HORLOGERIE
Le chapitre que l’on va lire, et qui ne renferme qu’une revue rapide sur l’exhibition d’horlogerie de cette année, est extrait d’un travail beaucoup plus considérable sur cet art impor tant et difficile, travail que nous publierons dans nos Séries subséquentes. Nous le devons à M. Ch. Béranger , ouvrier horloger , il y a quelques années, aujourd’hui l’un des écrivains les plus progressifs de l’école de politique industrieble.
La plupart des montres produites à PExposition , sinon toutes, me sont pas de fabrique fran: caise , et viennent de Genève, de la Chaux-de- Fonds et du Locle en Suisse, Nous ne pouvons y revendiquer que le repassage , qui, générale:
ment, n’est bien fait qu'a Paris; c’est même chose assez singulière que les fabricans suisses, si habiles d’ailleurs, soient si complètement arrêtés par le dernier perfectionnement à donner à leur travail, perfectionnement pour lequel iis reconnaissent, bien qu’un peu à contrecœur, notre supériorité.
Le peu d’essais tentés en montres ne nous a pas semblé heureux. Parmi ces essais , le public a particulièrement remarqué les montres en cristal de M. Mathieu; c’est bien là, en effet, une nouveauté; mais on ne peut y voir qu’un caprice qui passera si même 1l n’est déjà passé. La variabilité par les différences de température des métaux employés dans l'horlogerie à été jusqu'ici l'obstacle le plus puissant à lobtentuon de Pexacte mesure du temps ; mais les pièces pour lesquelles on peut employer le- cristal, ne sont pas de celles dont la condensation ou la dilatation sont gênantes ; l'emploi du cristal pour les platines et les ponts ne signifie absolument rien.
M. Bréguet, qui a la réputation de son père à soutenir, a exposé des montres qui n’ont rien de nouveau, et nous sommes loin de lui en faire un reproche; le nouveau, pour avoir une importance réelle, doit être supérieur à ce qui a été fait précédemment. Le malheur de nos horlogers est de vouloir, eux tard venus, se distinguer par des inventions là où leurs devanciers ne leur ont rien laissé à inventer. Il leur reste à perfectionner l'exécution, et cette tâche est encore assez belle. M. Bréguet en prend üne part qu’il remplit bien. Ses pendules sympathiques , d’un prix modéré, ont fait plaisir au public qui aime généralement les choses dont il comprend l'utilité. Celles-ci sont destinées à corriger chaque jour les variations d’une montre qui en dépend sans y être fixée et qu’il suffit de placer pendant un temps donné sur un portemontre destiné à la recevoir, pour que d’ellesmêmes, et sans aucun secours auxiliaire, les ai guilles se trouvent exactement d'accord avec celles de la pendule.
M. Berthoud n’a rien exposé. Un chronomètre de cet artiste est à l'Observatoire, et compte comme ayant été admis au pavillon de l’industrie; il est admirablement placé pour être apprécié. Un des plus habiles horlogers de Paris, M. Robin, auquel nous exprimions notre étonnement de ne point trouver à l'Exposition des produits de sa fabrique et de celle de‘M. Berthoud, nous répondit qu’il n’était possible de faire aujourd'hui que de l'horlogerie bien exécutée. La chose est très-exacte, et M. Mottel, horloger de la marine, parait lavoir
| senti, ses chronomètres, sont des chronomè-
tres purement et simplement. Toutes les partes en sont bien raisonnées, tout y est précis, exact, et, ce qui à nos yeux est un mérite, M. Mottel paraît avoir complètement fait justice d’un préjugé qui consistait à faire prendre dans l'horlogerie de précision la pesanteur et le défaut d'élégance pour de la force; des rouages qu'un cheveu partagé peut arrêter dans leur marche, pèchent difficilement par le manque de solidité.
M. Benoît (de Versailles } a exposé aussi plusieurs pièces très-belles; c’est de l'horlogerie réduite à sa plus simple expression et dégagée de tout embarras, de tout ornement superflu, de tout auxiliaire destiné à éblouir. Des balanciers compensateurs, travaillés avec un soin exquis, promettent une marche aussi exemple que possible de variations. On pourrait reprocher aux travaux de M. Benoît de manquer de légèreté, mais il est impossible de leur refuser la précision et le bien raisonné.
De tous les exposans, celui qui nous paraît avoir le mieux compris l'horlogerie, son avenir et son état actuel, c’est M. Perrelet, Il a exposé une pièce qui n’a pas de nom, un moteur, un mouvement; puis, pour ce mouvement, il a construit quatre échappemens qui tous peuvent indifféremment s’y adapter , à laide d’un mécanisme fort simple. Ces quatre échappemens sont : celui de Pierre Leroy, perfectionné d’Arnold, le cylindre, le duplex et la verge à palettes. Nous ignorons pour quel motif M. Perrelet n’y a pas joint la virgule qui eût parfaite. ment complété la série. Ces quatre échappemenñs sont exécutés , ainsi que le rouage auquel ils s'adaptent, avec la plus grande simplicité, mais aussi avec la plus rigoureuse précision. M. Perrelet a semblé vouloir dire à ses rivaux et ses émules : « Voilà, quant aux moyens d’action, le cercle dans lequel vous de: vez vous renfermer, si vous ne voulez pas perdre votre temps en travaux inutiles. Les combinaisons de nombres et les effets qu’on peut en obterir sont choses vulgaires aujourd’hui, mais
: dans ces quatre échappemens vous trouverez le
meilleur moyen d’obtenir une force toujours régulière, propre à produire tous Îles effets dont vous aurez besoin. » Cependant hâtons-nous d’ajouter qu’en s’occupant principalement des forces motrices, M. Perrelet n’a pas régligé les effets, mais il a cherché à en produire qui fussent à la fois nouveaux et d’une application utile. Il a exposé entre autres un compteur, à l’aide duquel on peut apprécier, à un cinquième