EXPOSITION DE 1834. — INDUSTRIES DIVERSES
ses plus fines concavités, et produit enfin une image telle, que si on la place à une petite distance de lœil, à la distance où l’on cesse de pouvoir suivre et compter les traces du burin, il est impossible de ne pas croire qu’on a sous les yeux une image gauffrée. Le relief et l'ombre sont déterminés et r pro ayec une indicible vérité. C’est par la méthode de M. Collas que sont faites toutés les gravures du Trésor de Numismalique et de Glyptique, dont nous parlions tout à l'heure, et dans lequel se trouveront réunies, à un prix relativement très-modéré, les plus belles collections de médailles, ces élémens si précieux et si rares des recherches historiques.
Au milieu de tout ce mouvement, il ne serait pas possible que la lithographie, ce mode si économique de reproduction des choses du dessin, restât étrangère au progrès général. La lithographie marche en effet; ses prix deviennent plus modérés, ses procédés plus prompts, ses images plus nettes. MM. Thierry frères, successeurs d’'Engelmann, continuent d’être à la tête de cette belle industrie. D’autres lithographes de distinction les suivent de près, notanment MM. Lemercier, Motte, Martenot et Delamotte.
Raffinage du sucre. = On sait que le sucre éxiste dans une grande quantité de plantes, d’où le sirop peut être exprimé par compression. Ce sirop estsoumis à l’évaporation et forme le sucre brut, Ce sucre est encore soumis à l’opération du raffinage ; le sirop purifié qui en résulte produit par sa cristallisation le sucre blanc. Les deûx plantes les plus favorables à la pro: duction du'sucre, sont, dans les climats chauds la canne à sucre, en Europe la betterave.
Un de nos amis, M. Amédée Burat, jeune ingénieur dont le talent donne déjà plus que des espérances, voyageant dans le nord de la France, y a observé avec soin les fabriques de sucre indigène , et nous a adressé sur ces fabriques les précieuses observations que l’on va lire et qui ont déjà été insérées dans un journal quoüdien de Paris, le T'emps :
« Un des faits industriels les plus graves du moment actuel, c’est l’accroissement rapide que prend la fabrication des sucres indigènes: Dans le département du Nord, cet accroissement est tel, que le nombre des sucreries monte annuellement à plus de cent. Sans doute, il ya beaucoup de ces fabricans qui n’opèrent que sur une petite échelle : ce sont en grande partie des fermiers, de petits propriétaires qui établissent dans leurs granges un matériel de six à dix
mille francs, et consomment les produits en betteraves de quarante ou cinquante arpens.
Le bas prix des céréales a surtout contribué à Pextension de ces établissemens: les fermiers, découragés par la persistance de ces prix, stimulés dameuts par les bénéfices des premiers fabricans, se sont associés entre eux pour les imiter, et bientôt la valeur des terres propres à la culture dé betteraves à plus que doublé. Il n’est pas de village qui n’ait actuellement sa fa. brique de sucre ; on voit à chaque pas, autour de Lille, DrbEst dut Valenciennes, étc., S'élever de nouvelles constructions pour la campagne prochaine, et comme, parmi élles, il en est qui doivent opér er sur quatre, cinq et six cents arpens, lon arrive bientôt à se démander quelles seront les suites dé cette impulsion générale, si Pencombrement des marchés n’amènera pas quelque réaction funeste, et enfin si tous ces intérêts qui se dévelôppent à la faveur du système prohibitif n'engagent pas l'avenir de la consommation, de manière à lui imposer un monopole indigène à à Ja place du monopole colonial.
» Ainsi donc, deux questions se présentent à notre examen : la première, purement industrielle, est relative au prix de revient des sucres extraits de la betterave : elle dominé entièrement la question économique.
» Presque toutes les sucreriés âctuelles peuvent être considérées comme dans l'enfance de l’art, etil est facile de prévoir une époque où leur matériel sera en grande partie anmihilé par la nécessité de lui substituer d’autres appareils. En effet, dans les unes on cuit encore les sirops à feu nu, et dans la plupart de celles qui sont les plus avancées, l’évaporation a lieu par le contact de là vapeur qui circule dans des tuyaux en cuivre, alignés parallèlement au fond des chaudières ou roulés en spirale. Or, ces méthodes sont extrêmement défectueuses, et leur emploi ne peut être attribué qu’à la moindre quantité de capitaux à engager , et à l’ignorance où sont encore les fabricans des procédés plus avantageux. En effet, dans la cuisson des sirops, deux conditions sont essentielles pour obtenir des sucres beaux et en grande proportion, c’est de cuire rapidement et de maintenir une température aussi uniforme et aussi basse que possible.
» Ces conditions d’une grande rapidité et
d’une température constamment au-dessous de
cent degrés semblent d'abord contradictoires ; mais leur concours est nécessaire pour éviter les excédans de mélasses, et l’on y est arrivé par
plusieurs procédés. Dans l'appareil de Desgrand, c’est en supprimant la pression de l'atmosphère, c’est-à-dire en faisant le vide dans la chaudière où se trouvent les sirops à concentrer; dans l'appareil de Brame-Chevalier, c’est en créant une ébullition factice et faisant ainsi équilibre à la pression atmosphérique au moyen d’un courant d'air chaud qui est projeté à travers les sirops par une multitude de petits trous dont est percé le double-fond de la chaudière. Ces appareils se disputent encore la palme. Le premier peut être considéré comme lappareil de Roth perfectionné; car les chaudières de Roth ont l'inconvénient d’exiger une très-grande quantité d’eau nécessaire à la condensation de la vapeur à l’aide de laquelle se fait le vide; on lui reproche de ne pas voir ce que l’on fait, la chaudière étant hermétiquement fermée. L'appareil de Brame a l'inconvénient d’être un peu cher; mais il remplit complètement les conditions d’une excessive rapidité et d’une basse température, car deux chaudières peuvent suffire à la confection de mille pains par jour, sans que la température excède jamais 70 degrés.
» La salle n° 1 de l'Exposition présente un appareil de Brame construit dans les ateliers de Chaillot, et il est à regretter que les mêmes constructeurs n'aient pas exposé en même temps l’appareil de Desgrand. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que l'Angleterre, qui nous a presque toujours précédés dans tout ce qui estinvention et construction mécaniques, s’est ici laissé dépasser de beaucoup, car les raffineries les plus avancées s’y sont bornées à l'emploi de machines pneumatiques pour faire le vide dans les chaudières , moyen imparfait et très-coùteux. | :
» Sans entrer plus avant dans le détail des appareils perfectionnés pour les sucreries et raffineries , 1l est évident que le moment n’est pas éloigné où ces appareils étant d’un usage plus répandu, forceront par leur concurrence la plupart des fabriques actuelles à modifier leur matériel. Il est en effet impossible que les méthodes d’évaporation à feu nu ou à la vapeur puissent se maintenir devant celles qui ont l'immense avantage de faire moitié moins de mélasses, d'employer moins de combustible et d’aller beaucoup plus vite, chose encore essentielle dans cette fabrication où les betteraves et les sirops sont très-sujets à s’altérer par la fermentation , pour peu que l’on ait trop de lenteur. Or, cette modification dans le matériel entratnera aussi nécessairement une modification dans le nombre et le personnel des fabriques. Les
capitaux à engager devenaht plus considérables, les frais deviendront moindres à mesure que où opérera plus en grand, de telle sorte que les petites fabriques tomberont infailliblement devant ja concurrence des grands établissemens qui se forment déjà , surtout à Lille et à Dunkerque.
» Il arrivera donc pour les sucres indigènes ce quiest arrivé dans toutes les industries importantes : les prix fléchiront graduellement, et la production, circonscrite et disséminée ; sera remplacée par celle des grands centres de fabrication.
» Actuellement, peut-on espérer que les frais de la production indigène pourront un jour la mettre en équilibre avec la production étrangère ? Peut-on espérer que les sucres de betteraves puissent jamais soutenir la concurrence des sucres de cannes ou de palmiers ? Ce résultat que des hommes distingués n’ont pas craint de promettre , est bien douteux. La betterave, réduite en pulpe par les rapes et soumise à l’action de presses hydrauliques, dont la force est généralement de deux cent milliers, donne ordinairement 10 pour 100 de jus; les résidus, chauflés et soumis à une seconde pression, fournissent encore 15 pour 100, en tout un maximum de 15, qui contient une proportion variable de matière saccharine, dont on n’a pu jusqu’à présent retirer que 8 pour 100 en sucre cristallisé.
Ainsi donc, on voit qu’il ne reste pas aux appareils des sucreries un avenir de perfectionnement encore assez étendu pour qu’on puisse se flatter d’une diminution très-considérable sur les frais actuels, et quelle que soit notre supériorité de fabrication , il semble bien difficile qu’elle puisse jamais compenser l’infériorité des malières premières.
» Ilest vrai que les raisonnemens ne manquent pas pour prouver que le sucre indigène doit nécessairement être protégé contre les sucres des Amériques ou des Indes ; c’est, dit-on, un aliment de luxe, dont le consommateur peut supporter le prix élevé; et puis, quelle gloire pour la France de produire elle-même ses quarante millions de sucre ! Lorsqu'une partie d’un seul de nos départemens suffirait pour cela, ne serait-il pas impolitique de se soumettre à l’importation étrangère? Combien de fois n’a-t-on pas fait justice de toutes ces phrases qui sont ici répétées par tous les fabricans qui, du reste, ne manquent pas de bonnes raisons pour se réfuter eux-mêmes dès qu'il s’agit de l'introduction des houilles ou des fers ! Chacun pour soi, c’est dans l’ordre; mais le gouvernement doit être pour
tous, et il est fâcheux que lorsqu’il a récemment touché à la législation des sucres, il ne lait pas fait d’une manière plus franche. Il ne faut pas priver de sucre les trois cinquièmes de la population , parce que l’on peut vivre sans sucre: en raisonnant ainsi, on finirait par les mettre au pain et à l’eau. Il ne faut pas surtout engager l'avenir, et c’est une espèce Guen que cette accumulation progressive d'intérêts particüliers contre l'intérêt général.
» Ces réflexions n’empêchent pas les sucreries de se développer toujours de plus en plus, nonseulement parce que les répugnances administratives contre toute modification à notre sys. tème douanier rassurent ici les plus timides, mais aussi parce que la protection de 50 c, par livre contre les sucres coloniaux, et de { franc contre les sucres étrangers, dépasse tellement ce qui est nécessaire pour la production indigène, qu’il y a encore béntfice certain, même pour les établissemens les plus imparfaits. Dans l'état actuel de cette industrie, on pourrait hardiment supprimer un tiers des droits, sans que les sucreries bien dirigées fussént atteintes, »
Nous avons peu à ajouter à ces réflexions dont la justesse est frappante. La conclusion par laquelle elles se terminent est adoptée par tous les hommes qui ont quelque expérience de la matière. Les droits actuels sur les sucres pourraient, sans aucun doute, subir une réduction notable, sans que la fabrication des sucres indigènes en fût ébranlée; nous n’en voudrions pour preuve que la sécurité avec laquelle d'immenses capilaux s'engagent aujourd’hui dans cette industrie, Les constructeurs d’appareils désignés plus haut, MM. Scipion Périer, Edwards, Chaper et Comp., de Chaillot, auront exécuté cette année pour plus d’un million d’appareils de raffinerie, et leurs commandes pour l’année prochaine s’élèvent au double.
Au reste, on ne saurait nier que l’industrie du sucre indigène n’ait fait faire des progrès déjà notables à celle du sucre de canne. Les colons ont commencé à s’apercevoir qu’une bonne machine produisait à meilleur marché que des nègres, quelque abus que l’on fit de la force de ceux-ci. À l’ancien appareil de manéges mus par des roues hydrauliques , manéges qui mettent eux-mêmes en mouvement ds cylindres entre lesquels les cannes à sucre sont pressées, pour en exprimer le jus, on a déjà; aux colonies, substitué des appareils perfectionnés mus par des machines à vapeur ; et dont les dispositions sont plus favorables à l'emploi de Ja force de l’homme , et produisent de meilleurs