PROGRAMME
Considérant : .
Que Fémancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de race ; ^
Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu'ils seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, crédits, etc.) ;
Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :
1^ La forme individuelle qui n'a jamais existé à Tétat de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;
2*^ La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par
le développement même de la société capitaliste ;
Considérant :
Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive — ou prolétariat — organisée en parti politique distinct ;
Qu'une pareille organisation doit être poursuivie partons les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel tranformé ainsi d'instrument de duperie qu'il a été jusqu'ici en instrument d'émancipation ;
Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyens d'organisation et de lutte, d'entrer dans les élections avec les revendications immédiates suivantes :
A. — Partie politique.
P Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et les associations et
surtout de la loi contre TAssociation internationale des Travailleurs.
Suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière et de tous les articles du Gode établissant l'infériorité de l'ouvrier vis-à-vis du patron et l'infériorité de la femme vis-à-vis de Thomme ;
2^ Suppression du budget des cultes et retour à la nation des biens dits de mainmorte, meubles et immeubles appartenant aux corporations religieuses (Décret de la Commune du 2 avril 1871), y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations ;
3^ Suppression de la dette publique ;
4^ Abolition des armées permanentes et armement général du peuple ;
5^ La Commune maîtresse de son administration et de sa police.
B. — Partie économique.
1^ Repos d'un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept. — Réduction légale de la journée de travail à huit heures
pour les adultes. — Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de quatorze ans ; et, de. quatorze à dix-huit ans, réduction de la j ournée de travail à six heures ;
2^ Surveillance protectrice des apprentis par les corporations ouvrières ;
3^ Minimum légal des salaires, déterminé, chaque année, d'après les prix locaux des denrées, par une commission de statistique ouvrière ;
4^ Interdiction légale aux patrons d'employer les ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français ;
5° Égalité de salaire à travail égal pour les travailleurs des deux sexes ;
6 Instruction scientifique et professionnelle de tous les enfants mis pour leur entretien à la charge de la société, représentée par l'État et par la commune ;
7^ Mise à la charge de la société des vieillards et des invalides du travail ;
8^ Suppression de toute immixtion des employeurs dans l'administration des caisses ouvrières de secours mutuels , de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers ;
9^ Responsabilité des patrons en matière d'accidents garantie par un cautionnement versé par l'employeur dans les caisses ouvrières , et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que présente l'industrie ;
10^ Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers ; suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d'une pénalité quelconque leurs ouvriers sous forme d'amendes ou de retenues sur les salaires (décret de la Commune du 27 avril 1871) ;
11'' Annulation de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banque, chemins de fer, mines, etc,,) et l'exploitation de tous les ateliers de l'État confiée aux ouvriers qui y travaillent ;
12" Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3,000 francs.
Suppression de l'héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20,000 francs.
Déclaration des Anarchistes accusés devant le Tribunal correctionnel
de Lyon {1883.)
Ce qu'est TAnarchie, ce que sont les anarchistes, nous allons le dire :
Les anarchistes , messieurs , sont des citoyens qui, dans un siècle où Ton prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée.
Oui, messieurs, nous sommes, de par le monde, quelques milliers, quelques millions peut-être, — car nous n'avons d'autre mérite que de dire tout haut ce que la foule pense tout bas, — nous sommes quelques millions de travailleurs qui revendiquons la liberté absolue, rien que la liberté, toute la liberté !
Nous voulons la liberté, c'est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et ne faire que ce qui lui plaît ; de satisfaire intégralement tous ses besoins.
sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.
Nous voulons la liberté, et nous croyons son existence incompatible avec l'existence d'unpouvoir quelconque, quelles que soient son origine ou sa forme, qu'il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu'il s'inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.
C'est que l'histoire est là pour nous apprendre que tous les gouvernements se ressemblent et se valent. Les meilleurs sont les pires. Plus de cynisme chez les uns, plus d'hypocrisie chez les autres I Au fond, toujours les mêmes paroles, toujours la même intolérance. Il n'est pas jusqu'aux plus libéraux en apparence qui n'aient en réserve, sous la poussière des arsenaux législatifs, quelque bonne petite loi contre l'Internationale, à l'usage des oppositions gênantes.
Le mal, en d'autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre.
Il est dans Tidée gouvernementale elle-même, il est dans le principe d'autorité.
La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée, tel est notre idéal.
Les Anarchistes se proposent donc d'apprendre au peuple à se passer du gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.
Il .apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en eflfet, ce n'est pas celui qui vous embastille, c'est celui qui vous affame ; ce n'est pas celui qui vous prend au collet , c'est celui qui vous prend au ventre.
Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé entre les mains d'une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n'est également réparti, pas même l'éducation publique, payée cependant des deniers de tous.
Nous croyons, nous, que le capital, patrimoine commun de l'humanité, puisqu'il est le fruit de la collaboration des générations
passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu ; que personne, en revanche, ne puisse en accaparer une part au détriment du reste.
Nous voulons, en un mot, TÉgalité : l'égalité de fait, comme corollaire ou plutôtcomme condition primordiale de la liberté.
De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins ; voilà ce que nous voulons sincèiement, énergiquement ; voilà ce qui sera, car il n'est point de prescription qui puisse prévaloir contre des revendications à la foislégitimes et nécessaires. Voilàpourquoi Ton veut nous vouer à toutes les flétrissures.
Scélérats que nous sommes ! nous réclamons le pain pour tous, la science pour tous, le travail pour tous ; pour tous aussi Tindépendance et la justice.
Michel Ghavrier, Jean Goindre, Nicolas Didelin, J.-M. DupoisAT, Régis Faure, Louis Genêt, Jean GiRAUDON, Michel Hugonard, Emile Huser, Louis Landau, Jules Matho\, Jacques Peillon, Antoine Desgranges, Antoine Gleyfal, Pierre Michaud, Jules Morel, Françoi8*PAULET, François Péjot, Félix Tressaud, Joseph Genoud, Joseph Bernard, Toussaint Bordât, Emile Gautier, Pierre Kropotkine, Etienne Faure,
l'ïWÉVITABLE REVOLUTION 307
Pierre Martin, Octave Liégeon, Félicien Bonnet, Joseph GoTTAz, André Courtois, Dominique Crestois, Pierre Piney, Michel Sale, Auguste Blonde, Philippe Sanla ville, Charles Sourisseau, Jean Thobcas, Emile Viallet, Charles Voisin^ Jacques ZuiD A, Louis Barik)u, Eugène Pages, Jean Picard, Bruyère, Berlioz, Arthaud, Champal.
Programme de la Démocratie
socialiste allemande
élaboré à Erfurt en 1891.
L'évolution économique de la société bourgeoise conduit nécessairement à la ruine de la petite industrie dont le fondement est la propriété individuelle par le travailleur de ses moyens de production. Elle sépare le travailleur de ses moyens de production, et le transforme en un prolétaire sans propriété pendant que les moyens de production deviennent le monopole d'un nombre relativement petit de capitalistes et de grands propriétaires fonciers.
Conjointement avec cette monopolisation des moyens de production, se créent le remplacement des petites industries disséminées par des industries colossales, l'évolution qui passe de l'outil à la machine et un accroissement gigantesque de la productivité du travail humain. Mais tous les avantages de cette transformation sont monopolisés par les capitalistes et grands propriétaires fon-
ciers. Pour le prolétariat et les classes moyennes en décadence — petits bourgeois, paysans — elle signifie accroissement de Tinsécurité de l'existence, de la misère , de l'oppression, de Tasservissement, de rabaissement, de l'exploitation.
De jour en jour plus grand devient le nombre des prolétaires, plus considérable, l'armée des ouvriers superflus, plus vive, l'opposition entre exploiteurs et exploités, plus acharnée la lutte de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat, qui divise la société moderne en deux camps ennemis et est la caractéristique commune de tous les pays industriels.
L'abîme entre possédants et non-possédants est encore agrandi par les crises qui découlent du mode de production capitaliste, deviennent de plus en plus étendues et désastreuses et qui font de l'insécurité universelle l'état normal de la société. Ces crises sont la preuve que les forces productives de la société actuelle la dépassent et que l'appropriation individuelle des moyens de production- est devenue incompatible avec leur emploi utile et leur plein développement .
La propriété individuelle des moyens dé production, qui fut , autrefois , le moyen d'assurer au producteur la propriété de son produit, est devenue, aujourd'hui, le moyen d'exproprier paysans, artisans et petits commerçants, et de mettre les non-travailleurs ,
— capitalistes, grands propriétaires fonciers
— en possession du produit du travail ouvrier.
Seule, la transformation de la propriété individuelle capitaliste des moyens de production — sol, mines, matières premières, outils, moyens de communication et de transport — en propriété sociale et la transformation de la production marchande en production sociale, faite pour et par la société, peut faire que la grande industrie et la productivité toujours croissante du travail social deviennent, pour les classes jusqu'ici exploitées, d'une source de misère et d'oppression, la source du bien-ôtre le plus élevé et du perfectionnement complet et harmonique- Cette transformation sociale est l'émancipation non seulement du prolétariat mais de tout le genre humain qui souffre des conditions
actuelles. Mais elle ne peut être Tœuvreque de la classe ouvrière, parce que toutes les autres classes, en dépit de leurs conflits d'inté- Têts entre elles, se tiennent sur le terrain de la propriété individuelle des moyens de production et ont pour but commun le maintien des bases de la société actuelle.
Donnera cette lutte de classe ouvrière la conscience et Tunité et lui montrer son but naturel — telle est la mission du parti démocrate-socialiste*
Les intérêts de la classe ouvrière sontidentiques dans tous les pays àmode de production capitaliste. Par Textension des communications mondiales et la production pour le marché universel, la situation des ouvriers de chaque pays devient de plus en plus dépendante de la situation des ouvriers des autres pays. L'affranchissement de la classe ouvrière est donc une œuvre à laquelle les travailleurs de tous les pays civilisés sont également intéressés. En reconnaissant ce fait, le parti démocrate-socialiste d'Allemagne sent et déclare ne faire qu'un avec les travailleurs conscients de tous les autres pays*
Le parti démocrate-socialiste d'Allemagne
ne combat donc pas pour de nouveaux privilèges et apanages de classe, mais pour Vaholition de la. domination de classe et des classes elles-mêmes, ainsi que pour Fégalité de droits et de devoirs pour tous sans distinction de sexe ni de race. Partant de ces conceptions, il combat, dans la société actuelle, non seulement l'exploitation et Toppression des ouvriers salariés, mais toute espèce d'exploitation et d'oppression, qu'elle soit dirigée contre une classe, un parti, un sexe ou une race.
En s'inspirant de ces principes le parti Démocrate-Socialiste allemand demande :
( Résumé des pripcipaux articles) :
1** Le droit de vote et d'éligibilité pour tous les hommes et toutes les femmes à partir de Tàge de 20 ans. Législature de deux années.
Responsabilité des élus.
2^ Législation directe. Droit d'initiative et référendum.
3** Substitution de la nation armée à l'armée permanente.
4** Abolition de toutes les lois qui portent atteinte à la liberté d'exprimer son opinion et au droit de se réunir librement.
5** Abolition de toutes les lois qui consacrent l'infériorité de la femme vis-à-vis de rhomme.
6° Séparation des Eglises et de l'Etat.
7** Laïcité absolue de Técole obligatoire.
Gratuité de renseignement, des moyens d'instruction (livres, cahiers^ etc.) et de l'entretien dans les écoles publiques, ainsi que dans les établissements d'instruction supérieure, pour les élèves des deux sexes, qui ont été reconnus aptes.
8^ Gratuité de la justice. Les juges élus par le peuple. Indemnités à tous ceux qui ont été accusés, arrêtés ou condamnés et dont l'innocence a été prouvée. Abolition de la peine de mort.
9"" Gratuité des médicaments et de l'assistance médicale ainsi que des accouchements. Gratuité des enterrements.
10^ Impôt progressif sur le revenu et la fortune. Impôt progressif sur les héritages selon leur importance et le degré de parenté.
Il*" La journée de travail fixée au maximum à huit heures.
12'' Défense de faire travailler les enfants dans les ateliers avant l'âge de 14 ans.
13^ Défense du travail de nuit, excepté dans les cas oùil est absolument indispensable.
14<* Un minimum de 36 heures de repos ininterrompu par semaine pour chaque ouvrier, etc.
Au sujet de l'article 5 de ce programme les citoyens Kautsky et Schoenlank font le commentaire suivant que nous publions cicontre en substance :
Le droit actuel tire sa source de institutions sociales existantes. Les lois ne sont qu'un effet du développement social. Bans celles qui ont trait à la femme nous . ne voyons que l'expression juridique d'un système de production donné. Ainsi la position juridique de la femme ne reflète que sa dépendance absolue sous la domination du régime de la propriété privée. Gomme l'ouvrier est la victime de l'exploitation capitaliste, la femme est la victime de la domination masculine, qui est la résultante d'une évolution de plusieurs milliers d'années. Le renversement dumatriarcat, d'après lequel la maternité déterminait seule la généalogie, était, comme le dit Frédéric Engels, la défaite mondiale du sexe féminin : « L'homme s'empara du gouvernail, même au foyer, la femme perdit sa dignité, fut réduite à l'état de serve, devint l'esclave des plaisirs de l'homme, un moyen exclusif d'engendrer des enfants. Cette condition inférieure de la femme a été hypocritement voilée, parfois ausM revêtue de formes adoucies, mais nulle part elle n'a été détruite. »
Le droit public et privé consacre partout la subordination de la femme. Elle n'a aucune part légale à la vie publique, ne possède ni Télectorat ni l'éligibilité, elle n'a pa^ la liberté de s'instruire, ni le choix de sa vocation. Dans le domaine du droit privé elle rencontre empêchements sur empêchements.Elle n'est libre ni de témoigner, ni de tester ni de diriger ses afîciires de famille à sa guise.
Il y a contradiction flagrante entre les faits sociaux et les lois existantes. Dans tous les pays à production capitaliste la femme a été entraînée dans le courant de la vie économique. Elle a été forcée de gagner son existence hors de sa maison, loin du foyer...
D'aprèsle recensement de 1882 il y avait en Allemagne, dans cette çinnée, 13,322,415 travailleurs masculins et 5,541,517 travailleurs féminins.
De 1875 à 1882 le nombre des hommes occupés n*a augmenté que de 6,4 pour 100, tandis que celui des femmes est monté à 35 pour 100. En Saxe, dans les fabriques, le nombre des femmes a augmenté, du l®"" mai 1883 au l^*" mai 1889, de 37,8 pour 100.
Ces chiffres attestent la fin prochaine de la domination masculine. Dans la classe ouvrière, qui est le gage d'un avenir plein d'espoir, ce changement de conditions s'accomplit le plus radicalement. En raison de ce fait le prolétariat, conscient de la connexité de l'émancipation féminine et ouvrière, a la belle mission d'écarter, sans porter atteinte aux difTérences naturelles des sexes, tous les obstacles et lois qui s'opposent à l'égalité politique et sociale delà femme et de l'homme.
Liste civile, par an, des principaux roiSy
empereurs et autres goicvernants de marque.
Tsar de Russie (4) (illimitée, avouée environ) 50,000,000 fr.
Sultan de Turquie 38,836.000 —
Empereur d'Autriche-Hongrie .... 24,272,500 —
Empereur Allemand 30,000,000 . . ^
Autres rois et princes d'Allemagne, ? 50,000,000 —
Roi d'Angleterre 16,451,000 —
Roi d'Italie 15,500,000 —
Roi d'Espagne 9,500,000 —
Roi de Belgique 3,883,000 —
Roi de Suède et de Norvège 2,524,900 —
Roi du Danemark 1,712;536 —
Roi des Pays-Bas. 1,664,000 —
Roi de Grèce 1^325,000 —
Roi du Portugal 3,077,100 —
Mikado du Japon 11,250,324 —
Président de France 1 ,200,000 —
(1) Possède en outre pour plusieurs milliards des mines d'or et des terres, affranchies de tout impôt.
Président et vice-président du Brésil. 900,000 fr.
Président des États-Unis d'Amérique». 250,000 —
Président du Venezuela 160,000 —
Président du Mexique 90,000 • -