‹ L'Inévitable révolutionChapitre 14 sur 24 · FEMME · texte numérisé non relu

FEMME

HOMME

PI- M Me

Kilogs

Kilogs

Ut. aogl. 460 gr.

LiT. aogl. 460 gr.

Quant au poids et au développement du cerveau chez Thomme et chez la femme, Topinard estime cpi'il croît jusqu'à 20 ans. De nouvelles recherches faites sur 1,200 cerveaux allemands, par M. Marchand de Marbourg, ont donné les résultats suivants, relatifs au poids de cet organe ;

Nouveau-nés .

Fin de la l»"" année.

Filles. . ,

361 grammes

Garçons. .

Filles . .

Garçons. .

L'accroissement du cerveau atteint son summum chez la femme de 16 à 18 et chez

rhomme de 19 à 20 ans. Il pèse alors, en moyenne :

Chez la femme . . . 1,275 grammes.

Chez l'homme (1) . . 1,400 —

Toutes ces données delà physiologie attestent péremptoirement que Thomme et la femme atteignent leur pleine majorité vers 18 à 20 ans.

En vertu du mépris de la chair, qui est le tréfonds de notre morale spiritualiste, l'homme et la femme, quoique équivalents au point de vue physique et moral, sont inégaux en droits.

Cette inégalité de droits des deux sexes est d'autant plus criante que personne ne saurait contester, sans porter un défi au sens commun, que les services que la femme rend à l'humanité n'aient la même importance que ceux rendus par Thomme.

La femme possède l'analogue de tous les organes générateurs de Thomme. Les deux

(1) Le cerveau de Tourguéneff pesait 2,120 grammes, celui de Gambetta seulement 1,160 grammes.

principaux de ces organes, les organes producteurs du germe mâle, ont leurs analogues chez la femme dans les organes producteurs du germe femelle. La science a depuis longtemps rigoureusement démontré qu'ovule et spermatozoïdes se pénètrent de manière à former une substance unique de laquelle se forme ensuite Tembryon. .11 ressort de là que l'ovule et les spermatozoïdes ont le même degré d'importance, ce qui établit d'une façon irréfutable l'équivalence des fonctions génératrices des deux sexes.

L'égalité de Thomme et de la femme ne se borne pas à la reproduction de Tespèce, Elle s'affirme victorieusement aussi au point de vue de la morale, du travail et de l'intelligence.

Quoiqu'en ait pu dire Proudhon sur la vénalité de la femme dans ses rapports avec l'homme, le seul amour maternel, cette seconde matrice protectrice de notre enfance, refait largement l'équilibre. Du reste, la vénalité en amour ne saurait être considérée comme un attribut du caractère féminin, mais uniquement comme une conséquence de son éducation et de la déplorable si-

tuation que lui créent les conditions économiques.

C'est également à ces conditions matérielles et spécialement au régime capitaliste, qui voit dans chaque femme une recrue pour la prostitution, qu'il faut imputer son apparente infériorité économique, et non à une ' incapacité réelle.

On s'accorde généralement à attribuer une certaine supériorité intellectuelle à l'homme. On prétend qu'il possède à un plus haut degré la faculté de raisonner et de réfléchir, et que tout ce qui exige un travail de pensée soutenu soit au-dessus de l'intelligence féminine moyenne.

Même en admettant qu'il en soit ainsi, malgré que la substance cérébrale des deux sexes soit en proportion du volume de leur cerveau respectif, il n'en est pas moins incontestable que le génie intuitif delà femme, qui révèle d'emblée à son esprit certaines vérités que Thomme n'acquiert qu'à la suite de longues méditatioûs, rétablit l'égalité entre eux.

Mais niàt-on cette équivalence, fût-il prouvé que nos compagnes et nos mères

soient intellectuellement nos inférieures, que cela ne nous donnerait encore aucun droit de les asservir. Les droits qui sont inhérents à la qualité d'être humain ne doivent pas être proportionnés aux capacités. En démocratie quiconque appartient à Thumanité doit avoir les mêmes droits et jouir de la même liberté.

^infériorité de la femme n'est ni physiologique ni psychologique^ elle est sociale.

Son esclavage sexuel détermine seul sa vassalité économique,

A aucun moment de sa vie, sauf peut-être dans sa vieillesse, la femme n'est libre de sa personne, ne peut, à sa guise, sans que cela lui porte préjudice, disposer de son affection ou de ses charmes, jamais elle n'est au même titre que l'homme maîtresse de ses destinées.

Non seulement la vertu conventionnelle crée deux morales selon le sexe auquel elle s'applique, mais elle établit aussi une classification arbitraire et profondément injuste entre les femmes elles-mâmes.

Celles auxquelles leur tempérament ou leur position permet de rester chastes ou d'en garder les apparences sont cataloguées

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honnêtes, les autres légères, et, si elles sont pauvres... prostituées.

La même action est jugée d'une façon toute différente selon qu'elle a été commise par un homme ou par une femme.

Pour un homme c'est presque un titre de gloire, dans notre société hypocrite et incohérente, d'avoir une quantité innombrable d'aventures amoureuses; pour lui l'adultère n'est qu'une peccadille, un passe-temps

agréable n'entraînant aucune déchéance, tandis que la femme est considérée comme déshonorée si elle prend un amant et passe presque pour une criminelle si elle ne reste pas fidèle à son époux.

. Grâce à la flétrissure des unions libres, la femme est un être mineur, sans ' volonté propre, dépendant entièrement de l'homme, qui peut, selon sa volonté et sa situation de fortune, la rendre heureuse et estimée ou être la cause, bien malgré lui souvent, de ce qu'on ose encore appeler sa chute et son déshonneur.

Qu'une jeune fille séduite soit épousée par son amant, la société la réhabilite, qu'il l'abandonne, elle demeure méprisée.

Sur toutes ces injustices, qui sont le résultat indéniable de nos conceptions spiritualistes, se greffe, pour la femme pauvre, la menace constante.de la prostitution, qui, pareille à une épée de Damoclès, demeure suspendue sur la tête des ouvrières.

Et comment en serait-il autrement dans une société pour laquelle le sexe de la femme représente une valeur vénale qu'elle escompte pour rétribuer son travail, manuel ou intellectuel, d'une façon absolument dérisoire ?

Pour vivre, l'ouvrière est obligée de recou rir à l'aide de l'homme.

Si un mari, un amant ou tout autre protecteur lui font défaut, il ne lui reste comme ressource que le suicide ou la prostitution.

Non seulement l'insuffisance de son salaire oblige Touvrière à rechercher l'appui de l'homme, mais, privée de tout droit, sa protection est indispensable à sa sécurité personnelle et surtout pour se sauvegarder contre les attentats de la police des mœurs.

La police — on n'insistera jamais assez sur ce crime et cette tare sociale — s'autorise ou est autorisée à s'emparer de toutes les femmes pauvres qui vivent seules afin de

fournir des recrues à la prostitution officielle.

Quotidiennement, des filles jeunes et innocentes sont arrêtées à leur sortie du travail ou la nuit dans leurs logements et jetées en prison.

Dans le cas où ces malheureuses ne sont pas réclamées par une personne influente ou qu'elles ne peuvent justifier de ressources suffisantes, elles sont mises de droit sous la surveillance de la police et condamnées à l'enfer de la prostitution.

A tous ces maux et crimes qui étayent la vertu conventionnelle, il importe d'ajouter les avortements et les infanticides.

Les germes de vie étouffés au péril de l'existence de celles qui les portent dans leurs entrailles et les enfants tués par leurs mères affolées sont un réquisitoire sans appel contre le présent ordre de choses.

L'amour de l'enfant .est pour la mère un besoin organique et l'infanticide serait une impossibilité si la société cessait de considérer comme déshonorée la jeune fille qui se donne librement aux plaisirs des sens et si elle assurait indistinctement l'existence de tous les enfants.

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