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IV. — Conclusion

La monarchie, cette vieille honte humaine qui date de l'anthropophagie, a pour emblème un aigle.

Deux fois au siècle dernier, au commencement avec Bonaparte, dans la seconde moi* tié avec Bismarck, le soleil de la liberté, qui s'était levé sur le monde avec la Révolution française, a paru être à jamais éclipsé par l'ombre épaisse de ses ailes noires. ,

Le Socialisme révolutionnaire a mis du

plomb sous Taile de l'oiseau de proie et paralysé son vol fratricide.

En France, la Commune lui a fait prendre la fuite.

Mais la charogne et la vermine, dont se repaît Taigle monarchique et sans lesquelles il ne saurait vivre, continuent à s'alimenter du marécage capitaliste, source de la misère et delà pourriture sociale.

Le servumpecus humain, dont le cerveau a été séculairement déformé par l'Église et Téchine meurtrie sous les lanières de l'Autorité, est encore la proie facile de tous les mystificateurs.

Ceux qui demandent un roi ou un gouvernement fort dans Tespoir d'une amélioriation matérielle, ceux qui hurlent patriotiquement la guerre, se font, par instinct atavique, les complices de la police en lui prêtant main forte dans ses chasses à l'homme, ou qui, parleurs coassements infâmes, se constituent gratuitement les aides-bourreaux, comme c'était le cas avec Dreyfus et récemment encore avec Brière, sont le poids-mort de la société qui se porte invariablement du côté des contempteurs des faibles et des vaincus.

C'est sur cette masse abrutie, sans conviction et sans idéal, que spéculent les politiciens. C'est elle que visent leurs boniments électoraux, leurs réformes pour rire et leurs faux patriotiques.

C'est l'avachissement et l'incommensurable bêtise de cette tourbe qui rend possibles les guerres de conquête; les expéditions coloniales, le chantage religieux, les turpitudes de la Justice et les crimes de la police.

C'est également dans cette masse inerte, qui fait tampon dans la lutte que le prolétariat conscient livre à la bourgeoisie, qu'est l'explication de la tristesse du présent et de l'incertitude de l'avenir. Là est aussi la clef de ce point d'interrogation terrible, de cette énigme angoissante d'une société, marquée par la mort, et qui continue à se survivre dans l'attente que la société nouvelle, dont elle est grosse, sache se dégager de sa chrysalide.

Mais heureusement le temps, « ténébreuse abeille, qui fait du bonheur avec nos maux, » conspire pour nous. La concentration capitaliste, qui atteint sa plus haute expression dans les trusts américains, le réveil de la

classe ouvrière, sa perception toujours plus nette delà question économique, son esprit de solidarité internationale, les grèves, dont les cercles vont sans cesse en s'élargissant, l'état de révolte latent et anonyme dans lequel se trouve l'Espagne populaire vis-à.

vis de l'Église catholique et du patronat, le nationalisme, réceptacle de toutes les turpitudes monarchiennes, enfin dévoilé, et la faillite frauduleuse de tous les opportunismes en France, le développement colossal de l'industrie en Allemagne et Tintense propagande socialiste faite dans ce pays depuis trente ans,lajonctiondes intellectuels et des ouvriers en Russie, leurs tentatives héroïques d'insurrection et le mouvement de la Belgique et de la Suède ouvrières pour la conquête de l'égalité politique sont, avec la mort intentionnellement prématurée d'un certain nombre de chefs d'État et de leurs suppôts, les prodromes de l'inévitable Révolution sociale.

Il n'appartient à personne ni de préciser l'heure ni de tracer de programme à la prochaine Révolution qui sera l'aboutissant fatal de l'évolution économique et de la

pensée matérialiste du dix-neuvième siècle.

Tout ce que nous pouvons dès maintenant affirmer avec certitude, c'est que Faction révolutionnaire sera nécessairement appelée à porter simultanément ses coups de hache sur Tensemble des institutions de la société actuelle.

Pour que l'expropriation capitaliste et l'organisation de la production communiste sur la base de V équivalence des fonctions puisse s'effectuer pleinement, il est indispensable que VArméCy VÉglise et la Magistra-ture disparaissent dans la tourmente révolutionnaire.

L'énorme dépense qiie nécessite ce service répressif de la bourgeoisie pourra, avec les ressources qui sont actuellement distraites au travail par le payement de la rente, être intégralement utilisée, dès le lendemain de la victoire populaire, pour la Socialisation de VEducation et la Retraite ouvrière.

L'éducation intégrale et professionnelle, donnée indistinctement à tous jusqu'à Vage de 18 ans, et la retraite assurée à tous les travailleurs à partir de 50, en attendant que l'épanouissement du communisme libertaire

rende superflue cette mesure transitoire, rallieront à la cause de la Révolution prolétarienne ces couches profondes de la population, qui, jusqu'ici, ont toujours fait pencher la balance sociale du côté de la routine, c'està-dire du privilège et de la tyrannie.

Résolument la révolution prochaine portera aussi la pioche dans l'institution religioso-monarchique du mariage, en hâtant par des mesures libératrices le processus de décomposition de la famille actuelle.

Par 19l suppression de la police de mœurs ^ legs ignominieux d'un autre âge, elle affranchira à jamais la femme de la menace du plus monstrueux esclavage et la société de sa tare la plus honteuse.

En enlevant aux parents et ascendants le droitbarbare d'intervention dans les affaires de cœur de leurs enfants et en dépouillant le mariage des privilèges qu'il procure dans la société actuelle aux époux sur les amants, elle libérera l'amour au grand avantage de la sélection naturelle et de l'espèce humaine.

En prenant avec précaution les mesures voulues pour que l'état civil des enfants puisse se régler d'après la mère^ la Révolu-

tien pourra enfia résoudre dans le sens de la justice le dilemme, insoluble avec la famille actuelle, de l'égalité de tous les enfants.

Par le fait que 30 pour 100 des naissances des villes les plus importantes sont des naissances dites naturelles et que l'état civil réglé d'après la mère, devenue le centre du nouveau groupe affectif, obvie pour le père aux conséquences fâcheuses de l'infidélité de la femme, cette transformation radicale, si logique et si conforme à la nature, est assurée de rencontrer, dans un milieu communiste, l'assentiment général.

Grâce à l'abolition de la possession privée des moyens de production, les difficultés, qui paraissent insurmontables aujourd'hui pour en finir définitivement avec le mariage et la famille légale, dont l'existence est liée à la propriété particulière, ne sauraient être qu'insignifiantes.

Dès que le mariage cessera d'être un monopole pour mettre des enfants au monde, même les gens les plus assujettis aux préjugés, préféreront contracter des unions libres que de se soumettre à un joug qui

n*aura davantage ni pour eux ni pour leurs enfants.

L'organisation communiste de la société, en consacrant l'égalité économique de tous les individus, enlèvera de prime abord à U feimille son caractère capitaliste et à ta prostitution sa raison d'être.

Seuls l'amitié ou l'amour présideront à la formation des groupements par affinité. De même que les parents et les enfants ne vivront ensemble qu'à condition d'un attachement mutuel, l'homme et la femme n'obéiront dans leurs liaisons, passagères ou durables, qu'à des mobiles d'attraction réciproque.

La socialisation de l'éducation formera pour la Liberté et l'Égalité les jeunes générations qu'elle initiera à la vie. En combinant savamment les travaux manuels avec les travaux intellectuels, en élevant les deux sexes ensemble, l'un pour l'autre et non plus dans une séparation claustrale et en proscrivant de l'éducation toute peine et tout chàtimenty le vieux fond d'esclavagisme atavique, qui sommeille encore dans les meilleurs d'entre nous, tendra peu à peu à disparaître.

L'iNÉVltABLE RÉVOLUTION

L'humanité, délivrée des dieux et des rois, de la servitude économique et delà contrainte morale, sera enfin arrivée, dans sa marche en spirale, au point qui correspond, sur sa courbe élargie, au communisme de sa préhistoire.

Nous serons alors au zénith de nos destinées.

Riches de l'expérience de tout notre passé et maîtres de la planète, dont nous sommes issus, ce qui n'avait été, pendant les dures étapes de notre marche ascendante, qu'un rêve mystique ou une aspiration confuse, sera devenu réalité féconde et bienfaisante.

L'abondance régnera dans Fégalité économique, réquilibre dans la liberté passionnelle et rhomme, réconcilié avec la nature et désormais heureux, continuera à s'élever, toujours plus haut, vers les régions sereines de Tinextinguible lumière.

19 juin 1902.

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