‹ L'industrieChapitre 60 sur 74 · MÉTAUX ET MACHINES · texte numérisé non relu

MÉTAUX ET MACHINES

Mélaux. — La production et le traitement des matières extraites du sein de la terre, combustibles ou métalliques, est sans doute un des élémens essentiels de industrie d'unegrande nation. Toutes ne sont pas également favorisées sous ce rapport; ainsi l'Angleterre a son minerai de fer des houillères, qui est l'aliment d’une des plus belles branches de sa fabrication ; elle, a du cuivre en abondance, et nous en avons à peine. L'Espagne a des mines de plomb et de, mercure , et nous en manquons. Nous , de notre côté, nous travaillons le plomb mieux qu'aucun autre peuple d'Europe, à l’exception des Anglais qui cependant ne nous y surpassent pas; nous leur sommes supérieurs pour le travail du cuivre, et quant à la préparation des divers produits chimiques dont les métaux que nous, venons de nommer sont la base, nous tenons le premier rang pour leur fabrication. Pour le fer même, si l’Angleterre a ses minerais de fer, carbonaté des houillères, qui lui permet, naturellement mêlé qu’il est au combustible, d’obtenir du fer à si bas prix, nous avons de notre côté dans les départemens de l'Est (Franche-Comté,

Lorraine, Champagne), et aussi dans le céntre de la France, des minerais qui produisent des fers de prix supérieurs sans doute à ceux de l'Angleterre, mais de qualité très-supérieure aussi. Pour les houilles enfin, 1l est reconnu que nous en possédons d’inépuisables quantités.

Cela veut-il dire qu’il faut nous interdire la houille anglaise sur les points où l’Angleterre pourrait en fournir à meilleur marché que nos houillères ? Cela veut-il dire qu’il faut limiter nos fabricans de toute espèce à ne consommer que des fers de nos belles qualités , et à ne pouvoir employer pour une foule d’usages essentiels les fers anglais ? Que dirions-nous si l’'Angleterre, parce que nous ne voulons pas laisser entrer ses fers, empêchait ses cuivres de sortir, ou bien empêchait nos soies d’entrer chez elle ? Elle en permet l'entrée sous un droit de 30 p. 0/, de leur valeur, et nous, en ce moment, nous imposons au fer anglais un droit de 160 p. o/,.

Fautil conclure de ces réflexions que nous serions d'avis d’ouvrir instantanément nos frontières à la concurrence des fers anglais. Pour montrer que telle ne peut être notre pensée, nous donnerons ici le relevé des tableaux fournis par les ingénieurs des mines sur la situation de la fabrication du fer en France en 1831.

L’extraction du minerai brut et non lavé s’est élevée à 1,800,000,000 kil., qui ont été traités dans 1246 établissemens, renfermant :

2180 lavoirs à bras, 81 bocards, 279 patouillets, 35 fourneaux de grillage , 454 hauts-fourneaux au charbon de bois, 28 hauts-fourneaux au coke , 8 hauts-fourneaux au coke et au charbon de bois, 1040 affineries au charbon de bois , 226 fours à pudler, 94 laminoirs à barreaux, 102 fours à la catalane, 95 affineries pour la conversion de la fonte en acier, 32 fours de cémentation, 57 petits fourneaux pour lacier fondu, 317 feux de martinets, tant pour le fer que pour l'acier, 38 laminoirs de tôlerie à l’anglaise, 26 ferblanteries, 29 martinets pour les faux , 23 fabriques de limes.

Ces feux et ateliers ont occupé 24,000 ouvriers, travaillant dans l’enceinte même des établissemens , indépendamment du nombre plus considérable de ceux qui ont été employés au dehors à l'exploitation des bois, à la fabrication du charbon, aux transports, etc. La consommation en combustibles a été, pour le charbon de bois, de 500,864,400 kil., et pour la houille ct le coke, de 324,019,200 kil.

Le produit de cette immense fabrication a été là création d’une valeur considérable, dont le tableau suivant renferme les élémens :

Fonte bruté.

Fonte moulée, {re fusion.

Fonte moulée, 2e fusion.

Fonte mazée.

Fer obtenu de la fonte par le bois.

Fer obtenu de la fonte par la houille.

Fer obtenu du minerai.

Acier obtenu de la fonte.

Acier obtenu du minerai.

Acier de cémentation.

Acier fondu.

Acier corroyé.

Fer martné de toutes formes.

Fer fondu et vergine.

Feuillard.

Peuts fers.

Fers de urerie.

Fil de fer.

Tôle de fer.

Tôle d’acier.

Fer-blanc.

Ancres.

Faux.

347,710 2,905,862 225,210 658,008 Faucilles. 300 Lines. 1,597,746 11 n’y a pas lieu d’additionner les chiffres que nous venons de présenter pour en faire ressortir l'importance réelle de l'industrie du fer, et des valeurs qu’elle crée ; il y a dans ces chiffres beaucoup de doubles emplois. Ainsi les 34 millions de fonte brute ont servi à faire les 43 millions de fer obtenu par le bois, et les 16 millions de fer obtenu par la houille. La valeur réelle est donc de 59 millions, et non pas 93 millions, somme qui résulte de l'addition des trois chiffres ci-dessus. En faisant des déductions semblables sur tout l’ensemble du tableau, on trouve que la somme qui représente les créations de l’industrie de fer s'élève au moins à 100 millions. En présence d’un tel chiffre , y atil heu de croire que les partisans de la liberté commerciale, j'entends les partisans éclairés ,; demandent l’introduction immédiate et sans transition du fer anglais, et ne tiennent aucun compte de lPébranlément. que porterait une telle mesure à une industrie nationale si importante ?

Non-seulement, cela n’est pas , mais ce sont même les partisans de la liberté commerciale qui ont recherché avec le plus de sollicitude les moyens de mettre nos usines à fer en état de soutenir la concurrencé anglaise ; en même temps que, dans l'intérêt des maîtres de forges francais et des consommateurs, ils demandent

que cette concurrence soit rendue plus active, dans ces mêmes intérêts, ils demandent aussi qu’un système de voies de communications bien entendu et partuculièrement appliqué aux contrées productives des meilleurs fers, donne à uos forges, à toutes celles du moins qui sont fondées sur de bons élémens, les moyens de soutenir celte concurrence. Ils demandent que, si par des abaissemens dans le tarif des douanes, nos forges perdent dans les départemens mariumes quelques consommateurs qui pourraient obtenir le fer anglais à meilleur marché, elles puissent les retrouver en nombre égal ou supérieur, à l’intérieur, par le perfectionnement des moyens de transport. En un mot, ils ne conçoivent l’établissementde la libertécommerciale que si l'État déploie en même temps tous les moyens qui sont en ses mains pour favoriser le développement de l’industrie et du commerce, Tous les encouragemens moraux; intellectuels, matériels, par lesquels le gouvernement peut hâter Péducation industrielle du pays, leur paraissent l'indispensable accompagnement d’une plus large concurrence étrangère, Ces deux mesures sont solidaires l’une de l’autre; l’exacte justice et les principes les plus sains de la politique industrielle ne permettent pas qu’on les sépare, Nous avons donné les chiffres principaux du travail de nos forges ; quant à la production et à la consommation des autres principaux métaux , ils s’établissent comme il suit pour 1832, tant d’après les rapports des ingénieurs des mines, que d’après les états de douanes.

Quint. mét. Valeur.

Argent indigène. 1,807 390,111 Fonte de fer étrangère. 67,998 1,019,984 . Fer étranger. 58,457 1,067,203 Acier étranger. 6,761 534,096 Cuivre indigène. 1,950 390,000 — étranger. 2,073 10,643,987 Plomb indigène, 5,000 226,000 — étranger, 122,188 5,498,487 Etain étranger. 00:52, 012,303 Zinc étranger. 29,697. 1,187,885

Quant aux produits exposés, généralement ils n’attestaient pas de notables progrès accomplis par lindustrie métallurgique depuis quelques années, À part de magnifiques produits exposés par les usines d’Imphy et de Romilly, qui travaillent le cuivre avec une perfection toujours croissante; à part quelques beaux échantillons de zinc Jaminé, rien d’important ne peut être signalé à l'Exposition de 1834, L'établissement de Fourchambault a produit des fontes obtenues

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par le nouveau procédé de l'air chaud; mais généralement l'industrie du fer n’a rien exposé qui soit digne d’une mention spéciale. Rien ne prouve mieux l’engourdissement où cette industrie s’est laissé aller, et le besoin qu’elle de l'excitation à la concurrence étrangère.

Ce que nous venons de dire de la préparation des métaux, s’applique aussi à leurs premières mises en œuvre. Nos tôles sont belles, nos fersblancs aussi; nos tréfileries n’ont pas déchu ; nos aciéries, nos fabriques de faux, de limes, de quincaillerie, font quelques progrès; mais si l’on compare la marche de ces diverses industries à toutes celles que nous avons passées en revue, il est impossible de ne pas s’avouer que Pindustrie métallurgique française ne parücipe que faiblement au mouvement ascendant qui anime toutes nos autres branches de fabrication.

Machines. — Il faut, pour les machines, se décider au même aveu. Certes, il y avait à PExposition de belles machines, et le pays qui compte parmi ses mécaniciens des hommes tels que MM. Hallette, Edwards, Abadie, Collier, Cazalis et Cordier, Cavé, Saulnier, Kæchlin et Heilmann, est en voie de progrès, et ne saurait être taxé d’impuissance dans les arts mécaniques. Mais nos mécaniciens ont à lutter contre des difficultés que leur talent ne peut surmonter qu’avec des efforts inouis , et qui limitent notablement le nombre des hommes qui osent se livrer à cette industrie. Ces difficultés résident tout entières dans notre tarif de douanes. Il n’est pas d'industrie plus essentielle que celle des machines au développement de toutes les autres branches de travail ; il n’en est pas qui souffre plus des restrictions du système douanier.

Nous avons peu à dire des machines exposées.

Rien d’important en machines à vapeur; ce genre de produits n’est pas de ceux qui puissent demeurer plusieurs mois inacüfs; aucun des grands établissemens, que nous avons menüonnés plus haut, n’était représenté à l'Exposition par des produits qui pussent donner idée de la situation et des progrès de leurs travaux. Il en faut excepter M. Kæchlin, dont les bancs à broches et la machine à imprimer ont été si justement admirés.

Plus nous parcourions cette salle des machines, et plus nous nous p‘nétrions des efforts à faire pour populariser chez nous la mécanique, pour en rendre létude accessible au grand nombre ; c’est l’œuvre que nous allons entre-

prendre , et qui va succéder à cette rapide étude de l'Exposition. Près d'aborder la mécanique industrielle, et de lui consacrer une part importante de notre publication, on comprend que nous ayons ici réservé peu de place aux machines.

Il est une chose cependant sur laquelle nous rie pouvons nous taire, comme d’une chose qui nous a fait montér la rougeur au front; c’est la machine locomobile que M. Dietz a promenée dans Paris pendant le temps de PExposition, et qui, mue par la vapeur, remorquait à sa suite quelques voitures chargées de voyageurs. Cette machine lourde, grossière, bruyante, jetant des nuages d’une épaisse fumée , qui enveloppaient les voyageurs et leur rendaient insupportable le plus court trajet, a non-seulement excité les applaudissemens de la foule , ce qui n’a pas droit d’étonner : la foule assistait pour la première fois a ce spectacle ; mais elle a obtenu une médaille d’argent.

Nous avons mémoire d’avoir assisté en 1826 en Angleterre à la première sortie de la première machine locomobile ; c'était un gracieux landau ; léger, brûlant sa fumée, marchant sans bruit et sans secousses , et portant douze voyageurs. Depuis ce temps, cette machine s’est en: core perfectionnée, et aujourd'hui il y en a plusieurs sur les routes d'Angleterre, notamment sur la route de Londres à Paddington

Quand il existe si près de nous de semblables machines aussi simples, aussi élégantes (PL. XVII — 1),est:il croyable qu'un mécanicien français ait osé produire la machine que nous avons vue sur nos boulevards, il y a quelque temps, et qu'un jury d'hommes éclairés ait cru devoir la

récompenser ?

Un pareil fait décèlé une grande ignorance publique en matière de mécanique ; trop d’efforts ne sauraient être faits pour la dissiper ; c’est un des plus grands services qui puissent être aujourd’hui rendus. Nous nous ÿ consacrons, Beaucoup de traités et d’un grand mérite oûit été publiés sur la mécanique; mais le prix en est considérable , et le langage trop savant. Résumer cés livres, mettre leur science à la

(4 s. TEA 1 Ù portée du fabricant, du contre-maître et de l’ouvrier intelligent, aussi bien que de l’homme du

monde qui cherche à s’instruire, ou des jeunes gens qui veulent commencer à pénétrer dans l'étude des arts utiles, telle sera notre œuvre. Des gravures dont nos dernières planches offrent le spécimen varié, accompagneront et éclaireront le texte; nous ÿ emprunterons de préférence le langage de la perspective aérienne, comme nous lavons fait, dans la planche XIX, pour l'atelier de sucrerie et pour le bel atelier de machines à vapeur de M. Maudslay à Londres, et aussi dans la planche XVII pour la machine locomobile, ou bien la perspective, dite cavalière, ou à 45 degrés, dont nous donnons un spécimen dans la planche XVIIE; nous avons choisi pour cet objet une des machines les plus

compliquées , une machine de bateau à vapeur;

les combinaisons de dessin et d’ombres y rendent très-facilementintelligibles les dispositions de cette machincetses principales pièces; À ,A,A, châssis sur lequel repose la machine à vapeur ; C; tuyau par lequel arrive la vapeur dans le grand cylindre B, où se meut le piston D, dirigé par le mécanisme appelé parallélogramme de Watt, a, a, a,, et mettant en mouvement le balancier E, E, E, lequel, à son autre extrémité, imprime le mouvement de va et vient à la bielle F, qui imprime à son tour le mouvement de rotation à l'axe G , G, des roues qui plongent dans l’eau. C’est aux Anglais que nous devous ce genre de dessin.

Quelquefois cependant le dessin dit géométral est le plus convenable pour faire comprendre une machine. Nous l'avons employé par cette raison pour lappareil de M. Roth (PL. XVIII — 2). Ce sera pour nous une constante et sérieuse étude que celle du genre de dessin le plus propre à jeter le plus de clarté dans l’enseignement que nous voulons donner, et que le plus grand nombre de nos lecteurs a réclamé de nous, preuve certaine que la nécessité en est universellement sentie, encouragement bien fait pour soutenir, et, s’il se peut, augmenter notre zèle dans la carrière que nous suivons, appuyés sur les conseils de tant d’hommes habiles, sur la bienveillance d’un auditoire plus nombreux et plus attentif que nous ne avions osé espérer.

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