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I. — Ldi République Mondiale

Quand Taurore se leva sur la longue nuit angoissante du moyen âge, et que la Renaissance ralluma le flambeau de la Science dans le rayonnement incandescent que l'antiquité païenne avait en mourant projeté sur TEurope, ce fut dans l'histoire de l'humanité un moment solennel,

La rotondité de la Terre, prouvée par ladé-

couverte de rAmérique et la circumnavigation du globe, la nouvelle donnée astronomique de sa translation autour du Soleil et, en 1610, grâce à l'invention du télescope par Galilée, la pénétration du monde colossal de Jupiter, image en raccourci de notre système planétaire, permirent à l'esprit humain d'escalader les cieux et de porter un coup mortel à la cosmogonie biblique et au christianisme.

L'homme, les yeux dessillés, se dressa devant le cauchemar Dieu, et, enfin affranchi de la conception géocentrique, prit possession de la planète.

Les religions, qui jusque-là avaient « brillé comme des phares dans les ténèbres », vacillèrent, et la pensée scientifique, portée sûr les ailes de la lumière, prit son vol vers l'inflnî.

L'Encyclopédie, fille de la Renaissance, compléta son œuvre et fraya par ses grands iconoclastes la voie aux naturalistes du dixùeuvième siècle, qui assurèrent le triomphe définitif des sciences exactes et de la philosophie moniste sur l'anthropocentrisme morbide des âges passés.

Déjà le système, dit de Copernic, de la rotation de la Terre autour de son axe et de sa translation annuelle autour du Soleil, comme centre de notre système planétaire, ruine la cosmogonie biblique, qui voit dans la Terre le centre de l'univers, et fait crouler toute la mystification chrétienne, dont la Bible est la base fondamentale. Cette déchéance de la Terre du centre de Funivers entraîne par voie de déduction logique la déchéance de l'homme de la royauté du monde. L'homme cesse par cela même d'être le but et la cause finale de Dieu.

Mais Dieu lui-môme, la doctrine de la cause finale qui lui est inhérente ainsi que toute la conception dualiste qui découle des divagations spiritualistes, s'évaporent comme une brume malsaine devant le soleil levant des sciences exactes.

Les mathématiques et l'analyse spectrale nous font toucher du doigt l'unité des lois qui régissent et du substratum qui constitue rtfnivers et ne permettent plus à la fantaisie la plus vagabonde de greffer sur cette conquête positive un être en dehors de Tuniversum, du tout, et le gouvernant.

8 l'inkvitable révolution

Les lois de révolution éternelle, du perpétuel devenir, scientifiquement constatées dans le monde des infiniment petits comme dans celui des infiniment grands, excluent ridée de la création. Un créateur, un Dieu parfait, ne -saurait engendrer que la perfection, partant Timmobilité.

Transformation et création sont des termes qui se contredisent. La donnée évolutionnisteatuéDieu.

L'idée de la cause finale, qui s'identifie avec l'hypothèse Dieu, sombre avec elle.

Aussi bien la structure générale de Tunivers, où les mondes habitables sont en proportion microscopique relativement à l'éther intersidéral, que Tinclinaison de Taxe de notre propre planète sur le plan deTécliptique et le corps liumain avec ses organes rudimentaires, inutiles, voire même nuisibles, attestent à l'évidence Tabsence de cause finale.

Il n'y a de téléologues sérieux que ceux qui soutiennent que Dieu, dans sa clairvoyance, a créé la vermine pour nous éprouver, Forage et la pluie pour nous en débarrasser ensuite.

Le dualisme, cette conception métaphysicopliilosophique, nocive entre toutes, et qui

scinde l'univers et par contre-coup la nature humaine en deux facteurs antagoniques et hostiles, le corps et Tâme, tire également sa source dans la croyance en un Dieu pur esprit dominant et gouvernant le monde.

Non seulement « Dieu n'est qu'un pur néant qu'aucun temps, qu'aucun lieu ne possèdent, et plus tu essaies de te rattachera lui plus il t'échappe, » comme l'a déjà si bien dit au dix-septième siècle Angélus Silesius (1624-1677), mais la chimie et l'anthropologie moderne ont mieux qu'ébranlé, renversé de son piédestal fragile tout l'échafaudage méchamment enfantin du spiritualisme.

La chimie a relevé le voile d'Isis, qui recelaitles secretsdela matière, et Tanthropologie a péremptoirement établi que Thumanité s'est lentement et péniblement dégagée de l'animalité.

Toutes les découvertes chimiques et anthropologiques s'étayent pour démontrer de la façon la plus certaine — la plus mathématique pourrait-on dire — qu'il n'y a pas plus de matière sans force et de force sans matière qu'une ligne de démarcation absolue entre la matière inorganique et organique, entre

le règne végétal, animal et Thumanité. On peut même affirmer avec certitude que la différence entre les fonctions cérébrales des animaux et de Fhomme n'est pas qualitative, mais simplement quantitative.

La matière et la force ou le corps et Tâme, ne sont que deux manifestations différentes du même monos, ou, si Ton préfère, la même unité vue de deux côtés différents.

La Terre, par exemple, qui, à la suite du Soleil, nous véhicule tous avec ses destinées dans la direction deTapex de Tastre du jour, retient sur sa surface ou fait tomber sur elle tous les corpuscules qui se trouvent dans sa sphère d'action immédiate. Cette sphère d'action de la Terre est un des effets de la force qui lui est propre et qui se manifeste dans ce cas comme force d'attraction. Impalpable, quoique très i^elle, cette force est, en quelque sorte, l'âme delà Terre. Le feu, qui pétille dans notre cheminée ou qui éclaire notre lampe de travail, est un corps tangible, nettement déterminé, tandis que la lumière qui se dégage de lui n'est également qu'un des effets de la force qui lui est inhérente. La lumière peut aussi être considérée, au

même titre que la chaleur du îeste, comme Tâme du feu. Il en est de même de notre cerveau, que, depuis vingt-cinq ans surtout, la science a soumis aux analyses les plus minutieuses. Il est le siège de Tâme humaine, qui n'est, elle aussi, qu'une manifestation de la force dé notre matière cérébrale.

Supposons maintenant qu'à la suite d'un cataclysme, très peu probable, — il y aurait paralt-il une chance ou malchance d'accident . contre 289 millions — la Terre soit pulvérisée ou plus exactement volatilisée. Il est évident que sa force d'attraction, anéantie dans ses effets actuels, subirait la même transformation. C'est aussi ce qui arriverait pour le feu, qui pétille dans notre cheminée ou qui brûle dans notre lampe, s'il tenait à s'éteindre. Sa lumière ayant cessé de nous éclairer nous serions plongés dans l'obscurité. Il en est incontestablement de même de notre âme quand notre cerveau a fini de fonctionner.

Toutes les élucubrations intéressées des croyants et des spiritualistes sur l'immortalité personnelle ne tiennent pas debout. Des preuves certaines, inéluctables, fournies par des milliers et des milliers d'expériences,

tentées ia anima, vili, attestent toutes que l'âme n'est qu'une fonction du cerveau et soumise comme lui à la croissance, au déclin et à la mort. Gela ne saurait sérieusement être contesté.

En outre la vie quotidienne nous apprend que l'àme, en dépitde sa prétendue immortalité et indestructibilité, n'était pas là de toute éternité, n'existait pas alors que le corps auquel elle appartient n'était pas né! Personne ne se souvenant de son état prénatal ne saurait avoir conscience après sa mort de ce qu'il fut vivant, car c'est une loide nature que tout ce qui a un commencement ait aussi une fin.

Mais il suffit de lire à yeux ouverts dans le grand livre de la nature, en se laissant bercer par le rythme cadencé de ta succession des saisons, pour constater que l'immortalité personnelle n'est qu'une mystification grossière et que les voix qui sortent des berceaux et des tombes, qui peuplent l'infini du ciel étoile disent toutes que seule la matièreforce, — le substratum de l'univers — est éternelle et que toutes les formes ou manifestations qu'elle revêt, sont essentiellement variables et temporaires.

Désormais la pensée humaine est majeure.

Le lien ombilical qui la rivait à la métaphysique est définitivement tranché. L'Univers, vide de Dieu et peuplé de myriades de soleils nous apparaît comme le grand laboratoire céleste dont la matière première, partout identique à elle-même, produit, éternellement en gestation, une diversité illimitée d'éclosions passagères de la vie infinie.

Dans cette République véritablement universelle, car mondiale, et effectivement sans Dieu ni maîtres, car elle est sa cause finale à elle-même, rien ne commande ni n'obéit, rien ne se crée ni ne se perd, l'égalité est à l'origine de toutes les manifestations inorganiques et organiques et l'évolution s'effectue sans distinction ni classification arbitraires dans l'éternité du temps et de l'espace.

IL — Vidée de Dieu et VEtat.

Le « connais-toi toi-même » du philosophe grec est le commencement de toute sagesse, le premier pas que fait l'homme dans la voie de

son affranchissement matériel et moral.

La connaissance de soi, du moi et de la place que ce moi occupe dans l'immense univers, — immense relativement à ce moi, car en réalité l'univers étant infini ne saurait être ni grand ni petit -^ constitue le seul critérium positif, Tunique étalon que nous ayons pour apprécier les rapports qui existent entre nous et le monde qui nous entoure. Il n'y a pas d'autre révélation que celle qu'une longue expérience dûment contrôlée et une tension continue de la pensée ont pu nous révéler.

La peur que Fignorance des phénomènes naturels inspirait à l'homme primitif est certainement à l'origine de Tidée de Dieu — in orbe deos fecit timor — et Texploitation de cette peur parles individus les plus avisés et les moins scrupuleux, des premiers groupements humains a évidemment donné lieu à la formation des religions et des premiers gouvernements.

L'État nous apparaît dès le début comme le complément forcé de l'idée de Dieu et comme la consécration politique de l'inégalité sociale, basée sur l'asservissement éco-

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nomique du grand nombre par une lûinorité de bandits et d'exploiteurs.

L'État, pris dans le sens du mot gouvernement, sous-entend qu'il y a des gouvernés, qui sont naturellement dans des rapports d'infériorité vis-à-vis de celui ou de ceux qui les gouvernent. Un gouvernement ne se comprend qu a la condition qu'il y ait inégalité, privilège, et que les gouvernants aient un intérêt dans l'action gouvernementale afin de maintenir sous leur domination ceux sur lesquels ils déchargent les travaux les plus pénibles et dont ils exploitent ensuite à leur profit la force de travail. Entre égaux, il n'y aurait pas de place pour un gouvernement, il ne pourrait y avoir que repartition équitable de la besogne, administration de la production commune et distribution égalitaire des richesses.

Toute l'histoire de l'humanité suinte le sang des exploités et clame la férocité ignominieuse des gouvernants. Tous les pouvoirs, depuis le théocratique jusques et y compris celui qui se pare de l'étiquette démocratique, en passant par les monarchies absolues, constitutionnelles, et les oligar-

chies dites républicaines, ont toujours été et ne sauraient être autre chose que la volonté agissante, l'expression politique, c'est-à-dire rinstrument de domination et d'exploitation piar excellence, de la classe dirigeante et parasitaire.

Le pouvoir, qu'il allonge la griffe ou qu'il fasse patte de velours, que sontitulaire appartienne à la race des rois, empereurs ou autres grands fauves du règne politique, qu'il échoue à la crapule parlementaire ou qu'il soit ramassé dans la boue gluante de sang par un aventurier de rencontre, se manifeste invariablement pour le prolétaire, pour le producteur de tout ce qui fait vivre et progresser la société, comme le marteaupilon qui broie son intelligence, comprime son cœur et affame ses entrailles.

Depuis Fantiquité jusqu'à nos jours, — et il n'y a même pas d'exception pour confirmer cette règle — l'action du pouvoir a toujours été coercitive et répressive. L'armée qui tue, l'église qui abrutit, la magistrature qui condamne et la police qui salit ont été, sont et seront aussi longtemps qu'il y aura des gouvernements leur seule et vraie raison

d'être. Ces institutions sont en quelque sorte au gouvernementalisme ce que l'intuition, la sensation, la pensée et la parole sont au cerveau, elles constituent l'âme même du pouvoir.

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