus résistant que la fécule ellemême , et qui en atténue notablement les qualités, lorsqu'il n’a pas été rompu. Ainsi, il est co:istaté que les pommes-de-terre crues sont trèspeu propres à la nourriture même des animaux, et qu’au contraire, après avoir subi ébullition qui rompt les tégumens où la fécule est renfermée, la pomme-de-terre procure une nourriture saine et légère, tous les élémens nutritifs étant mis à jour.

Une autre découverte a été faite encore, et celle-ci est due à MM. Payen et Persoz, On s’est assuré que la germination des graines et tubercules commence par le développement d’un nouveau principe nommé déaslase, qui convertit la fécule ou lamidon en matière gommeuse et sucrée, et les rend ainsi très-avides d’eau ; cette combinaison avec l’eau les fait gonfler ; elles rompent l'enveloppe ou tégument qui les renfermait, et commencent ainsi la nutrition du végétal.

Cette action si intime de la diastase, ce dernier secret, pour ainsi dire, de la végétation , industrie Pimite aujourd’hui. Des milliers de fécules sont transformées en matière gommeuse et sucrée par l’action de la diastase , dans de grandes chaudières, et les tégumens sont séparés en écume. |

Les deux substances sucrée et gommeuse ainsi obtenues présentent, réunies, une matière dia= phane et incolore, à laquelle on donne le nom de sirop de dextrine. Ce sirop remplace avantageusement les gommes exotiques, les sucres, mélasses et sirops mucilagineux dans une foule d’usages. On vend ce sirop 32 fr. les 100 kil.

La fécule, dépouillée de ses tégumens et lorsque la diastase n’y a formé encore que peu de gomme et de sucre, prend le nom de dextrine gommeuse. Daus cet état, elle se vend 40 fr.

les 100 kil., et sert particulièrement dans les préparations alimentaires, Les pains deluxe et les pâtisseries deviennent, par une addition de dextime gommeuse, plus légers encore et plus agréables au goût. Elle sert à préparer des sirops adoucissans et permet de les livrer meilleurs et à des prix qui les mettent enfin à la portée de la classe ouvrière; elle donne à la bière de nouvelles qualités , et a déjà permis de perfectionner le gommage des couleurs dans les papiers peints. On essaie en ce moment plusieurs autres applications de la dextrine , notamment dans l’apprêt

des étoffes, la confection des feutres, les impressions sur soie, et l’épaississage des mordans.

On voit que la découverte de la dextrine a déjà apporté daus les arts et dans l’économie domestique d’heureuses améliorations ; les hommes les plus versés dans les matières industrielles estiment que le champ de ses applications deviendra considérable, et qu’on en peut attendre le développement de plusieurs industries encore dans l'enfance.

Après ce produit, nous placons le noir animalisé des mêmes fabricans.

Les nombreux écrits de M. de Montlosier et la pratique de tous les agronomes ont appelé l'attention des sociétés savantes sur linsuffi- Sance des fumicrs en France. En effet, on n’obtient de famier qu’à Paide des bestiaux ; mais, pour nourrir ceux-ci, il faut des pâturages, et les prairies ne peuvent être établies sans fumier. Ou ne cessait ainsi de tourner dans ‘un cercle vicieux avant que l’on eût des engrais assez riches pour être expédiés au loin sans frais de transport trop considérables.

La poudrette pouvait réunir ces dernières conditions ; mais sa préparation répand une odeur infecte aux alentours des villes, et les végétaux qu’elle alimente contractent le même goût fétide.

Daus un mémoire couronné en 1823 par la société de pharmacie de Paris, M. Payen avait signalé Papplication comme eugrais du noir animal, résidu des raffineries dont la consommation graduellement accrue s’est élevée depuis jusqu'à 10,000 000 kil. annuellement, Ïl avait démontré le parti qu'on peut tirer des débris animaux comme engrais et saus aucune fermentation préalable, dans un mémoire qui obtint le premicr prix de la suciété centrale d’agriculture,

M. Salmon obtint un brevet pour la fabrication de toutes pièces d’un noir animalisé, plus riche encore en principes fertilisans. Eufu, MM. Salmon, Payen et Buran se sont réunis pour exploiter en grand cette industrie qui utilise tous les débris des animaux et assainit Pair'des grandes villes, Leur manufacture de Grenelle prépare chaque jour 300 hectolitres de noir animalisé.

Crt engrais pulvérulent est émotté à la pelle, et ensuite déposé dans lé sol avec les pommes-deterre ou serné avec diverses graines, soit à la volée, soit dans les sillons ou dans les fossettes, puis recouvert de terre ! il n’attaque ni les racines, ni les tiges des plantes, et développe au contraire constamment leur végétation,

On en emploie pour une bonne fumure 19 à 13 hectolitres par hectare ; 1 à 2 hectolitres remplacent une voie de terreau sur les platesbandes , et n’iutroduisenit pas d’insectes , ni de graines d'herbes parasites. Répandu dans la proportion d’un hectolitre pour un are sur une pelouse, il soutient, durant plusieurs années, une végétalion régulière et la plus belle nuance verte. Un hectolitre du même engrais, mêlé à 12 hectolitres d’un terreau usé, rend à celui-ci toute son activité première. Il ne communique Jamais le moindre goût désagréable aux plates comestibles : sous son influence, les prairies naturelles ou aruficielles conservent une odeur aromatique agréable, tandis que les divers engrais infects leur donnent un goût putride.

Les mêmes avantages résultent de Pemploi du noir animalisé dans la culture des vignes et des plantes potagères , etc.

Le noir ammalisé se vend 5 fr, l’hectolitre à Paris et aux environs.

MM. Salmon , Payen et Buran ont encore exposé de la chair musculaire desséchée et réduite en poudre; cette substance, livrée aux agriculteurs à 18 sous les 100 kil., réalise le maximum deflet utile des engrais; elle peut

donc être expédiée à de grandes distances et aux

moindres frais de transport possibles.

En effet, 500 kil. de chair sèche en poudre suppléent à 50,000 kil. de fumier , en sorte que le transport de ce dernier à une ou deux lieues occasione une dépense égale ou supérieure au prix des 500 kil. de chair dessechée rendue à la même distance.

Cetengrais, mélangé sur le lieu de son emploi avec son volume de terre, afin de le doser plus aisément, doit être répandu avec la graine dans les sillons du semoir , ou placé au pied de chaque plant repiqué, puis recouvert de terre.

La même manufacture expose enfin du sel ammoniac, du borax calciné, du camphre, du mer cure doux et d’autres produits encore, qui attestent les connaissances les plus variées et une pratique consommée dans ces diversés et difficiles fabrications.

Nous terminons ici notre revue des produits chimiques ; on aura compris, nous lespérons, qu’il ne dépendait pas de nous de donner à cet examen d'objets simultipliés et produits par des procédés si ingénieux et si compliqués, plus d’attrait et de développement. Les arts chimiques, nous l’avons dejà dit, sout de ceux dont l'étude présente, sans aucur doute, le plus d’intérêt; et aptitude particulière que notre nation y développe ne permet pas de douter qu'un

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