CITOYENS
» Ils ne sont plus ces temps malheureux où l'industrie enchaïînée osait à peine produire le fruit de ses méditations et de ses recherches, où des réglemens désastreux, des corporations privilégiées , des entraves fiscales, étouffaient les germes précieux du génie ; où les arts, devenus en même temps les instrumens et les victimes du despotisme , lui aidaient à appesanuür son joug sur tous les citoyens, et ne parvenaient au succès que par la flatterie, la corruption , les humiliations d’une honteuse servitude.
» Le flambeau de la libertéa lui ; la République s’est assise sur des bases inébranlables ; aussitôt l’industrie s’est élevée d’un vol rapide... »
Après cet emphatique exorde, qui était bien
moins dans son esprit et dans son caractère, que dans celui de cette époque outrée et guin-
dée, le ministre discutait l'importance des arts industriels, relevait les arts mécaniques de l’abaissement où les tenaient d'anciens préjugés, rappelait que Bacon avait dit que leur histoire était celle de la vraie philosophie, et terminait en témoignant le regret que le court intervalle qui s’était écoulé entre l’annonce de l’Expositon et son ouverture, n’eût pas permis à tous les départemens et à tous les chefs de fabriques importantes d’y venir prendre part.
Le cinquième jour complémentaire, c’est-àdire après rois jours d'exposition, Le jury fit son rapport. Chaptal était rapporteur.
Le gouvernement avait demandé que le jury lui désignât les douze exposans des produits les plus remarquables. Les choix du jury s’arrêtèrent sur MM. Brécuer, Paris, horlogerie; Lenoir, Paris |, instrumens de mathématiques ; Dipor et HErHAN, Parts, typographie , édition de Virgile ; CLouer, Paris, fabrication d'acier ; Dix et GUErnarD, Paris, tableaux en porcelaine ; Desarnon, Paris, cheminées et poêles ; ContTé, Paris, crayons; Gremonr et BarRé, Bercy, toiles peintes ; PorrTer, Chantilly, faiénce blanche ; Pays, fils, Troyes, bonneterie ; DERARME, Paris, tôle vernie ; Juzten, à Luat (Seine-et-Oise), coton filé à la mécanique.
Le jury déclarait encore dignes de mention
honorable, MM. BerrTater, à By (Nièvre), acier, chaînes de montres ; RaouL, Paris, limes fines, en acier français ; Bouvier, Paris, ouvrages en filigrane; GERENTEL, Paris, feuillets de corne à lanterne; Kurscu, l’aris, machine à
diviser; Tairouin-GauTier, Pont- Audemer,
coutils; PATOULET, Aupry et Lesrau,Long jumeau (Seine-et-Oise), couverts en acier plaqués d’or et d'argent ; SALNEUVE, Paris, machines ; Per- RIN, Paris, toiles métalliques , Derrey, Doubs, bonneterie ; Ganours, Paris, bonneterie ; PLu- MER- Donner, Pont- Audemer, cuirs corroyés ; Leperit1-WaALLe , Paris, rasoirs.
Les mouchoirs et étoffes de Cholet et de Mayenne ; les cristaux du Creusot ét du Gros- Caillou ; les machines de M. Rorx, de Paris, et les cardes croisées de M. FLaces, de T'oulouse, étaient cités par le jury comme produits utiles ou d’une bonne fabrication,
Le jury témoignait son regret « que les citoyens Boyer-FonFRèDE , dont les étoffes en coton rivalisent avec les plus belles de l’Angleterre ; Dipor jeune, si avantageusement connu par ses superbes éditions, et la fabrication de son papier vélin ; LAROCHEFOUCAULT ; distingué dans le genre de fabrique en cotonnades qu’il a formé ; DEeLAITRE à qui la filature de coton doit une partie de ses progrès, n’eussent pas pu concourir, »
Ces dernières indications du jury sont significatives; quatre fabricans seulement en France, objets des regrets du jury, après une exposition où les fabricans sont si peu nombreux, où manquent les principales villes du royaume! De Lyon, de Rouen, de Tarare, de Saint-Quentin, d’Anuens, de Sedan, d’Elbeuf, de Louviers, de toutes ces villes naguère industrieuses et riches, le jury n’en parle pas; c’est qu’elles n'avaient pu réparer encore les désastres qu’avaient fait peser sur elles neuf années de révolutions, de guerres civiles, de luttes contre l'étranger ; c’est que Lyon ne pouvait rebâtir en quelques années la moitié de ses maisons tombées sous la hache conventionnelle ; c’est que l'herbe poussait encore dans les rues d'Amiens et d'Arras, décimées par les agens du Comité de salut public ; c’est que nos débouchés extérieurs étant fermés à nos belles étoffes de lin, à nos batistes , à nos linons , Saint-Quentin périssait, ne songeant pas encore à transformer son industrie; c’est que Sedan, Elbeuf, toutes nos fabriques de drap, si protégées jusqu’à la Constituante dans leurs relations avec l'Espagne et la Saxe, d’où elles tiraient les laines qui leur étaient indispensables, frappées par les mesures
prohibitives de la Convention , n’osaient pas montrer des produits indignes de leur ancienne
renommée; c’est enfin que l’industrie attestait: ?
par sa pauvreté les efforts inouis qu’il avait fallu imposer à la France pour l’arracher à l'invasion étrangère.
Quelques jours après l'Exposition, François
de Neufchâteau écrivit aux autorités départementales pour leur faire connaître que l’intention du gouvernement était que les expositions fussent annuelles. Il traçait dans sa circulaire les règles qui ont été suivies depuis dans ces solennités , savoir, la formation d’un jury départamental pour choisir les produits dignes d’être admis à l'exposition, et la formation d’un jury central pour les juger.
« L’Exposition n’a pas été très-nombreuse, disait le ministre ; mais c’est une première campagne , et cette campagne est désastreuse pour l'industrie anglaise. Nos manufactures sont les arsenaux d’où doivent sortir les armes les plus funestes à la puissance britannique. »
Plus de trente années se sont écoulées depuis cette prédiction faite par le ministre du Directoire ; s’est-elle vérifiée ? Nos manufactures prospèrent; elles marchent aujourd’hui d’un élan admirable, et celles de l'Angleterre font des progrès aussi rapides ; chacune. des deux nations conserve sa supériorité, l’une dans les arts mécaniques, l’autre dans les arts chimiques et les objets de goût; et, loin que les deux pays aient vu accroître leur haine mutuelle en proportion de leurs progrès industriels, chaque jour leur alliance se resserre; qu’on ose en élargir les bases par des concessions commerciales réciproques , et l’union inébranlable des deux peuples les plus industrieux de l'univers prouvera que l'industrie forge la paix, et non la guerre. | Le ministre terminait en annonçant que le jury central décernerait vingt médailles d’ergent aux vingt manufacturiers les plus habiles , et une médaille d’or à celui qui aurait porté le coup le plus funeste à l’industrie anglaise, :
Telles étaient les mesures et les passions de cette époque, inévitable suite de la guerre que les deux pays se livraient furieuse ; mais une fois engagé dans les guerres industrielles, on ne les arrête pas aussi facilement que celles du canon. L'Europe a déposé les armes , il y a dix: huit ans, et nous sommes encore en pleine guerre de douanes.
N'oublions pas de rappeler que le jour même de l'ouverture de l'Exposition, une tentative fut faite au conseil des Cinq-Cents pour rétablir les réglemens et les marques officielles en mauère
de fabrication, et que cette proposition fut rejetée,
CONSULAT. — RENAISSANCE DE L’INDUSTRIE ; PROGRÉS DES ARTS CHIMIQUES ET MÉCANIQUES ; EXPOSITIONS DE 1801 ET DE 1802; MÉTIER JACQUART.
Les époques les plus favorables aux améliorations de tout genre, et particulièrement aux progrès industriels , ce sont celles où une sympathie vive et profonde existe entre le gouvernement et le pays ; peu de momens dans notre histoire ont mieux présenté ce caractère que l’époque du Consulat; aussi l’histoire industrielle des premières années de ce siècle brille-t-elle d’un remarquable éclat. Les deux expositions de 1801 et de 1802 en donnent des preuves pleines d’intérêt. Ce n’est pas toutefois que notre industrie doive y apparaître forte et prospère encore dans toutes les branches importantes de la production , telle que nous l’avons admirée plus tard ; mais partout on la voit s’éveiller et entrer avec une inexprimable ardeur dans la carrière immense que lui ouvraient les progrès accomplis autour d’elle, surtout par l'Angleterre.
Les deux expositions de 1801 et 1802 ont eu lieu dans la cour du Louvre, sous le ministère de Chaptal. Chaptai n’avait ni toutes les qualités, ni tous les défauts nécessaires chez un ministre de l’homme fort, impatient, absolu, qui tenait alors les rênes du gouvernement, assisté de deux suppléans, bien plus que de deux collègues. Chaptal ne resta donc pas long-temps ministre; mais son passage dans l'administration suprême de l’industrie et du commerce a été marqué par un zèle souvent heureux , par une application assidue au développement des arts nourriciers et moralisateurs du peuple.
Lors de l'exposition de 1801 , la paix générale n’était pas encore obtenue ; mais déjà avait eu lieu le traité de Lunéville, signé le 9 février, entre la République et V Allemagne. Les limites du Rhin nous étaient définitivement acquises. La France n’ignorait pas que des négociations étaient entamées avec l'Angleterre. Les articles préliminaires de paix furent en effet signés à Londres, entre M. Otto et lord Hawkesbury, le 1er octobre, c’est-à-dire onze jours après l’ouverture de lexposition qui eut lieu le 19 septembre (2e jour complémentaire an IX). Cette attente de la paix générale n’avait pas peu contribué à rendre à l’industrie française une grande vigueur. ;
Douze médailles d’or, vingt médailles d'argent, trente médailles de bronze furent données à cette Exposition, sur le rapport d'un Jury
éomiposé de MM. Berthollet, Bardel, Berthoud, Bonjour , Bosc, Guyton-Morveau , Molard , Mérimé, Montgolfer, Périer, De Prony, Scipion Périer, Raymond, Vincent, et Louis Costaz , rapporteur.
Ces médailles d’or furent données à : MM. So- Lace et Bossur, Paris, nouvelle éeluse pour les canaux; SozLer, Guentz et Goury, Moselle, scies, limes et faux; UrsceNe1DER, Sarreguemtnes, poterie ; MeruN-HaL ; Montereau, poterie; ces deux fabricans étaient mis sur un rang égal ; le sort devait attribuer la médaille à lun d'eux; Fauzer, Remprr et Munrzer ; Choisy, maroquin ; : Monréotrier , Annonay ; Papier ; Decreror, Louviers, draps. — M. Decretot présentait des-draps de vigogne, des draps faits en laine d’Espagne, des draps faits avec la laine du troupeau: de premier choix, race d'Espagne , entretenu par le gouvernement à Rambouillet, et enfin des draps de laine française améliorée par l'alliance de:nos bêtes à laine avec les mérinos. -— TErnaux frères, manufacturiers à Reims, Sedan, Louviers, Ensival, draps et easimirs. —Devarrre , Nozz et-C", à l’Epine, près Arpajon, cotons filés à la filature continue, (Ce procédé était différent du filage aux #ull/-jennys, et moins parfait). Lieven-Bauwexs, Passy, cotons filés à la miu/-jenny, basins, piqués ; Morcan et DELARAYE, miens, velours; LIGNEREUX et Jacos, fabricans de.meubles ; ils étaient mis sur le même rang ; le sort devait décider entre eux pour la médaille.
Pour les médailles d'argent, le jury déclarait d’abord en être dignes huit exwposans déjà couronnés à l'exposition de lan VE : MM. Raoul, Salneuve; Lepetit-Walle, Perrin, Bouvier, Plumer-Donnet, Cahours, Detrey. Vingt autres médailles étaient données ;. parmi les exposans qui les ont obtenues, nous remarquons : Schey, Paris, acier poli; Robert, Besancon, horlogerie commune ; les fabriques du Creusot et de Montcents, cristaux , fonte de fer; Decroisilles frères, Rouen, blanchisserie dite berthollienne; Pavie, Rouen, teinture mcarnat sur coton; Bonvalet, Amiens, machine à imprimer sur velours; Johannot, Annonay, papier ; Delarue et Petou, Louviers, draperies ; Pictet, Geneve, châles en laine et soie; Richard et Noir, Ælençon et Parts, cotons filés; Savenne, Rouen, velours; Patinot et Gablin de T'royes, Sanson de Clairfontaine, Grillon de Dourdan, pour des piqués ét des basins.
Parmi les exposans honorés de la médaillé en bronze, on remarque Dumas, Eure, acier cémenté; Jecker, Paris, instrumens de mathé-
matiques ; Calla, Paris, machines; Delamotte ; Paris ; modèle de machine à vapeur; quatre ou vriers, Olive, Ferrin et les frères Manquenchen, des communes rurales du canton de Vimeux, Somme , associés pour la fabrication des serrures et platines; Carcel, Paris, lampes ; Payen et Bourlier, Paris , produits chimiques ; Grandin, Elbeuf, draps.
Enfin une médaille de bronze était donnée à
JacquarT, « inventeur, dit le rapport, d’un
mécanisme qui supprime un ouvrier dans la fabrication des tissus brochés. » On s’étonnera moins du peu d'importance attaché par le jury à une invention qui devait changer la face de l'industrie lyonnaise, quand on saura que l’industrie lyonnaise elle-même méconnaissait cette invention.
Les machines employées à ce moment pour la confection des étoffes brochées , étaient compliquées, difficiles à manier , chargées de cordes et de pédales ; outre Pouvrier chargé du tissage, un ou plusieurs ouvriers étaient nécessaires pour faire mouvoir ces cordes et pédales , et donner aux fils de la chaîne les diverses positions qu’exigeait le brochage ou le faconnage de Pétoffe ; on y employait généralement des enfans, et particulièrement de -jeunes filles, appelées téreuses de lacs, et qui, pour conduire le métier, étaient obligées de conserver pendant des journées entières des attitudes forcées qui déformaient leurs membres et abrégeaïent leur vie. Jacquart avait trouvé le moyen de faire mouvoir les pédales et tirer les lacs par Pouvrier tisseur, qui pouvait ainsi conduire seul le métier , et n’avait plus besoin de ces auxiliaires, victimes précoces d’une industrie arriérée (Pr. II — 3). Jacquart affranchissait done la classe ouvrière
| d’un travail où se perdaientetlæsanté desenfans,
et la moralitédes parens quiles y'assujettissaient. Mais ceux-ci (et n’oublions pas que le besoin est leur excuse) se révoltaiéent à la pensée de perdre cette source de gain ; et Jacquart, pendant plusieurs années , fut menacé dans son exis-
| tence.
Son métier cependant devait bientôt faire mouvoir plus de bras vigoureux et exercés qu’il n’en suspendait de feunes et de faibles. En procurant une grande économie sur la fabrication des étoffes faconnées , il donnait à l'industrie française le moyen d’étendre ses produits dans le genre où la supériorité lui ést acquise sur tous ses concurrens , e’est-à-dire dans les étoffes qu’embellit et qu’enrichit l’art du dessin, Déjà, à cet égard, une grande révolution s'était opérée à Lyon. En 1788, sur 14,78? métiers y
on n’en comptait que 240 pour les étoffes faconnées; en 1801, sur 7000 métiers, on en comptait 2800 pour les façonnés. Lyon avait perdu une partie de ses débouchés pour les’ étoffes unies ; il les reprenaii par celles où il pouvait allier le talent de ses tisseurs au goût de ses dessinateurs. Ainsi le métier Jacquart venait assurer définitivement le succès de cette modification si importante dans l’industrie lyonnaise, et fournir a ses ouvriers plus de travail qu’il ne Jeur en ôtait. Cest ce qui ne fut compris d’abord ni par les fabricans , ni par les ouvriers de Lyon, ni par le jury de l'Exposition. Nous dirons plus loin comment, par quels hommes et par quels efforts , le métier Jacquart a été installé dans la fabrique lyonnaise.
Quelque temps après l'Exposition, le 9 brumaire an X, fut fondée la société d’encouragement, l’une des institutions qui ont exercé la plus féconde influence sur le développement de notre industrie. Les noms de ses fondateurs doivent trouver placeici. Ce furent MM. Chaptal, Frochot, Costaz (Louis), Costaz (Anthelme), Sylvestre, Huzard, Tessier, Molard, Montgolfier, Berthollet, De Candolle, Brillat-Savarin , De Gérando, B. Delessert, S. Périer, Ternaux, Conté, duc de Montmorency, Regnauld de Saint- Jean d’Angely, Savoye-Rollin, Bardel, Magnien, Lasteyrie, Laroche. La société d’encouragement, par ses fondations de prix, a provoqué des recherches , et suscité des efforts qui ont été souvent couronnés de succès, etont eu d'autant plus d'utilité qu’elle assurait une publicité immédiate aux inventions auxquelles elle décernait ses prix. Ses progrès attestent l'utilité de cette institution. Son premier programme proposait quatre prix d’une valeur totale de 3600 francs. Aujourd’hui la valeur des prix offerts par elle aux inventions ou aux perfectionnemens les plus utiles , s'élève à près de 200,000 francs. Parmi les principaux actionnaires de la société à sa fondation, on comptait le premier Consul pour cent actions , le ministre de l’intérieur pour cinquante, M. Récamier pour le même nombre.
Dans le même temps , le gouvernement fondait deux prix, l’un de 40,000 francs , l’autre de 20,000 , pour les meilleures machines à ouvrer , peigner , carder et filer la laine,
: La paix d'Amiens avait été signée le 25 mars 1802, entre la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne et la Hollande; le 25 juin, un traité d'alliance avait été signé entre la France et la Turquie ; le 11 septembre, le Piémont avait été
réuni à la France ; un gouvernement jeune et fort, une paix dont rien n’annoncait encore à la nation Ja fin si prochaine, tout contribuait à soutenir , à exciter l'élan du pays dans les voies fécondes du travail. C’est sous de si heureux auspices que s’ouvrit une nouvelle exposition, le 18 septembre 1802 (1er jour complémentaire de lan X).
MM. Alard, Berthoud, Bosc, Conté, L, Costaz, Guyton-Morveau, Mérimé, Molard , Montgolfer, Périer, S. Périer, Prony, Raymond, Vincent , composaient le jury chargé de décerner les récompenses.
Vingt-deux médailles d’or furent données à l’exposition de 1802, à MM. Jusré, Sadne, Isère, soies fines et superfines, grèges et moulinées ; CawLLe PERNON, Lyon, étoffes de soies; Louis Poucuer, Rouen, filature de coton ; Ricmanp et Noir-DurrEsne, cotonnades ; Payn fils, Troyes, bonneterie; JOHANNOT, Annonay, papier ; Ber- THOUD , BréGuET et Janvier, Parts, horlogerie ; Droz, Paris, art monétaire; Ausert, Lyon, méüier à tricot ; MoNTGOLFIER, Lyon, bélier hydraulique ; Cozin ne Cancey et SErcILLY , Souppes, aciérie; BouTET, Versarlles, armes; DECROISILLES, Rouen, produits chimiques ; ANFRYE et D'ARCET, Paris, produits chimiques ; Porrer de Montereau, et Fourmy de Paris, poterie; Opior et AUGUSTE, Paris, orfévrerie; JouBerT et Mas- QUELIER, Paris, gravure,
Rappel était fait des médailles d’or obtenues l'année précédente par MM. Decretot, Ternaux, Bauwens, Delaître, Conté, Utschneider, Merlin- Hall, Lignereux et Jacob.
Des médailles d'argent et de bronze étaient données pour la draperie à des fabricans de Louviers, Carcassonne, Reims, Elbeuf, Castres, Amiens, Bédarieux, Montauban, Marvejols, Mons, Beauvais, Abbeville, Le Mans, Lodève ; pour les soies filées, à des fabricans de la Drôme ; pour les étoffes de soie, à des fabricans de Tours et de Paris. Pour la toilerie et la baptiste, Cambrai, Valenciennes, Saint-Quentin , l'Oise, les Côtes-du-Nord paraissaient avec avantage; Bolbec, Arras, Valogne, Rouen, Valence, les Basses-Pyrénées , pour la filature de coton; Troyes, Paris, Rouen, Roubaix, Neufchâtel, Evreux, Amiens, pour les étoffes de coton; Troyes, Dourdan, Orléans, Gand, Marseille, l'Indre, les Basses-Pyrénées, les Deux-Néthes , pour la bonneterie ; Paris et Angoulême, pour la fabrication du papier; Paris, Besancon, Beaucourt, pour l'horlogerie et les instrumens de précision ; Liancourt, Rouen, Paris, pour les machines.
De nombreuses forges présentaient leurs pro-
duits : des limes et des faux étaient exposées par plusieurs manufactures ; le platine était produit et fabriqué par Jeannety.
A côté des Decroisilles, des Conté, des Anfrye et d’Arcet, venaient se ranger de nombreux fabricans de produits chimiques ; le bleu de Prusse, le vinaigre , le bleu de Hollande, le blanc de plomb, le sel ammoniac, Pantimoine et ses préparations , l’'alun, la colle-forte étaient traités dans de nombreuses fabriques , et occupaient une place importante à l’Exposition. M. Benjamin Delessert exposait des sucres raffinés. La poterie enfin, les cristaux et la porcelaine, avaient de nombreux exposans.
Nous avons vu que, pour la poterie, quatre d’entre eux étaient jugés dignes de la médaille d’or.
Au grand nombre de cités et de fabriques dont les produits méritèrent d’honorables distinctions à l’exposition de 1802, on peut mesurer l’ardeur et l'émulation qui régnaient dans le pays ; partout de nouvelles fabriques , ou d'anciennes manufactures renaissant de leurs cendres. Les arts utiles surtout, ceux qui fournissent aux consommations les plus générales , étaient l’objet des efforts les plus persévérans, les plus multiplié; l'intervention des Conté, des Berthollet, des Chaptal, des Guyton-Morveau, dans l’industrie , imprimait aux arts chimiques, à la teinture , au blanchiment , un essor inespéré ; mais ce tableau des efforts de notre industrie dans les commencemens de ce siècle se déroulera plus complet quand nous aurons assisté à l'exposition de 1806.
EMPIRE, — EXPOSITION DE 1800 ; TERNAUX, CONTÉ , BERTHOLLET, CHAPTAL, ÉDOUARD ADAM; DÉPOUILLY, SCHIRMER ; OBERKAMPF ; SYSTÈME CONTINENTAL , BRULEMENT DE MARCHANDISES ANGLAISES.
L'exposition de 1306 eut lieu, sous le ministère de M. Champagny, dans les salles de l'hôtel des ponts et chaussées. Monge présidait le jury, où l’on remarquait Berthollet, Collet - Descoils, De Gérando, Gay-Lussac, Montgolfier, S. Périer, Camille Pernon. Le rapport fut fait par M. L. Costaz. L’Exposition fut ouverte le 25 septembre; elle dura dix jours. Le nombre des fabricans y fut dix fois plus grand qu’en
Une des parties les plus importantes de cette Exposition fut celle des laines et draperies. L’agriculture française avait fait depuis quelques années des efforts inouis pour acclimater la race des mérinos; elle en recueillait les fruits, et bien qu’elle fût très-éloignée encore de suffire à
tous les besoins , il était toutefois évident qu’il y avait la le germe assuré d’une branche immense de travail et de richesse pour le pays.
Les fabriques de drap avaient fait des efforts semblables et avec autant de succès. Les villes et les fabriques qui s’étaient présentées en 1802, reparaissaient avec de nouveaux, avantazes ; d’autres et importantes manufactures s’étaient élevées encore. N'oublions pas que la Belgique était alors réunie à la Francé , que ses produits en lainages occupaient une place distinguée à l'Exposition, notamment ceux de Verviers, d’Aix-la-Chapelle et d'Eupen; qu’une partie de nos débouchés extérieurs nous était alors fermée par la guerre ; que la concurrence des départemens réunis était aussi très-active à l’intérieur, et qu’elle n’empèchait pas cependant les départemens de l’ancienne France de se couvrir de nombreuses et prospères fabriques.
La production de la soie faisait également des progrès rapides ; neuf départemens envoyaient des produits ; deux seulement en avaient envoyé en 1802. L'exposition des étoffes de soie était riche et brillante; Lyon y tenait le premuer rang; Paris, Nismes, Avignon y occupaient aussi une place importante. La fabrication des dentelles et blondes, celle des toiles, des batüistes et linons, avaient fait aussi de sensibles progrès. 1
La fabrication du coton avait surtout recu d’évidentes améliorations. Les procédés anglais pour le filage étaient définitivement acquis; Tarare et Saint-Quentin produisaient des mousselines dont le jury ne contestait plus l’origine française , comme il Pavait fait en 1802 pour la seule pièce de mousseline qui eût paru à cette exposition. Saint-Quentin avait transformé enfin son industrie, et ses métiers, que le lin abandonnait, battaient plus nombreux des étoffes de coton. Mulhouse, réuni à la France en 1798, paraissait pour la première fois à l'Exposition. MM. Haussmann et Dolfus-Mieg marchaiïent à la tête de cette belle fabrique. La magnifique manufacture de Jouy paraissait avec ses produits élégans, ouvrant carrière à une industrie ou les secours du dessin et de la chimie sont nécessaires , où deux causes de supériorité nous sont ainsi assurées.
Les arts métallurgiques suivaient, mais de loin; plusieurs forges cependant présentaient des fers de première qualité. On y remarquait un envoi de fer préparé dans la Haute-Marne, avec deux tiers de charbon de bois et un tiers de houille. Cet envoi était fait par trois personnes qui prenaient les désignations suivantes : M. Ro-
bin , propriétaire de la forge ; Mathieu, fermier ; Puichard, forgeron-affineur qui a fabriqué le
fer. Association honorable et dont li publicité
doublait le mérite et l'intérêt.
Les machines et métiers étaient en grand nombre. Un Anglais, M. Douglas, tenait le premier rang dans cette partie de l'Exposition. M. Douglas que les encouragemens du gouvernement avaient accompagné dans ses premières tentatives, pour doter la draperie française des procédés anglais, avait depuis: deux ans fourni aux fabriques de drap de seize départemens , plus de:trois cent quarante machines,
D’autres fabricans, notamment de Paris, s’occupaient avec fruit de cette branche si: féconde des arts mécaniques, et produisaient des métiers jugés par le jury dignes de distinctions du premier ordre.
Paris conservait toute sa supériorité pour les instrumens de précision, là typographie, la gravure, l’orfévrerie,; les instrumensde musique, l’ébénisterie, la tabletterie. La fabrique de bronze qui devait prendre la première place parmi ses industries, paraissait pour la première fois aux expositions, conduite par MM. Thomire, Galle, et Ravrio.
La chimie avait continué ses heureuses et fécondes applications à l’industrie. L’alun, la
soude, le sulfate de fer, le minium, la litharge, les couleurs, comptaient, grâce à ses enseignemens, au nombre des branches les lus: im portantes de li production: française, La cristal: lerie n’était pas moins redevable à: ses recherches ; M. d'Artigues prenait sa place dans cette riche fabrication.
Telles furent les cinq premières expositions des produits de l’industrie française. Nous nous y sommes arrêtés long-temps.; c'était un devoir : les anciens, en élevantdes autels à l'inventeur de la charrue, et à celui de Part de fabriquer le fer,
nous ont, dans leur poétique langage, enseigné ce qu'il est dû de pieuse reconnaissance aux hommes qui ouvrent à l’industrie des carrières nouvelles. Si l’on songe aux difficultés de toute nature qui, au sort de la tourmente révolutionnaire , entouraient les industriels, à Pabsence totale d'idées et d’habitudes de crédit , à
la démoralisation répandue dans toutes les clas-
ses par le brisement de toutes les existences , par la nature des spéculations onvertes alors à l'avidité d'hommes dont l’effronterie et la criminelle audace dépassaient de loin les traditions des Fermiers et des Traitans; si l’on songe à
l'instabilité du gouvernement , à la brièveté de là paix , à la gravité et aux incertitudes de la guerre, il faut recoñmaître:que les hommes qui guidaïent lindastrie, et de leurs lecons et de leurs exemples, à travers tant d’obstacles, étaient d’une forte et vivace nature, et que leur mémoire a droit à nos respects et à notre gra« titude. ;
Parmi ces hommes signalons aux premier rang, Cnaprar, lun de nos savans les plus pra. ticiens , l’an de nos meilleurs chimistes:manufacturiers , de qui date en France là fabricaüon de l'acide sulfurique ; qui; parvenu au pouvoir, s’y consacra tout entier au développement de l’industrie, appela M: Douglas dont nous parlions tout à l'heure, et par lui redonna la vie à nos fabriques de drap, qui, après avoir quitté le ministère; fitencoredel’mdustrie objet constant de ses veilles, et, président jusqu’à sa mort de la société d'encouragement , ne laissa pas inutile un jour de sa vie. — Coxré, si fécond, si actif, si modeste, que l’armée d'Egypte avait vu se multiplier infatigable pour elle, et que l’industrie trouva aussi ardent, aussi inépuisable. On sait qu'en Égypte l'armée manquant de farine , Conté se fit meunier, et des moulins construits par lui eurent bientôt satisfait à tous les besoins; l’armée manquant d'habits , Conté fila la laime, tissa le drap, apprêta l’étoffe. Ainsi quand, au retour de l'expédition d'Egypte, on reculait devant la dépense qu’exigeraient les gravures, Conté fit une machine: pour les hachures ; remplaca le travail de quelques mois par celui de quelques heures , et donna un essor tout nouveau à cet art important. Ainsi, quand la guerre nous priva des crayons anglais, Conté en quelques jours dota l’industrie française des crayons auxquels la reconnaissance publique a conservé son nom sans qu’il ait: jamais cherché à tirer part de sa découverte comme ille pouvait pour s'enrichir. —BErTHOLLET, qui non content de faciliter l’étude de la chimie, en en simphifiant les bases et les abords dans son admirable ouvrage de la Statique chimique, appliqua une des découvertes récentes dé sa science, celle du chlore, à l’art du blanchiment des fils de coton, de lim et de chanvre, et imprima aux manufactures qui les emploient une activité toute nouvelle, par lé: conomie importante qu'il leur proeurait. — Osrnkampr, fondateur de la fabrication des toiles peintes en France, et dont la persévérance et le génie ont doté son pays d’urie branche de travail dont les produits se comptent aujourd’hui par dizaines de millions. — EpouarD
i Ve & n AL PA 0 as € Pr Der