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INDUSTRIE DE LA LAINE

L'industrie de la laine a été de tout temps une des plus actives et reste aujourd'hui la plus importante de nos industries nationales. Au moyen âge, les lainages du Languedoc, de la Champagne, de la Normandie, de la région de Paris et des provinces du Nord rivalisaient avec ceux de la Flandre, de l'Italie et de l'Allemagne méridionales, pour la solidité, sinon pour la finesse du tissu; au XVIP siècle, Colbert encouragea surtout la fabrication des draps fins, et celle des qualités spéciales destinées à l'exportation dans le Levant ; dix ans avant sa mort, nos manufactures ne le cédaient plus à celles de l'Angleterre et de la Hollande qui avaient hérité de la Flandre et de l'Italie. Au XYIIP et au XIX^ siècle, l'Angleterre, qui nous a devancés dans l'emploi des procédés mécaniques, a reconquis une supériorité aujourd'hui très compromise par les progrès de nos tissus de laine qui n'ont pas de rivaux pour le choix des dessins et des nuances et pour la qualité des étoffes, et qui, pour le bon marché, se rapprochent de plus en plus des produits très inférieurs de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Belgique.

Les centres de fabrication étaient autrefois à peu près les mêmes que les centres d'élevage : la Flandre seule faisait exception ; mais le voisinage de l'Angleterre lui permettait de recevoir à peu de frais les laines anglaises regardées alors comme les meilleures de l'Europe. Aujourd'^hui, ce sont les mines de houille et, par conséquent, le bon marché de la force motrice qui ont conservé, à la région du Nord, son antique supériorité.

Le département du Nord, avec ses puissantes métropoles de Lille, de Roubaix, de Tourcoing, ses manufactures du Gâteau, de Maurois, de Bousies (maison Seydoux et Cie), sans rivales môme en Angleterre, ses 1,600,000 broches de filature, ses 20,000 métiers mécaniques, ses 40,000 ouvriers répartis entre près de 300 établissements, dont les plus considérables occupent jusqu'à 3,000 ouvriers, est le centre le plus actif pour la filature et pour le tissage. Le département de la Somme avec les velours et les étoffes mélangées d'Amiens et les draps d'Abbeville; celui de l'Aisne avec les filatures et les tissus de fantaisie de Saint-Quentin et d'Origny-Sainte-Benoiste, peuvent se rattacher au groupe du Nord.

Le groupe champenois comprend les départements de la Marne et des Ardennes, une de nos principales régions d'élevage. Il compte plus de 520,000 broches et de 40,000 métiers mécaniques avec 20 à 25,000 ouvriers de fabrique. Ses métropoles, Reims, Rethel et Sedan, réunissent au travail de la filature la fabrication de la draperie, des mérinos, des flanelles qui remportent sur les produits anglais et écossais.

Le groupe normand^ avec ses draps fins et ses articles de nouveautés de Louviers et d'Elbeuf, ses draps communs de Vire, de Caen, de Lisieux et de Saint-Lô, a conservé l'importance qu'il avait déjà acquise au XVIP siècle.

Le groupe du Ceiih^e^ avec ses tapis d'Aubusson et de

Felletin, ses draps de troupe de Châteauroux, ses droguets de Limoges, et le groupe du Midi^ qui fabrique les draps nouveautés et les draps unis de qualité secondaire à Carcassonne, à Vienne en Dauphiné, à Mazamet (Tarn) ; les draps de troupe à Lodève, à Bédarieux, à Saint-Pons (Hérault) ; les châles et les tapis, à Nimes, appartiennent à des régions oii la draperie est une industrie traditionnelle et où la production des laines est encore très importante.

Le groupe parisien (Paris et Saint-Denis) réunit une assez grande variété de fabrications, mais la majorité des articles dits de Paris sont, en réalité, manufacturés dans la région du Nord, ou en Champagne, et les maisons parisiennes ne fournissent que le dessin et les fils teints à Paris, mais fabriqués en province.

La statistique de l'^So attribue à l'industrie de la laine 113,000 ouvriers, répartis entre 1880 établissements : 3,260,000 broches, 47,000 métiers mécaniques, 30,000 métiers à bras et 40,500 chevaux-vapeur, chiffres qui ont dû progresser depuis quatre ans ; car l'industrie lainière est une de celles dont les efforts ont été les plus énergiques et les plus heureux pour lutter contre la concvirrence étrangère, ainsi qu'en témoigne l'Exposition universelle de 1889.

Ses produits, évalués, en 1859, à 900 millions, doivent représenter aujourd'hui une valeur d'au moins 1260 millions, qui le cède tout au plus à celle de la production anglaise.

Les laines françaises, dont la production ne dépasse guère 50 à 55 millions de kilogrammes en suint, réduits à moins de 20 millions par le lavage, sont loin de suffire à la consommation de nos manufactures. Nous importons, chaque année, de la République Argentine, de Turquie, d'Algérie et des entrepôts anglais ou belges, qui les tirent d'Australie, du Cap, du Canada et de l'Amérique du Sud, près de 176 millions de kilo-

grammes de laines (valeur, 340 millions), dont nous réexportons environ 45 millions de kilogrammes. Notre industrie en consomme donc à peu près 150 millions de kilogrammes.

La moyenne de notre exportation de fils et de tissus de laine dans les dix dernières années dépasse 380 millions.

L'Angleterre et les Etats-Unis en absorbent presque la moitié; la Belgique, TEspagne, Tltalie, FAUemagne, la Suisse, l'Algérie, la Turquie, la République Argentine, les suivent à plus ou moins long intervalle. Il est vrai que l'importation, en France, des fils et des tissus étrangers, qui, en 1859, avant les traités de commerce, dépassait déjà 70 millions, et qui, alors comme aujourd'hui, provenait surtout d'Angleterre, atteignait, de 1880 à 1885, une moyenne de 106 millions; mais, depuis cinq ans, cette moyenne tend à s'abaisser : de 1887 à 1889, l'importation anglaise en France a diminué de 35 pour 100, tandis que l'exportation française en Angleterre augmentait de 37 pour 100, et les importations de Belgique et d'Allemagne, les seuls pays qui, avec l'Angleterre, nous fournissent des lainages pour une somme appréciable (moyenne de 11 millions pour la Belgique, de 14 pour l'Allemagne), ont baissé des deux tiers de 1885 à 1889.

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