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EXPOSITION DE 1634. — INDUSTRIES DIVERSES

ce pays, on en reconnut l’impossibilite , et Pon | aussi usuel, ne peut ressortir que de l’étude

traita avec un fabricant qui se chargea, moyennant un prix convenu , d'établir la papeterie entière, ses machines, ses cuves, etc., d’après les procédés usités en Angleterre. « Lorsque les constructions furent terminées, nous disait M. d’Arcet, et qu’enfin les clefs nous en furent remises, nous trouvàmes que toute la partie mé. canique était parfaitement traitée ; mais il n’en était pas de même de la partie chimique : celle-là était autant en arrière des connaissances acquises à cette époque en France, que la partie mécanique leur était supérieure. Toutes les dispositions relatives aux opérations chimiques durent être refaites; mais une fois cette dépense consommée , nous eûmes un établissement où se trouvaient réunis tous les progrès mécaniques de l'Angleterre, tous les progrès chimiques de la France (1). »

Cette anecdote est très-significative comme indice des progrès que pourraient faire les deux pays par une fusion bien entendue de leurs forcés productives. C’est là, au reste, un des principaux avantages de la liberté commerciale ; chaque peuple peut apporter dans la somme générale de la production une part plus grande du génie qui lui est propre; la division du travail se fonde ainsi sur de larges bases, aussi utile , aussi progressive quand elle s’établit en. tre les nations que lorsqu’elle peut pénétrer dans les ateliers.

L’immense développement pris par la presse en suscite un parallèle dans la fabrication du papier, et tout porte à croire que nos fabricans ne resteront pas au-dessous de la tâche difficile et considérable que leur impose un si rapide essor de l'intelligence publique, Les magnifiques établissemens de MM. Canson et Montgolfier, des Marais, de Jeandheurs, placent [a fabrique française, dans ce genre de travail, à un très-haut degré. Toute l’industrie a vu avec une vive satisfaction la double récompense accordée par le jury au directeur de la papeterie des Marais, à M. Delatouche, l’un des hommes qui ont le plus contribué, après M. Canson, aux progrès de cette belle fabrication.

Quant à l'appréciation des différens papiers exposés , elle nous paraîtrait complètement oiseuse. La description des différens caractères, au moyen desquels les consommateurs peuvent être guidés dans la connaissance d’un produit

(1) La situation difficile de l’établissement d'Essonne n'infirme en rien les faits que nous venons de rapporter, et dont l’exac-

titude ne peut être douteuse pour nous. Cette situation tient à d'autres causes dont l'exposé n’a pas sa place ici,

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même de la fabrication.

Papiers peints. — Cette industrie a pris, à Paris particulièrement, un développement considérable ; elle relève des arts chimiques et des arts du dessin, plus que des arts mécaniques ; mais ce n’est pas qu’elle n’en puisse recevoir le secours. Un des premiers fabricans de Paris, M. Dauptain, a fait à cet égard d’honorables ef: forts ; inventeur d’une machine qui pouvait accélérer et perfectionner le travail jil s’est vu obligé de reculer devant une coalition d’ouvriers, coalition réellement coupable, puisqu’elle portait une atteinte directe à la liberté de lindustrie, et à ce qu’elle a de plus précieux, le perfectionnement des procédés.

Quoi qu’il en soit, cette industrie a fait de très-notables progrès, et c’est une de celles dont le développement doit inspirer le plus d'intérêt. Elle contribue si directement à l’ornement et

à la propreté des plus modestes appartemens ,

et l’agrément du foyer domestique a une action si certaine, si incontestable sur l'amélioration des mœurs, que cette industrie nous paraît ne pouvoir être trop encouragée. Aussi avons-nous remarqué avec surprise et chagrin l'absence de plusieurs des maisons les plus importantes de Paris à l'Exposition, et, par exemple, de celle de M. Dauptain, Il faut considérer aussi que pour cette industrie, ainsi que pour plusieurs autres où nous avons déjà signalé cet abus, les fabricans ou les marchands qui exposaient, en prenant ce titre, n’ontguère produit que des papiers deluxe, et semblent avoir ignoré que leur branche de fabrication était surtout importante par les produits à bon marché, par les simples papiers à bas prix, qui sont l’objet des consommations les plus générales. Quant aux papiers de luxe, quelques-uns ont excité Pattention, soit par la beauté du travail, soit par celle du dessin. Nous avons pas trouvé cependant que, sous ce dernier point de vue, la fabrication des papiers peints se fût mise à la hauteur des progrès accomplis.

T'ypographie, gravure, lüthographie, — Les produits typographiques exposés cette année n'étaient ni très-nombreux, n1 très-brillans ; mais pour qui les étudiait avec attention, s'ils n’attestaient pas de sensibles progrès dans l'art typographique , ils démontraient du moins une augmentation considérable dans le mouvement commercial de l'imprimerie.

Ce mouvement existe en effet, Depuis que

M. Rignoux, en alongeant la forme des lettres, et en leur conservant le même æ/l, avec une moindre force de corps, a fourni le moyen de faire tenir beaucoup plus de caractères dans le même espace, nous avons vu se multiplier à l'infini les éditions compactes, qui, sous un petit volume et par conséquent ayec une grande économie de prix, mettent les meilleurs auteurs à la portée du grand nombre. Nous avons eu ensuite les publications à bon marché, qui se sont mises encore à la portée d’un plus grand nombre de lecteurs, en combinant les trois causes déterminantes de la consommation , Pattrait, par les gravures; léconomie, par les caractères compactes ; la /acililé de paiement, par la publication par livraisons. Ce genre de publication tend à modifier sensiblement les habitudes commerciales de la librairie ; si lon n’en abuse pas, comme il y a lieu de le craindre ;, elle peut relever ce commerce , tombé aujourd’hui dans un état de détresse, dont on n'ose en vérité pas sonder toute la profondeur. Parmi les typographes auxquels ce nom doit être particulièrement donné, parce qu’ils réunissent la fabrication à l'emploi des caractères, il faut mettre en première ligne MM. Rignoux, Firmin Didot et Jules Didot. Ce dernier ne fond des caractères que pour son usage; les deux autres fondent pour eux et pour le commerce, Il s'ensuit qu’il n’est pas un imprimeur qui, en se procurant les plus beaux caractères de Rignoux ou de F. Didot, ne puisse faire d'aussi belles éditions qu’eux ; et cependant le nombre des imprimeurs hommes de goût, et sachant tirer bon parti des élémens qui sont en leurs mains, est très-borné.

À leur tête, et sans contestation aujourd’hui, il faut mettre M. Everat, dont les presses fournissent les plus belles éditions de luxe, compactes et à bon marché tout à la fois. Cette supériorité de M. Everat se démontrerait seulement par l’immense activité de ses ateliers, qui se composent de vingt-cinq presses à bras et de quatre presses mécaniques, ce qui représente soixante à soixante-dix presses ordinaires.

Comme imprimeurs, MM. Firmin Didot viennent ensuite; cette ancienne et respectable maison ne déchoit pas de sa vieille réputation.

Fondeurs de caractères, fabricans de papier, imprimeurs, éditeurs, libraires, MM. Didot, à ces titres divers , occupent sans aucun doute la première place dans l’ensemble des arts qui servent à la propagation de la pensée humaine. Parmi les autres imprimeurs qui ont rendu

des services notables à cette industrie, ou qui se distinguent par le goût de leurs éditions, il faut citer M. Lachevardière , qui, dans son HWagasin pilioresque et dans son Trésor de Numismalique et de Glyptique, poursuit deux travaux d’un genre si différent, et tous deux d’une si incontestable utilité. Mentionnons aussi M. Henri Dupuy, l’un de nos éditeurs de meilleur goût.

Ce mouvement ascendant de l'imprimerie a déterminé à Paris l’emploi d’un plus grand nombre de presses mécaniques; on en compte aujourd'hui au moins cinquante, qui reprée sentent cinq cents presses ordinaires ; et cet accroissement a eu lieu sans que le nombre des ouvriers imprimeurs et leur main-d'œuvre aient diminué. Une partie de ces presses a été fournie par des mécaniciens anglais, et notamment par M. Cowper de Londres. Les autres ont été construites par M.Thonnelier ou M. Selligue. Malgré le mérite des presses de ces deux habiles mécaniciens, nous croyons les presses anglaises supérieures (1).

Sur un autre point encore, les Anglais conservent sur nous une incontestable supériorité ; c’est la gravure, la gravure sur bois aussi bien que la gravure sur acier. On sait qu’ils nous ont précédés de plusieurs années dans les publications à bon marché avec gravures; le Magasin piltoresque a été véritablement une importation anglaise (2); une grande partie des gravures de cette publication etautres analogues, Magasin universel, Musée des F'amilles, ont été achetées aux éditeurs du Penny Magasine et du Saturday’s Magasine. Deux des principaux artistes travaillant aujourd’hui à Paris pour les éditions avec gravures sur bois, Andrew et Thompson, sont Anglais. Nous avons sous ce point de vue de grands progrès à faire. Les artistes aujourd’hui ne suffisent pas aux publications.

Un artiste français vient toutefois de faire faire un pas immense à la gravure; c’est M. Achille Collas, auteur d’un procédé qui reproduit les corps sculptés, et par exemple les médailles, avec une inconcevable fidélité. Dans ce procédé, le burin est conduit par un mécanisme qui prend la médaille, pour ainsi dire, corps à corps ; suit ses contours, s’insinue dans

(r) C’est sur la presse mécanique anglaise de M. Henri Dupuy que sont tirés le Voyage pittoresque autour du monde et l'Industrie. ;

(2) Cela doit s'entendre seulement de l’idée générale et du mode d'exécution. Quant à la rédaction, celle du Magasin pittoresque, dirigée par deux hommes de cœur et de talent, MM. E. Cazeaux et Charton, est de beaucoup supérieure à celle des journaux anglais.

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