‹ L'industrieChapitre 9 sur 74 · EE · texte numérisé non relu

EE

È : ; ; A Zurnnel. sous le’ Larrite

Ana, inventeur de procédés tout nouveaux pour la distillation , et qui, tant sa découverte était utile et satisfaisait à un besoin pressant, ne put la soustraire à des contrefaçons sans nombre; Adam mourut de chagrin, misérable au milieu de coneurrens qu’il avait enrichis; plusieurs cependant, et notamment Solimani, Bérard, Derosne, avaient fait des modifications considérables à sa découverte. — DépouiLLy et Scnirmer qui surent comprendre l'importance du métier Jacquarr, y introduisirent quelques perfectionnemens utiles, et domptant les préventions qui repoussaient encore celte belle invention, bravant les dangers même que pouvait susciter son emploi, les mirent entre les mains de nombreux ouvriers dévoués comme eux , et déterminèrent une révolution complète dans l’industrie lyonnaise, -— TERNAUx enfin, dont la vie fut si pleine.et la fin si isolée ; Ternaux, l’un de nos plus grands citoyens, qui, à l’époque que nous venons de parcourir , était déjà le premier fabricant de France, et que nous verrons plus tard créer des produits nouveaux , objets aujourd’hui d'immenses consommations ; Ternaux, dès cette époque , manufacturier dans les principales villes du royaume, et que l'Empereur, suivant ses paroles, accompagnées du don de sa croix, trouvait partout; homme patient, économe, inventif, hardi et prudent à la fois, et que.la crise survenue après la révolution de Juillet fit succomber, parce qu’il était partout, et que partout, autour de lui, lon tombait. Ternaux, on le sait cependant, ne laissa pas un engagement en souffrance, et, après avoir tout payé, on le vit aux jours de sa vieillesse, quand il avait droit de compter sur un repos si bien gagné, reprendre ses travaux avec toute son ancienne activité, ajouter le travail de la nuit à celui du jour, et tomber enfin frappé d’une apoplexie déterminée par un incendie allumé, à l'issue d’une nuit laborieuse, par sa lampe de travail.

À côté de ces hommes éminens, il en est d'autres qu’il faut citer encore : Monce, créateur de la géométrie descriptive, l’une des sciences les plus utiles et aujourd’hui les plus familières à la partie éclairée de la classe ouvrière, — Prieur, inventeur de couleurs nouvelles, à qui l’on doit d’avoir fixé sur le papier le vert et le bleu.—Vauquezin, chimiste du pre: mier ordre, qui, en expliquant les phénomènes de la carbonisation du bois, apprit à en recueildir tous les produits ; inventeur aussi des applications du chrome, — Leson , ingénieur des Ponts-et-chaussées , inventeur de l'éclairage au

gaz.—CLémenr et Desormes qui déjà préludaient, par de grands services rendus à l'industrie, à la carrière si pleine que l’un d’eux poursuit encore aujourd’hu.—LEBLanc, inventeur du procédé pour extraire la soude du sel marin. — Roanp et Taénarp si habiles et si heureux dans leurs recherches , l’un pour la fabrication du blanc de plomb, et l’autre du bleu de cobalt, ces deux branches importantes de fabrication dont la Hollande avait le monopole.—D’Anrcer, Pun de nos savans les plus versés dans la pratique de tous les arts utiles, qui presque tous lui doivent d’importans perfectionnemens.

— BroxcenrarT qui déjà avait donné une nouvelle vie à la manufacture de Sèvres. — Et tous les hommes enfin que nous avons vus honorés des premières distinctions par les jurys de 1798, 1800, 1801, 1802 et 1806.

Que d’élémens pour le mouvement industriel ! Mais il était dans la destinée de la France que tant de richesses fussent-encore une fois arrêtées dans leur développement. Deux mois après l'Exposition, le 21 novembre 1806, le décret daté de Berlin venait apprendre à l’Europe, qu'entre la France et l'Angleterre, c’était désormais une guerre en dehors de tout droit des gens. Bientôt le décret de Milan, du 13 novembre 1807, vint ajouter encore à ces excès; il portait saisie et confiscation des bâtimens qui entreraient en France après avoir touché en Angleterre, pour quelque cause que ce fät. Tels étaient les préludes du système continental, conception gigantesque et désespérée, duel à mort fini à Sainte-Hélène. On sait par quelles mesures violentes l’Empire en assurait l'exécution. Le brûlement des marchandises anglaises est resté dans tous les souvenirs; acte de folie, dont les licences, immédiatement après données pour l'introduction de marchandises anglaises, prouvaient toute l'impuissance, et qui retombait d’ailleurs de tout son poids sur nos négocians propriétaires de ces marchandises. Et cependant ce n'étaient là que les représailles d’atteintes plus immorales encore portées par l’Angleterre à toutes les conventions des peuples civilisés. Honte aux hommes qui poussaient les deux nations dans ces voies de barbariel À voir la sympathie profonde qui unit aujourd’hurï' les deux peuples, à si peu de distance encore de ces temps malheureux, reconnaissons que la haine aveugle et furieuse de leurs deux gouvernemens

n'avait plus de profondes racines dans les sen-

timens populaires, et n’hésitons pas à renvoyer à cette portion de l'aristocratie britannique, dé-

chue aujourd’hui, et qui jusqu’au bout se montra l’implacable adversaire d’un grand homme vaincu , tout le poids et le remords de tant de fautes et de malheurs.

Au sein d’une crise si violente, l’industrie française marcha cependant, tant elle était forte et vivace ; mais ses progrès furent aussi lents de 1806 à 1814, qu'ils avaient été rapides de 1798 à 1806. Elle eût péri si à chaque instant la victoire ne Jui eût donné des consommateurs sur le continent, privée qu'elle était de débouchés maritimes. Cette privation même fut quelquefois un puissant motf d’excitation. On sait les efforts tentés pour suppléer au sucre de cannes. Le raisin , le miel, la pomme deterre furent essayés d’abord, puis la betterave, et elle devint la base d’une industrie aujourd’hui considérable. Ainsi refoulée sur elle-même, puis trouvant devant elle d'immenses marchés ouverts qu’une guerre nouvelle venait lui ravir, l'industrie francaise, en proie à mille incertitudes, privée de ses bra les plus vigoureux, débas épuisée , la fin de l’époque impériale; mais elle avait jeté d’impérissables racines sur le sol , et quelques années de paix allaient suffire pour lui permettre de supporter sans plier le poids de la rancon de Waterloo.

RESTAURATION. —RENAISSANCE ET PREMIÈRES DÉCEP- TIONS DU COMMERCE MARITIME ; EXPOSITIONS DE 1819, DE 1823 ET DE 1827; MÉRINOS, SOIES LISSES , LAINES PEIGNÉES; TRAITEMENT DU FER A LA HOUILLE ; TONDEUSES, MACHINES A VAPEUR, ETC.

Nos villes maritimes gardent encore le souvenir des déceptions qui accompagnèrent les spéculations commerciales tentées par elles dans les premières années de paix. Les malheurs occasionés par les faux calculs de nos commer:cans ont entretenu dans ces cités une irritation qui, pendant plusieurs années, les a empêché de voir et de raisonner juste dans leurs intérêts, Recherchons les causes de ces erreurs et de ces fautes. Cette étude nous fera dépasser un moment l’ordre historique que nous avons Suivi jusqu’ici ; mais ce premier coup-d’œil que nous allons donner sur la période des quinze années de paix qui commencent à 1815, nous servira à mieux apprécier les détails où nous entrerons ensuite sur les progrès industriels dont elle a élé ténrom.,

Tandis qu’en 1789, était si peu avancée encore, et inférieure à de plusieurs pays voisins , le commerce français tenait le premier rang en Europe. Celui même de l'Angleterre lui demeurait inférieur.

l'industrie de la France a celle

La France ne fournissait pas seulement pa son commerce et sa marine à toutes ses consommations de denrées et matières étrangères et exotiques ; elle était encore en possession de fournir à celles d’une grande partie de l Europe. Hambourg avait quatre cents raffineries de sucre; la France les approvisionnait de leur ma. tière première. La valeur des importations de sucre en France, en 1789, avait été de 93 millions ; celle de sesexportations futde 69 millions. On peut calculer qu’elle consommait alors environ 18 millions de kilogrammes de sucre, et qu’elle en exportait près de 50 millions. Commerce immense et que d’autres denrées agrandissaient encore! Ainsi la valeur des importations de café, en 1780, fut de 104 millions , et celle des exportations de 74 millions.

Lorsque la paix ouvrit les mers, nus principales villes maritimes crurent voir rouvrir devant elles la belle carrière qu'avait conquise l'ancienne France commerciale, dont elles se sentaient les dignes héritières. Mais tout était changé, et tous ces magasins et ces monumens commerciaux encore debout sur les quais de Bordeaux , de Nantes, de Marseille , témoins et preuves d’un commerce si riche et si étendu , devalent long-temps encore retracer seulement les souvenirs de l’ancienne prospérité, sans servir à Ja nouvelle. La France ne devait plus prétendre à l’approvisionnement des nations étrangères ; c’est là ceque ne comprir ent pas d’abord nos armateurs et négocians, et la solitude de leurs ports, et l'absence de demandes, et les concurrens inattendus qu’ils rencontraient sur tous les points où la France autrefois dominait, jetèrent parmi eux le plus amer découragement.

Mais si, à l’extérieur, les relations ‘étaient per. dues, la paix devait à l’intérieur offrir bientôt une compensation inespérée.

Dix ans ne s’étaient pas écoulés, et ce résultat était atteint. Nous avons vu qu’en 1789, les importations de la France avaient été pour sa consommation de 18 millions de kilogrammes de sucre environ, et pour celle de Pétranger de 50 millions. En 1824, l’importation de sucre pour la consommation a dépassé 60 millions ; elle est aujourd’hui de 80 millions. Ainsi, pour les sucres , les progrès de la consommation intérieure en France ont été tels qu'ils donnent à son commerce un aliment aussi considérable qu’ en 1789, ses consommations intérieures tout à la fois et son immense commerce avec l'Europe.

D’autres chiffres feront mieux ressortir encore ce changement qui résume si bien lhis-

toire industrielle des dernières cinquante an-

nées.

En 1787, le mouvement du commerce fran-

cais et étranger se présentait comme il suit

pour les entrées de navires dans nos ports :

Navires français de long

COURANT RRENC 1 ESS SCT" Dar.

Navires étrangers , id. . 427,416 »

Cabbtaee LAN ae 1,004,729 »

Total. . . . . 1,887,514 tonn.

Page 1